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UNIVERSITY OF
TORONTO PRESS
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REVUE CATALANE
Tome V — Année 1911
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Tome V
Année 1911
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Table des matières
«f
Liste des membres de la Société, 2.
Compte rendu des séances, 44, 32 i .
Situation de la Caisse, 45.
M. Verger, de Ricaudy, t, 34, 66.
Livres et Revues, 32, 64, 96, 127, iSp, 191, 244, 319, 383, 407.
Les fêtes de Céret, loc, 200.
Palmes académiques, 218.
L'enseignement régional et les études catalanes, 233,
Proverbis, 49, i o5.
Mil y un pensaments, 56, 75, i 17, 140, 3o5, 332, 378.
Concells, 328.
Advertencies dignes de saber, 329, 401.
Concours de monographies du Club alpin, 248.
Le catalan à l'école, 397.
A. -M. Alcover. — Pages choisies, 33o.
P. de l'Alzina. — Quan toca l'Angelus, 375.
J. Amade. — La race, lo.
— Verges de Ricaudy, 34.
— Folkore catalan, 52.
— A nos lecteurs, 129.
Joseph Pons, 170.
— Cant del Vallespir, 204.
— La poésie populaire catalane, 297.
— Pour le Dictionnaire Catalan, 333.
— Le Catalan à l'école, 368.
— L'estiu etern, 394.
J. Badoa. — Lo salser, 5o.
— La Sanya, 1 68.
P. Bergue. — L'œuvre d'Oun Tal, 6, 77.
— Campanas de) pais, 46.
— Festa Major, 106, 141.
— L'Alzina, 23 1 .
— Gloria al pais, 362.
J.Capeille. — Histoire locale, 27, 54. 114, 180, 238, 399.
— Verges de Ricaudy et ses aïeux, 66.
De Carsalade. — Pour la langue catalane, 76.
— 11 —
J. Chadany. — La Ceretana, 223.
J.-A. Clavé. — Pages choisies, Sog.
Corominas. — Pages choisies, 17.
Firmin Costabona. — Le catalan à l'Université, 396.
J. Delpont. — Don Père d'Alcantara Penya, i5.
— Cap a Ceret, 207.
— En Teodor Llorente, 235.
— Del poble, 304.
— En Josep Maria Puig Torralva, 377.
Ermità de Cabrenç. — Lo Salpas, 65.
— Pirineu d'Orient, 97.
— Les Torres de Cabrenç, 209.
— Sant Eloy, 22 1 .
J. Granier. — Sem fraire, 3i5.
D? Lacvivier. — Textes catalans, 30,71, lOi, 146, 184, 24], 3 16, 336,
38o, 4o3.
— Les jours de la vieille, 1 1 3.
E. Leguiel. — Lisons du catalan, 161.
— Prats-de-Mollo, 212.
— Devinalles, 376.
— Velles Corrandes, 398.
J. Maragall. — Carta, 176.
Lo Pastorellet de la Vall d'Arles. — Conte nou, 359.
L. Pastre. — La langue catalane et son utilité pédagogique (suite et fin),
20, 57, 85, 121, i53, 188, 249, 273, 341.
— Ruscino, 240.
— Orthographe et prononciation catalanes, 379.
V. Peix. — Primera pena, 18.
— Perdo, 137.
— Serenada, 389.
L. Pellissier. — Le félibre n\ajoral Baquié Fonade, 14.
— La Santo Estelle, 179.
— En Candi y Candi, 3 1 1 .
— Una nina, 358.
Père d'A. Penya. — Un sermo de coresma, i5.
— Les très arithmétiques, 118.
J. Porvs. — L'enfant au foulard, 92.
— Xiprers adormits, i3î.
— El Vallespi, 220.
— Célestin Manalt, 225.
— Pirinenques de J.-M. Guasch, 3o6.
V/
— Il 1 —
J. Pons. — Per En Verdaguer, 322.
— ■ Clariayna, 334.
— Un éloge des Catalans au xin" siècle, 390.
El Refilayre de Carença. — Ariettes, 32 5.
Numa Roubin. — Le Régionalisme, 353.
M. -A. Salva. — Jochs de nins, 177.
J. de San Salvador. — La terra dels avis, 139.
— A la gloria del Vallespîr, 19$.
— Lo gorch Bufaroch, 227.
J. Sanyas. — Roman du ix' siècle et catalan du xx", 134.
V. Vallespir. — Als Cantayres del Vallespir, 217.
— Cors rossellonesos, 3 12.
— La Llar. 385.
ILLUSTRATIONS
Portrait de M. Vergés de Ricaudy, 33.
— M. Joseph Pons, 270.
— M. Déodat de Sévérac, 202.
— M. Jean Amade, 206.
— M. Jacques de Noell, 219.
Coffret de l'église d'Elne (Monument historique), 405.
5^'
N° 49 15 Janvier 1911.
Les Manuscrits non insères
ne sont oas rcnaus.
Les Articles oarus dans la Revue
REVUE
CATALANE
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Mort de M* Vergés de Ricaudy
Président de la Société d'Études Catalanes
Au moment de tirer ce numéro, nous avons la
profonde douleur d'apprendre la mort de M. Emma-
nuel Vergés de Ricaudy, notre très estimé prési-
dent. Le samedi, 14 janvier, il avait revu les épreu-
ves; et sa main, prévoyante et délicate, avait indiqué
les dernières corrections à faire.
Le lendemain matin, en faisant sa promenade
habituelle sur la place Arago, il se sentit pris de
malaise. On l'accompagna chez lui, où il perdit
bientôt connaissance, et mercredi 18, à cinq heures
du matin, entouré de sa famille éplorée, il rendit
le dernier soupir. Deu lo perdô.
Contentons-nous pour aujourd'hui d'offrir à sa
veuve, à ses enfants et surtout à sa vieille mère,
qu'une si grande douleur étreint, les respectueuses
condoléances de nos coeurs brisés.
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LISTE
DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ
au 3i Décembre 191Q.
MM.
1908. Abat J., 49, rue d'Orsel, Paris.
1906. d'Abbes Paul (comte), 142, rue de Longchamps, Paris.
— Albar Félix, chef de bataillon en retraite, place Grétry, Perpignan.
— 'Alcover Antoine, chanoine et vicaire général, Palma de Mallorca
(Espagne).
— *Amade Jean, professeur agrégé, au lycée de Montpellier, Secrétaire.
— Aragon Amédée, rue Saint-Dominique, 4, Perpignan.
— Arrous Jean ( docteur), Prades.
1910. AuRioL George, banquier, rue Font- Froide, Perpignan.
1908. Aymar Joseph, (abbéj, curé-archiprêtre, Prades.
1906. Badoa J., 142, rue du Chemin-vert, Paris.
— Baille Léon, architecte, rue de la Fusterie, Perpignan.
J910. Bardou-Job Justin, rue Saint-Sauveur, Perpignan.
1906. Bassole François, professeur au collège de Bédarieux (Hérault).
1907. Berdagué Jean abbé;, curé d'Estoher.
1908. Bergue Paul, Conducteur principal faisant fonctions d'ingénieur des
Travaux publics, à Hué 1 Annam).
1910. Bessoli Charles (abbé), à l'église Saint-Christophe, Perpignan,
1906. Billes Auguste, établissement des Gorges de la Fou, Saint-Paul-de-
Fenouillet.
1907. Blancou Gabriel, avocat, rue des Trois- Rois, 3o, Perpignan.
)9o6 *Boix Emile (docteur), avenue de la Grande-Armée, 26, Paris.
— 'BoNAFONT Joseph (abbé), curé-doyen d'Ille-sur-Tet, Vtce-P résident.
— Borreil Etienne, inspecteur des Postes, \6, rue Llucia, Perpignan.
J907. Brial Pierre (abbé), curé-doyen de Millas.
1908. DE Çagarriga Henri, propriétaire, château de la Grange, Montes-
quieu.
J906. Calmette Joseph, professeur à la Faculté des Lettres, Dijon (Côte-
d'Or).
— 'Campanauu Laurent, propriétaire, rue Petite-la-Réal, Perpignan.
1 908. 'Capeille Jean 1 abbé), vicaire de la paroisse Saint-Jacques, Perpignan.
1906. Carbonnell Charles ( doctt-urj, rue de la République, Sî, Meudon
( Seine-et-Oisej.
Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des membres du Conseil d'administration
— 3 —
1906. DE Carsalade du Pont Jules (Mgr), évêque de Perpignan.
1906. Caseponce Etienne (abbéi, collège « La Salle ». Calle de Provenza,
187. Barcelona ( iispagne ■.
1909. Catel Jean, élève de première supérieure au lycée de Toulouse,
1906. Cazes Gustave, banquier, i, rue Eglise-la-Réal, Perpignan.
1907. DE Cazis de Lapeyrouse Félix, vice-consul de Portugal, 1 , rue Alsace-
Lorraine, Perpignan.
1906. *Chauvei Horace, publiciste, adjoint au Maire de Perpignan, place
de la Loge, Perpignan.
— *CoMET Joachim, imprimeur, rue Saint-Dominique, 8, Perpignan.
— CoNiLi. Léon, instituteur, Sournia.
— CoRNovoL Jules (abbé), professeur, calle de Corcèga, 3o5, Barcelona
( Espagne),
Cros François (docteur), médecin principal de 1" classe en retraite,
6, rue de l'Ange, Perpignan.
1909. CuiLLÉ Joseph, propriétaire, rue Manuel, Perpignan.
1907. Dalbiez Auguste, ancien banquier, quai Vauban, Perpignan.
— Daré Henri, négociant en vins, avenue de la Gare, Perpignan.
1910. David d'Orimond .Madame), raffinerie de soufre, Narbonne.
1907. Delmas Joseph, lieutenant au 3' d'infanterie, 2, rue de lObélisque,
Marseille.
1906. *Delpont Jules, négociant en vins, chemin du Confient, Perpignan,
Trésorier.
1908. Dénoyés Joseph (docteur), rue de la Citadelle, Béziers.
1909. Deit Jules, négociant, rue de l'Argenterie, Perpignan.
1906. *DoNNEZAN Albert (docteur), rue Fontfroide, Perpignan.
)907. Drancourt Emile, avenue de la Gare, Perpignan.
Dubois-Malzach Jean, propriétaire, Laroque-des-Albères.
1906. Durand Laurent, agent d'assurances. Rue Grande-la-Réal, 28, Per-
pignan.
— Durand-Gaillard Jacques, médecin, Puigcerda ( Espagne).
— EcoiFFiER François (docteur), Thuir.
— EsTÈvE de Bosch Henri, llle-sur-Tet.
1908. EsTÈvE DE Bosch Xavier, Général de brigade, rue du Mail, 83,
Angers.
— Falcon, commandant en retraite, place Arago, Perpignan.
1906. *FoissiN Aimé, principal clerc d'avoué, Perpignan, Archiviste.
1909. Fournols Joseph, 64, rue d'Amsterdam, Paris.
1906. Freixe Jacques, homme de lettres. Le Perthus.
1910. Granier (abbé), curé de Lamanère.
1909. Gazé Jean, professeur au collège de Montréal, 841, rue Sherbrooke-
Ouest ( Canada).
1906. Gravas Charles, notaire. Prades,
— Guiu Charles, receveur de l'Enregistrement, Prats-de-Mollo.
— 4 —
J906. JoNQuÈREs D Oriola Henri, propriétaire, CorneilIa-del-Vercol.
1908. DE Lacroix Clément, 47, avenue Montaigne, Paris.
1906. DE Lacvivier Raymond, propriéta/re, Elne.
1909. Lafabrègue Paul, rue des Augustins, Perpignan.
1906. Lafont Pierre, pharmacien, rue de la Tet, Perpignan.
1910. Lanolier Louis, négociant, avenue de la Pépinière, Perpignan.
1906. *Leguiel Emile, contrôleur des Douanes, Cerbère.
— Llonch Jean, négociant, Figueras (Espagne).
— Llonch Philippe, négociant, Figueras (Espagne).
— 'Lutrand Louis docteur , 2, rue Porte-d'Assaut, Perpignan.
1909. Maillols J., ingénieur, 10, rue de la Bièvre, Bourg-la-Reine (Seine).
1906. Marie Emile, propriétaire, Prades.
1907. Marty José-Maria, pharmacien, Puigcerda.
J906. Massot Joseph (docteur), place d'Armes, Perpignan.
— Massot Joseph, avocat à la Cour d'appel, 17, boulevard Saint-
Michel, Paris.
1906. 'Monsalvatge y Fossas François, banquier, calle Subida del Puente,
Gerona (Espagne.
— *MoNSERDA DE Macia Dolors (Donyaj Gran via, 604, Barcelona
(Espagne).
— MoREL Marcel, négociant, rue Grande la Real, Perpignan.
1910. MucHART Henri, avocat, rue de l'Argenterie, 17, Perpignan.
1908. NouGARET Fernand, professeur, route d'Espagne, Perpignan.
1907. Pages Raymond, comptable, rue de la Loge, Perpignan.
— Pams Jules, sénateur, 35, rue Décamps, Paris-Passy.
— Paret Louis (abbéj, curé de Rigarda.
1906. Pastre Louis, instituteur, villa Griolet, rue Fontaine St-Martin, Per-
pignan.
— Patau Pierre, chanoine, curé-doyen d'Argelès-sur-Mer.
— Payré Joseph, avoué, rue de la République, Perpignan.
— 'Payret Joseph, imprimeur, rue Mailly, Perpignan.
1910. Peix Victor, industriel, Millas.
— Pépratx Justin, notaire, rue Alsace-Lorraine, Perpignan.
1906. PoMÈs Antoine, éditeur de musique, 4, rue Mailly, Perpignan.
— Pons Joseph, professeur au lycée, Guéret (Creuse).
— Pons-Fabrègues Benito, arxiver, Palma de Mallorca Espagne).
1910. PuGET Eugène, cité Bartissol, Perpignan.
1907. PuiG Joseph, directeur des établissements Vallaer Frères, 64, bou-
levard Sébastopol, Paris.
1910. PujARNiscLE Victor, San-Feliu-de-Guixols (Espagne).
1906. Py-Oliver Félicien, libraire, rue des Marchands, 8 bis, Perpignan.
1909. RoiG, professeur au collège polytechnique de Téhéran (Perse).
— 5 —
1908. RozÈs Numa, propriétaire, Saint-Hippolyte.
1906. Ruiz Y Porta Joan, arxiver municipal de la ciutat," Tarragona
(Espagne).
— Sabarthez Henri (docteur), rue Saint-Martin, 5, Perpignan.
1910. Saisset Albert l M"" veuves rue de l'Argenterie, Perpignan.
1906. *S'\issET Frédéric, homme de lettres, io3, avenue La Bourdonnais,
Paris.
19JO. Saisset Léon, juge d'instruction, avenue du Chemin de fer, 3o,
Fontainebleau (Seine-et-Marne).
1910. Sala Antonio, meissionario domeinicano, conceiçad de Araguaya,
correio de Goyaz, à Goyaz (Brésil).
1906. Salsas Albert, receveur de l'Enregistrement, Saint-Girons (Ariège).
1909. Sauvât Louis (abbé), curé de Trullas.
1906. Sauquet Jean fils, négociant, Bourg-Madame.
1907. Schadel Bernard, professeur à l'Université de Halle (Saxe- Allemagne).
1906. Sola Frédéric, rue de Savoie, 7, Paris.
1910. SoLÉ Y Pla Jean, médecin, ronda de San Père, Barcelone (Espagne).
1907. SoRS-GouELL Jean, avocat, Céret
— SouBiELLE Mathilde (M"" veuve), institutrice en retraite, Perpignan.
J908. Sources Eugène, enseigne de vaisseau, rue Petite-la-Réal, Perpignan.
— SuDRiA, 26, rue de Staël, Paris.
1909. Suzanne François, 69, rue de Richelieu, Paris.
— Talayrach Elie, négociant en vins, rue d'Espira, Perpignan.
1906. Talut, Alphonse, professeur agrégé au Lycée Condorcet, rue des
Ecoles, 6, Paris.
1906. TissEYRE Jacques, rue Grande-la- Real, Perpignan.
1907. ToDEsco Venanzio, Albanga — Genova (Italie).
1906. Tresserre François, mainteneur des Jeux Floraux, 65, rue Alsace-
Lorraine, Toulouse.
— Trullès Ferdinand, notaire, ]lle-sur-Tet.
— *Vassal Augustin, banquier, place d'Armes, 6, Perpignan.
— Verdot Lucien, pharmacien, rue des Marchands, Perpignan.
— Vergés de Ricaudy, quai Vauban, 45 bis, Perpignan, Président.
1907. ViCENS Charles, rue Rempart-Villeneuve, Perpignan.
1906. ® Vidal Pierre, bibliothécaire de la Ville, Perpignan.
1907. Vilar Edouard, sénateur, rue Faustin Hélie, 7, Paris-Passy.
1906. Vilar Jean-Joseph (abbé), curé de Saint-Joseph, Perpignan.
1907. ViLAREM, principal du Collège, Lodève (Hérault).
1906. *VioLET Gustave, sculpteur, Prades, Yice-Président.
1910. Violet Lambert, président de la Chambre de Commerce, route de
la Pépinière, Perpignan.
1906. *DE WiTTWER DE Froutiguen Jules, le Boix-Saint-Sauveur , Prats-de-
Mollo.
L'Œuvre d Oun Tal
^l^l^ (SWTE)
Albert Saisset poète et linguiste
Dans cette même classe de mots rentrent les tournures pure-
ment françaises :
Ah çà !
Del costat de
Al seu torn
A tort i a travès
Fer tort
De siguit
M'es iguSl
Mancar lo seu cop
Fer coneixença
Tenir ideia que
Abatre traball
Ce que
Corn una lletra a la posta
Su'l pant de
S'armar de coratge
S'en ficar de
En despit de
Un munt de temps
Ne pue pas pus
Aixô va tôt sol
Su'l moment
Me fa mal
S'hi coneixer
En davant la musica !
Un cop de vi
Se fer dolent sang
Com de budells
D'acort
Sus de que ha parlât ?
Tant si po
Hi ha pas aqui a dire
Cofar santa Catrina
Que vagi al dimoni !
ah çà !
du côté de
à son tour
à tort et à travers
faire du tort
de suite
ça m'est égal
manquer son coup
faire connaissance
avoir idée que, s'imaginer que
abattre du travail
c'est que
comme une lettre à la poste
sur le point de
s'armer de courage
s'en ficher
en dépit de
un tas de temps
je n'en puis plus
cela va tout seul
sur le moment
cela me fait mal
s'y connaître
en avant la musique !
un coup de vin
se faire du mauvais sang
comme des boyaux
d'accord
sur quoi a-t-il parlé ?
tant soit peu
il n'y a pas à dire
coiffer sainte Catherine
qu'il aille au diable !
— 1 —
M'en veig de grises
Restar pas may en plaça
Parei que
Nom d'un chèn !
Tôt a fet
Adreçar une questio
A torn de braç
Pagar la gota
Dins del tenips
Dç tota part
A gran trinc
Piéti
Etc., etc.
je m'en vois de grises
ne pas tenir en place
il paraît que
nom d'un chien !
tout à fait
adresser une question
à tour de bras
payer la goutte
dans le temps (jadis i
de toutes parts
à grand train
plaît-il ?
etc., etc.
Parfois le mot catalan n'a suivi aucune déformation, mais l'in-
fluence du français l'a fait changer de genre; ainsi
Edat (mascul.) : sem del meteix edat ; Corrent (id.)
]] faut remarquer que, si le roussillonnais adopte parfois les
terminologies françaises quand il emprunte le mot au français, les
mots catalans purs n'ont aucune tendance à se déformer dans le
même sens. Ainsi, à côlé des substantifs finissant en an, en, in,
on, un, subsistent toujours :
Pa, ca, pla ; pie, be ; fi, lli ; mati ; bo, minyô, rao, tio, cançô,
lliçô, presô, cairô ; ningii, comii ; etc..
et, à côté de ceux finissant en ier ou iera :
Paper, fuster, carnicer, palier, sender, primer, pastera, estanyera,
manera, etc.
Par imitation du français, le féminin de certains adjectifs, régu-
lièrement invariables, est en a :
Tala, granda, facil-la, utila...
La même irrégularité, contraire à l'étymologie latine, existe
d'ailleurs en Catalogne où l'on dit : Trista, feliça, pobra.
Comme en français, l'accent tonique est poussé vers la fin des
mots. Alors, ou bien le dactyle catalan se transforme en trochée
par la chute d'une syllabe :
sano pour vânova, couvre-pied
sipi — sepia, seiche
cofa, bofa, — cofia, bofia
llûdri
pour
lludria
miséri
—
miseria
pâtri
—
patria.
— 8 —
ou bien il y a simple déplacement d'accent :
salit pour salit, saule solit, rapit, pour solit, râpit
musica — mûsica rufaca — râfega
epoca, célèbre, colera, etc.
estomac — estomac fes-ho i fais-le) — fesho
Cependant l'accent est resté à sa place dans les adjectifs fdcil,
ûHl.
Quand le dactyle ne peut pas être évité, la dernière syllabe est
franchement accentuée : porta-me-lô (porte-le-moi). Certains poètes
roussillonnais ont fait des finales masculines de vers avec des pro-
noms compléments ainsi accentués.
11 ne faudrait pas trop critiquer cette aversion du roussillonnais
pour le dactyle. Le catalan, de formation populaire, l'a aussi
escamoté :
Heretge, (à côté de herética) ; afable ; establa ; noble ; moble ;
voluble ; segle ; metge, petga (de medicum, pedicam) ; pobre, altra
(de pauperem, alteram) ; cobla (de capulam) ; lledesme (à côté de
légitima) ; cincagesma (de quinquagesimam) ; deute (de debitum) ;
bisbe (de episcopum | ; naixença, cridadiça, pobresa ;
et tous les féminins en ça ou sa, venant du latin en Ham ; les ver-
bes dérivés de la 3° conjugaison latine légère :
coure, ploure, roure, raure, caure, traure, qucrre, mètre, retre,
cabre, torçre, etc.
et même, par assimilation, quoique provenant de la 2' conjugaison
latine timere :
jaure, veure, seure, valdre, moure, dolre, etc.
Le trochée s'est même fondu en une syllabe :
rebuig
pour
repùdi
lladruny
à côté
de
lladronici
exill
ecsili
condu
yt
conducte
homey
homicidi
regeu
rigit
hoy
—
odi
nedeu
—
nitit
escarafall
—
escrûpol
fret
frigit
Le dactyle même n'a formé qu'une syllabe dans dir, dur, avu^,
dicere, ducere, hodie.
Les mots savants n'ont pas résisté parfois à cette tendance
contractive tels calorifre, caloplre ; calorifère, calôptere.
La syntaxe française apparaît :
— 9 —
j' Dans l'emploi de l'auxiliaire ser : m'eri pagaf (sens actif) ou
de l'imparfait de l'indicatif : corn si ténia aies, pour tingués.
2. Dans la place donnée, avant le verbe, aux pronoms com-
pléments :
vinc d'ho fer au lieu de vinc de ferho ou ho vinc de fer
per se l'en dur — per dur se len
Formes espagnoles. — Ls roussillonnais a conservé beaucoup
de mots espagnols et a même formé des mots hybrides à termi-
naison espagnole ; la liste en est longue ; citons :
apuro fonso nyanyo, nafra
berro, verrat furro pallago
h\xo, canard, par onomatopée ganxo payo
burro guapo toro
butjo, mamelon gayo. louche tonto
candeiero lloro, idiot, arsouille totxo
casco marso (ser à) tronxo
CUrandero matXO vano, éventail (Je Havane)
duro moro xupapo, soumet
farro, plat de mats pilé mostatxo, gifle
fondo murro
Les Catalans intransigeants proscrivent systématiquement ces
mots en o ivoir le Dictionnaire de Bulbena).
Le roussillonnais a déplacé même parfois l'accent tonique vers
la gauche, pour obtenir une terminaison espagnole :
porro pour porrô repunxo pour repunxô
Formes languedociennes ou provençales. — L'inBuence des dia-
lectes du Midi est à noter.
r Le pronom jo est employé comme complément, ainsi que le
iu languedocien et le teu provençal : de jo, per Jo, ambe jo, ane jo,
etc. Il était d'ailleurs assez logique de ne pas faire décliner yo.
puisque lu est invariable. Cependant on dit encore : pobre de mi !
2° Beaucoup de mots de ces dialectes ont cours en Roussillon :
0, oui démet de, parmi
belteu, peut-être peirer, maçon
mussenye veire, verre
pastre aibre, arbre
Les substantifs en aire que le catalan termine aussi en ador.
3° La terminaison // catalane est remplacée par / ; bel, cameL
(M suivre) - Paul Bergue.
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La Race
(>)
Nier la valeur du concept de race, nier la race, ce fut le jeu de
quelques intellectuels dont le positivisme voyait sans doute là un
des nombreux méfaits de l'esprit de métaphysique. A les en croire
donc, rien ne correspondait scientifiquement à ce concept, et la
réalité des choses ne permettait pas d'établir les distinctions
d'humanité sur lesquelles on fait, d'après eux, reposer tant de
vaines théories ! La race, disaient-ils, le génie de la race, l'âme
de la race, autant de mots dénués de signification.
Rien de plus élastique, il est vrai, que ce mot de « race » : on
dit, en effet, couramment la race jaune et la race blanche, puis les
races latines et les races germaniques, enfin la race normande ou
la race gasconne, etc. Ce mot embrasse plus ou moins d'humanité,
au gré de celui qui l'emploie ; et nous comprenons qu'à ce point
de vue il puisse éveiller un peu la méfiance. Mais nous savons
tous ce que nous voulons dire quand nous nous en servons ; il
offre chaque fois pour nous un sens très précis et répond à une
volonté de détermination et de différenciation aussi nette que lors-
que nous nommons, par exemple, les diverses catégories de pier-
res, d'arbres et d'animaux. Lorsque nous disons toujours « race »,
peut-être faudrait-il dire tantôt espèce, tantôt genre, ici famille, là
ordre, ailleurs classe. Mais peu importe, puisque nous nous enten-
dons. La question est seulement de savoir si dans la réalité quel-
que chose correspond à ce terme, c'est-à-dire donc si l'on n'est
pas victime d'un mot.
Nous affirmons, pour notre part, l'existence de la race avec des
caractères bien marqués. Et nous n'y apportons cependant aucun
mysticisme : nous ne croyons pas à l'existence en soi d'une force
invisible qui, se manifestant par sa fécondité, demeure inaltérable
dans la succession. La race est pour nous quelque chose de rela-
fi) Ces pages sont extraites d'un nouvel ouvrage que M. Jean Amade
va publier prochainement sous le titre de Vidée régtonaïiste.
— Il —
tif. Il y a d'abord le sang, parce qu'il y a les ancêtres, sans les-
quels la race ne serait pas : cela est de toute évidence. Mais, si
le sang transmis par les ancêtres assure la survivance et main-
tient pendant quelque temps le type primitif, il ne réussirait pas,
malgré son pouvoir, à empêcher ou ralentir par lui seul les dévia-
tions postérieures. 11 y faut une collaboration.
Et cette collaboration, nous la trouvons en dehors de la race
elle-même : c'est l'horizon où elle se meut, le décor où elle s'ins-
talla pour persévérer dans l'être et se garder contre le destin. On
peut donc dire que le milieu crée à chaque instant la race, lui
imprimant son caractère et lui conservant sa personnalité : la race
trouve dans la terre le moule naturel où son type se fixe et se
perpétue ; c'est là aussi que son génie s'inspire, là que son âme
s'alimente et que sa vie s'enrichit. Changez le sol, vous change-
riez à la longue la race ; car l'élément le plus simple de la nature
physique a sa part et fait son oeuvre dans cette lente mais sûre
élaboration.
On pourra penser ce qu'on voudra de la valeur du concept de
race, mais rien par exemple n'est aussi différent des hommes qui
occupent la Bretagne que ceux qui occupent la Provence. Sans
doute, le point de départ n'est pas le même pour les uns et pour
les autres ; une distance énorme sépare le passé breton du passé
provençal. Mais c'est plus encore que leur origine et leur his-
toire, les sillons et les rivages où ces races ont vécu et prospéré,
l'aspect du ciel et des montagnes, toute la nature enfin où elles
se sont développées, où se modela leur langage, où germa aussi
leur idéal ; c'est la terre bretonne et la terre provençale qui furent
vraiment génératrices de ces corps et de ces pensées.
Car il ne faudrait pas croire que la personnalité de la race se
borne à quelques caractères physiques apparents et bien définis :
elle va plus profondément encore ; elle pénètre jusqu'à l'être
intime, et trouve peut-être là ses forces les plus vives et les plus
riches. Ce n'est pas en vain qu'on dit « l'âme » ou a le génie »
de la race. Il y a des manières de sentir et de penser qui sont
propres à une race, par quoi cette race peut se définir ; car elle
envisage la vie sous un angle qui est le sien, elle a sa philosophie
et sa morale comme elle a son idéal, et elle a ses traditions
comme elle a ses légendes et ses proverbes. Dans sa langue elle-
1 2
même s'exprime cette personnalité profonde, comme vient s'y
exprimer à son tour le paysage où elle est enclose : car la langue,
c'est la race, si la race c'est la terre.
>> •> ♦!♦
11 y a ainsi deux affirmations inséparables l'une de l'autre dans
le concept de race : celle de la race elle-même et celle du milieu
naturel. Quand nous nommons celle-là, il nous est impossible de
ne point évoquer celui-ci. "Voilà pourquoi il paraît indispensable
que ce concept de race intervienne dans l'établissement des gran-
des régions pour une nouvelle division administrative. "Vouloir ne
tenir aucun compte des différences signalées, c'est faire preuve
d'un matérialisme sociologique singulièrement étroit et même
contradictoire ; car, tout en prétendant n'accorder sa confiance
qu'à des faits et arriver ainsi à un mécanisme où tout s'enchaîne
logiquement, où tout s'explique par des causes plutôt extérieures
qu'individuelles, on se refuse cependant à reconnaître un fait qui,
pour ressortir en partie au monde psychique et moral, n'en est
pas moins un fait comme les autres.
Les distinctions de race deviennent beaucoup plus difficiles,
nous le reconnaissons volontiers, quand il s'agit par exemple (et
telle est justement la grande difficulté de la division régionale) de
régions voisines les unes des autres comme la Provence et le
Languedoc, dont on peut dire que les races sont sœurs, à moins
qu'elles ne représentent deux variétés d'une même race, ces pays
n'offrant pas d'ailleurs au point de vue du sol et du climat des
différences essentielles. Et cependant il en existe assez, non seu-
lement dans la culture de la terre ou les formes de l'activité
sociale, mais encore dans les types et dans la langue, pour qu'une
confusion ne soit guère possible. Tout au plus peut-on hési-
ter pour savoir où se placent exactement les limites, puisqu'il n'y
a pas à proprement parler de séparation distincte, mais des dégra-
dations successives qui constituent comme une zone intermédiaire.
♦I» ♦> ♦>
Cependant, nous objecteront ceux qui consentent à discuter;
que deviennent actuellement ces « races » dont vous affirmez la
vie et le caractère propre ? Quel avenir leur est réservé avec
toutes les inventions qui bouleversent la face du monde ? Ne vous
I
— i3 —
paraît-il pas, en effet, que des forces nouvelles et chaque jour plus
redoutables, se ruent à l'assaut des individualités ethniques, au
point qu il nous est désormais possible d'en affirmer le triomphe
très prochain ? Le temps et l'espace, si favorables autrefois, véri-
tables barrières où venait comme se briser l'effort des puissances
ennemies, ne sont-ils pas brisés à leur tour par tout ce qui réalise
aujourd'hui avec tant de succès la vitesse du transport et le rap-
prochement des distances ? 11 n'y a plus de temps et d'espace
pour l'homme : ne voyez-vous donc point que nous allons d'une
course rapide vers l'unification et l'uniformité ?
Qu'on nous permette de répondre que de telles prédictions
sont loin de nous épouvanter. Nous aurions nous-mêmes bien des
objections à faire, car ces arguments nous paraissent un peu
hâtifs.
La première, c'est que, juste au moment où semble s'être engagé
ce formidable combat dont on nous parle et dont on se plaît à
nous prédire 1 issue, on constate en Europe, et même dans le
monde entier, un réveil de l'esprit de race. Nous ne parlons pas
seulement des races opprimées par un vainqueur sans scrupule,
dont le joug apparaît de moins en moins supportable. Mais l'idée
de prospérité s'attachant de plus en plus à celle d'effort dans le
groupement, comme celle de lutte méthodique à l'idée de conquête
du plus grand nombre d'avantages matériels, les races rivales
utilisent à leur profit avec de plus en plus d'habileté, dans leur
souci de s assurer une suprématie dans le monde, tout ce que la
science met à la disposition de l'homme pour réduire l'espace et
raccourcir le temps.
Ces mêmes éléments destructeurs dont on nous menaçait tout
à l'heure travaillent donc plutôt pour la race, ou du moins entrent
de plus en plus dans l'organisation de sa puissance actuelle et la
préparation de son avenir. Et cet avenir nous montrera justement
quelles sont celles qui, prenant ou gardant le mieux conscience
d'elles-mêmes, auront su les mettre à profit avec le plus d'intelli-
gence, de souplesse et de logique.
D'ailleurs, et c'est la seconde ou la troisième objection que
nous voudrions formuler, il est une chose qui ne changera point,
quoi que les hommes fassent, c'est le climat, c'est le milieu naturel
avec tout ce qu'il comporte ou tout ce qui s'y rattache. Si l'on
peut modifier dans une certaine mesure 1 aspect d'un paysage, ne
— 14 —
détruire toute la beauté, ou à la rigueur le détruire lui-
même, pour des fins dites pratiques par exemple, on ne pourra
pas modifier sensiblement l'atmosphère, la température, le carac-
tère fondamental du terrain ou de la végétation. Et, comme il y
aura toujours pour la plus grande partie des hommes des raisons
trop impérieuses de ne pas déplacer et risquer leur fortune, qu'on
le veuille ou non les mêmes causes continueront à produire les
mêmes effets. Dans le cas où les nécessités de la vie les éloigne-
raient de la terre d'origine, la rapidité des communications ne
pourra que faciliter et multiplier leurs contacts avec elle.
Nous disons plus : en supposant que toutes les coutumes locales,
toutes les traditions, tous les parlers provinciaux disparaissent
successivement pour je ne sais quel amalgame sans nom, qui sera
aussi sans caractère, — et nous nous refusons à croire à cette
barbarie qu'on nous propose d'avance comme le comble de la
civilisation, — il restera toujours, avec des chances de survivre et
de se prolonger indéfiniment, le type irréductible aux racines sûres
et fermes, lequel, nous l'avons déjà dit, n'est pas seulement
extérieur. Car, malgré les mélanges, devenus plus fréquents grâce
aux communications plus faciles, les races qui portaient en elles
des caractères fortement accusés ne les ont pas vus s'affaiblir
dans de bien grandes proportions. Elles ont même assimilé sans
trop de peine l'apport étranger et résisté victorieusement à l'in-
vasion : c'est qu'en dépit des apparences et des jugements
présomptueux leur intégrité trouve un encouragement et un appui,
nous le répétons volontiers en terminant, dans l'action constante
de la terre. Jean Amade.
Le félibre majorai Baquié-Fonade
]] nous est parvenu la douloureuse nouvelle de la mort du
félibre majorai toulousain Baquié-Fonade.
C'était un enthousiaste de la cause félibréenne ; lors des fêtes
roussillonnaises de la Santo-Estello, il passa plusieurs jours à
Perpignan, et y amena tout un groupe de félibres ; nous n'avons
pas oublié sa bonne humeur et son entrain. Un discours en
langue d'Oc fut prononcé à ses obsèques. L. P.
Don Père d*Alcantara Penya
Le 3i décembre dernier, une fête catalaniste a eu lieu à Palma-
de-Mallorca (îles Baléares) : on a placé dans la' salle municipale
des « Fills illustres de Mallorca » le portrait du poète populaire
Père Penya, mort il y a quelques années.
Parmi ses oeuvres figure un volume, Mosaïco, ayant trait aux
fêtes de toute l'année : Cap d'any, El dissapte dels reys, El
porch de sant Antoni, La revetla de sant Sebastia, El dijous
llarder. Un sermô de corema, La jaya serrada, La fira del Ram,
La processé de las caperutxes, Divendres sant, La tersa de
Pasco, La processé del Corpus, El dta de sant Juan, El bail de
la festa de carré, La diada de sant Bernât, La festa dels Morts,
La fira de sant Tomas, El tihô de Nadal, La colcada. N'avons-
nous pas eu aussi, en Roussillon, de pareilles fêtes?
Pera Penya en a fait des récits poétiques, tantôt descriptifs,
tantôt humoristiques, qu'on lit avec plaisir, tels Lo sermô de corema.
La J^evue Catalane s'associe à l'hommage rendu à la mémoire
du poète populaire de Mallorca. J. D.
Un Sermo de Corema
Tots els divendres de Mars
en la Seu fan bon sermô.
Molts hey van à escoltarlo,
mes : quants de sermô estân farts ?
Predicau, predicadô,
els mes que à sentirvos venen
ni eus escoltan, ni eus entenen,
El predjcar ja es de mes,
Que els sermons qu'avuy s'atenen
Son Ltiures, sous y dîners.
Deys que '1 mon esta perdut,
que el comers camina tort,
que el bon tracto ja s'es mort,
que el Codich es un embut.
Fraret, no crjdeu tant fort
que tendreu escanyadura.
Teniu pcr cosa segura
qu'en materia d'interés,
la bona que mes sura
es Lliures, sous y dîners.
Deys que visquem com à pobres,
que cuydem de ben obrar,
que Deu récompensera
ses nostres virtuoses obres.
Fraret, bé podeu cridar.
La carjtat ja es ofensa ;
ja no hi val la prometensa
del Cel. Els modems obrers
No volen mes recompensa
Que Lliures, sous y dîners.
La amistat, avuy tan rara
que abundava antigament,
ja no's troba facilment
ni per un uy de la cara.
Avuy reyna una altra gent
que du molta d'esponera,
y l'amistat vertadera
la té en la llengua, y no mes.
La amistat que mes prospéra
es hlîures, sous y dîners.
t
^'yf^ (a^oJ
Pages Choisies
p. Corominas. — La Vida Austcra
Liv. 1 — Les Albes de la Vjda. — Chap. V. (L'Avenç : 1908).
Quan el meu amie P... era petit e tornava a casa en sortint
d'estudi, corria a trobar ai pare i a la mare, y amb humil i senzill
respecte Is besava la ma dreta : d'aquesta acciô commovedora en
catalâ en diem Vamhial. He sentit a dir que a l'illa de Mallorca
els fils, quan es fan homes, mai tornen del treball de cada dia
sensé fer humiiment el dolç acato de Vamislat an els seus pares.
... Jo era gran i mai li havia fet altres petons que aquets a la
mcva mare... Al meu pare no vaig gosar a fernhi mai en vida de
petons, i no mes ara, quan va morirse, vaig entrar tôt sol a la
seva cambra a besarli per primera i darrera volta la pell erta i
glassada del seu front.
... A Catalunya, y encara mes en el temps vell, l'amor filial
prenia un aire d'humiltat i respecte. El fill donava al pare o a la
mare 1 tractament de vos o voste, no per senyoriu, sinô per con-
sideraciô de una amorosa autoritat que regia la casa del rie i la
del pobre. El manament mes senzill, com ara 1 demanar el pa a
taula, era sempre acompanyat del vénérable si us plau. Encara
men recordo que al meu carrer les veïnes trobaven exotic i exces-
sivement carinyos que Is fills diguessin papa i marna en comptes
de pare i mare. Les caricies que podien portar una significaciô
igualitaria, com ara Is petons a la cara o a la boca, no solien ferles
els fills an els seus pares. Anem a dir que per vells catalans
aixô dels petons, que avui tant es prodiguen a les criatures, i els
que s fan per saludarse les dones, com els petons en gênerai,
eren considerats unes vegades com una incontinencia del digne
afecte paternal, i lo mes sovint com una porca manifestaciô de
l'hipocresia humana.
Mes hi ha altres pobles, com el frances i el castellà, aont l'amor
filial pren J'aire d'intima i plana companya. Al pare i a la mare
— j8 —
sels tracta de tu, l'humil acciô de Vamistaf hi es poc conepuda, i
els fiUs besen les galtes i fins la boca dels seus pares.
No cal dir que l'amor entre Is pares i els fils tant pot manifes-
tarse amb la respectuosa amistal com amb el bés que s fa a les
galtes o a la boca. Els pares catalans estimen tant als fills com els
de qualsevol altra terra aont no pugi la familia amb un ambent
sentimental tant aristocratie, i perxo no trobo cap raô per alterar
les nostres velles costums i apendre manyagueries que no diuen
amb el nostre caracter. Ni hem de fer prosselits en els altres
pobles, a qui ofendria 1 glaç de la nostra rudesa, ni hem de per-
dre aqueixa digna austeritat de les nostres relacions filials, que
tant suaument dobleguen l'individualitat indomita del catalâ al jou
d'altres yérarquies no tant estimades com aquesta.
A dintre d'aqueixa tonica nacional, tant dificil de rompre brus-
cament si no s vol caure en el perill de passar per extravagant
o bûtxara, a cada familia hi sol haver una llei propria pels petons,
per les lloances i per tota mena de caricies. Un amie meu del
Empordâ havia ensenyat al seu fiU a pegar un cop de puny à la
cara que se li acostava per fer li un petô...
Primera Pcna
A n'hont vas hermosa nineta ?
Es tard y jo te veig inquiéta ;
Qu'espéras, l'ayre pensatiu,
Bonica nineta a J'uU viu ?
Que fas cap a la font, minyona?
Ton poal es plé ja fa 'n' estona,
L'auceJ] ha tornat dins son niu,
Bonica nineta a l'ull viu.
Aqui hont ets, altra vegada,
Al bras de ton promés lligada
— «9 —
T'hé vist, las dolças nits d'istiu,
Bonica nineta a l'ull viu.
Jo se lo que fa ta trjstessa,
Ton jove ha trahit sa promessa
Y de ton amor ell s'en riu,
Bonica nineta a l'uU viu.
Fins are sens cap malfiança,
Ai cor ets guardat l'esperança,
L'amor de confiança viu,
Bonica nineta a l'ull viu.
L'amor es cosa que vos crida,
Que desprès se torna mentida ;
N'hom creu, n'hom estima, y patiu,
Bonica nineta a l'ull viu.
T'en vas apolit a caseta,
La lluna s'amaga discreta,
Fa nits y no s'ou pas cap piu,
Bonica nineta a l'ull viu.
Axuga dins la nit serena
Lo plor de ta primera pena
Dins ton ull negat de l'adiu,
Bonica nineta a l'ull viu.
(Millâs) V. Peix.
Extrait de mil y un pensaments
Si la vida es una comedia, los cômichs son cômichs duas
vegadas.
Los cegos troban totas las donas guapas ; ios tontos troban
totas las ideas bonas.
La Langue Catalane
et son uHlité pédagogique
^^aO
(Suite)
3'-' LEÇON — Bernai d'Oms
En 1474, une armée française vint s'établir entre le Vernet et Perpignan,
s'étendit ensuite dans la Salanque, puis jusqu'à Elne qui fut prise (5 décem-
bre (1474). Bernât d'Oms, défenseur de cette place, fut arrêté, conduit au
château de Perpignan et décapité pour avoir fomenté l'insurrection après sa
prestation de serment de fidélité au roi de France (d'après Pierre Vidal,
fiistoire de la Vilte de Perpignan).
Le poète fait parler Bernât d'Oms :
Au ! fadrins catalans, cordauvos l'espardenya ;
Tu, segador, deixa ton blat.
Del cim de Madaloch un foch roig nos ensenya
Que lo Francès, â nit, darrera una alta penya,
Lo traydor ! s'es ell amagat.
Guerra 6 esclavitut ! — nos diu eixa nissaga.
Minyons ! ancm ! lo ferro al puny !
Que cada colp, per ells, sia una mortal plaga ;
Que cayga l'enemich com eau sota la daga
L'espiga en los primers de juny !
Y que fem de sembrar la terra abondadosa,
Si l'estranger, al cap d'un poch,
Repînya 'Is nostres fruits ab sa ma temerosa ?
Primer que 'Is camps daurats ell trepitjar ne gosa
Llamp de llamp ! hi calarem foch.
Del crue) esparver en les ungles urpida,
La ciutat d'Elna es dins l'esglay.
Homes valents, ohiu la pâtria que vos crida,
La pàtria que badalla y que 's veu escarnida?
Elna morir ! no ho sera may !
I
21
Quants son ? y que us fa ! Prou desprès la batalla,
L'escorbàs y los Dops cervès
Ja sabrân los comptar ! Apa ! gafeu la dalla !
Estassem y matem, ardits en la baralla ;
Y si sem pochs, ja serem mes !
J. BoNAFONT, Jlys.
Explication du Texte
Par ces strophes enflammées qui constituent un admirable cri
de guerre contre l'envahisseur, le poète semble avoir voulu mon-
trer au lecteur l'énergie incomparable de la langue catalane. Et il
y a pleinement réussi. Il est impossible de ne pas se sentir
ému à cette lecture.
Bernât d'Oms annonce l'arrivée des Français devant Elne et
conseille la résistance à outrance : « Plutôt que de leur laisser
piétiner nos moissons, dit-il, nous y mettrons le feu ! Hommes
vaillants ! la patrie vous appelle aux armes ! Elne ne peut pas
mourir!... Vous voulez savoir si nos ennemis sont nombreux?
Que vous importe ! Les corbeaux sauront bien les compter après
la bataille. »
Vocabulaire
au! interjection qui signifie Debout!
fadrins, garçons, jeunes gens
cordauvos, lacez (vous)
espardenya, espadrille
segador, moissonneur
JHadaloch, pic des Albères
ensenyar, annoncer
penya, rocher
traydor, traître
esclaviîul, esclavage
nissaga, race
puny, poing
morlal plaga, plaie mortelle
c[ue cayga, qu'il tombe
daga. dague ; ici mis pour faucille
espiga, epi
los primers dejuny, les premiers Jours)
de juin
sembrar, semer
abondadosa, abondante
repinya, ravit
temerosa, téméraire. On dit plutôt
temeraria
trepitjar, piétiner
gosa, ose
hi calarem foch, nous y mettrons le
feu.
esparver, épervier
en les ungles urpida, en proie aux
griffes (serres) de l'épervier
esglay, effroi, épouvante
badalla, bâille; ici : pousse le dernier
soupir
escarnida, bafouée
escorbas ou corbas, corb, corbeau
los llops cervers, les loups-cerviers
gafeu, pour a gafeu, prenez
estassem du verbe estassar, tailler au
ras du sol. Ici on peut traduire
par : renversons.
matem, tuons
baralla, querelle, dispute, lutte
— 2i —
Exercices
Traduction française du texte. — Rechercher l'exacte propriété
des termes afin de conserver à la traduction le ton violent du
texte. Voir les conseils contenus dans la i" leçon.
Composition catalane. — Résumer le texte en catalan et le plus
brièvement possible.
Composition française. — Faire la traduction libre du texte en
suivant simplement le plan adopté par Tauteur.
Conjugaison bilingue. — Verbe sembrar et verbe semer au futur
simple. Conjuguer sur ce modèle le verbe Irepitjar et piétiner.
Indicatif Futur
Yerbe sembrar Verbe semer
sembrarè je sèmerai
sembraras tu sèmeras
sembrarâ il sèmera
sembrarem nous sèmerons
sembrareu vous sèmerez
sembraran ils sèmeront
Notes grammaticales
L'accent tonique. — 11 y a deux sortes de syllabes : les sylla-
bes toniques ou accentuées et les syllabes atones ou muettes. La
syllabe tonique est celle sur laquelle tombe l'accent tonique. En
français, elle est toujours la dernière, sauf quand le mot est ter-
miné par un e muet. En catalan, l'accent tonique tombe tantôt sur
la dernière syllabe du mot, tantôt sur la pénultième, tantôt sur
l'antépénultième.
Quand la dernière syllabe est tonique, le mot est aigu.
Ex. : fzdrins, cztnîans, scgador, Mada/oc^ sont des mots aigus.
Quand la pénultième est tonique, le mot est grave.
Ex. : espar^enya, nissagn, temerosa sont des mots graves.
Quand l'antépénultième est tonique le mot est esdruxol.
Ex. : miisica, època, /a'brica, a'iiga sont des mots esdruxols.
Le texte ne contient aucun mot esdruxol.
La syllabe tonique d'un nom ou d'un adjectif est toujours la
même quand le mot change de genre ou de nombre. Ainsi pa^^ès
— 23 —
(paysan) nom aigu, devient nom grave en passant au féminin :
pa^esa et au pluriel des deux genres : pao^esos, pa^^^eses.
De même les adjectifs graves, comme zsplènd'id (splendide)
deviennent adjectifs esdruxols en passant au féminin : esp/endida,
es/j/endides, mais restent graves au masculin pluriel : csplend'ids.
4-^ LEÇON — Fam y Sanch (1475)
André Bosch raconte que les Français firent un jour prisonnier le fils de
Jean Blanca, pren\ier consul de Perpignan, et qu'ils décidèrent de profiter de
leur capture pour obtenir la reddition de la place. Ils firent savoir à Blanca
que s'il ne leur ouvrait pas les portes de la ville, ils tueraient son fils sous ses
yeux. Le consul répondit qu'il n'en ferait rien, car l'amour pour son fils ne
devait pas lui faire oublier ses devoirs envers la patrie. Sur l'heure, le mal-
heureux prisonnier fut étranglé.
11 est difficile d'ajouter foi à cet épisode du siège de Perpignan, quelque
beau qu'il soit, car Bosch ne donne aucune preuve de son assertion. Ce qui
est certain, c'est que le fils de Jean Blanca fut exécuté le i3 décembre 1474
au château de Perpignan avec Bernard d'Oms. ( D'après Pierre Vidal, Histoire
de la Ville de "Perpignan) .
La nit, en Perpinyâ, negra ja s'ajocava.
Quai lo sospjr d'un mort, la caveca jitava
Son crit esglayador ;
Ays, gemechs, clams de dol saJlen de cada casa ;
A la Llotja de Mar, sols una groga brasa
Ne trenca la foscor.
Aganyits per la fam, roblegada i'esquena,
Los homes pels carrers, com fantasmes en pena,
Ab desvari se'n van ;
O be, desacorats, aciucant Dur parpella.
En un recô de llar, al peu d'una capella.
Sensé eyma se estân.
Escampada pels camps, defora se desplega
L'Armada de) Francès, que torna cercar brega
A n'als ferms sitiats.
— 24 —
Ixen los catalans, y al plâ de Malloles,
Estassen l'enemich, com fa en les ayroles
Lo follet pels sembrats.
« Guerra als Franchs ! Perpinyâ prou sera la resclosa
Hont vindrân s'esgrunar llur odi rabiosa,
Llur set de'ns destruhir.
Primer la mort antes que sota la bandera,
Sota '1 penô malvat d'eixa rassa estrangera
Tinguem de 'ns colltorcir 1 »
(A suivre) J. Bonafont, y^ys.
Explication du Texte
Après avoir fait la description de Perpignan pendant une nuit
de cette année terrible où la guerre, la peste et la famine déci-
maient la population, après nous avoir montré les habitants, affa-
més et découragés, parcourant les rues, semblables à des spectres,
puis combattant contre les Français dans les environs de Malloles,
le poète met dans la bouche des défenseurs de Perpignan des
paroles patriotiques admirables qu'on peut résumer ainsi : « Plu-
tôt mourir que se soumettre ! »
Vocabulaire
s'ajocava, tombait, s'étendait
quai, mis pour lai, tel
caveca, chouette
esglayador, effrayant
ays, soupirs
gemechs, gémissements
clams de dol, clameurs lugubres, cris
funèbres
Llolja de mar. Loge de mer
groga brasa, braise jaune
trenca, cou^e. Ici : interrompt, rompt,
empêche, fait cesser.
foscor, obscurité, ténèbres
aganyits, anémiés, épuisés
roblegada l'esquena, l'échiné courbée
fantasmes, fantômes, spectres
desvari, délire, malaise, égarement
desacorats, découragés
aclucant, fermant
ayroles, aires
follet, maladie du blé
sembrats, les grains semés
resclosa, écluse. Ici : digue
s'esgrunar, s'émietter. Ici : se briser
odi, haine
rabiosa, rageuse, furieuse
antes que, avant que
bandera, drapeau
pend, pennon, étendard
malvat, scélérat
colltorcir, courber la tête
parpella, paupière
recô de llar, coin du foyer
sensé eyma, inconscient
cercar brega, chercher querelle
sitiats, assiégés
ixen los Catalans, les Catalans sortent
estassen, renversent, abattent
— 25 —
Exercices
Traduction française du texte. — Quelques mots et quelques ex-
pressions étant assez difficiles à traduire, on devra redoubler
d'attention.
Composition catalane. — Résumer le texte en catalan, et intro-
duire, si possible, dans ce résumé quelques jolies expressions
catalanes.
Composition française. — Rédiger le plus lugubrement possible
les idées contenues dans les deux premières strophes et en faire
un sujet de description que l'on intitulera : Une nuit de siège à
Perpignan en 1475
Conjugaison bilingue. — Verbe Irencar et verbe couper au con-
ditionnel présent. Conjuguer sur ce modèle jitar et jeter.
Conditionnel Présent
Verbe irencar Verbe couper
trencaria ( 1 j je couperais
trencaries . tu couperais
trencaria ' il couperait
trencariem nous couperions
trencarieu vous couperiez
trencarien ils couperaient
Notes grammaticales
La contraction de l'article. — La contraction de l'article a lieu,
comme en français :
1° Au masculin singulier :
du (contraction de de le) correspond à del contraction de de 16) ;
Ex. : l'armada del Francès.
au (contraction de à le) correspond à al (contraction de d lo) ;
Ex. : al plâ de Mallolles ; al peu d'una capella.
1° Au masculin pluriel :
des (contraction de de les) correspond à dels (contraction de de los);
Ex. : lo follet dels sembrats.
aux (contraction de à les) correspond à als (contraction de d los) ;
Ex. : Guerra als Franchs ; als ferms sitiats.
Au féminin singulier, il n'y a contraction ni en français ni en
catalan :
(1) En Roussillon on dit aussi : trencarii.
•— 26 —
de la, à îj, se traduisent en catalan par de la, à la ;
Ex. : lo crit esglayador de la caveca ; à la Llotja de mar.
le cri effrayant de la chouette ; à la Loge de mer.
Au féminin pluriel, il n'y a contraction qu'en français :
des (contraction de de les) correspond à de les qui ne se contracte
pas; .
Ex. : los clams de dol sallen de les cases.
les clameurs funèbres partent des maisons.
aux (contraction de à les) correspond à d les qui ne se contracte
pas;
Ex. : lo blat es â les ayroles.
le blé est aux aires.
On trouve là l'explication de cette faute si commune chez les
jeunes Roussillonnais : les fenêtres de les maisons ; les robes de les
femmes.
Ce qu'on ne s'explique guère, c'est que la même faute soit
commise lorsqu'il s'agit d'articles qui se contractent en catalan.
Ex. : le blé de le moulin, lo blat del moli.
donner à le pauvre, donar al pobre.
les livres de les enfants, los llibres dels nins.
donner à les pauvres, donar ah pobres.
11 faut croire que la lettre finale /, sonnant fort dans la con-
traction catalane est la cause de cette incorrection.
La contraction de l'article avec per donne lieu à une autre con-
fusion toute naturelle: par et pour étant, l'un et l'autre, la traduc-
tion de per, il n'est pas surprenant d'entendre un enfant dire ceci :
Je passe pour le chemin (pel cami),
au lieu de : Je passe par le chemin (pel cami).
Cet emploi incorrect de pour le au lieu de par le est très fré-
quent. Nous avons rarement entendu, au contraire, par le au lieu
de pour le. Les enfants disent fort, bien : Ceci est fait pour le
père (aixo es fet pel pare) et non : Ceci est fait par le père (aixô
es fet pel pare).
Cela tient peut-être à ce que le mot pour est l'un des plus inté-
ressants du vocabulaire enfantin. C'est, en effet, le mot qui revient
inévitablement à chaque distribution : Ce gros gâteau sera-t-il
pour moi ou pour lui ? Question angoissante où pour est comme le
premier mot d'une énigme dont le petit égoïste ne saura que plus
tard l'explication !
(A suivre) Louis Pastre.
HISTOIRE LOCALE
Gabriel de LLUPIA
Procureur royal
Lieutenant-général de T^oussillon , Cerdagne et Jlmpourdan
Commandant du Château majeur de Perpignan
Gabriel de Llupia était le fils aîné de Louis de Llupia,
procureur royal de Roussillon et de Yolande de Saragosse.
11 embrassa, encore jeune, la carrière des armes. Son grand-
père maternel, Bernard Xanxo avait été le riche armateur
perpignanais dont les navires marchands avaient longtemps
sillonné les eaux de la Méditerranée, sur le déclin du xv^
siècle. Après avoir acquis une fortune considérable, Bernard
Xanxo avait fait bâtir, vers iSio, l'élégant hôtel en style
gothique que l'on admire encore dans la rue de la Main de
fer. L'oncle paternel de Gabriel de Llupia, Thomas de Llupia,
fut abbé commendataire de Saint-Pierre de Rodes, alcayd
du château de Salses et possesseur de la fameuse gdMxzLupia-
na, qiîe montaient quatre-vingt quatre esclaves ou forçats. En
iSjS, Gabriel de Llupia s'enrôla dans la flotte de don Juan
d'Autriche qui mouillait dans les eaux de la Méditerranée
et passa en Italie. Gabriel de Llupia demeura trois ans sous
les ordres du vainqueur de Lépante. Le 5 février i 58o, son
oncle, l'abbé Thomas de Llupia, vint à décéder. Gabriel de
Llupia prit alors le commandement de la galère Lupiana.
Durant l'hiver de i58i, il s'embarqua sur le galéon San-
Phelipe et servit sous les ordres du capitaine-général Alvaro
de Basan, marquis de Santa-Cruz. 11 prit une part active
aux expéditions entreprises par Philippe 11 successivement
contre le Portugal et contre la France. Gabriel de Llupia
fut le premier de la flotte espagnole qui mit pied à terre
— 28 —
pour monter à l'assaut des fortifications et des retranche-
ments de l'ennemi. Son père, Louis de Llupia, procureur
royal de Roussillon et de Cerdagne, étant mort en 1589, le
roi d'Espagne lui offrit la succession à cette charge. Gabriel
de Llupia se dessaisit alors de la galère Lupiana en faveur de
la couronne. Pour l'indemniser, Philippe 111, lui fit cession,
le i3 mars 1606, de la seigneurie de Conat, des revenus de
Prats-de-Mollo et des scrivanies de la viguerie du Roussil-
lon et Vallespir, ainsi que de celles du bailli de Perpignan.
Le souverain lui accorda un délai de douze ans pour solder
au trésor les arrérages dûs par son père ; les premiers mem-
bres de la noblesse catalane, Balthazar d'Oms, Séraphin
des Vivers, Galcerand de Sent-Menat, son frère Jean de
Llupia et son cousin Bernard de Llupia, fournirent caution
pour assurer au nouveau procureur royal la possession de
son office.
Au début de son administration, Gabriel de Llupia ne
respecta pas les libertés et les immunités ecclésiastiques.
L'évêque d'Elne, François Robuster y Sala porta contre
lui une sentence d'excommunication, et le 28 juin i593,
on vit le procureur royal, entouré de ses officiers subal-
ternes, debout, aux pieds du maître-autel de Saint-Jean, à
Perpignan, écouter la tête découverte, l'arrêt canonique
porté contre lui et ses agents. En 161 3, Gabriel de Llupia
unit ses destinées à celles de sa nièce Françoise de Bal-
laro de Llupia, la fille de sa sœur Angèle. Les dispenses
d'empêchement de consanguinité avaient été accordées
par le pape Paul V et rendues exécutoires par l'official
du chapitre d'Elne. On s'aperçut plus tard d'un vice de
forme survenu dans l'acte de fulmination du document pon-
tifical ; celui-ci aurait dû être notifié aux intéressés par
l'évêque et non par la chambre de l'officialité capitulaire.
On recourut de nouveau à Rome, et ce ne fut qu'en 1621
que Grégoire XV porta absolution de Gabriel de Llupia et
de sa nièce, devenue son épouse.
— 29 —
Le 11 octobre i6i5, Gabriel de Llupia fut nommé
Gouverneur intérimaire des comtés de Roussillon et de
Cerdagne, en remplacement de Guillaume de Ivorra, décédé.
11 exerça durant un an ces hautes fonctions, jusqu'à la
nomination de Christophe de Gallart y Traginer au poste
de Gouverneur de Roussillon.
Durant le temps qu'il passa à la tête du Gouvernement
civil de la province, Gabriel de Llupia se fit remarquer sur-
tout par un trait de dévouement et de généreux désintéres-
sement. En i6i6, vingt-deux compagnies de soldats espa-
gnols arrivèrent à Collioure, dénuées de ressources efdéci-
mées par la maladie. Pendant trois mois, Gabriel de Llupia
les ravitailla et les entretint à ses frais; il procura aussi deux
cent lits aux malades. Plus tard, Philippe IIl fit à Gabriel
de Llupia une offrande de quatre' mille ducats pour le récom-
penser de son geste de patriotique générosité. En 1621, ce
prince nomma Gabriel de Llupia à l'office de lieutenant-
général en Roussillon, Cerdagne et dans l'Ampourdan. 11
lui confia en même temps le commandement du château
majeur de Perpignan qui était réduit à la dernière extrémité.
Dans le but de remédier à cette lamentable situation,
Gabriel de Llupia dépensa en un an plus de six mille écus,
de ses propres deniers. Le 14 août de cette même année, il
perdit son fils unique Thomas. Lui-même ne tarda pas à
descendre dans la tombe. Ses obsèques magnifiques furent
célébrées dans l'église Saint-Jean de Perpignan, le 21 octo-
bre 1623. Son corps revêtu de la bure franciscaine fut
provisoirement déposé dans le caveau de famille, creusé
dans la chapelle de Notre-Dame dels Correchs, au vieux
Saint-Jean. En exécution de ses dernières volontés, il fut
plus tard transféré dans la chapelle de Sainte-Gertrude
nouvellement édifiée dans l'église des Dominicains de Per-
pignan. Entre autres œuvres de bienfaisance, Gabriel de
Llupia fit un legs de mille réaux pour entretenir deux
lampes dans la chapelle de Saint-Gaudérique, à l'abbaye de
— 3o —
Saint-Martin du Canigou. A sa mort, il ne laissa qu'une
fille Marie, religieuse au couvent de Sainte-Claire, à
Perpignan. Sa veuve, Françoise, convola, deux ans plus
tard (1625), en secondes noces avec son cousin-germain,
Gabriel de Llupia, fils de Jean de Llupia. Celui-ci succéda
à son frère dans la charge de Procureur royal.
Abbé Jean Capeille.
Archives des Pyr.-Or. B. SyS, 378, 38o, 384, G. 241, E (Titres de
famille ) 40 1 .
Textes catalans
1452. G. Bolet, notaire d'Elne. (Arch. départementales A.
108. Manuel, feuillet détaché).
J{èglement pour le Préposé de l'Hôpital des pauvres, à Elne.
Capitols fets e formats de volentat e consentiment dels vénéra-
bles Consols d'Elna, entre lo Procurador del spital dels pobres
d Elna, de una part, e lo Spitaler o régent la casa del dit spital,
d'altre part;
Primo lo dit spitaler qui vuy hi es ho per temps esdevenidor
sera, pendra tots los mobles e robes e qualsevulla asines del dit
spital ab inventari, e aquelles gardara e servara de tôt son poder,
e aquelles restituira al Procurador del dit spital... totes vegades
que request sera.
Item sapia lo dit spitaler que ell tendra la casa del dit spital
uberta de dies e de nits, so es les hores que necessari sera per
recuUir les pobres, tant sans quant malalts, qui en lo dit spital
vindran per dormir o recullirse, e anaquells aura bon solas, e los
fara bona companya, e los régira els governara be e diligentment,
e lo vespre, quant se deuran colgar, anaquells donara roba e lits
a ells necessaris del dit spital, e la compartira entre los dits
pobres [com] millor pora, segons son veyares e sa bona conscien-
cia dictara ; e aixi ho jurara.
Item... que ell, quascuna nit o vespre, ensendra e illuminara la
— 3i —
lantesa del dormidor del dit spital, e la dobara, e y metra oli
necessari, en tal manera que la dita lantesa crem tota la nit quant
pobres hi dormiran, e de mati, pus dies sia fet, aquella apagara,
e asso fara ab aquella millor diligencia que pora ; hi aixi ho
jurara.
Item... que ell servira e procurara los malalts qui a dit spital
seran, e aquells de nits e de dies vesitara, e los cosinara, e los
apparellara viandes necessaries, sucres, confits e altres madassines
los donara, aixi com per lo vénérable metge o sururgia los sera
ordinats, a la hora que per ells sera assignada, e aquells sucres,
confits, polveres, em.pastres o madacines lo dit spitaler hira pen-
dre a la casa de aquell specier que lo dit Procurador li dira, e
asso fara ab tota aquella millor diligencia que pora'; e aixi o
jurara.
Item... que ell pendra pa, \'i, carn e oli de aquells locs e per-
sones que lo dit Procurador li dira, per la servitut dels pobres e
malalts qui en lo dit spital vindran, seran e estaran, e que aquell
pa, vi, oli, carn, sucres, confits e altres madacines que per los dits
pobres e malalts aura près, e per servitut de aquells, ell de tôt
son poder gardara e aprofitara a profit e utilitat dels dits pobres
e de la casa del dit spital, e de aquells ell per son propri us non
asemprara, ni altres persones non menjaran, nin beuran, ni cre-
maran, si donchs lo dit pa e vi a total perdicio no venien ; e aixi
ho jurara tant lo spitaler e sa muller quant la sua famillia.
Item... que ell lavara e bugaderara la roba del dit spital, e
aquella e los malalts, tant en lo lit quant fora lit, nets tindra, e
la casa e dormidor del dit spital, e engranara, escombrara, e si
necessari sera, fera los lits de palla huzada (?) e de palla nova, so
es de aquella palla que lo Procurador portar li fara, garnira, a
coneguda del dit Procurador, totes vegades que per lo dit Procu-
rador request sera... e ho jurara.
Item... que lo dit Procurador li fara tirar tanta de lenya com
lo dit spitaler aura necessaria per la servitut dels dits pobres qui
al dit spital vindran ; e aquella lenya lo dit spitaler despendra en
aquesta manera, so es en coure les viandes dels malalts, en scal-
far draps, quayros, testoles, enguents, untaments, en fer bugades
ho ruscades per la roba del dit spital, e aiximatexs per escalfar
los pobres malalts qui a la dita casa seran, e en temps de fredor
— 32 —
per cscalfar les altres pobres qui en la dita casa revendran o seran,
aixi corn sa bona conciencia dictara. Empero es entés que lo dit
spitaler de la dita lenya no pendra ni cremara per sa servitut ; e
aixi ho jurara...
Item... que ell ni sa muller ni sa companya ni altres propris
parents ni amichs que ell aia, ni ostes que en sa casa, o per ell,
o sa muller, o fills, o filles que aia, en lo dit spital vinguessen
per jaure o estar, no s'asemprara o sampraran de la roba del dit
spital, lansols, flassades o banoes de aquell, sens licencia del Pro-
curador del dit spital o Consols de la dita Ciutat, per jaure ni
per fer altres paraments.
Item... que ell prestara als homes e persones de la Ciutat les
banoes, so es aquelles que servexen per cobrir los cossos e albats
de la dita Ciutat que porten per sebellir, e aiximatexs dels altres,
segons les condicions de les persones en qui auran a servir : e
aquelles, apprès que los albats o cossos serien cebellits, recobrara
e sera euros de recobrar per tôt son poder ; e aixi ho jurara.
Item... que ell aura, per tots los treballs d'amont dits que fara,
quascun any deu lliures e deu sous per quatre o per très o per
dos euguals pagues, so es segons lo temps que aura servit, e aixi-
matexs aura, per quascuna bugada que fara ho fer aura necessa-
riament, per fer bella la roba del dit spital, très sous.
R. DE Lacvivjer.
LIVRES ^ REVUES
Don Francesch Matheu
Nous avons reçu un volume de Poésies, de Don Francesch Matheu, de
Barcelone, édité par la colecciô « Varia ».
Ces poésies sont classées sous les titres de Del reliquiari, Brindis, De ma
garba, Cansons ; mais elles sont précédées du célèbre Diseurs presidenciaî en
vers, prononcé par l'auteur aux Jeux Floraux de Saint-Martin du Canigou
(1902).
Du Félibrtge
Le Consistoire du Félibrige vient de publier une brochure : "Enquesto sus
la reforma de l'Est atul felibren, T^aporl e avant-projet. Souhaitons que ce nou-
veau règlement, loyalement accepté par tous les félibres, donne un nouvel
essor à la renaissance des langues méridionales.
Le Gérant, COMET. — Imprimerie COM ET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan.
5' Année. N 50 15 Février 1911.
Les Manuscrits non insères
ic sont oas renaus.
Les Articles oarus aans la Revue
1 engagent aue leurs auteurs.
REVUE
CATALANE
c^Tsi. :{§'>.S.c?80v^cî§Ts&c«8'>.i. «^OvS.c^TsS.c^'îv^ c^TS^ c^OsS-t^gOvic^OsS. £^'3si.<^Qsi,t^Oy5, c{gOsi,(^^^si,
M. Vergés de Ricaudy
C'est au moment où l'avenir de la Société d'Etudes Catalanes
et de son organe mensuel était enfin assuré, où notre cher prési-
dent recevait la juste récompense de ses efforts, c'est au moment
même où notre mouvement en faveur de l'idée catalane ralliait à
cette dernière de plus en plus d'amis et de partisans, que l'aveu-
ale mort est venue frapper celui qui se dévouait avec tant de zèle
à l'organisation de nos forces de propagande. Comment aurions-
nous pu croire que le parfait équilibre de ce cerveau et de cette
volonté dût sombrer aussi vite sous les puissances ténébreuses de
destruction ?
La Société d'Etudes Catalanes et la J^evue Catalane lui doivent
tant, en vérité, qu'il leur est bien difficile aujourd'hui de témoi-
gner à 1 un de leurs fondateurs les plus enthousiastes des marques
assez vives de leur reconnaissance, pourtant si profonde, et de
leur attachement, pourtant inaltérable jusque dans la mort ? Et
nous qui avons un tel devoir à remplir, notre main tremble en
écrivant ces lignes, parce que les souvenirs affluent à notre
mémoire et que nous nous demandons si notre tristesse nous per-
mettra de trouver pour notre sentiment une expression digne de
lui.
M. "Vergés de Ricaudy réunissait toutes les qualités nécessai-
res pour remplir ses délicates fonctions de président. Il avait,
certes, ses opinions et ne craignait pas au besoin de les affirmer
dans sa vie civile ; mais il gardait toujours le respect des opinions
d'autrui, et trouvait tout naturel qu'on ne partageât point les
siennes : état d'esprit bien rare de nos jours, et qui exige non
seulement cette disposition naturelle, mais l'éducation volontaire et
constante du jugement ! Nous demandons à grands cris la liberté,
mais cette liberté nous la voulons pour nous, non pour les autres.
M. Vergés de Ricaudy avait l'âme plus noble, et portait même
très haut la faculté de tolérance, faite de droiture autant que
d'humanité. Aussi, pouvait-il trouver des adversaires dans le camp
opposé, mais même chez eux il n'avait encore que des amis.
— 35 —
Ce n'est pas, il faut qu'on le sache bien, une chose toujours
très facile que d'être président d'une société comme la nôtre, qui
a la prétention non seulement de vivre, mais d'agir, qui veut con-
cilier dans un même sentiment et faire communier dans un même
idéal les caractères et les tempéraments parfois les plus opposés.
Que d'amours propres à ménager, de susceptibilités à rassurer, de
malentendus à éclaircir ! M. Vergés de Ricaudy le faisait d'un
mot, d'un geste, d'un sourire, ayant le secret non seulement de
ne blesser personne, mais de faire oublier chez les autres les
motifs de discorde, si prompts à naître chaque jour. Sa douceur
et sa bonté, bien connues de tous, sa nature serviable et géné-
reuse, son cœur loyal, son amitié sûre, en faisaient un homme
extrêmement précieux pour la direction d'une société et d une
revue.
Joignez à cela son dévoûment sans borne à la bonne cause une
fois acceptée, son activité méthodique et intelligente, sa pré-
voyance et sa vue exacte des choses, et vous comprendrez quelles
raisons sérieuses nous avons tous ici de déplorer la perte de cet
homme. 11 est des tâches fastidieuses pour tous ceux qui ont pris
à charge la régularité harmonieuse d'une fonction. Comment
trouver en soi assez d'énergie ou de philosophie pour en venir à
bout, pour ne pas perdre courage et ne jamais se départir de sa
sérénité ? Nous n'avons pas connu chez M. Vergés de Ricaudy
un moment de défaillance, et, si ses occupations personnelles
l'obligeaient parfois à concentrer sur elles toute son attention, il
nous revenait toujours avec les mêmes dispositions bienveillantes.
Ses obsèques ont donné lieu à une impressionnante manifesta-
tion de sympathie. Toutes les opinions politiques et religieuses,
on peut bien le dire, se coudoyaient dans le cortège imposant
qui le conduisit jusqu'à la tombe. Admirable exemple ! C'est
ainsi que nous aimerions toujours voir, respectueusement unis
pour une oeuvre commune, les hommes soucieux d'assurer la
grandeur, la force et la prospérité de notre Roussillon. Lorsque
Lo Pastorellet de la Vall d'Arles, choisissant, par une heureuse
inspiration, la belle langue catalane pour adresser un suprême
adieu à notre président, célébra d'une voix émue, mais énergique,
les charmes et la valeur de son amitié, il n'y eut qu'un sentiment
dans toute la foule, où s'exalta l'amour de notre terre et de ses
— 36 —
traditions. Rendons grâces au Pastorellet d'avoir su faire, en cette
triste circonstance, oeuvre de patriote ardent et sincère, et donner
chez nous à l'oraison funèbre le mode d'expression qui naturelle-
ment devrait lui revenir : après son magnifique discours de la
Cathédrale Saint-Jean lors des fêtes de juin, ce nouvel acte prend
une valeur significative et ne manquera pas d'avoir son importance
pour nous.
Comme catalanisant, on ne peut pas dire que M. Vergés de
Ricaudy ait écrit beaucoup. Mais c'est en qualité d'organisateur
qu'il rendait surtout service à notre langue et aux lettres roussil-
lonnaises. Nous avons besoin des écrivains et des artistes ; ils
donnent une forme à nos rêves et nous préparent les satisfactions
idéales qui sont à l'àme ce qu'est la nourriture au corps. Mais
nous avons besoin encore d'hommes d'action. Le régionalisme
n'est pas seulement œuvre de poètes : ceux-ci font germer les
moissons merveilleuses, épanouissement de leur âme en union avec
la terre ; mais c'est le laboureur qui marque les sillons, améliore les
cultures d'une main infatigable, veille sans cesse à la bonne direc-
tion des travaux et assure la récolte de demain. Le rêve et l'ac-
tion sont les deux côtés ou comme les deux parts de la vie des
hommes. M. Vergés de Ricaudy s'était consacré corps et âme à
la seconde, c'est-à-dire à l'oeuvre vivante et agissante, pour laquelle
il se sentait mieux préparé.
11 y avait même, quand il voulut bien se charger de la prési-
dence, que nous lui demandions instamment d'accepter, un réel
mérite à se mettre ainsi en évidence. Tant de scepticisme, d'in-
souciante incrédulité nous entourait alors, que c'était une forme
du courage civique que de prendre devant l'opinion des responsa-
bilités de cette nature. M. Vergés de Ricaudy les prit pour son
propre compte avec une telle assurance, une telle confiance et
une sérénité d'âme si naturelle que nous étions sûrs déjà de la
réussite. Le succès des fêtes catalanes de juin fut ,1e couronne-
ment de sa foi et de sa peine. Aucun de nous ne les a oubliées,
et, si nous devons joindre au nom de M. Vergés de Ricaudy
ceux de nos excellents amis MM. Jules Delpont et Emile Boix,
nous savons tous quelle part importante il a prise dans la prépa-
ration, si délicate pourtant, de ces réjouissances et de ces céré-
monies, où le Roussillon accueillant avec joie les frères de Pro-
- 37 -
vence, de Languedoc, de Gascogne et de Catalogne, et chantant
un hymne d'amour, de gloire et de beauté rayonnante, sentit
palpiter son cœur en un émoi nouveau, fait de surprise autant que
d'espoir et de tendresse.
Suivons donc l'exemple qu'il nous a donné. Restons fidèles à
nos foyers et restons dignes de notre sang. Cultivons en nous,
autour de nous, ces sentiments éternels d'une sûre fécondité. Et
gardons toujours le souvenir de l'homme dévoué autant que sage
qui sut mener, d'une âme chevaleresque, les bons combats pour
le Roussillon de nos aïeux, le Roussillon du Canigou, le Roussil-
lon de la k.mière ! Demain, nous verrons jaillir de nos sillons
plus de beauté, plus de merveilles : conservons dans notre cœur
une des places les plus intimes et les plus chères pour l'un des
hommes qui ont travaillé à préparer ainsi les moissons futures avec
ie plus d'ardeur et de conviction.
Jean Amade.
Les Obsèques
Les nombreux amis de M. Emmanuel Vergés de Ricaudy, les
sociétés, les groupements dont il faisait partie, ont tenu à lui
faire un cortège aussi imposant qu'ému.
Dès neuf heures du matin, le quai Vauban était noir de
monde. Nous voyons successivement arriver YUarmonie de Perpi-
gnan, VOrphéon, VAmicale de la Police, une délégation de VEcho
du T^oussillon avec son drap d'honneur, les Elèves du Cours Main-
tenon, une délégation de la Société d'Eludés Catalanes avec son
drap d'honneur, et une délégation de la Société Agricole, Scien-
tifique et littéraire des Pyrénées-Orientales, les Anciens "Elèves de
Saint-Louis, le Conseil des Directeurs de la Caisse d'Epargne ;
le Comité de Charité dont le regretté défunt était l'un des vice-
présidents avait envoyé une magnifique couronne portée par deux
appariteurs de la Ville.
La Société Saint-Joseph, qui avait M. Vergés de Ricaudy comme
président, était très largement représentée. Le cortège se mit en
marche, précédé de YUarmonie jouant des marches funèbres.
Le deuil était conduit par les fils et le beau-fils du défunt et
par S. G. Mgr Izart, évêque de Ramiers.
— 38 —
Sur tout le parcours de la maison mortuaire à la basilique
Saint-Jean, la foule se découvrait respectueuse et muette.
Au cours de l'office divin, VOrphéon de Perpignan, sous l'habile
direction de M. Modat, son nouveau chef, exécuta, avec beau-
coup d'expression, les Derniers moments de Gilbert, harmonisés par
M. Gabriel Baille, le maestro toujours regretté.
Le trajet de la basilique au vieux cimetière Saint-Martin se fit
dans le même ordre, dans le même recueillement solennel. On
sentait que tous ceux qui prenaient part à cette pieuse manifesta-
tion du souvenir s'associaient pleinement au deuil qui frappait
Madame Vergés de Ricaudy et ses enfants.
C'est M. Henri Parés, président de V Association des Anciens
"Elèves de Saint-Louis, qui, au nom de ses camarades, prit le pre-
mier le parole. Voici son discours :
Mesdames, Messieurs,
La mort frappe à coups redoublés sur l'Association Amicale des Anciens
Elèves de Saint-Louis. En quelques semaines, trois deuils successifs l'ont
atteinte cruellement. Mais de ces coups toujours imprévus et toujours dou-
loureux, le plus douloureux et le plus imprévu est, sans contredit, celui qui
vient de terrasser en pleine vie, l'un des plus sympathiques parmi nos aînés,
l'ancien président de notre Association Amicale, notre très cher camarade
Emmanuel Vergés de Ricaudy.
Lorsque, dimanche dernier, la nouvelle de ce malheur se répandit en ville,
ce fut partout de la stupeur, suivie d'une explosion d'unanimes regrets non
seulement parmi nos camarades, mais dans toutes ler> classes de la société
perpignanaise, toutes je puis le dire — et le concours immense de cette foule
attristée en est la preuve — dans toutes les classes parmi lesquelles Vergés
de Ricaudy comptait tant d'amis, chacun se refusait à croire qu'un homme si
énergique et le matin même plein de vigueur, que ce mâle tempérament eût
été abattu dès le premier choc. O.i voulait espérer contre l'espérance même
et, partageant les angoisses d'une vieille mère, d une famille si cruellement
éprouvée, on plaignait par avanc>^ cette épouse malheureuse, menacée de ne
retrouver qu'un cadavre au fover qu'elle avait laissé plein de joie si peu de
jours auparavant.
Oui, mes chers amis, votre deuil fut unanimement partagé par tous ceux
qui connurent votre frère, votre excellent père.
Et qui donc pouvait le connaître sans l'aimer, sans l'aimer pour son loyal
et beau caractère, pour l'agrément, la générosité, la sûreté de ses relations ?
Ceux qui, comme nous, l'ont connu dès l'enfance, et l'ont suivi dans tout le
- 39 -
cours de la vie, ceux-là savent avec quelle fidélité il se consacrait à l'amitié.
Dépassant les personnes mêmes, cette fidélité remontait plus haut et se ratta-
chait à ce patrimoine de croyances et d'espoirs partagés, à cet idéal commun
que résumait pour lui notre Association Amicale. C'était à la fois le culte du
souvenir et l'espoir d'un avenir plus stable, plus large et plus tranqille, qui
le vouaient à notre œuvre, et nos camarades le récompensèrent de ce cons-
tant attachement en l'appelant d'abord à la vice-présidence, puis à la prési-
dence de notre Société.
Nul mieux que lui n'a compris le dévouement que réclamait cet honneur.
Nul ne s'y dépensa davantage, en particulier durant ces heures douloureuses
où notre Association manqua d'être dispersée, et où elle dut trouver asile
dans la maison même de son président. 11 fut aussi le meilleur et le plus géné-
reux de ses présidents : il demeure le modèle de ses successeurs.
D'autres pourront vous dire. Messieurs, s'il laisse parmi tant d'innom-
brables associations qui se disputaient son concours des souvenirs plus pré-
cieux, une empreinte aussi forte que parmi nous. Mais, s'il convient de le
louer d'avoir ainsi prodigué les trésors de son cœur et de ses hautes qualités,
pour nous, nous voyons surtout en lui l'ami affectueux que nous perdons.
C'est l'exquise bonté de son cœur, dont nous voulons surtout garder pieu-
sement le souvenir, comme nous voulons fixer dans notre mémoire les traits
si nettement accuses de cette figure sympathique.
Aussi est-ce à l'ami, à l'ancien Président de Saint-Louis, que devant son
frère, et devant ses fils devenus par tradition de famille nos camarades à
leur tour, que nous adressons ici, non pas un adieu définitif et désespéré,
mais un au revoir plein de foi, un au revoir près de Dieu, fondé sur les
croyances invincibles que nous avons puisées en commun dans le même
enseignement.
M. de Lazerme de Lon, premier vice-président de la Société
Saint-Joseph, se fit l'interprète éloquent et ému des regrets de
tous les membres de cette belle et florissante Société de secours
mutuels.
M. 1 abbé Bonafont, l'un des membres les plus distingués de
la Société d'Etudes Catalanes et l'un de ses vice-présidents, a tenu
à dire un dernier adieu à son collègue en catalanisme et c'est
en langue catalane, qu'avec beaucoup d'émotion, avec beaucoup
de talent aussi, il a prononcé l'éloge funèbre d'Emmanuel Vergés
de Ricaudy. 11 a rappelé avec quel zèle, quel dévouement le
regretté défunt s'était occupé de l'organisation de la belle fête
du félibrige qui eut lieu, l'an dernier, à "Perpignan.
— 40 —
MONSENYOR, (l)
Senyoras, Senyors,
El cor plé y'is uUs entelats de llâgrimas, vinch jo també y al meu torn fet
la despedida final à n'ai nostre estimadissim Président ; y ho faig, com se
deu, en la llengua payral que'l difunt may prou plorat ha tant y tant exaltada
y tant amantament espargida.
En unas paraulas escaygudas y ben encertadas, han fet reeixir los qu'han
parlât antes de mi, la seua vida, fêta de treball, d'honra, de caritat, d'anriis-
tosa complasencia, de fidelitat y sobretot de sentiments religiosos, primer y
abundadôs manancial de sas qualitats d'home y de ferm y franch cristiâ.
Direm demâ, si Deu ho vol, l'impuls qu'ha sapigut donar à la T^evue
Catalane que dura per sempre mes lo seu nom de fundador y las petjadas de
sa primera rega.
Ara per ara, en aquesta hora de separaciô y de dol, te dire, amich meu,
lo darrer adiu.
Adiu, en nom dels Escriptors de la 'f(evue Catalane ; enmanllevarân ells à
n'ai teu recort lo coratge, l'aie, l'ardalesa y'I enginy, perquë no siga ella
desamparada, ni pobre fulla juguet del vent.
Adiu, en nom dels Trobadors de Provensa y de Catalunya que t'han
conegut y apreciat : avuy ja en llurs diaris entornejan lo nom d'En Emma-
nuel Verges de Ricaudy de paraulas d'un nègre anyoré, d'un baf de tristesa
y d'una recansa amargament sentida.
Adiu, en nom de la Reyna de las Pestas del 5 de juny. Eixa jove reyna
de la quai te constituhires alguns dias lo fervorôs caballer, y que'ns porta à
Rossello un raig de sol robat à la gloria d'En Mistral, nos escriu avuy
« qu'ella mira de reull, ja que son sirvent es mort, la corona que so'l seu
front los Catalans havian posada. »
Las festas del 5 de juny !...
Ay ! adiu, en nom dels Rossellonesos y majorment de la gent de la
fidelissima vila de Perpinyâ.
Amich meu, si has estât l'anima d'eixas festas senyaladas, havîas ja tu donat
una anima que, ara al peu de la trôna de Sant-Joan, ara prop del sitial de
a Montanyes régalades », ara als accents ni may ohits de la Cantate del
amich de cor '1 doctor Emili Boix, ha deixondit y despertat los recorts del
passât, las tradicions dels avis, las costums de la nostra terra, las Uegendas
de las encantadas, fôsas ab las neus del Canigô lo dia mateix hont la Creu
fou plantada al seu cimall ; y has fet dir a tothom, à la vista de tais maravel-
as may somiadas : « Ay si ! no pot estimar 5a naciô, qui no estima sa pro-
vincia ».
(i) Monseigneur Izart, évéque de Pamiers.
— 41 —
Adiu !
Eix adiu, voldria jo també tel dir en nom meu... mes ay ! las Uâgrimas
que ragalan de mos ulls estroncarian arreu-arreu ma veu.
Amich meu, al Ce! nos vejem !
M. Eugène Nogué, remplaçant M. Eugène Pams, président de
La J{ûussillonnaise, fédération des Sociétés de secours mutuels du
département, a fait un vif éloge du caractère et du coeur de son
ancien camarade de Sainte-Cécile. Son discours a été très émou-
vant.
M. le commandant Vergés n'avait voulu laisser à aucun autre
le soin de remercier tous ceux qui s'étaient associés à la douleur
qui étreignait les familles Vergés de Ricaudy, Donnezan, Vergés,
Goutelle, Larrivet, Bus, Gobert et Desbœufs. Et ce fut avec
une douloureuse émotion que le sympathique officier supérieur
dit aux assistants tout le réconfort que leur présence apportait à
ceux qui pleuraient un époux, un père, un parent, un ami.
(Le T^oussillon)
♦> ♦!♦
Tant soptada ha estât la seua mort, tala manera nos ha estât
robat, qu'encare nos sembla qu'ho es pas î
De tant acostumats qu'erem, del veurer cada dia, are al seu
despatx, are à la seua casa, ara fent un passeig per la plassa
Arago « pera fer la seua visita al Canigô », com nos va dir un
dia, ja nos faltara !
Y tant bondados qu'era, amb tothom ! y tant bon rossellonès!
Sigué de la colla que establirem la Societat d'Estudis Catalans;
y desde qu'en va esser lo président li va donar tôt lo seu temps
y tôt lo seu cuydado. Aquestos anys passats, era sempre à la
seua casa, y à tota hora de tarde y de nit, que feyam las juntes
pera la T^evue Catalane ; ell rebia, de mans de colaboradors y
amichs, los traballs, estudis y poésies, que tant sabia triar pera "1
millor lluhiment de la 7{evue.
Quan nos vingué la festa de Montanyas T^egaladas y de la Santo
Estelle, al veurer com li sallia una feyna tant estesa, y sobretot
tant delicada, va tenir un moment d'espant ; mes lo seu amor-patria
sigué desseguit mes fort que tôt, y s'hi va posar de cor y d'anima.
— 42 —
Cal haver vist amb quina galanura, quina llestesa, cumpli amb la
Reyna de la festa, Na Magali ; amb lo Capoulié, En Valère
Bernard ; amb lo senyor batlle, y amb lo senyor bisbe de Per-
pinyâ ; amb la distinguida poétisa Na Filadelfa de Geida ; tôt
soi, de tôt ell se va treurer, y va complaurer â 'n tots. També,
com li 'n donâ bones mercès, lo patriarca En Frederich Mistral.
Bon cristià y bon catalâ, es « pera Deu y pera la Patria »
com deya Mossen Jacinto Verdaguer, qu'En Vergés de Ricaudy
ha viscut. Deu lo tingui â la gloria. J. Delpont.
A Monsieur Delpont.
Votre idée est excellente et me touche de vouloir élever à la
mémoire de mon vieil ami E. Vergés de Ricaudy un « tombeau »
à la manière des Romantiques. La feuille de papier est plus dura-
ble que le marbre ; et le per moUs anys ! d'un numéro spécial sera
doux à celui qui fit de la J{evue Catalane le confident de ses espé-
rances régionales.
Vous le savez aussi bien que moi, sous sa gravité enjouée et
derrière sa barbe d'Abencérage, Emmanuel Vergés de Ricaudy
fut un enthousiaste épris de toutes les beautés catalanes.
L'amour de la petite patrie frissonnait sur tout l'horizon de sa
vie intellectuelle et morale. 11 se laissait séduire aux charmes dis-
crets du vocabulaire et de l'étymologie comme aux manifestations
tumultueuses de la rue ou des fêtes locales. Notre ami était un
poète qui, par modestie, s'était refusé à écrire en strophes.
Un de nos bons souvenirs communs date du mois de mai 1908.
C'était aux fêtes splendides du Cinquanlenari dels Jochs florals. La
Catalogne magnifiait la Renaissance catalane ; et nous étions venus,
un peu de tous les côtés, pour prendre part à cette manifestation
familiale. Mistral s'était fait représenter ; le docteur Vogel était
venu de l'Université de Francfort ; le docteur Jones, de l'Ohio ;
le duc de la Salle apportait l'hommage de l'Auvergne ; j'étais
moi-même le messager de Clémence-lsaure ; et Vergés de Ricaudy
parla au nom du Roussillon, L'accueil des poètes catalans fut
émouvant et fraternel. Francesch Matheu, A. Guimerâ, Joan
Alcover, Russinol, Teodor Llorente, nous traitaient en vieux
amis ; et je me rappelle le regret qu'éprouva le Président de la
- 43 -
Société d'Etudes Catalanes de ne pouvoir se joindre à nous tous
pour aller jusqu'à Folgueroles saluer la stèle de granit qui dres-
sait au soleil de l'Ampurdan le nom glorieux de Jacinto Verda-
guer.
J'ai retrouvé l'an dernier mon ami Emmanuel aux Jeux floraux
de Perpignan. Ah ! ces Jeux floraux, les premiers !... La Reine
des Félibres venant apporter à nos poètes du Roussillon la grâce
de son sourire et l'encouragement du Maître de Maillane... Ces
Jeux floraux, récompense de tant d'eflForts, réalisation du rêve
régional... Emmanuel "Vergés de Ricaudy rayonnait. La bonne
graine avait porté son fruit ; la Société d'Etudes Catalanes avait
sauvé la langue ancestrale ; l'avenir était assuré : Del avuy vé 7
demd...
Notre ami n'aura pu jouir longtemps du résultat heureux de
ses eff^orts. Qu'il repose en paix. La terre catalane lui sera légère,
la terre catalane qu'il a tant aimée
François Tresserre.
Le Boix, Saint-Sauveur, par Prats-de-Mo)lo, 6 février 191 i.
Jl Monsieur Delponl.
Je suis, moi aussi, depuis la mort de mon ami Emmanuel
Vergés de Ricaudy, sous le coup du plus pénible chagrin. Les
jours passent et je suis encore à me demander si je ne suis pas
le jouet d'un mauvais rêve ? Quelle perte pour tous ceux qui,
comme nous, aimaient ce grand cœur, cet homme de bien accom-
pli, cet infatigable travailleur ! Quel coup terrible et imprévu
pour notre Société et pour la T^evue, car il était si dévoué aux
œuvres qui nous sont chères, et possédait si bien le don de char-
mer et de se faire aimer.
11 me serait impossible de vous rien envoyer de personnel pour
le numéro de la J^evue que vous consacrez à Monsieur "Vergés.
Je ne puis, moi, son camarade d'enfance, son compagnon de jeu-
nesse, l'ami et le confident de làge miîr, assez maîtriser mon
émotion et trouver des mots à la hauteur de mon attachement, de
mon admiration, et aussi, hélas, de ma peine profonde. On ne
dira jamais, pour tant qu'on en dise, assez de bien de lui.
Je regrette mon éloignement qui m'empêche de me rendre
44
plus utile à la grande cause catalane. Mes devoirs me retiennent
ici ; de loin, comme de près, comptez toujours sur moi en souve-
nir de notre regretté président.
J. DE WlTWER DE FrOUTINGUEN.
COMPTE RENDU
DES SÉANCES
Jlssemhlée générale du \o février 191 i
Présidence de M. J. Delpont, trésorier
L'Assemblée générale du 10 février 191 1 sest tenue dans une
salle de la mairie de Perpignan.
Etaient présents ou représentés, 25 membres.
M. Delpont fait connaître la situation de la Caisse pour icjio.
11 est procédé à l'élection de deux membres du Conseil d'Ad-
ministration, en remplacement de M. Vergés de Ricaudy, décédé,
et de Donya Moncerdâ de Maciâ, démissionnaire. A l'unanimité
des membres présents, sont élus : M. Amédée Aragon (de Per-
pignan; et M. de Lacvivier (d'Elne).
Les membres du Conseil d'Administration se réunissent ensuite
pour procéder à l'élection d'un président, en remplacement de
M. Vergés de Ricaudy. A l'unanimité des voix, M. le Docteur
Lutrand (de Perpignan) est élu président de la Société d'Etudes
Catalanes.
J^éumon du Conseil d^dmin. du 1 5 février i^i j
Présidence de M. Louis Lutrand, président
Le Conseil d'Administration s'est réuni le mercredi, i5 février
J91), à cinq heures du soir, chez M. Lutrand, rue Porte-d' As-
saut, 1, en face le Collège, pour procéder à l'installation du
nouveau président. Après avoir discuté sur divers intérêts de la
Société, il a été convenu que le Conseil d'Administration se réu-
nirait le dernier jeudi de chaque mois à 2 h. du soir chez le pré-
sident pour y examiner les manuscrits destinés à la T^euwe et régler
la composition du numéro suivant. Le Conseil décide d'accepter
à ses réunions tous les membres de la Société.
SituaHon de la Caisse
pour Texercice 1910
En caisse au i" janvier 19)0 24» 3o
Reçu pour :
I i5 cotisations de 1910 1 . 189 55
Vente de collections de la T^eiJue 5o » 1.239 ^^
Total des Recettes 1 .480 85
Dépenses :
Numéros de la T\evue Catalane, de jan-
vier à août, (dont 5oo exemplaires du
numéro extraordinaire de La Santo-
Estello) 1.021 5o
Fêtes de la Santo-Hstello
Voyage du trésorier à la réunion féli-
bréenne de Carcassonne 21 »
Circulaires diverses, correspondance, affran-
chissement-T^efwes 70 80
Invitations au banquet 79 »
Fournitures diverses 74 80
Impressions des diplômes 36 »
3 écussons félibréens 100 »
Frais correspondance secrétaire-adjoint et
trésorier 22 »
Frais encaissement cotisations 38 1 5 1 . 463 25
Pour Mémoire : Coût de la cobla de jut-
glars « Los Mattes », 220 fr. Cette
somme ayant été remise par un géné-
reux donateur.
Solde en caisse au 1" janvier 1911 1 7 60
II reste dû 364 fr. 75 pour les numéros de septem-
bre à décembre 1910 de la J(evue.
Campanas del Pais
Per lluny que siguis, pàtria, ai cor, per cada fibra,
tant fortament t'agarres que, no mes tanco Is ulls,
vivent me tornes ; sembla que tinc en mans un Uibre
i n miro d'un a un els fulls.
Sers estimats, velletes cares que )s anys arruguen ;
casa pairal on cada cantô té son recort ;
celler fresc ; fosca establa, les besties que remuguen ;
la parreguera i, tôt prop, l'hort ;
l'hort, la paret ronyosa, l'amanida figuera
de soca baixa i branques tocant casibé 1 sol,
i Is sarments secs en pila on, sent petit, haguer
passât hores com dins breçol ;
els carrers, regadures amplissimes que neguen
très moles d'aygua ; dôna afenyada a rentar ;
cavalls picant de potes ; carreters que reneguen ;
minyona que s s sent a cantar ;
la plaça i son rail d'homes, caps abrandats, veus clares,
pleidejant si ha de caure 1 Govern a la fi,
que ell ho costa que totes les coses van tant cares
i que se ven tant mal el vi...
Quadros que tantes voltes alagrâreu ma vista,
reviviu... Mes es l'hora llusca que j sol se pon.
Munta un sô de campana, la veu trcmola i trista
d'un gong que tusten qui sab on. A
i
— 47 —
Nong-nong-nong, se plany el gong
de clam monôton i ronc,
toca que toca.
Vès a pregar, bonze groc,
mentres Uuu en la llar el foc
i 1 gall s'ajoca.
Solet torno a ser ; que sol !
Ma anima, trencat el vol,
capbuça i s tomba,
i, matejx que 1 batall fort
del gong anunciés la mort,
sent fred de tomba.
Soc com, a entrada de fosc,
un home que en obscur bosc
se desgarrîa...
Mes un tritlleig argentî
m'arriba, com al matî
l'Ave Mari'a.
Les campanes del paîs
enllumenen mon cel gris
amb sa harmonîa.
Tôt dol, de cop s'ha enfugit.
L'anima m'ha ressurgit,
au que s desnîa.
Soneu, 'neu sonant, brandades alegres !
Porteu-me ressons de ma joventut !
Feu tots endaurats mos somnis mes nègres,
i que reviscoli mon ser abatut !
Ting-tinting-tinting. Es la campaneta
dant la benvinguda al nou-arribant,
que, amb un vagit breu, alça sa maneta
vers la vida fresca, vers el sol llevant.
- 48 -
Padrina, padrî, festivol seguici
van a batejar ; son uns vint i cinc.
Dins l'iglesia espéra el rector amb desfici.
El nin riu i plora. Ting-tinting-tinting.
Nenga-nenga-neng. « Casem la pubilja.
« Una boda aixî, se n'ha de parla !
{( VestJda de seda ira nostra filla,
« amb roba de cua i ample farbalà.
« El novj : Llestat : casa apuntalada,
« pagesos honrats, terres de conreu,
« diners ; un encert ! Oi ! Quina taulada
« de companys de gresca hém de ser, veureu !... »
Boi cajçant-se els guants, tothom s'aparîa,
i, com a l'escola els nins, reng per reng, ,
mentre un badoc tira une tonterîa,
« a dî 1 si » parteixen. Nenga-nenga-neng.
Nang-nang i nang-nang. El tercer repica.
A vespres avui fan la gran funciô.
Au î Fora pecat, perdre-n ni una mica ;
sera une bellesa la benedicciô.
Un nou missionista, a dalt de la trôna,
fa vola el randat sobrepelliç blanc ;
aixô es predicar !... L'orgue esclata i trôna,
L'altar centelleja. Nang nang i nang nang.
Dong. Ai ai ! Dong dong. Sentiu ?... Quina porta
rintrusa ha passât?... Muts, entorn del foc,
escoltem el vent glaçador, que ns porta
per la xamenella el funèbre toc î...
I
— 49 —
Una flamarada i pus... una estona...
S'esmicola i eau la brasa del tronc...
Acabat caliu... La campana sona
un vol d'animeta. Dong. Ai, ai ! Dong dong.
Toca, vés tocant, gong de la pagoda !
Amb ton plany somort mon cor va a compas.
Tôt se torna fosc, vespres, bateig, boda.
El cel de ma pensa n'es un mar de glaç.
Ai si ! sou no mes tristes, oh folles o sévères
veus de la pàtria absenta, clamant tant lluny de mi.
Que me duheu ? Imatges de belles primaveres ;
i ara es desflorit mon camî !
Amb tôt, fervent, us crido, com a bones companyes
de desterro, campanes picant senzills acorts.
Si mentida es la vida, tu sola no ns enganyes,
tristor tenaç dels vells recorts.
Per ma tardô ets joguina, com al nin ses patotes,
com a la fadrineta son pomet d'ilusions.
Soneu doncs, oh campanes ! Porteu-me a remolc totes
les tant volgudes visions !...
Novembre 1910. PaU Berga.
Proverbes Catalans
Lo vell qu'es festejador
De l'hivern es una flor.
Castedat y hermosura
Sempre tendrân guerra segura.
'^d(JcJc>(Jc)(Jûcf(Jc}û(JûiJûûdcJûcJû(J(Jc}c^cJc)cJû(JcJTrDcJûûOûc^cJû\
Textes catalans
1460. — Privilège en faveur des gens de la Monnaie de Per-
pignan. (Jean Sola, notaire; Manuel n° 1971, feuillet détaché,
Archives départementales.)
Davant la presencia de vos altres, vénérables los batlles e
jutge de la Ciutat d'Elna, personalment constituit En Père Catala,
mercader, Alcalde l'any présent de la Seca de Perpenya, intimant
e notiffiant, diu que per lo molt ait e excellent senyor lo senyor
Don Johan, per la gracia de Deu Rey de Aragô, vuy personal-
ment régnant, es novament stat consentit atorgat e donat al Col-
legi de la dita Seca e singulars de aquella presens e sdevenidors
spécial privilegi de moites e specials gracies e perrogatives, segons
en aquell es largament contengut, entre les quais es aquesta, so
es que lo dit senyor ha constituits posats e signats tots los singu-
lars del dit CoUegi ensemps ab tota lur familia e servidors comen-
sals, e tots lurs camps, vinyes, orts e altres qualsevol terres e
possessions, mercaderies e generalment tots e singles bens lurs...
sots la sua protectio custodia e salvaguarda reaj, volent e manant
aquella esse publicada, e encara donat plena facultat a cascu dells
dits singulars, per lur propria auctoritat, posarse en lurs cases lo
senyal real de la dita salvaguarda, per so que a tôt hom genera-
liter sia noticia com aquell e tots sos bens son en la dita salva-
guarda real e no puga aigu ignoranciam allegare.
E com En Bernât Uteza, notarius, vuy aturant en la présent
ciutat, sia Conservador de la dita Seca e legitimament matriculat
e collegiat, e hun principal impetrador del dit privilegi, e haia en
la présent ciutat e termens propria habitacio e terres e posses-
sions, per que aigu de vostre jurisdictio e encara altres qualse-
vulla no sien dessabuts e no pugen ignoranciam allegare : Pertant
lo dit Alcalde vos requer que tenint e servant inconcussament lo
dit real privilegi, loqual es direte e prenant tots officiais, aixi non
reals com reals, fassats publicar ab veu de crida, per vostres juris-
dictions e lochs acostumats, la dita salvaguarda per lo dit Uteza,
terres e possessions e altres bens seus.
— 5i —
E si en alguna manera coatrevindrets o aigu de vos altres con-
trafara a les gracies, exempcio, preheminencies e perrogatives per
lo dit e altres privilegis al dit Uteza, aixi com singular collegiat
de la dita Seca, consentits e atorgats, lo dit Alcalde, en lo dit
cars, e ara per lavors, acusa e denuncia a vos altres e aquell qui
contrafara e en vostres o lurs bens les pênes en lo dit e altres
privilegis e provisions contengudes, protestant de la mitât en
dites pênes al Collegi de la dita Seca pertinent, exhibint vos lo
dit privilegi, requerint de la présent carta publica per vos notari
esse fêta e als alcayts de la dita Seca o aigu d'ells, o al dit Uteza
donada.
(Requête notifiée par acte en latin) de P. Catala, notaire, du
26 décembre 1460, à J. d OrtaflFa, batlle d'Elne pour TEvêque,
avec exhibition du susdit privilège royal, en date, à Barcelone,
du 14 août précédent.)
R. DE LaCVIVIER.
cJigfriÎj —.
Lo salser
Cada any se mort.
Ses entranyes se desfant en pois y los vents d'hivern ara xui-
xuiejan, ara brunzînan dins los forats y esquerdes de son esque-
leta. Com que sembla que cada ventada ha d'enrossegar-se
aqueixa soca vella, los aucells s'en apartan ; sols algiin pit-rotj
s'atreveix a buscar-hi les formigues qui, testudes y aprofitoses,
s'encaparran à trobar élément de vida per demés de les despulles
d'aqueix mort.
Y cada any ressuscita.
D'aquest cadaver neix y brota â bordolls una vida nova. No se
veu per hont passa la sava regenadora, mes, al cim d'aqueix cos
desencarnat, s'enlaira una profusiô de branques y de fuUâm. Les
papellones ballan, als entorns, ses rondalles silencioses; los aucells
nian y pitejan entremit) de les branques ; y à sos peus, sobre
l'herba atepehida y molçuda que son ombra guarda del sol, lo
vinyaté hi xirrita lo vi que son travail cria.
J. B.
(Salses 1
Folklore catalan
Les deux chansons que nous reproduisons ci-dessous ont été
recueillies par M. Jean Amade dans la montagne de Céret.
1. La canso dels Trabucayres <>)
L'any desavuyt cents cuarante y cuatre
Una banda se va format
De trabucayres dins Espanya
Per matar, y violar, y robar.
Hi ha allî, al Plâ de la Palla,
El Tocabens, y es capità.
La diligencia hi va passar :
Promptament la van arrestar.
Roger Baybé va ser robat,
També En Massota ;
Per 'quella banda de malvats
Foren lligats î
Rodan per boscos i montanyas
Tota aquella dolenta gent ;
Saltan marges, saltan parets.
Fêtas dels Moros,
Saltan marges, saltan parets,
Per los déserts.
Y a la cova de Bassegoda
Al fill Massota varen matar.
Las orellas li van llevar,
( I ) Cette composition remonte à 1846, année du procès et de l'exécution
des Trabucayres. On en trouvera une autre version, beaucoup plus longue
et beaucoup plus complète d'ailleurs, dans un curieux petit livre de M. Joseph
Gibrat, Tocabens et C" (Céret, Ed. L. Roque, 1908 ; p. 80 et seq). On
pourra ainsi se rendre compte directement des déformations que subissent,
dans 1 imagination et la mémoire populaires, toutes ces compositions qui cou-
rent de bouche en bouche pendant de longues années. C'est un peu dans ce
but que nous avons voulu donner notre texte. J. A.
— 53 —
Cruels Arabes,
Las orellas li van Uevar,
Juheus malvats !
Mireu quin desconso) tant gran
Per pares y mares,
Tenir als fiDs presos en mans
D'aquells brigans !...
2. La canso dels Contrabandistas
Dotse contrabandistas — rravessan l'Ampurdâ.
Cap â Banyuls tiraban — per poguer carregar.
Carregan de tabacô — de fum, també de pois.
Y avantes de partir, — nostres parents nos deyan :
« Minyons, atenciô ! — Minyons, atenciô !
« Mireu que dentre l'Ampurdâ, — fera de mal passar ! »
Cuan carregat n'hagueren, — tret avans de marxar,
El un deya ambe l'altre : — « Per hont podrem tirar ?
« Pel Plâ de Barcelona, — que bona banda hi ha ! »
Y â la font de Jordana, — mes amont de Sant-Quirch,
Y â la font de Jordana — van anar reposar.
Nos sal très obriers, — nos tiraban très très.
Nosaltres tôt fugint, — tôt salvant els paquets.
S'hi havîa un pobre vell — que Tamboret s'hi deya ;
També hi havîa el seu fill : — fins '1 van agafar !
Cuan el seu fill vegé — qu'han agafat al pare :
« Minyons, com ho farem ? — Minyons com ho farem ?
(( Nos s'emmenan al pare, — y may mes lo veurem ?
(( Amichs y companys meus, — vostre socort demani.
« Qui me vol ajudar — y al pare deslliurar ? »
Hi ha hagut d'aqueixa colla — qu'es un dels meus amichs
Eli ha mort una guarda — y. un altra de ferit.
N'hi ha un de Besalû — que s'en deya Micalô :
Aquell s'va fome â fuge : — may ha espérât ningû.
Cuan ell vegé aixô — qu'els guardas se fugîan :
« Jo '1 tabacô '1 duré, — jo '1 tabacô '1 vendre,
« En despit de las guardas — y malgrat de tots ells ! »
Lvù^ùvù^ù^ùoUfù^L^ù^Loù^ùyLoù^
HISTOIRE LOCALE
Mathieu MARON
et les œuvres d'art de l'église de Kéfiach
Mathieu-Antoine Maron naquit à Bayonne en i665. 11 entra
dans les ordres, fut reçu docteur en théologie, et nommé en 1690,
chanoine de l'église collégiale du Bourg-Saint-Esprit-les-Bayonne,
alors dépendante de l'évèché de Dax ;^Landes . Devenu en 1710,
aumônier dans l'équipage d'artillerie de l'armée du Roussillon, il
résigna la dignité canoniale en faveur de Laurent Lacaussade,
prêtre de son diocèse d'origine. Le j3 janvier J716, Mathieu-
Antoine Maron prit possession de la cure de Saint-Hippolyte,
et le 10 octobre ijjS de celle de Néfiach. 11 dirigea cette
paroisse jusqu'au jour de sa mort survenue le 12 mars 1754, encore
qu'il eût été investi du titre d'archiprêtre d'ille (1).
Par un testament en date du lo novembre 1752, Mathieu-
Antoine Maron fit co-héritiers universels Honoré Péroné, docteur
ès-lois domicilié à Néfiach, et Joseph Balanda-Sicart (2), avec
charge pour eux d'exécuter ses dernières volontés.
En dehors des legs pieux qu'il fit en faveur des paroisses du
Soler et de Saint-Hippolyte, Mathieu-Antoine Maron laissa à la
disposition de ses légataires les sommes nécessaires pour mener
à bonne fin l'oeuvre de la reconstruction et de l'embellisement de
l'église de Néfiach. 11 eut la satisfaction avant sa mort de passer
un contrat, le 3o octobre 1753, avec Joseph Parisel, menuisier de
()) On sait qu'avant la Révolution le titre d'archiprêtre était personnel
et non local.
(2) Joseph Balanda-Sicart naquit le 24 août 1721. Après avoir été pre-
mier juge du bailliage de Perpignan et de la viguerie de Roussillon, lieute-
nant à 1 amirauté de Collioure, il fut nommé professeur de droit français à
l'Université de Perpignan en lySb. 11 mourut le 12 décembre 1787 (Diction-
naire de biographies roussillonnaises).
— 55 -
Saint-Paul-de-Fenouillet, qui s'engagea à construire moyennant la
somme de trois cent livres, le retable d'un autel dédié à Saint-
Macaire.
Après son décès, Honoré Péroné et Joseph Balanda-Sicart se
mirent en devoir de continuer l'œuvre du curé Maron. Le 29 juin
1754 ils passèrent avec Navarre, sculpteur, et Paul Courty, menui-
sier, un contrat par lequel ces derniers promirent de construire
les retables du maître-autel, du Rosaire et du Crucifix, moyennant
la somme de 2400 livres, affectées à la main-d'œuvre. Les quatre
colonnes en marbre blanc et rouge incarnat, hautes de neuf pieds,
qui encadrent le retable du maître-autel furent commandées à Pierre
Premont de Caunes et placées le 20 juillet 1755 ; elles coûtèrent
)io3 livres. Le 1" mai 1756, Navarre et Courty firent la remise
des retables du maître-autel, du Crucifix et du Rosaire, aux exécu-
teurs testamentaires de Mathieu-Antoine Maron. Michel Thomaza,
doreur d'ille, dora le premier de ces monuments en iy56.
Le 29 novembre de cette même année, le sculpteur Michel
Nègre promit de faire le retable de la chapelle de l'Ange gardien,
au prix de 540 livres. L'artiste avait achevé son œuvre le 1" mai
1757.
Le 7 juillet 1756, Honoré Péroné et Joseph Balanda firent la
commande de six tableaux au peintre languedocien Rieudemont.
Dans l'espace d'une année, celui-ci exécuta les deux toiles placées
sur les parois du sanctuaire qui représentent la mort de la Vierge
Marie et la mise au tombeau de son corps, les deux tableaux du
portement de la croix et de l'Blévation de Jésus sur la croix
(réplique du sujet peint par l'artiste lui-même dans la chapelle du
Christ de l'église Saint-Jacques de Perpignan), le panneau de la
chapelle de l'Ange Gardien et le tableau de saint Honoré,
évêque.
Le 8 avril 1759, Rieudemont passa contrat avec les héritiers
de Mathieu Maron et s'engagea à peindre les six tableaux de la
Nativité, de la Présentation, des Epousailles, de l'Annonciation,
de la Visitation et de la Purification, qu'on voit encore dans
l'église de Néfiach.
— 56 —
Le lo juin ijSj, Honoré Péroné et Joseph Balanda avaient
remis à Albert Bernard, bijoutier de Perpignan, la somme de
1437 livres pour le paiement d'un ostensoir qu'il avait fabriqué et
qui pesait quinze marcs trois onces. L'épitaphe suivante (i),
résumé fidèle des vertus et des travaux de l'abbé Maron, fut gravée
sur sa tombe :
Tiic jacet
7^. "P. Mathaeus Maron "Baionensis
S. T. A. Doctor, archipreshiter, Jiujus
Paraeciae T^eclor, Tanta Yirtute T4t
Cum Yivens, T(es suas Dei Templa
"Decorando, "Pauperesque Levando
Dispersisset, Pauper Obire, Et 141
Jgnotus, Ttumari Volueril, Obiil
j ]' Mardi jy54 Anno JElalh
Suae 8^ Muneris Pastoralis 36
Die supra dicta, anniversarium
ad animae éjus requiem celebretur.
Abbé Jean Capeille.
Archives des Pyr.-Or. G. 824, 867, loSî.
(i) Communication obligeante de M. Maxence Pratx.
Extrait de mil y un pensaments
Los cegos troban totas la donas guapas ; los tontos troban
totas las ideas bonas.
Es una impropretat dir : matar lo temps ; no '1 matém nosal-
tres â ell, sino ell à nosaltres.
-^^^
Estudiant la geografia coneixerâs tôt lo mon ; estudiant la his-
toria coneixerâs tôt lo passât; estudi?nte â tu mateix coneixerâs
â tots los homes.
La Langue Catalane
et son utilité pédagogique
C^S^i^^n {Suite)
5-^ LEÇON — Fam y Sanch (1475) [Suile)
Diuhen. — Lo cami-ral de pois, de sanch oneja.
A l'iglesia de) Pont, la Tet apiloteja
Cossos ab son sorral.
Del cjm del Castellet s'ôu un crit de Victoria,
Y los Perpinyanenchs, lo front omplert de gloria,
Entren dins llur portai.
Mes del Governador lo fill, pie de bravesa,
Es, ay ! fet presoner per la tropa francesa,
Com deslJiurà '1 cautiu ?
Ja del camp enemich una veu regullosa
Diu que si en llur poder Perpinyâ no se posa
Pus no lo veuran viu.
Lo Consul, Don Blanca, dret sobre una alta torra,
Ofega son dolor, ses llâgrimes esborra
Y son arma se treu :
« Miraula aqui, los diu, mon espasa honrada.
Mateu, mateu mon fill ! mes ma pâtria sagrada,
Francesos, no l'haureu ! »
A baix de les parets, una ma forastera
Del malhaurat infant la rossa cabellera
Areu descapdellà :
Y eix cap tant hermôs reb la mortal ferida.
Mes ans de se tancar, sa boca encara crida :
« Per Deu y Perpinyâ ! »
J. BONAFONT, Ays.
— 58 —
Explication du Texte
La victoire est aux Perpignanais qui rentrent dans la ville.
Mais le fils de Don Blanca est fait prisonnier par les Français
qui déclarent ne vouloir livrer leur capture que si les assiégés
ouvrent les portes de Perpignan. Le consul refuse et, montrant
son épée, dit aux Français : « Vous pouvez tuer mon fils, mais
vous n'aurez pas ma patrie î » Le fils de Don Blanca fut déca-
pité aussitôt par les Français.
Vocabulaire
dihuen, ils disent, ainsi dirent-ils poder, pouvoir
cami-ral, pour réal (royalj, grande ofega, étouffe, fait taire, cache
route • llâgrimes, larmes
pois, poussière esborra, efface. Ici : sèche, essuie
oneja. ondoie honrada, honorée.
apiloteja, amoncelle los diu, leur dit-il
cossos, cadavres pareis, remparts
sorral, rivage, terrain sablonneux forastera, étrangère
s'ôu, se fait entendre malhaurat, malheureux
omplert, empli, ouvert cabellera, chevelure
bravesa, bravoure hermôs, beau
ay ! hélas descapdellâ pour descapdellar signifie
deslliurd, pour deslUurar, délivrer dévider un peloton. Ici : décoiffer,
cauUu, captif défriser. On dit aussi : escabellar
ja, déjà descabellar.
regullosa ou rogallosa, enrouée, rau- ferida, blessure
que ans, mis pour antes, avant
Exercices
Traduction française du texte. — Avoir soin de choisir dans le
vocabulaire le mot français qui correspond le mieux au mot cata-
lan. Par exemple, le mot ofega, doit-il être traduit par étouffe,
fait taire ou cache ?
Composition catalane. — Résumer le texte en catalan et intro-
duire dans ce résumé quelques expressions énergiques supplémen-
taires si possible.
Composition française. — Faire la traduction libre du texte en
respectant le plan adopté par l'auteur.
Conjugaison bilingue. — Verbe dedliurar et verbe délivrer au
futur simple et au conditionnel présent. Conjuguer sur ce modèle
le verbe se posar (se mettre).
- 59
Indicatif Futur
Terbe deslUurar
deslliuraré
deslliuraras
deslliurarà
deslliurarem
deslliurareu
deslliuraran
Verbe délivrer
je délivrerai
tu délivreras
il délivrera
nous délivrerons
vous délivrerez
ils délivreront
Conditionnel Présent
"Verbe deslUurar "Verbe délivrer
deslliuraria je délivrerais
deslliuraries tu délivrerais
deslliuraria il délivrerait
deslliurariem nous délivrerions
desUiurarieu vous délivreriez
deslliurarien ils délivreraient
Remarque. — La i" personne du singulier du futur (je délivrerai)
est souvent confondue, en français, avec la i' personne du con-
ditionnel [je délivrerais). Cette confusion n'est plus possible lors-
qu'on compare avec le catalan. Les élèves ne mettront donc Vs
finale en français que lorsqu'ils pourront traduire par le condi-
tionnel catalan.
Notes grammaticales
L'élision de l'arHcle. — L'élision de l'article el a lieu lorsque
le nom déterminé commence par une voyelle ou une h ; et l'apos-
trophe se place tantôt avant tantôt après la lettre /.
Elle se place avant si le mot qui précède se termine par une
voyelle et si le mot qui suit commence par une consonne.
Ex. : Com deslliurâ '/ cautiu ?
et non : Com deslliurâ el cautiu ?
Elle se place après si le mot qui précède se termine par une
consonne et si le mot qui suit commence par une voyelle,
Ex. : Com deslliuraran /' infant ?
et non : Com deslliuraran el infant ?
On ne met pas d'apostrophe et, par conséquent, il n'y a pas
élision si le mot qui précède se termiie par une consonne et si
le mot qui suit commence par une consonne.
Ex. : deslliurarem el cautiu.
— 6o —
L'élision de l'article la est facultative. 11 suffit de se confor-
mer à l'usage.
Voir dans le texte /'iglesia del Pont,
que l'on pourrait écrire avec la : la iglesia del Pont.
L'élision de l'article eh a lieu si le mot qui précède est terminé
par une voyelle, quelle que soit la lettre qui commence le mot
suivant.
Ainsi l'on doit dire :
Com desUiurà 7* cautius?
Com deslliurâ 7s infants ?
et non :
Com deslliurâ eh cautius ?
Com deslliurâ els infants ?
parce que deslliurâ se termine par une voyelle. De même qu'on
doit dire :
Deslliuraran els cautius ?
Deslliuraran els infants ?
parce que deslliuraran se termine par une consonne.
11 est juste de signaler ici que certains auteurs catalans placent
quelquefois la préposition à devant le complément direct des ver-
bes actifs quand ce complément direct est un nom de personne.
De sorte que : deslliurâ 7 cautiu ; peut être mis pour : deslliurâ
el ; ou pour : deslliurâ al. De même que l'on peut dire :
Mateu, mateu mon fill (el meu fill) ;
ou bien : Mateu, mateu a mon fill (mateu al meu fill).
Mais quand le complément direct n'est pas un nom de per-
sonne, cette tolérance n'existe pas. Ainsi l'on dit :
Ofega son dolor, esborra ses llâgrimes.
Ce que nous venons de dire est la cause d'une incorrection que
commettent les enfants, lorsqu'ils disent, par exemple : « Jean !
le maître t'appelle. — A qui ? a moi ? — Oui, à toi (i). » Nous
reviendrons d'ailleurs là dessus au chapitre du verbe.
(i ) Ou bien encore : Ane qui ? Jlne moi ? — .^ne toi ?
I
6"^^ LEÇON — Lo corb y la guilla
No per tu sinô pel pâ
Remena la cua el câ.
Plantât â dalt d'un arbre el senyor corb estava,
Sol y tôt pensatiu ; mes ténia en son bech
Un formatge oJorôs, si per cas un poch sech,
Y pel trapar millor l'ensalivava,
Y mentrestant se l'ensumava.
Una guilla traydora y fina com n'hi ha pas,
Passant y flayrejant, alsa lo nas,
Veu lo formatge y') corb, y manyaga se posa :
« Deu vos guard, noble senyô 1
Que sôu rich, hermôs y bô !
No so pas artificiosa,
Que us ho dich de bona fe,
Si tinguès, Vostre Mercé,
Veu conforme â son plomatge.
Séria elia, — que li dire ? —
Lo fenix d'aquest boscatge.
Veyam donchs, cantâu un poch. »
Ohint assô, mestre corb
No's pot tenir d'alegria :
Vol mostrar com be solfia,
Obra un palm de boca, y... crach !
L'altra te '1 formatge al sach.
« Molt senyor meu, li diu llavors aquesta,
Calcom vos vol aquell que vos fa festa.
Guardâune la llissô. » Lo corb, gratantse '1 cap
Jura com jamay pus li darian tal nap.
Justin Pépratx, Pa de casa.
Explication du Texte
Cette fable étant une imitation de La Fontaine, nous nous dis-
penserons d'en donner le sens.
— 62 —
Vocabulaire
corb, corbeau arlificioxa, artificieuse, rusée, hypo-
guiïla, renard. On dit aussi : guineu crite
remena, remue 'F'ostra Mercé, Votre Grâce
à daîl, au haut, en haut alegria, allégresse, joie, contente-
el senyor corb. Monsieur le corbeau ment
pensatiu, pensif, songeur, rêveur palm, mesure correspondant à la lar-
olorôs, odorant g^"^ de îa main, les doigts en
l'ensalivava, l'imprégnait de salive palme
mentrestant, pendant ce temps llavors, alors
5e t'ensumava, il le flairait. On dit moU senyor meu, mon cher Monsieur
aussi : se l'enxumava. calcom, quelque chose
Iraydora, traîtresse guarddune, gardez-en
flayrejant, flairant grafantse, se grattant
manyaga se posa, inversion : devient îi darian tal nap ; darian, de dar, don-
caressante ner et nap, navet. Donner un navet
Deu vos guard, salutation : Dieu vous signifie tromper
garde.
Exercices
Traduction française du texte. — Relire les conseils pour la tra-
duction à la ]" leçon.
Composition catalane. — Résumé du texte en catalan.
Composition française. — Transposition du sujet :
j° Le corbeau, honteux et confus, rentre chez lui et raconte à
sa femelle ce qui vient de lui arriver ;
2° Le renard raconte a ses petits comment il s'est emparé d'un
fromage volé par un corbeau.
Conjugaison bilingue. — Verbe cantar (chanter) à l'impératif.
Conjuguer sur ce modèle remenar (remuer).
Impératif
Verbe cantar ^ Verbe chanter
canta (tu) chante
cantem (nosaltres) chantons
canteu ou cantau (vosaltres) chantez
Notes grammaticales
Emploi et suppression de l'article. — Dans l'expression : et
senyor corb (mot à mot : le monsieur corbeau) correspondant à
M. le corbeau, l'article n'occupe pas en catalan la place qu'il
occupe en français.
- 63 —
]1 en est de même chaque fois qu'en parlant de quelqu'un on le
désigne par sa qualité ou sa fonction.
Ainsi Ion dit ;
el senyor ministre pour M. le ministre
el senyor diputat — M. le député
el senyor mestre — M. l'instituteur
el senyor rector — M. le curé
el senyor président — M. le président
Lorsqu'on parlant à quelqu'un, on le désigne par sa qualité l'ar-
ticle ne s'emploie pas en catalan, mais on le conserve en français.
Ainsi l'on dit :
Bon dia, senyor ministre pour Bonjour, M. le ministre
senyor diputat — M. le député
senyor mestre — M. l'instituteur
senyor rector — M. le curé
senyor président — M. le président
Lorsqu'on parlant de quelqu'un on le désigne par son nom, on
n'emploie pas l'article en français mais on l'emploie en catalan.
Ainsi Ion dit :
el senvor Casadamont pour M. Casadamont
el senyor Vilallonga — M. Villelongue
el senyor Verdaguer — M. "Verdaguer
Lorsqu'e/i parlant à quelqu'un on le désigne par son nom on
n'emploie l'article ni en catalan ni en français.
Ainsi l'on dit :
Bon dia, senyor Casadamont- pour Bonjour, M. Casadamont
senyor Vilallonga — M. Villelongue
senyor Verdaguer — M. Verdaguer
L'article se supprime devant les mots missa (messe), casa (mai-
son!, passeig promenade), palau palais), lorsque ces mots sont pris
dans un sens indéterminé et qu'il y a avant eux un verbe indi-
quant un mouvement, une situation.
Ainsi l'on dit :
irem à casa et non irem â la casa
irem â missa — irem à la missa
irem â passeig — irem al passeig
Si, au contraire, ces mots sont pris dans un sens déterminé,
— 64 —
s'il s'agit de ia casa d'En Père, de la missa de la T(al, del passeig
d'hivern, on emploie l'article.
Ainsi l'on dit :
irem a la casa d'En Père et non à casa
irem i la missa de la Real — â missa
irem al passeig d'hivern — â passeig
Cependant on emploie aussi les expressions : à can Père ('pour
â la casa d'En Perei, à ca la ciulal ( pour : d la casa de là ciulal,
à la maison de ville).
(A suivre) Louis Pastre.
^cè^^-
LIVRES ^ REVUES
En Manel
L'Albère. — Samedi dernier, en présence de quelques parents et amis,
ont eu lieu à Saint-Martin-de-l'Albère, les obsèques du regretté Emmanuel
Coste, dit « Manel », berger des Albères, connu dans tout le Roussillon.
L'unique chemin était rendu impraticable par des amoncellements de neige,
comme depuis longtemps on n'en avait vu. Le zèle déployé par de courageux
Albériens et par le Service des chemins vicinaux n'était même pas arrivé à
tracer un sentier praticable : ce fut donc impossible, la veille, de faire con-
naître le décès de « Manel » à ses nombreux amis.
Tous ceux qui l'ont connu, en effet, avaient apprécié son obligeance et les
services qu'il était si heureux de rendre pour leur faire connaître le Neiilous,
la « Reyna de las Founs », nos forêts et nos points de vues magnifiques.
C'est une grande perte pour nos Albères qu'il se plaisait a embellir.
C'est un homme de bien qui disparaît, dont, pendant de longues années,
le touriste reconnaissant et ému évoquera le souvenir en parcourant nos
montagnes. ('Le Courrier de Cérel)
Esclarmonde de Foix
A l'occasion de la prochaine érection d'une statue à Esclarmonde de Foix,
M. Louis Palauqui a publié une notice historique sur cette vaillante prin-
cesse, morte pendant le siège de Montségur, vers i225.
C'est là un travail des plus intéressants pour la renaissance de la patrie
occitane.
L'Estufat y 'l Picolaf
Es lo titôl d'una bonica cansô perpinyanesa, de l'Antoni Batlle, un entu-
siaste « jaumet». Lletra y musica amb acompanyament de piano, son de lo
mes encertat.
(Se ven à ca '1 nostre amich En Pomès, editor de musica à Perpinyâ.)
Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-Dominique, Perpigann.
â
5 Année N°5l 15 Mars 1911.
Les Manuscrits non insères
ic sont oas renaus.
Les Articles oarus dans la Revue
k
REVUE
CATALANE
Le Salpas
^^^^-< Per Mossen Vinyes,
sempre rector de Costahona.
Son aie per la vall bufa la primavera :
La neu es fosa y '1 Costabona es espallit ;
Vora 'I camj floretas novas han sallit
Y de la cura verdeja la parraguera.
Pascas s'apropan. Lo rector, — sant romiatge ! —
Estola al col), â montanya, de mas en mas
S'en va ab lo marguiller fidel â fer '1 Salpas,
Pels senders rabillant las perlas de l'ayguatge.
L'aygua beneyta â cada porta es espargida,
La sal gitada. Entra â la casa y beneheix
Tota la sal y tôt lo pâ ; y, de! mateix,
Lo ramat, lo bestiar, los porchs, l'aujâm que crida.
La mastressa ha apuntat dotze 6us y llangonissa
Y botifarras per emplenar lo cistel)
Que porta '1 marguiller ; li carrega '1 clatell
D'un sach de biat, y s'encomana per la missa.
L'Ermita de Cabrenç.
mRmm&'^^sKmmiRmmKmM'i-mi
t
'éiv\ ' '^?f73i'
N. Emmanuel Vergés de Ricaudy
ET SES ÂlEUX
I. La famille Vergés
A la veille de la Révolution française de 1789, la famille
Vergés était représentée à Perpignan par les trois frères Raphaël,
Emmanuel et Joseph, issus du mariage contracté entre Raphaël
Vergés, docteur en droit, et Marie Carboneil. Tous les trois
occupaient des situations honorables au sein de la magistrature
roussillonnaise.
Raphaël, connu sous le nom de Vergés aîné, fut avocat. Ses
talents oratoires lui avaient acquis une réputation d'orateur remar-
quable. Les membres du barreau perpignanais le désignèrent, le
24 octobre 1788, pour être l'interprète des voeux de leur ordre,
auprès des juges du Conseil Souverain qui revinrent s'asseoir, ce
jour-là, sur les sièges d'où le pouvoir central les avait chassés
quelques mois auparavant. Les accents de Raphaël Vergés soule-
vèrent en cette cir<:onstance d'enthousiastes acclamations. A la
suite de graves événements survenus à Perpignan, le 8 juin J790,
après le départ du colonel de Mirabeau, comniandant le régiment
de Touraine, Raphaël Vergés reçut mission de la commune pour
se rendre à Paris. 11 fut chargé de retracer à l'Assemblée natio-
nale le tableau exact des événements et d'obtenir la clémence
du roi en faveur des soldats mutinés. Le 26 juin 1790, Raphaël
Vergés monta à la tribune de l'Assemblée nationale et prononça
un discours qui fit une telle impression sur l'esprit des députés
que ceux-ci en votèrent l'impression. Raphaël Vergés avait uni
ses destinées à celles de Mile Malègue, de Pézilla-de-la-Rivière.
De cette union naquit un fils unique, mort célibataire.
Emmanuel Vergés, frère du précédent, vint au monde à Per-
pignan, le i5 juillet 1759. En 1788, il fut chargé de professer
un cours de droit civil à l'Université de Perpignan. En 1792, il
recueillit la succession du célèbre magistrat Joseph Jaume, à la
chaire de droit romain et ne tarda pas à être nommé successive-
- 67 -
ment juge du Tribunal et administrateur du district de Céret.
Emmanuel Vergés fut désigné en 1796, pour occuper le siège de
Président du Tribunal civil de Perpignan. Deux ans après, il
abandonna cette fonction honorable ; il avait été investi de la
charge de conseiller a la Cour de cassation, à Paris. Sous l'Em-
pire, Emmanuel Vergés fut élu deux fois sénateur, en concur-
rence avec Augereau et Macdonald que Napoléon i" préféra. En
)8o8, il fut chargé de promulguer le Code Napoléon en Italie;
il fut promu officier de la Légion d'honneur en 1814. Emma-
nuel Vergés refusa une place à la Chambre des Pairs que
lui offrit Louis XVI 11. 11 faillit de nouveau être élevé à cette
haute fonction en i83o, par le ministère Laffite. Emmanuel Vergés
mourut à Paris, le 24 octobre i835, sans laisser de postérité. 11
avait épousé une demoiselle Conte de Bonet.
Joseph Vergés, le plus jeune des frères, fut procureur (avoué)
prés le Tribunal Civil de Perpignan. 11 se maria à la fille du
sculpteur Navarre qui lui donna un fils, Emmanuel. Celui-ci
devint le seul héritier du nom patronymique de la maison Vergés;
il fut créé en 1808, par Pie Vil, comte Palatin et chevalier de
la Milice d'or. De son épouse, Marie Desboeufs, Emmanuel
Vergés eut une descendance nombreuse. Le fils aîné portait le
prénom du père ; il embrassa la carrière des armes, devint capi-
taine d'état-major et descendit tout jeune dans la tombe. Deux
de ses frères continuèrent la lignée de la famille, le premier en
épousant Alphonsine de Ricaudy, fille de l'amiral de ce nom, et
l'autre en se mariant à Mlle Bort-Julia.
II. L'amiral de Ricaudy
Louis-Anselme-Alphonse de Ricaudy, né à Sisteron (Basses-
Alpes) le 4 juillet 1789, était fils de César de Ricaudy, avocat à
la cour et de Césarine de Saizieu. 11 s'engagea en 1801 comme
mousse, fut nommé aspirant le 17 septembre i8o3 et bientôt après
officier de flotille sur la frégate Le J{hin. Louis de Ricaudy fit la
campagne d'Amérique sous les ordres de l'amiral de Villeneuve,
assista à plusieurs engagements, notamment au combat des esca-
dres franco-espagnoles contre l'escadre anglaise de l'amiral
Calder (juillet i8o5) et à la célèbre bataiHe de Trafalgar (21 octo-
— b8 —
bre ]8o5). La frégate Le Jihin que montait Louis de Ricaudy put
échapper au désastre, mais après avoir tenu la mer quelque temps
encore, elle fut capturée par les Anglais le 28 juillet 1806.
Prisonnier de guerre pendant plus de cinq ans en Angleterre,
le jeune officier de marine profita des loisirs de la captivité pour
se livrer à l'étude et étendre son instruction dans le domaine de
la littérature et des sciences. ]j était à peine de retour en
France, qu'il subissait avec succès, le )3 novembre 1811, des
examens qui lui valurent le grade d'aspirant de 1 " classe. Nommé
enseigne de vaisseau sur la goélette La Bacchante, le i" juillet 181 5,
Louis de Ricaudy prit dans la suite le commandement du J^amier
et du "Loiret et fit, sur ces navires, des croisières sur les côtes de
l'Italie, de l'Algérie et de la Barbarie, sous les ordres de son
oncle le baron de Saisieu. Lieutenant de vaisseau le 22 avril 1821,
il fut promu, dans la même année, chevalier de la Légion d'hon-
neur. Après plusieurs embarquements, Louis de Ricaudy prit le
commandement de la goélette L'Estafette puis celui du Dromadaire.
Il assista à la bataille de Navarin, livrée le 20 octobre 1827, et
embarqué sur le bâtiment marchand -transport La Belle-Gabrielle il
fit partie de l'expédition d'Afrique. 11 assista à la prise d'Alger
et commanda une compagnie de débarquement qui opérait sur la
plage de Sidi-Ferruch. Sa belle conduite durant cette campagne
lui valut le grade de capitaine de frégate, que le gouvernement
de Juillet lui décerna, le 2 octobre i83o. Le capitaine de Ricaudy
commanda alors la corvette de charge La Meuse puis la corvette
de guerre VAriane. Monté sur ce dernier navire, il fit une cam-
pagne dans l'Amérique du Sud, d'une durée de deux ans et demi.
Il était chargé d'une mission aussi délicate qu'importante : donner
protection et secours au commerce français sur les côtes du Bré-
sil, de la Plata, du Chili et du Pérou. Dès son retour en France,
Louis de Ricaudy reçut les témoignages de satisfaction les plus
flatteurs de l'amiral Duperré, ministre de la marine. Capitaine de
vaisseau le 5 mars 1837, il fut d'abord placé à la tète des équi-
pages de ligne à Rochefort puis chargé de diverses inspections
dans le 4 arrondissement maritime.
Le 6 mai ]83q, Louis de Ricaudy fut appelé au commandement
du vaisseau Le Trident. Le 10 juin 1841, il passa à Toulon en qua-
lité de directeur des mouvements du port, et remplit ces fonctions
- 69 -
durant plus de six années avec zèle, dévouement et fermeté. Le
27 novembre 1847, le ministre de la marine, de Montebello, lui
confia le commandement du Diadème; le i" février suivant, il
prit la direction de la frégate à vapeur YJlsmodée, dans l'escadre
de l'amiral Baudin. Louis de Ricaudy fut détaché de la division
pour aller commander la station navale qui devait représenter la
France devant Venise assiégée par les Autrichiens. La mission
dont il fut chargé était difficile. Il sut la remplir avec une distinc-
tion et une fermeté telles, que le gouvernement voulant récom-
penser ses services, l 'éleva à la dignité de contre-amiral, le
)6 octobre 1848, L'amiral de Ricaudy retourna à Toulon et
arbora son pavillon sur VMsmodée. Plus tard, il devint successive-
ment membre de la commission mixte des travaux publics à Paris,
et major-général de la marine à Brest.
Sur les indications fournies par M. Passama, officier de marine,
l'amiral de Ricaudy vint aux eaux de la Preste pour y soigner
une affection des voies urinaires. Le mieux qu'il éprouva à la
suite de son séjour en Roussillon, le décida à se fixer à Perpi-
gnan, dés la fin de l'année i85i. Le 8 janvier )853, il fut classé
dans la deuxième section du cadre des officiers généraux de la
marine. Il mourut à Perpignan, le )6 février j856.
L'amiral de Ricaudy avait été nommé : chevalier de la Légion
d'honneur, le 28 avril 1821 ; chevalier de Saint-Louis, le 3o octobre
1829 ; officier de la Légion d'honneur, le 28 avril 1841 ; com-
mandeur du même ordre, le 28 avril 1847. 11 était en outre
commandeur de l'ordre de Sainte Anne de Russie, de l'ordre de
Nitcham, de Tunis, et de l'ordre de l'Epée de Suède. Les armes
de sa famille sont : d'azur à la fasce accompagnée en chif de trois
étoiles et en pointe d'un croissant, le tout d'argent.
L'amiral de Ricaudy épousa Suzanne Mélin et eut d'elle trois
fils et une fille qui fut l'épouse de Raphaël Vergés, propriétaire.
III. Emmanuel Vergés de Ricaudy
Christian-Marie-Louis-Emmanuel Vergés de Ricaudy naquit à
Perpignan le 8 octobre 1857. Il était le troisième enfant d'une
nombreuse famille, issue de l'union de Raphaël Vergés et d'Alphon-
sine de Ricaudy. Le jeune Emmanuel fit de solides études classiques
— 70 —
dans des établissements d'instruction secondaire en renom : le Col-
lège de Perpignan, l'Institution Saint- Louis de Gonzague de la
même ville ; Sorèze, l'Ecole de la rue des Postes à Paris et la
Seyne (Var). Après avoir conquis son diplôme de bachelières-scien-
ces, Emmanuel Vergés de Ricaudy affronta les examens d'admis-
sion à l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. Deux fois il subit
avec succès les épreuves écrites du concours.
J] était à peine âgé de vingt-cinq ans, lorsqu'il entra comme
associé dans la maison de banque de M. Augustin Vassal, qu'il
fit prospérer grâce à ses capacités et aux soins persévérants qu'il
apporta dans l'exercice de ses fonctions. C'est dans les travaux
des opérations financières que se sont écoulées trente années de
l'existence de M. Emmanuel Vergés de Ricaudy.
Son activité se dépensa aussi bien en dehors de la sphère des
occupations professionnelles. De nombreuses sociétés de bienfai-
sance, plusieurs groupements intellectuels, des mutualités sollici-
tèrent et obtinrent de M. Emmanuel Vergés de Ricaudy le
concours de sa personne, la lumière de ses conseils ou l'autorité
de sa direction. Déjà, en 1880, on le trouve à la tête de la
Société Philharmonique de Sainte-Cécile. En 1884, il fut nommé
Président du Club Alpin français, section du Canigou. 11 occupa
durant cinq années cette situation et devint ensuite administrateur
de l'Association. "Les Patriotes du J^oussillon élurent Emmanuel
Vergés de Ricaudy pour leur vice-président, le 5 octobre 1890,
et la Caisse d'Epargne de Perpignan le compta aussi au nombre de
ses Directeurs, avant de le choisir pour son vice-président. A la
même époque, il fut nommé président de la société chorale
V Orphéon de Perpignan. En 1897, V Association amicale des anciens
élèves de Saint-Louis le plaça à sa tête, en le choisissant pour son
président. En 1904, ce groupe renouvela à M. Emmanuel Vergés
de Ricaudy le témoignage de sa considération en l'élevant et en le
conservant à la présidence, durant quatre années consécutives. A
la mort de M. Albert Passama, président de la société Saint-Joseph,
les membres de cette mutualité ne crurent pas faire de meilleur
choix qu'en donnant sa succession a M.. Emmanuel Vergés de
Ricaudy. Et lorsque, en 1906, la Société d'Etudes Catalanes se
fonda, M. Emmanuel Vergés de Ricaudy se chargea de la prési-
dence qu'on lui demandait instamment d'accepter. La J^oussillon-
— 71 —
naise, fédération des sociétés de secours mutuels du département
lui avait confié en iqoy la charge importante de trésorier-général.
M. Emmanuel Verges de Ricaudy ne fut pas seulement homme
d'action. 11 consacra ses loisirs aux lettres et à la science. L'his-
toire locale est redevable à sa plume de trois ouvrages dont la
facture dénote chez l'auteur une réelle compétence technique :
J\otice historique sur la section du Canigou depuis sa fondation jusqu'à
ce Jour, Perpignan, Imprimerie de V Indépendant, 1906; JMotice
historique sur la Caisse d'Epargne de Perpignan, Comet, 1908, et la
Toponymie du J^oussillon dont nous annonçons à la J{evue des "Livres
de ce même numéro la récente publication.
M. Emmanuel Vergés de Ricaudy, dont la constitution physique
et les talents promettaient de riches espérances, a été soudaine-
ment ravi par la mort, à sa famille et à ses nombreux amis, le
18 janvier 191 ? .
Abbé Jean Capeille.
Textes catalans
26 février i55o. f Archives départementales, G. 110.)
Reconnaissance et inventaire devant notaire des reliques, trésor
et ornements de la cathédrale d'Elne, en présence de trois délé-
gués du Chapitre et de J. F. d'Oms, seigneur de Villelongue-
de-la-Salanque, comme mandataire de Rév' Michel d'Oms, cha-
noine et sacriste titulaire d'Elne, et administrateur perpétuel de
Tabbaye d'Arles ; après le décès de J. Damps, prêtre, qui subs-
tituait le dit sacriste.
Et primo : En lo armari de santa Eularia y santa Julia, loqual
es dins la sacristia de dita iglesia afix a la paret, ab dos portes,
la una de fusta e l'altra de ferro, tanchadas ab quatre claus y
tanquadores.
Un reliquiari de santa Eularia, de argent sobre endaurat, ab la
cara e pits de santa Eularia encarnada, ab un coxi ab vuyt botons
grossos tôt d'argent sobre endaurat, demont quatre lahons tôt
d'argent sobre endaurat, ab les reliquies de la beneyta Santa en
— 72 —
lo cap, lesquals se demonstran per demont del cap, ab una corona
d'argent sobre endeurada en lo cap, ab molta padreria de diver-
sos colors y molta perlaria, ab les puntes les unes com a flor de
lli y les altres mes xiques, totes ab molta padreria y perlaria :
En quai corona faltan très puntas de les flors de lli que son esta-
des rompudes, y s'es trobat que falta mes, en la flor de lli qu'esta
frontera, la pedra mes alta ques la mes grossa, ab una gandalla
de fil de or demont del cap, y uns granets d'argent sobre daurats
voltats per la corona.
Item, en lo pits de dita Santa, un caxal de dita gloriosa Santa
enquastat dins una rosa ab molta padraria...
En laquai Santa son, démons d'ella, les presentalles seguents :
Item, un libre de argent sobre endeurat, tanquat ab una per-
leta demont un forât per loqual se veu un osset de dita beneyta
Santa, ab una cadena d'argent sobre endaurada.
Item, un gros anell de or groch, de bisbe, ab una torquesa
molt grossa y de molt perfecta color.
Item uns saltiris de coral en que y ha cinquanta quoerns de
grans, ab un gra gros de casadoina, y una cauquilla de gayeta.
Item altres saltiris de olivetas de coral, ab cinquanta quatre
coherns e mig de grans, ab set senyals de argent y ab un sanct
Jaume de gayeta al cap, y una oliveta mes grossa de coral.
Item, altre fil ab setze coherns menys un gra, tôt de argent.
Item, una brancha de coral molt grossa gornida de argent.
Item, unes gargantilles de perla, de la largaria de un palm.
Item, quatre fils de perles menudes, de un palm y un quart.
Item, uns sartiris de nacra, ab cinch grans de crestall, y alguns
de coral entre mesclat, ab una capseta de argent.
Item, una almasistra (i) de fil de or.
Item, très pessas de collar de or, a modo de creuhetes, ab un
agnus de argent.
Item, un anell de or, ab un capmeu (2) blanch.
Item, un anell de or gornit ab perles y una pedra vermella.
Item, una peyroleta de or smeltada de nègre.
Item, un cavall de argent (3).
(i) Brûle-parfums?
{2) Camée.
(3) Un procès-verbal de visite de )5bi mentionne aussi : Una eugua ab
son polli, de argent (G. 1 10).
- 73 -
Item, set ulls, y dos cors, y una mamella de argent.
Item, altre reliquiari de santa Julia, ab la cara y pits encar-
nada, (pareil au premier) ab la corona molt rompuda ; es ver
que y son totes les flors, en lesquals flors falten algunes per-
les, y assenyaladement très al cap de les flors ; a la una flor falta
la perla mes alta, y en lo rodedor de la corona falta una pedra
grossa... Ab un sant Miquel petit, d'argent sobre endeurat, ab
una pedra vermella a modo de granat o robi, loqual esta afix ab
un fil de ferro a dita corona.
Item, una pedra color de perdillo (i), larga, gornida de or, ab
un sant Cebestia.
Item, uns granets d'argent endeurats, entremesclat ab la corona.
Y son en dita beneventurada Santa les presentalles seguents :
Et primo un fil ab cinquanta grans de argent.
Item, uns saltiris de coral, ab vint y nou quoerns y mig de
grans rodons de coral.
Item, uns saltiris de os nègre, a modo de oliveta, ab un agnus
de argent sobre endeurat.
Item, uns saltiris de lambre, ab dotze quoerns y mig de grans
de lambre, ab quatre senyals grossos de or, y un gra de lambre
mes gros de tots al cap.
Item, altres saltiris de lambre blanch ab quinze quoerns y très
grans de lambre, ab nou grans de gayeta, ab unes steletes dau-
rades.
Item, una brancha de coral gornida de argent, ab una cadeneta
de argent, petita, que y a sis malles.
Item, una medalla de nacra gornida de argent ab una Nostra
Dona ab lo Jésus al bras, y de altra part es nacra.
Item, un reliquiari sobre daurat, a modo de un livret, ab unes
reliquies dintre, que penja ab una cadena de argent.
Item, un ull d'argent.
Item un stancha sanch xich.
Item una gandalla de or demunt la corona.
Item un fermall al pits de Santa Julia, gornit ab perleria y
padraria, ab un caxal de Santa Julia.
Item, un frontal [i) ab très peces de argent sobre endaurat
(i) Gris.
(2) Devant d'autel.
— 74 —
scultat, ab molta padraria de diverses colors, ab noranta y nou
botons d'argent sobre daurats, ab flochs de seda verda que y ha
en dit frontal ; es asaber a la primera pessa, cinch madallas scul-
tades ab sants y santés, v entre madalla y madalla ha una creu
de sant Andreu ahont ha molt pedres y la del mig major, y una
rosa ab una pedra grossa al mig ; y son (a) la primera pessa
quatre creus y quatre roses : Item ha en dita pessa frontal, ait y
bax, uns entorns de argent sobre deurat gornits de padreria, ço
es dos pedres petites y una grossa, per orde, tant ait com bax,
en que y ha, en lo ait desesset pareils de pedres xiques, e
altres tantes bax..., y trenta dos pedres grosses, ço es setze ait
y tantes bax... y faltan 2/ pedres xiques y 7 pedres grosses...)
Item un bras de argent ab la ma incarnada, ab reliquies del
bras de sant Genis.
Item una custodia xiqua, de argent sobre deurada, ab dos
angels y una cima de vidre ait en lo mig.
Item un reli(.{uiari de argent, xich, ab reliquies de sant Lorens.
Item, una custodia de argent sobre deurada, ab algunes reli-
quies, ab una creu ab un crucifix en una part, y de l'altra Nostra
Senyora.
Item un reliquiari de sant Barthomeu, xich, de argent, ab reli
quies de dit sant.
Item un bras de sant Inveni, ab reliquies de sant Inveni.
Item una custodia de argent, ahont sta recondit lo Oleum infir-
morum, per combregar los ecclesiastichs.
Item la calze major, sobre endeurat y smaltat, ab sa patena.
Item altre calze de argent sobre deurat, de alfonsello (?) ab sa
patena.
Item lo calze de sant Père, de argent, ab sa patena.
Item una peyrola xicha, y un squalli, y un izop, y una pau
smaltada, tôt de argent.
Item dos bacines de argent.
Item una crossa de argent sobre deurada.
Item una mitra moilerna gornida de perles grossas, ab molt
pessas de argent smaltades, ab sos penjants en losquals ha en
quiscun penjant sis cascavells y un scut (?) y un aglan blanc.
Item altra mitra ab perles menudes, fêta al antigor, ab molta
»
- 75 -
padraria, y sos penjants ab cinc cascavells... ab una pedra gran
vermella a la punta de la mitra.
Item un floch de capa de seda de grana y de or, gornit de
argent sobrendeurat. ab sa pedraria molt rich.
Item, un cristal gornit de argent sobre daurat per posar lo
Corpus en la festivitat del Corpus.
Item dos canalobres y dos encessers de argent.
Item, la naveta, ab una cullera de argent.
Item un plat de suro (i) ab molts vedrials, y al mig un moris-
cho y una mora quis figuran signats.
Item una vera creu de argent, en laquai ha de Ligno Crucis,
y falta un personage de argent, en loqual ha un quaxal de santa
Eularia ab quatre leos y quatre smalts, que senyalan los quatre
Evangelistas.
Item una creu xicha de argent qui serveix als dobles breus.
Item lo Testament vell y lo Testament nou de argent.
R. DE Lacvivier.
(i ) Ce plat se retrouve ainsi désigne dans un procès-verbal de visite de
i568 : « Un plat gran, ab molts personages a la morisca, anominat lo plat
de suro. » (G. moi
^i^^^
Extrait de mil y un pensaments
Surt al carré y trobarâs : una persona que 't comunicarâ qu'estas
mes magre que avans, una altra que t'assegurarâ qu estas mes gras
y una altra que 't dira qu'estas del mateix modo. Y vés fent cas
de las opinions dels homens I
Gracias â la diversitat dels gustos de la humanitat, no hi ha
extrenyesa que no pugui arribar à ser tinguda per bellesa.
La ignorancia y la supersticiô van sempre pel mon de brasset ;
si las separessin se moriri'an de anyoransa.
Pour la Langue Catalane
Notre distingué confrère, Monseigneur de Carsalade du Pont, évèq ;e de
Perpignan, vient de faire éditer un Abrégé de la doctrine chrétienne ; de la
lettre pastorale qu'il a publiée à ce sujet, nous extrayons volontiers les
passages suivants :
« Nous l'avons fait imprimer en français et en catalan, suivant
encore en cela l'exemple de Mgr de Flamenville. Grâce à Dieu,
aujourd'hui comme alors, la langue catalane est en usage dans le
diocèse, et malgré les efforts tentés par les partisans d'un unita-
risme impossible, elle y est encore vivante et même, à l'heure
présente, très active. 11 y a en France, disons-le en passant, des
intellectuels qui s'irriteiit contre l'ordre établi en ce monde parla
divine Providence et qui prétendent modifier cet ordre au profit
de leurs idées personnelles. Or, sachez que Dieu a voulu et qu'il
a établi la diversité des peuples. 11 a donné à chacun d'eux un
caractère particulier, une personnalité propre qui est le reflet de
la terre qu'il habite, de la langue qu'il parle et qui détermine sa
race. La terre et la race sont inséparablement liées l'une à l'au-
tre ; elles influent l'une sur l'autre, et de leur union est née la
langue, après une gestation quelquefois séculaire. Tenter de
détruire l'un des trois termes de cette trinité, la race ou la langue
même sous prétexte d'unité nationale, est une œuvre impie et
chimérique. On ne peut pas plus niveler les peuples, qu'on ne
pourrait niveler toute terre. Le catalan est une langue, il vivra
autant que la terre catalane, et que la race catalane.
« Nous sommes heureux de cette occasion qui nous est offerte
d'exalter devant vous la vieille langue des aïeux, d'en célébrer les
incomparables mérites, de la proclamer avec tous les savants du
monde, la fille ainée du latin, filla primogenita del llali, de vous
dire enfin qu'il y a un devoir sacré d'honorer et d'aimer cette
langue si belle, si sonore, si énergique et si douce, si magnifique et
si simple et qui a été pendant des siècles la langue unique de vos
pères, la langue des chartes de vos libertés et de vos coutumes,
la langue de vos chroniques, de vos poésies, de vos chants popu-
laires, de vos goigs si pleins de foi et de piété, la langue surtout
de vos admirables prières. Vous nous pardonnerez, N. T. C. F.,
cette disgression ; elle a jailli spontanément de notre cœur : la
bouche parle toujours de l'abondance du cœur
L'Œuvre d'Oun Tal
(Suite et "Fin)
Albert Saisset poète et linguiste
— 1 ° Meta thèse de consonnes ou de
barrejar pour rabejar
priure — pruïr
gavinet — ganivet
gavina
gavinetada
Ce mode de déformation est, du reste, très en faveur chez les
enfants et dans le peuple.
1° Changement de préfixe :
emprès pour desprès despatllar pour espatUar
desgarriar - - esgarriar
Déformation du catalan.
voyelles :
buldofa pour butllofa
citrell — cetrill
barguer — braguer
carmallers — cremallers
crompar — comprar
desafrenar
desenfrenar
3' Changement de consonne, souvent à cause de la ressemblance
avec d'autres mots :
canyoca pour canyota
tracera — drecera
dingii — ningii
esfonzar — enfonzar
esbargini — alberginia
estragina — trenyina
culcusit — corcusit
selbi — serba
greixes — creixens
roblegar — doblegar
enxibornar — ensibornar
4° Assimilation. — Les participes passés volgut, calgut, pogut,
sapigut ont produit les infinitifs barbares, qui sont d'ailleurs usités
dans le peuple de certaines parties de la Catalogne : volguer, cal-
guer, poguer, sapiguer.
On dit hagés, au lieu de bagués, à cause du subjonctif présent
hagi.
5° Changement de conjugaison, — Cette confusion de conjugal-
enxumar
pour
ensumar
desmargar
desmanegar
frétât
—
fredat
cotze
—
colze
binvada
—
minvada
alabanza
—
alabança
centenat
—
centenar
milenat
—
milenar
argelat
argelac
eima
—
esma
palcigar
—
calcigar
- 78 -
sons existe déjà en catalan ; ainsi proviennent de la conjugaison
ère ou ère latine :
Lluïr, tenir, concebir, cusir, dimitir, elegir, eregir, supplir, escondir,
fugir, fingir, junyir, omplir, sofrir, punyir, quérir, llegir, resumir.
Le roussillonnais dit de même ; corrir, premir, et même embru-
Ur, se cuiiir pour embrutar, se cuitar (de cogilare).
11 est vrai qu'il rectifie les formes non étymologiques, en
disant : fiiger, cûser, du latin fugere, culere ; et, par assimilation,
ixer de exire, ce qui est mauvais. La forme coller ne l'est pas
moins, car le latin est colligere qui doit donner collir, comme dicere
et ducere font dir et dur.
6° Changement de diphtongue en voyelle simple :
rure pour roure llenga pour ilengua
fena — faena ou feina ega — egua ou euga
die fener, di-fener — die feiner liuta — lluita
calque — qualque viam ! viéu — veiam,veieu!
aiga — aigua Uega — Ueuga
portavu, deiu, diguéssu pour portàveu, deieu, diguésseu
Ainsi le Roussillonnais, tout en employant les deux formes
ocell, ozerda, olendra, orella et aucell, auzerda, aulendra, aurella
paraît avoir une préférence pour la première.
Cependant on dit pou, pour por (peur).
Parfois la diphtongue est décomposée, comme si c'était un
Franchimand qui prononçât : ehina pour eina.
7° "Elision de syllabes initiales :
'via pour havia
'gès — hagès
'quel — aquei
'cabar — acabar
'judar — ajudar
8° Addition de lettres euphoniques :
— soit en préfixe (cette déformation est précisément l'inverse
de la précédente).
A. — agram, aclap, a/art, arrella pour gram, clap, fart, relia,
ce préfixe a est très fréquent en bon catalan ; il apparaît pour
former une diphtongue dans les mots aucell, auzerda, etc., déjà
cités.
Inversement cet a du catalan a disparu dans margar, margall,
nillar.
'tat ?
pour vritat ?
'xô
— aixo
nhom
— un hom
gradar
— agradar
— 79 —
D. — (Jalt, deixonsis, dellonsis pour ait, aixà, alla, et même
dingû pour ningti.
ES. — eslenalles, escoure, esporuc, escroces, eshegina pour lenalles,
coure, poriic, croces, Irenyina.
EN. — à l'encop pour al cop.
— ■ soit dans le corps des mots, comme un infixe :
E. — L'intercalation de cette voyelle dédouble des monosyl-
labes en évitant la rencontre de deux consonnes, ou d'une diph-
tongue et d'une consonne :
Rebes, dormes, perdes, rompes, prenes, podes, sabes, remetes, sentes,
tenes, pudes, mores, venes ; creues, diues, veues, viues, escriues, beues,
deues, moues, seues, treues, riues, coues, caues, etc..
N. — unlrament, de l'espagnol olramenle ; deixonsis dellonsis, de
aixà, alla; manglana pour magrana.
Le catalan a cet n euphonique dans ningû, du latin neque unum.
— soit à la fin des mots, comme un suffixe :
S. — aixis, dingùs, défais {défait), accens (accent) apetis ; et les
noms propres : Vassals, Canals, Portais, Tornols, Yalls, 0ms,
Prats, Cornes, Segols, Cases, Pains, Tonis, etc..
T. — apit, escorpit ; et la plupart des mots finissant par r / corl,
ort, mart, durt, purt, cari, segurt, ahirt, clart, fert, curt (il court),
faburt, etc..
E. — sere, dire.
— soit enfin, entre deux mots :
T. — Eu t entrant
N. — trapi n'El Père; jutgeunen : il y a plutôt ici double
pronom en ; anont.
A. — que fas a perci ?
L. article redoublé : — hi ha \"En Miquelô.
9° Influence de formes semblables :
J\ut au lieu de nu, à cause de mut. Cependant crudum latin fait
cru. L'adjectif bon amène la forme millon, pour millor.
De même que Vr est muette dans la plupart des mots en ar, er,
ir, or, même au pluriel, de même l'/i ne se fait pas sentir au plu-
riel des mots en à, é, i, 6, û, et Ion dit : mds, bés, fis, bas, comûs,
au lieu de mans, bens, fins, bons, comuns. Par contre on dit : aixins,
allabons, au lieu de aixis, llavors. Car cette terminaison ns ne
répugne pas/au Roussillonnais, exemple les mots : dilluns, dedins,
fins, abans, etc..
— 8o —
j o° J^emplacement des finales ch, tch ou 11 par i :
— son ch ou tch : aquei, melei, vai, fui, vei, fai, bai, gret,
fei (fardeau) ; ces formes se retrouvent aux Baléares,
Cependant on dit : faig, roig, raig, puig, maig, boig, maix,
gahatx.
— son // ; vui, vai, pour vull, vall. Aux Baléares on dit
même, dans le corps des mots : fuia, veia, etc..
jT Suppression de /'a atone entre deux consonnes dont la seconde
est presque toujours r et plus rarement 1 :
vrema pour verema carbaça pour carabaça
esprit — esperit cargo) — caragol
fredat — feredat carmell — caramel!
brana — barana fil plomar — - fil d'empalomar
brallar — barallar
Cependant on dira parfois :
citerell pour citrell (cetrill) ; poruner pour pruner
1 1° Affection pour certaines voyelles ou consonnes :
— son a clair : les verbes arrcncar, rccar, trcpar font
arrdinca, r2.ca, trapa.
far gués pour al forges granxoler pour gronxolar
gatimell — gotim la un — • lo un, l'un, un d'ells.
Cependant on dit cadern pour cadarn
— son a atone : servecial pour servicial ; les mots dérivés
du français fretar (frotter), beveta (buvette), faburt (faubourg).
1. — C'est déjà une carastéristique du catalan (i) ; le roussil-
lonnais va encore plus loin dans cet emploi de 1'/ ,• ainsi il dit :
porti, portavi, portessi au lieu de porto, portava, portes
il prend telles quelles au français les terminaisons en ier, qui
devraient devenir er en bon catalan : mestier, fripier, etc.
1 change en eia la terminaison française ée : aleia, riseia, guineia.
I abuse des conjugaisons en ir (voir 5° ci-dessus) ;
1 forme le participe présent en int quand l'infinitif est en er :
creixint, reixint, ixint.
/ remplace e dans les mots suivants, catalans ou français :
lligir pour Uegir dixar pour deixar
IJivar — llevar pindré — futur de pendre
Uixiu — llexiu adiu — adeu
(i) En latin certains verbes facere, jacere, lacère, capere, tenere, légère, regere, querere,
premere, changent en i, dans les composés, la voyelle radicale.
8i —
sipi
— sepia
distruïr -
- destruïr
albi
— àlber
insi
de ainsi
desvirgoi
ridat
de devergon
idé
llivita
de lévite
iretge
— heretge
de siguit -
en seguida
istiu
— estiu
esquixar ~
— esqueixar
sixanta
— seixanta
dimusela
de demoiselle
ginoll
— genoll
gineral
— général
i remplace o dans xicolata.
i remplace a dans ximenella, xirriiar [pour xarritar) ; libûla, pussida,
galimoix (pour gatamoixa) ;
i est explétif dans ciego, beial, eirola, vieil;
il remplace ei dans viam ! vieu.
O. — L'affectation pour le son o, ou plutôt ou français, montre
bien la rudesse, la rusticité du catalan ; le roussillonnais la mani-
feste dans les mots :
els altros pour els altres poruner pour pruner
aixorit — aixerit potô - — petô
boldofa — baldofa purgami — pergami
estorroçar — esterroçar peu runquot de ranquejar
monyoc — manyoc sonsuga — sangsuga
oruga — eruga vorruga — verruga
et les mots empruntés au français : votura, futull, mussurt, madi-
musela, hurôs, uberja, etc.
] 3° Mffeclation pour le son ny :
ny remplace n dans granyola, punyir, (punir afenyar, soviny, escu-
pinya, canyô ;
il remplace // dans parpanyol, nyinyol (llinyol) :
Le roussillonnais en arrive à redoubler ce son en prononçaht
vinynya, llenynya, au lieu de vinya, llenya.
Cependant, à cause sans doute du languedocien, on dit : anïell
au lieu de anyell.
j 4° Répugnance pour certains assemblages de consonnes :
dr est changé en r, dans l'infinitif, le futur et le conditionnel des
verbes en dre : veure, veurà, veuria ; dans l'adjectif heure, dans
les substantifs .• cenre, Portvenres.
Cependant on dit ; aulendra, calandra, mandra.
pj, ps, pi, et se changent en tj, ts, td :
catgirar, catsa, catdar, retde pour capgirar, capça, captar, recte
Une consonne tombe et l'on dit :
— 82 —
vos pour vols pe 'nosaltres pour per nosaltres
tabé - - tambë motô — moltô
tapoc — tampoc esgarraxada — • esgarranxada
prensa prempsa propietat — proprietat
mitdia — migdia om — olm
La bonne prononciation catalane supprime, de même, la con-
sonne finale dans camp, ail, cant, etc.
On dit aussi pam et palm ; coma vient du latin culmen.
1 5° Contresens sans déformation proprement dite :
baboïa, charivari, signifie en réalité : niais
ronJinejar, tourner autour, — bougonner
clap, amas, tas, — tache
vella raiera, vieux malin, au lieu de veîla raia
punla (au singulier) dentelles, — punies (au pluriel).
la terminaison en o/^ n'indique qu'un diminutif: homenot, bestiota,
alors qu'elle doit conserver un sens péjoratif, comme dans le mot
pellot.
i (5° Barbarismes :
crits a fer tordir, crits à assourdir ; prixa, colme, ptesse, et les
mots qui n'ont d'espagnol que l'apparence : berro, butjo, fonso,
marso, nyanyo, pallago, totxo, vano, xupapo.
Toute la querelle entre les catalanisants des Pyrénées-Orien-
tales réside dans l'acceptation ou le rejet des mots et des formes
que je viens de cataloguer tant bien que mal. Adversaire de l'ac-
ceptation, et, je l'avoue, adversaire résolu, je n'en témoigne pas
moins de ma loyauté par cet exposé complet de la cause. Saisset
n'a pas osé montrer l'étendue du désastre qui, assurent certains,
doit emporter inéluctablement notre idiome. J "ai ce courage et
j'ai celui d'ajouter : Nous sauverons bien mieux cet idiome en
amputant qu'en conservant les parties malades ; car il s'agit d'une
gangrène. Notre patois est laid, barbare, sans saveur ; ses défor-
mations, la plupart datant d'hier pourtant, sont vilaines ou inuti-
les. On me dira que le provençal ne se portait pas mieux quand
le septuor de Fontségurne le ressuscita. Oui, mais ignore-t-on
que, pour lui faire parler d'emblée le langage épique ou lyrique,
Mistral, Roumanille et Aubanel le rendirent presque méconnais-
sable au peuple ? On le leur a pourtant assez reproché. Je ne
suis pas de ceux-là ; car j'estime que ce n'est pas directement pour
le peuple que 1 on écrit ; je m exprime mal : oui, c'est bien pour
— 83 —
le peuple qu'écrivent le journaliste (hélas !) et l'artiste même.
Mais, comme leur rôle n'est pas de s'abaisser jusqu'au peuple,
mais de l'élever jusqu'à lui, ils doivent se servir de sa langue,
comme de ses idées, en l'épurant. Ecrire, c'est créer une illusion,
un idéal ; Mistral, le bon gentilhomme campagnard, le futur
empereur d'Arles, écrivait bien pour le sien, dès son premier
chef-d'œuvre :
Car cantan que pèr vautre, o paslre e gent di mas.
Formule généreuse du droit de tous au grand art ! Comme elle
fait pâlir la formule égoïste d'Horace :
Odi profanum vulgus ei arceo !
D'ailleurs, qu'il le veuille ou non, l'artiste travaille pour la
masse. Ce n'est pas à dire qu'il doive en être l'esclave. Certains
dramaturges modernes ont montré les limites de l'art en faisant
parler à des gens du peuple leur langue propre (ce mot gardant
toutes ses acceptions), tout en idéalisant le dialogue et le sujet.
« Le voituricr Henschel », de l'allemand Hauptmann, et « Els
Vells » du catalan Iglesias sont situés aux antipodes des tragé-
dies classiques et sont pourtant des chefs d'oeuvre au même titre.
Entre leur dialogue simple et les tirades simples de Schiller et
de Corneille s'étend le champ de l'art, champ immense. Tout est
bon pour l'artiste ; c'est une abeille qui tirera du miel d'un caillou.
Au point de vue de la langue, il atteindra l'art suprême en
idéalisant sans presque déformer. De sorte que, si Ion prétend
(et cela a été professé récemment dans cette même Revue) que
l'écrivain ne doit employer que le vocabulaire du peuple, on a
bien l'air de rogner les ailes au pauvre écrivain, mais l'air seule-
ment ; car il y a tout dans le peuple, forme, idée, art ; le diffi-
cile est de l'y trouver. Le peuple est toute prose et toute poésie,
tout vient de lui, tout doit être pour lui. Mais, si quelques pri-
vilégiés parviennent à charmer en écrivant presque comme il
parle, il ne faut pas oublier les raffinés (Mistral, quoi qu'il en
dise, fut un de ceux-là) ; à ces aristocrates de l'idée et du style,
il faut un vocabulaire autrement vaste. Qu'aurait fait l'auteur de
« Calendau » et de « Miréio » avec le lexique populaire si étri-
qué de la Provence ? Que fera un Roussillonnais réduit à la
pauvre contribution de son patois populaire ? Je lui souhaite de
— 84 —
nous donner des monologues valant ceux d'Oun Tal, mais ne lui
conseille pas d'imiter les essais lyriques ou épiques de nos com
patriotes roussilhnisants enfin, voilà que le mot venu !). Des peti-
tes blagues pour le peuple, telle est toute la ressource du voca-
bulaire roussillonnais ! Et encore qui égalera Saisset?... Voici un
critérium de la valeur de notre patois ; tout le monde peut l'é-
prouver, comme je l'ai fait : prenez le « Songe d'Athalie » et
traduisez-le franchement, sans tricher, en roussillonnais ; vous
constaterez que presque tous les mots français ont été catalanisés
affreusement ; vous devez les employer, ces affreux mots. Quand
vous aurez fini, relisez '... Oserez-vous appeler langue originale,
langue catalane, ce plagiat innommable ? Allez, allez, que vous
le vouliez ou non, quelque soit votre engouement pour le com-
pléter, ce vocabulaire miséreux et loqueteux, il faut aller à l'ar-
moire bien remplie du vieux catalan. Et le vieux catalan, qu'est-ce
autre chose que le catalan moderne de l'autre côté des Pyrénées?
Vous préférez ressusciter l'ancienne langue du Roussillon? Où
est-elle, cette langue ? Quels sont les chefs-d'œuvre qui la consa-
crent langue particulière au Roussillon ? Mais je ne répéterai
aucun des arguments de ma préface des Fables de La Fontaine.
Je rappellerai simplement une proposition lumineuse que fit
Milâ y Fontanals, le grand Milà, comme on dit en Catalogne, à
l'origine de la Renaixensa, à cette période difficile où le catalan
cherchait sa voie, comme fait aujourd'hui le roussillonnais. Milâ
proposait d'adopter une langue écrite commune, langue savante
évidemment, à côté des divers dialectes parlés. Cette solution a
prédominé dans tous les pays : en France, en Allemagne, en Ita-
lie, en Espagne, et finalement même en Catalogne, partout un
dialecte particulier a pris de l'empire sur les autres, grâce aux
chefs-d'oeuvre de quelques écrivains et, une fois le sceptre en
main, il l'a gardé définitivement. Mais tout roi a son Conseil. La
langue officielle a ses dialectes qui l'enrichissent, la guident, la
font évoluer. Le roussillonnais doit avoir son rôle à côté du cata-
lan classique. Une fois le sacrifice fait (c'est le plus dur) de ses
formes grammaticales bâtardes, il aura son contentement d'amour
propre en apportant sa contribution de mots, et de locutions de
bon aloi ; et cette cont'-ibution originale de mots peut être fort
honnête.
Paul Bergue.
La Langue Catalane
et son utilité pédagogique
CS5»$'^2r^ {Suite)
Une erreur de composition s'étant glissée dans le premier paragraphe des
notes grammaticales de la 5"" leçon, nous nous empressons de rectifier et
voici comment il faut lire :
« L élision de l'article el a lieu lorsque le nom déterminé commence par
une voyelle ou une /? ; il y a également élision lorsque le nom déterminé
commence par une consonne autre que h, mais, dans ce dernier cas, il faut
que le mot qui précise se termine par une voyelle. L'apostrophe se place
tantôt avant tantôt après la lettre /.
7""^ LEÇON — Metges y Cirurgians
EJs metges els-e cal pagar y ben pagar. Y, ben mirât,
que voleu qu'hi sapiguin els metges de la vila amb els mais
dels pagesos ?
Desseguit vos parlen de begudes qu'amarguen corn un
fel, de purgues que vos escorreganten y de vesicatoris que
vos s'emporten la pell... Y per mes desgracia vos parlen un
francès tant recargolat ! !
Ah ! si eren els cirurgians d'anvantes ? encara, encara...
AquelJs amb una sangria y un pareil de pegats vos enlles-
tien un malalt ; enrahonaven com hom y, per paga, se con-
tentaven d'un amarell de segle 6 d'un xayet ben tendre.
Hom n'era ben servits y may, amb ells, calia treure diners
de la butxaca. Y, si els hi demanaveu de quin mal patia el
malalt, al lloch d'anar cercar, com els metges saberuts del
dia d'avuy, unes paraules que ningù no enten, vos responien
ambe tota franquesa : « El fetge se li menja la frixa » 6
« La sanch se li rabeja amb els nervis ».
La gent se morîa, mes hom sabîa com y pcrqué.
E. Caseponce, Contes vallespirenchs.
— 86 —
Explication du Texte
Après avoir constaté que les médecins d'aujourd'hui se font
payer fort cher, qu'ils ne connaissent rien aux maladies des pay-
sans, qu'ils donnent des remèdes désagréables et enfin... qu ils
parlent français, l'auteur fait l'éloge des médecins d'autrefois qui
avaient vite fait de guérir un malade, qui parlaient comme tout
le monde et qui se contentaient de recevoir en paiement une
mesure de seigle ou un petit agneau bien tendre. Naturellement
les gens mouraient comme aujourd'hui, mais on savait comment
et pourquoi.
Vocabulaire
metges, médecins
pagesos, paysans
desseguit, tout de suitz
begudes, boissons, remèdes, potions
amarguen, de amargar, être amer
fel, fiel
escorreganten, vous donnent des coli-
ques.
z^esicatoris, vésicatoires
desgracia, infortune, malheur. Per
mes desgracia, peut se traduire
par : Pour comble de malheur.
recargolat, de cargol, caragoî, vis.
Peut se traduire par : serré, diffi-
cile à comprendre.
d'anvantes, d'autrefois
sangria, saignée
pegats, emplâtres
enllestir un malaît, guérir rapidement
un malade ; expédier ; terminer la
guéri son.
Exercices
Traduction française du tcxïc — L'expression catalane « ben
mirât » peut être traduite en français de plusieurs manières.
L'élève recherchera toutes les expressions françaises correspon-
dantes et choisira la meilleure.
Composition catalane. — Rédiger en catalan deux petits de-
enrahonaven, ils parlaient
hom, que l'on écrit quelquefois un
hem, correspond au pronom indé-
fini français on et signifie un homme
comme tothom signifie tous les
hommes, tout le monde
amarell, double décalitre, mesure
xayet, petit agneau
ireure diners, sortir de l'argent
butxaca, poche
patia, souffrait
saberuts, savants
unes paraules, des paroles
ningù, personne
feige, foie
frixa, mou, poumon
sanch, sang
nervis, nerfs
- 87 -
voirs dont l'un aura pour titre : Els melges d'avuy ; et l'autre :
E/s cirursians d'anvantes.
Composition française. — Supposer que l'on a rencontré un de
ces vieux médecins d'autrefois qui « amb una sangria y un pareil
de pegats vos enllestien un malalt » et le faire parler.
Conjugaison bilingue. — Subjonctif présent du verbe pagar et
du verbe paver. Conjuguer sur ce modèle cercar et chercher.
Subjonctif présent
"Verbe pagar 'Verbe payer
Que pagui Que je paie
Que paguis Que tu paies
Que pagui Qu'il paie
Que paguem Que nous payions
Que pagueu Que vous payiez
Que paguin Qu'ils paient
Notes grammaticales
L'article partitif. — E" général l'article partitif ne s'emploie
pas en catalan.
Ex. : Vetaqui monjes, pâ y vi
Voici des haricots, du pain et du vin
Voir dans le texte : may calia heure Jiners (de l'argent).
C'est ce qui explique la faute fréquente que commettent les
élèves dans des phrases comme celle-ci : « Monsieur, il n'y a pas
encre. »
Cependant l'article partitif s'emploie lorsque le nom est pris
dans un sens déterminé :
Doname de les monges que tenes
Lorsque l'article partitif est pris dans le sens de un peu de ou
de quelques, on le traduit par un poc de, una mica de, uns, unes,
alguns, algunes.
Voir dans le texte : unes paraules que ningû no enlen des
paroles).
L'article personnel. — 11 y a en catalan un article spécial qui
se place devant les noms propres de personnes et que, à tort ou à
raison, on nomme article personnel. "
— 88 —
L'article personnel prend deux formes :
i' "En devant les noms d'homme.
Ex. : En Père, En Joan, En Jaume
2° TVa devant les noms de femme.
Ex. : Na Maria, Na Clara, Na Guideta
Certaines rues de Perpignan portent encore des noms de per-
sonnes précédés de l'article personnel : rue d'En Cake, place du
Pont d'En VesHt, rue Fontaine TVa 'Pincarda. 11 y a aussi lo
serrât d'En Vaquer.
Nous trouvons encore à Banyuls-sur-mer, par exemple, el pou
d'En Jordi, la coma d'En Perota, l'hort d'En T^amonet, la mata
d'En Galy, lo coral d'En 7{eig ; à Port-Vendres, la serra del hort
d'En Malacara, lo coll d'En Llaurens, etc.
C'est par centaines que nous pourrions citer de pareils noms
dans toutes les communes du département.
Devant les noms d'homme commençant par une voyelle ou une
h, En se change en /'.
Ainsi l'on dit :
l'Anton, l'Oller, l'Honoré
et non : En Anton, En Oller, En Honoré
Devant les noms de femme commençant par une voyelle ou
une h, JNa se change en TV'.
Ainsi l'on dit :
N'Amelia, N'Antonieta
et non : Na Amelia, Na Antonieta
Mais on dit aussi YAmelia, ïAntoniefa, VEularia (pr. : leoulâri),
de même qu'on dit couramment aujourd'hui la Teresa, la Tere-
seta, la Teresô, la Caterina, la Caterineta, la Francisca, la Xica,
la Francisqueta, la Xiqueta, la Xiquetona, la Tona, la Margarida,
la Guida, la Margarideta, la Guideta, au lieu de Na Teresa, Na
Tereseta, etc.
Remarque. — On prononce Tresa, Treseta, Catrina, Catri-
neta, Margrida. Margrideta (voir les notes sur la prononciation).
- 89 -
S*"' LEÇON — Passades alegries
Quant poch han durât, mon cor,
Tes passades alegries 1
Dels festejgs y de l'amor
Quant curts han sigut los dies !
Jo'm pensava, trist de mi!
Que aqueix temps may finiria.
Que de la vida 1 cami
Sempre mes planer séria ;
Que guardarian les flors
Ab que cenyîa ma testa
Sos perfums y sos colors
En una perenna festa ;
Y que '1 nectar exquisit
Que mon seny embadalia,
Ab delicia assaborit,
Aspre may se tornaria.
Tras de les flors han vingut
Espines y mes espines ;
Tras de) nectar he begut
Unes amargues metzines.
Antoine Puiggari, Venediment.
Explication du Texte
« Ah ! s'écrie le poète, que les beaux jours sont courts ! Je
croyais que le chemin de la vie serait de plus en plus agréable a
suivre, que les fleurs ^[arderaient leurs parfums et leurs couleurs
et que le nectar serait toujours exquis. Mais hélas ! les fleurs ont
bientôt cédé la place aux épines et le nectar exquis à l'amer
venin.
— 90 —
Vocabulaire
quant, combien exquisit, exquis
alegries, joies seny, sens, raison, jugement
festeigs, de festejar, faire la cour. Ici, embadalia, imp. du verbe embadalir,
galanteries charmer, ravir
pensava ; en Roussillon on dit : pen- assaborit. savouré
. savi et non pensava aspre, âpre, amer, acre
trisl de mi, expression qui n'a pas de se tornana, deviendrait
correspondante en français tras, derrière, après
mes planer, plus uni amargues, amères
cenyia, de cenyir, ceindre melzines, médecines, poisons, venins
perenna, continuelle, perpétuelle penediment , repentir
Exercices
Traduction française du texte. — L'expression catalane trist de
mi peut se traduire de plusieurs manières. Chercher les expres-
sions équivalentes et choisir celle qui se rapproche le plus.
Composition catalane. — Supposer que l'on écrit à l'auteur en
le tutoyant et en commençant par l'imparfait de l'indicatif : pen-
saves que...
Composition française. — Rédiger en français un petit devoir
que l'on intitulera : « La jeunesse n'a qu un temps ». Suivre le
plan du texte.
Conjugaison bilingue- — Imparfait du subjonctif du verbe pen-
sar et du verbe penser. Conjuguer sur ce modèle durar et durer.
Imparfait du Subjonctif
"Verbe pensar Verbe penser
Que pensés Que je pensasse
Que penséssis Que tu pensasses
Que pensés Qu'il pensât
Que penséssim Que nous pensassions
Que penséssiu Que vous pensassiez
Que penséssin Qu'ils pensassent
Notes grammaticales
Le genre des noms. — On a dû remarquer en traduisant le
texte que le mot color (i) est masculin alors que son correspon-
dant français couleur est féminin. Cette différence de genre exis-
() ) Le mot color est cependant employé au féminin par le poète rousslllonnais Saisset (voir
2' leçon) et par certains écrivains de Catalogne comme Costa y LIobera (voir plus loin).
— 9' —
tant pour un assez grand nombre de noms, il en résulte que les
élèves éprouvent une certaine difficulté dans l'emploi de ces noms.
Nous avons cru utile d'en donner ci-dessous une liste.
r Noms masculins en catalan et féminins en français.
Masculin
Téminin
Masculin
Féminin
color
couleur
caragol
vis
armari
armoire
enciam
salade
pressech
pèche
ruxat
averse
esparrech
asperge
Dabi
lèvre
toronjo
orange
xirimpiu
rougeole
sentinella
sentinelle
parèntesis
parenthèse
vidre
vitre
oli
huile
rellotge
montre
sant
image
2° Noms
féminins en catalan et masculins en
français.
"Féminin
Masculin
"Féminin
Masculin
dliga
aigle
escala
escalier
carfoxa
artichaut
monja
haricot
mitja
bas
parafa
paraphe
seba
oignon
Uebre
lièvre
espiga
epi
senyal
signe
col
chou
nau
navire
paret
mur
pinta
peigne
mentida
mensonge
coliflor
chou-fleur
serp
serpent
carrossa
carrosse
guilla
renard
ungla
ongle
tarda
soir
llar
foyer
sal
sel
edat
âge
sort
sort
mel
miel
sanch
sang
llet
lait
mantega
beurre
merla
merle
quaresma
carême
On arrive très facilement par l'usage à reconnaître le genre
des noms catalans sans qu'il soit nécessaire d'apprendre des règles
qui comportent de très nombreuses exceptions et qui ne peuvent,
d'ailleurs, s'appliquer à tous les dialectes catalans.
(A suivre) Louis Pastre.
w^f^S^^*iSfÊ^-^^ VSPméf^éi^ VifjtfU:ij^ Vf'-^^^Ê^ V^f.Jtf^&^ VÎ^-^Ke^ ^iiP.^£i£^
L'enfant au foulard
.-•"•v
1. Sous LES Acacias de la Place
Lorsque, sous les acacias de la place, je vois les danses du
soir, ma chanson intérieure est grave et recueillie, parfois même
douloureuse. Et je ne saurais guère en démêler la cause.
Je voudrais que chacune des filles de mon pays possède, avec
1 eurythmie du visage, de la démarche et de la voix, ce parfum
du sentiment qui s'exhale de toutes nos poésies populaires. La
musique des jutglars berce la naïveté de mon rêve, dans la nuit
inexprimablement douce et pleine d'étoiles.
On danse. On danse. Je suis des yeux une jeune fille fluette.
Elle a de la gravité dans son maintien. C'est une ouvrière de la
magnanerie. Le tourbillon passe, et la sourde contrebasse en sou-
ligne régulièrement la frivolité. Comme je la sens difiPérente de
la mienne, la vie de ces jeunes filles, et de ces femmes en bonnet
blanc, qui regardent, et dont la jeunesse envolée fut pareille !...
Mes yeux cherchent l'ombre. Je les vois assises, à l'écart,
celles qui ne dansent pas. Est-ce de l'indifférence? de la lassi-
tude ? Ces couturières ont toutes leur histoire. Sans doute, cer-
taines ont un passé qui leur conseille cette attitude. Je puis
croire que c'est le cas de Marie. Je me suis approché de Marie.
Je ne sais si elle a une âme délicate. Mais cette fille souple, ner-
veuse, blonde, qui s'habille parfois comme une jeune dame, est
vraiment une fille de chez nous. Je l'aime pour sa pâleur, pour
ses yeux verdàtres, pour sa voix légèrement rauque, dont je
saisis avec avidité les inflexions, pour ses lèvres qui sont deux
longs fils rouges.
Je ne l'ai jamais interrogée sur son aventure. On la connaît
bien ici. On a joué du couteau pour elle. Elle nous quitta un
beau jour : elle avait vingt ans. Elle était allée rejoindre son
brun qui avait déserté en Espagne. Mais le roman a eu sa fin ;
elle a été abandonnée.
— C)3 —
Marie doit se plier maintenant à la monotonie de la petite
ville. Je sais qu'elle rêve d'être demoiselle de magasin et de para-
der sur la Rambla des Fleurs, où frissonnent les roses et les
glaïeuls. Nous causons ensemble de cette Catalogne douce et
lumineuse, et dont l'amollissant vent de Rosas, qui vient du large
et de l'Albêre, nous apporte le souvenir.
En avril, Marie m'annonce qu'elle ira aux fêtes de Santa-
Creu, à Figueras. Elle partira avec la tartane de l'Espagnol, du
marchand de mandarines, d'oignons entrelacés, de cruches en
terre blanche et poreuse. Elle traversera le col du Perthus et les
chênes-liège drus de la Junquera. En septembre, elle m'accueille :
« Venez-vous à Barcelone, aux fêtes de la Merced? J'assisterai
à la corrida... »
Ce soir, Marie a son enfant sur ses genoux. Isabelet est blonde
comme sa mère. Elle porte un foulard sur la tête, à la façon des
nenes de l'Ampurdân. C'est ce même foulard que nos jeunes filles
laissent flotter derrière leurs visages brunis, au retour des champs
et des jardins. Je le préfère à la coiffe de dentelles, qui enserre
et étouffe les cheveux. Aussi, je félicite Marie de donner à sa
fille l'air d'une petite ampurdanaise. Et il me plaît que l'on vive
ainsi dans le souvenir.
Mais Marie me répond avec un sourire triste : « Oh ! non...
Isabelet est malade. Elle souffre de la gorge. »
— Ce ne sera rien ?
— Nous espérons. Si demain cela ne va pas mieux, nous appel-
lerons le docteur, me répond h sœur de Marie qui sait si bien
broder.
On danse. On danse. Les acacias sont baignés de lumière.
Lorsque je me suis couché, dans ma chambre nue, où un grand
Christ me regarde étrangement, j'ai longtemps entendu cette
musique du dimanche, si triste...
11. Au Crépuscule
Quelques jours après, j'étais sur le seuil de ma porte. Je
regardais le crépuscule de septembre. Le bleu du ciel s'atténuait
et se glaçait d'une vapeur mauve. Des bœufs traînaient leur cha-
riot de luzerne, levant leurs sabots avec mesure, la queue bal-
lante. Au tournant de la route, des sonnailles annonçaient un
— 94 —
instant la rentrée du troupeau, et on les voyait bientôt arriver, les
brebis piétinantes, balançant leur blanc museau de droite et de
gauche. Puis, on entendait l'appel d'une cloche. Un prêtre pas-
sait. Des nuages gris-bleu traversaient le ciel.
Je m'amusais de ces images et j'en savourais la douceur. La
route était déjà déserte. J'allais rentrer, lorsque je vis Anne-Rose
venir à moi. Anne-Rose ne manque jamais de s'arrêter à son
retour de l'atelier. Cela fait bien chuchoter les bonnes gens^
mais Anne-Rose n'y prend pas garde, et elle reprend sa marche,
insouciante, sereine et rythmique.
Ce soir-là, Anne-Rose paraissait avoir Tair préoccupé. Je le
lui fis observer :
— 11 est tard. Tu t'es amusée en route...
— Je viens de faire une visite... une visite triste... L'enfant
de Marie est morte.
— Je le sais. Je l'avais vue dimanche. Elle avait un foulard...
— Pauvre Isabelet ! Elle était intelligente, cette enfant...
intelligente... Non, je n aime pas ces visites Cela me fait mal.
Mais pourtant, il faut bien les faire. C'est un devoir. On se
connaît, n'est-ce pas ? Mais son père...
— 11 n'est pas allé la voir?
— Non. Comme ils sont méchants les hommes ! Devant ce
malheur...
Anne-Rcse parle. J'imagine la chambre blanchie à la chaux où
des femmes doivent pleurer à cette heure, de pauvres femmes
affaissées sur des chaises, la mère et la sœur et la grand'mère. Et
le petit corps raide d'Isabelet sous la mousseline. La présence du
cercueil que l'on prépare dans une chambre voisine. La voix
sonore du menuisier donnant des ordres à ses aides. Puis, du
silence, des sanglots. Et ce père qui ne vient pas, qui ne vient
pas, qui ne viendra jamais...
Anna-Rose s'est tue. Elle me quitte soudain, et je la suis du
regard, dans l'ombre. Maintenant, du haut du clocher, le glas
rude et ferme s'étend dans toutes les rues.
C est le glas de la petite Isabelet, de l'enfant au foulard, de
l'enfant qui devait être passionnée comme sa mère.
Et ce glas, le père l'entend-il?
Je l'ai rencontré dans la nuit, ce morne aventurier. Cœur
- 95 -
vide ! Le passé n'a pas de voix pour lui. De temps à autre, il
respirait un flacon d'éther, par manie...
Et dans cette nu't puissamment étoilée, les platanes se grou-
paient en masses d'ombre. Au ciel, un grand cyprès somnolent se
balançait à peine...
111. Au Retour des Fontaines
Sous les micocouliers, les lierres et les lauriers-roses, le rire
perlé des fontaines s'éternise. La buée vespérale enveloppe les
jardins du Riberal. Et c'est la même douceur, sur la garrigue
saignante où frissonnent les olivettes, sur les montagnes bleutées
du lointain, dans la moire du soir. Le canal d'arrosage m'accom-
pagne avec sa bordure de platanes.
J'ai rencontré la grand'mère d'isabelet. Agenouillée, elle lavait
dans l'eau courante. J'ai tout compris.
Elle a laissé son battoir et s est dressée sur ses genoux.
— 11 faut bien. ..
La grand'mère peut à peine parler. Ses yeux sont si humides
dans sa face pâle î
— Pauvre Isabelet ! Elle était jolie, blonde comme les paillet-
tes de l'or... et luisante ! on aurait dit qu elle avait été ointe
d'huile... (j)
Elle n'avait que quatre ans... quatre ans... et elle comprenait
tout. Elle avait un pressentiment... oh ! oui... Je lui dis : Fais
une prière à la Vierge santissim, elle te sauvera peut-être.
Elle répondit : Non, ce n'est pas la peine. La Vierge ne veut
pas me sauver.
Et puis, elle est morte tout doucement...
Dans la corbeille, parmi les petits vêtements tièdes et froissés,
j'ai reconnu le foulard de l'autre dimanche. Le ciel était calme et
bleu. Un vannier assis sur le sol faisait sa dentelle d'osier. En
face, les cyprès qui cachent un jardin avaient des couleurs de
velours vert.
Joseph Pons.
(i) Phrase traduite du catalan.
LIVRES ^ REVUES
Légende de tous les cols, ports et paysages qui vont '
de France en Espagne, par De La Blottière. — 1725
A cette date, les sieurs de la Blottière et Roussel, ingénieurs du roi,
furent chargés de faire un travail d'ensemble pour toute la frontière, de
Banyuls à l'embouchure de la Bidassoa. De la Blottière fut chargé de la
partie orientale. C'est ce qui nous intéresse plus particulièrement. Le
mémoire est accompagné d'une grande carte (j5 X ^^) f^*"* bien gravée,
mais inversée. Le pays est vu par un observateur placé en France, tourné
vers les Pyrénées, et ayant par conséquent la mer à sa gauche.
C'est ce mémoire que la section du Canigou, du Club Alpin, a publié dans
son Bulletin Trimestriel et dont elle a fait un tirage à part fort bien pré-
senté. 11 ne contient que la partie intéressant notre pays ; c'est donc un
ouvrage purement roussillonnais et catalan. Dans la préface, M. Escarra le
présente comme le plus ancien document sur les Pyrénées, établi dans le
commencement du xyiiT siècle.
M. Vergés de Ricaudy avait entrepris le commentaire du travail de
La Blottière. Il débute par un exposé clair et succinct de la cartographie des
Pyr.-Or. depuis Louis Xlll jusqu'à nos jours. Puis, entrant dans le cœur
de l'ouvrage, il analyse chaque note de lieu, col, pic ou localité, au point de
vue historique et étymologique, travail des plus intéressants et plus étendu
encore que celui de La Blottière.
M. Vergés de Ricaudy avait suspendu ses études pendant quelque temps,
espérant les reprendre après de nouvelles recherches. La mort brutale l'a
arrêté. La section du Canigou a cru devoir publier le dernier travail de son
ancien président, dans l'intérêt des Alpinistes et des Catalanistes. La T^evue
Cataîiine, cruellement frappée aussi, ne peut laisser passer cette publication
sans la signaler à ses lecteurs, dernier hommage rendu à son regretté pré-
sident. (Voir les conditions de vente aux annonces.)
Le catalan en Italie
Notre confrère, signor Venanzio Todesco, ancien professeur à l'Alguer
(Sardaigne catalane) vient de donner à l'impression une grammaire catalane
à l'usage des italiens.
La langue catalane on le voit continue à intéresser les milieux philologiques
de l'Europe ; tant millor, et nous adressons nos félicitations à l'enthousiaste
signor Todesco.
Jeux floraux de Lleyda
Les jeux floraux annuels de Lleyda seront célébrés, cette année, pendant
la fête patronale de cette capitale catalane, du i i au i 5 mai prochain.
Adresser les communications au secrétaire, D. Felip Pleyan, carrer del
Carme, 4, Lleyda (Catalunya).
Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan.
0 '/
5 Année N 52 15 Avril 1911.
Les Manuscrits non insères
TC sont oas rcnaui.
Les Articles oarus dans la Revue
REVUE
CATALANE
lïgOv^ :?gTNi.cî§'?vi.c^Tsicî§TN^ cîg'îsi.cî§'3si.<^Qsi. c^-ïv^, cïg'Svi.c^TN^c^'îsi. <î§'5Nic^'asitï§'>«£,c^TN^ctg'3sS,
Pirineu d'Orient
f
Parlamenf al senyor ministre, Jules Pams,
à n una dinada de rossellonesos de Paris.
Ministre,
Avuy se brinda assi à ta gloria, perque, lo primer de la Repu-
blica tercera, portes ai front del pays la bandera de las cuatre
barras ;
Avuy se brinda assi â la gloria del nostre Rossellô que 's des-
perta, pochs anys ha, de la son matadora que l'ensopegava, y
que 's desclôu, tornar, cap uns dias de bellesa y de félicitât ;
Avuy se brinda assi â la gloria de l'Esperit catalâ, que val
tots los altres, sine mes, y que ja '1 sabras mostrar altiu, sâbi y
poderos à tota la gent de França.
Avuy brindaré jo a TAmor que tenes tu, com tots los que sem
aqui, â la nostra terra llunyana, y que '1 sento tôt â l'entorn â
brollar com un ressô de la nostre mar Mitjterrana. — Brindaré al
teu régionalisme — no t'espantis de la paraula 1 — que 't consûm
aixi mateix que 'ns consùm a tots, y que consûm qualsevol té un
campanar y un parlar qu'es una llengua, y que 's haja guardat al
vell fons de son cor la remembrança dolça d'una casa payral,
d'uns dias de jovent y de la tomba dels avis.
Y per aixô te vuU dir algûns versos que 'Is havia dedicats...
A n' un Ministre que volia tornar fer vivas las provincias vellas
de la França, esborrant las ratllas artificials qui en cent parts
engronadas comparteixen lo territori. — Per supplicar-lo que
- 98 -
deixès, fora de tota altra, encara que sigui de poca amplaria,
nostra antich Rossellô.
Donchs voidrjas, plegats ensemps pobles y pobles,
d'unas comarcas grans fer la fitas de nôu,
d'cixos trossos sens anima (i) fer terres nobles, 1
hont rebrôti la rassa y la sanch que se mou ?
Tothom de cap à cap de la Pâtria nostra,
alabarà ton nom de t'haver recordat
que a per tôt, per la terra de França se mostra j
cada terra mes vella de l'antigua edat.
Alvernyats, Provensals, Gascons son vius encara,
y Nortmans y Bretons y Catalans també,
que 's guardan, cadahû, son parlar y sa cara,
son carâcter, sas lleys, sas costums y sa fé.
Aixî d'un hort immens las flors no son pariunas :
de Ycrmellas y blancas n'hi ha... de tots colors ;
encantats son los ulls al veûre altres y unas,
y l'ayre embalsamat de totas sas olors.
Mes aquella es mes ampla, aquesta mes xiqueta,
y no es la mes gran la del dibuix mellor.
No barrejas, fent toyas, la margarideta
ab la pentecostera, flor de vermellor !
Ni '1 balsam es igual que de totas s'esbrava !
Soleta 's vol estar la viola en un pom ;
que si la rosa altivola o l'hisop blava
Ij fan costat, arreu se li mor lo perfum.
(i) Les départements.
— 99 —
Viola es mon païs, gobernador ! Com ella
té perfum régalât que d'altres es gelés ;
té mes fina color, qu'es una maravella ;
mes tôt s'esborrarîa arreu sentintse dos.
De l'arbre catalâ n'es branca poderosa
que del mont Pirineu la cresta ha traspassat.
Un ventijol, lleuger com un bes d'amorosa,
sas fullas falaguant, per sempre l'ha abrassat.
De la França immortal ara n'es filla bona ;
empaltada ab lo tronch grandissim, ha crescut ;
mes té tanta color la fruyta que li dona,
y tal gust, que se li coneix hont ha nascut.
Ay ! no 'ns barrejis, no ! ab provincia vehina,
que amb ella no tenim qualsevol cosa igual,
o cos o esperjt ! No mes que sarrahina
es Catalunya, orgull d'Espanyol casual.
Sem la joya de França que penja, mes rica,
baix son collar, en tots espargint sa claror.
La perla d'un penjol mes fina y mes bonica
siguent sola, fogueja ab tota resplendor.
Mira ! Tôt ho tenim : plana, mar y montanya I
Sem Pirineu d'Orient, reaime per de bô,
ab cinch provincias, de Vallespir â Cerdanya ;
y jâ tenim un rey, qu'es lo gran Canigô !
Perqué no portem mes barretina vermella,
ni faixa, ni vestit, ni cofa de brodât,
perqué se parla poch nostra llengua tan bella,
te creuhas tôt aixô que l'hajem descuydat ?
) oo
De sas torras, adins l'anima catalana
lo foch vîu ha passât que l'umpla de valor ;
y de guerra ô de pâu que la França nos mâna,
la servint catalans, la servirem melJor!
Prôu sa claror gegânt il-luminâ la França î
Des que va dir un rey, il-lustre pels edats,
« Ets meu î », lo Rossellô de parir no descansa
sâbis, pintors, sculptors, mariners y soldats !
Eix foch, atudarlo segles, segles encara
no podran, qu'es ardent mes que foch de l'infern !
Al peu del Canigô sali de la terra mare :
Es l'Amorpâtria sant : Com l'Amor es etern !
Y ara, minyons, tots alseuvos, que cantarem plegats. En Sine
fent de cap de colla, nostre cansô tan aymada, nostre himne
sagrat del Canigô : Montanyas J^egaladas !
L'Ermita de Cabrenç.
ERRATUM. — Dans le dernier numéro, poésie Lo Salpas,
corriger le vers : « Y de la cura verdeja la parraguera », par
« Y verdeja à la rectoria la figuera ».
Les fêtes de Céret
A l'occasion du 25' anniversaire de la fondation de YHarmonie
du Yallespir, un grand festival musical aura lieu à Céret, le
dimanche 2 juillet prochain.
On y exécutera la cantate Lo canl del Yallespir, poème en catalan
de M. Jean Amade, musique du maestro Déodat de Séverac.
Ce sera là une belle manifestation d'art roussillonnais.
Textes catalans
Maintenant que voici terminée la série d'actes en catalan
rencontrés, pour la majeure partie, parmi le fatras latin des
anciens notaires d'Elne, aux Archives départementales, une nou-
velle série de petits documents, à peu près de la même nature
et du même intérêt pour l'histoire locale et la langue, se pré-
sente à nous.
]1 subsiste encore, à la mairie d'Elne, quelques anciens regis-
tres de comptes et délibérations, classés dans la série B B, mais
qui, jusqu'à présent, n'ont pas été analysés, même sommaire-
ment. Parmi eux, le plus ancien, mais aussi le plus délabré, est
celui qui, primitivement, allait de 159J à ibîi (ainsi que le
montre une rubrique de 1721 jointe à ce registre), mais qui ne
va plus maintenant que de 1597 à 1617, par suite de la perte des
73 premiers feuillets et d'un certain nombre des derniers. De
plus, il a du, depuis 17ÎI, faire un séjour assez prolongé sous
quelque gouttière municipale, qui a lavé, effacé et rendu illisible
une partie de son contenu.
Tel qu'il est, cependant, et surtout jusqu'en 1612, tant qu'il a
été tenu et rédigé par M' Mathieu Cazadamont, nolari publich y
secretari de la Ciutat, il mérite les honneurs, non pas d'une publi-
cation, ce qui serait trop, mais au moins d'une analyse, plus ou
moins rapide, encadrant des citations ; il touche, en effet, non
seulement aux affaires locales, (qui, du reste, pouvaient encore
avoir, à Elne, leur degré d'intérêt), mais aussi, de plus ou moins
loin, à quelques-uns des événements de l'époque, et le secré-
taire y a parfois consigné ses impressions particulières et per-
sonnelles.
Nous nous proposons donc d'y puiser et d'en extraire, malgré,
peut-être, quelques lacunes inévitables, certains fragments.
11 n'est pas entièrement écrit en catalan ; il est mêlé de latin,
langue officielle dont les notaires faisaient volontiers parade,
même hors de propos. Nous laisserons de côté, sauf à l'ana-
lyser au besoin, tout ce latin ; quant au texte catalan, qui con-
I02
tient des longueurs, des redites et beaucoup de formules inutiles,
nous n'hésiterons pas à l'élaguer, pour alléger d'autant nos cita-
tions ; de même que, pour en rendre la lecture plus courante,
nous ne suivrons pas toujours aveuglément le rédacteur dans ses
variations orthographiques et ses graphies arbitraires et parfois
déconcertantes.
Le premier de ces documents, presque tout latin, est le pro-
cès-verbal d'une 'Extractio dels officis y carrechs de la Ciutat. Comme,
ces fonctions ne duraient qu'un an, l'opération se renouvelait chaque
année, toujours le jour de l'Ascension. Aussi l'on retrouve à ce
sujet, au cours du registre, toute une série de procès-verbaux,
presque calqués les uns sur les autres. Pour ne pas y revenir,
nous nous arrêterons un peu plus longuement sur ce premier, à
l'occasion duquel nous relèverons les points saillants de quelques
autres.
Nous entrerons ainsi de plain-pied au milieu même de la vie
municipale de cette époque. Sans vouloir en rien faire une étude,
même superficielle, du régime municipal d'alors, nous devons pour-
tant rappeler brièvement que le système en vigueur était celui de
Vlnsaculatio et de VExlractio, ou tirage au sort. Les noms des
habitants (ou du moins ceux des prohoms), écrits sur des bulletins
de forme particulière (rodolis), étaient, après une série de votes
et suivant des règles établies de long temps, répartis [matriculah)
dans un certain nombre de bourses closes, celle des Consols en
cap, celles des Consols segons, des Consols tersos, des Concellers,
des Clavaris (délégués à la police urbaine), des Sobreposats delà
horta (prévôts, sorte de juges champêtres), des 7{ecepiors (tréso- %
riers), des Oydors de comptes (contrôleurs financiers), des Tiospitalers
(administrateurs de l'Hôpital).
Ces bourses étaient révisées, et pour ainsi dire, mises au cou-
rant, tous les trois ans, par le Conseil et la Senyoria (dont nous
parlerons tout à l'heure) ; on y ajoutait alors les noms nouveaux,
on faisait les mutations reconnues légitimes d'une bourse à une
autre supérieure {Puj'a de boisa), et l'on supprimait les indignes,
ainsi que nous le montre l'exemple typique suivant (1597) : a Et
de ordinatione Dominationis {la Senyoria) Elnensis, fuit fracta la
lO
3 —
boisa de Hycronim Valcnti, attcs en lo temps de la pesta (on
a omis d'ajouter, comme d'habitude : Deu nos en préserva), essent
consol ters, sen ana fora de la Ciutat, y aixi s'es déterminât que
la boisa de pregami en laquai dit Valenti esta descrit y conti-
nuât sia rompuda y fet inhabil dels carrechs honrosos de la
Ciutat, per lo que sen ana sens orde aigu, dexant d» Ciutat
déserta y desemparada de son favor y auxili y del socorro que ell,
juntament ab los demes sos companyons, podia fer y ajudar. »
C'était là une punition publique de nature à impressionner les
futurs dépositaires de l'autorité pour le cas de retour du fléan,
dont la menace était alors constante.
Ces mesures préliminaires accomplies, on tirait au sort, dans
chaque bourse, les nouveaux magistrats municipaux et conseillers
de l'année à courir jusqu'à la prochaine fête de l'Ascension.
C'est à l'une de ces opérations qu'allait procéder le Conseil le
i5 mai 1597, ^^^^ ^^ l'Ascension et date de notre document :
Jnseguint la aniiquissima consuelut, ajoutent d'autres procès-verbaux.
Elle avait lieu avec l'intervention et en présence (ce qui veut
dire: sous la présidence et le contrôle) de la Senyoria, c'est-à-dire
des deux Cosseigneurs ou Seigneurs par indivis de la Cité : d'une
part, l'Evêque (représenté le plus souvent par son grand-vicaire)
et, d'autre part le Chapitre, représenté par le chanoine régent.
La Caixa de la Matricula, dita de très claus, était apportée et
ouverte solennellement : on y prenait d'abord la bourse des
premiers Consuls, et de celle-ci, on extrayait un rodoli (c'était
parfois un petit minyo qui opérait le tirage), et l'on annonçait le
nom qui s'y trouvait inscrit : si aucun empêchement n'était relevé,
le mot : Potest consacrait la désignation du sort.
Dans le cas contraire, c'était : ncn potest : l'un était mort, et
non potest ; l'autre n'avait pas encore purgé les trois ans avant
lesquels on n'était pas rééligible, et non potest; un autre était
débiteur de la Cité, et non potest; un autre, familier de l'Inquisi-
tion, et non potest ; un autre, alcalde du Château, et non polesl...
etc. Et, chaque fois, l'on extrayait un nouveau rodoli de la
bourse, jusqu'à ce que toutes les charges fussent pourvues de leurs
titulaires.
— I04 —
11 y avait parfois des incidents, notamment lorsque les élus du
sort refusaient d'accepter la fonction qui leur incombait : cas
prévu et puni par l'ordonnance de la Seigneurie, en date du
9 mai 1499, transcrite au L/ure x;er^(i) de l'Université, au folio 41 :
« Manam, provehim y ordenam que quai se vulla de dits em
borsats qui hixiran en consol ho altro qualsevol offici haie de
acceptar lo offici en loqual hixira, he aquell régir v governar
per tôt un any : he si non fa, ara per lavors y lavors per
ara, aquell tal renitent declaram per inhabil de tota sa vida de
tôt offici he govern de d^ Ciutat, y que sie tret de dites boises ».
En 1601 l'on trouve l'application suivante de cette disposition :
« Y ates que lo die présent Mestre Antoni Franquesa, fuster,
es stat extret en consol de l'orde primer, he no ha volgut
acceptar lo offici consolar, perso, inseguint la dita ordinatio,
provahim que sia déclarât per inabil, com de fet lo declaram, v
que sie extret de les boises del bon govern de la Ciutat, ara per
lavors y lavors per ara. — De quibus... etc. Testes J. Forment,
stadans Elne et M. Sala, majordomus hospilalis pauperum dicte
Civitatis et ego Matheus Cazadamont, notarius. »
, Et le même jour, comme il y a pénurie de noms dans la bourse,
il est pris une décision spéciale : Pierre Delsol, extrait en rem-
placement de Franquesa, est habilité bien que n'ayant pas encore
purgé trois ans depuis son précédent consulat.
Une fois tout réglé, les nouveaux titulaires prêtaient le serment
d' homenaige (en latin) entre les mains de la Seigneurie.
LEvêque et le Régent signaient parfois au registre (2) : cette
exception, à une époque où les registres ne comportaient pas la
signature, inutile pour 1 authenticité de leur contenu, était une
marque d'honneur pour la cité.
Enfin venait la remise du service. Les consuls sortants livraient
aux nouveaux : La massa de plata, las robas y insignias consulars,
las claus dels portais de la Ciutat, las claus de las caixetas 6 tum-
(i) C'est ce /l'wrc vert (et non le Cartulaire) qui est signalé comme
existant encore à la Mairie en 1 8 1 9 ' V Registre de cette date , et qui a
disparu depuis lors.
( 2) Notamment en 1684, la signature de Mgr de Montmort [Louis évesque
d"Elne) et de Besombes, régent.
— io5 —
bas de las Santas (i), las claus de l'arxiu, papers, llibres y privi-
legis de la Ciutat ; et enfin l'armement appartenant à la Cité, dont
nous aurons à reparler : Quatre ou cinq canons, un certain nom-
bre d'arquebuses, des piques, et un ou plusieurs barils de poudre.
En même temps le Clavaire recevait de son prédécesseur : La
cabria de ferro (2) la meytat y mitja meytat de mesurar vi, y mitja
meytadella, mesuret y mig mesuret de mesurar olis, tôt de aram.
Nous trouvons encore, en iScfj, ce détail : Y axibe sta déter-
minât per la Senyoria de d=» Ciutat y hon. Conseil d'aquella, que
se fassa (pour les consuls) un caparo de raxia (3), com era d'esta-
menia, a fi que la Senyoria de la Ciutat sia mes illustrada : y
perso sels ajusta del salari que sels donava, que era quaranta
lliures, s'es déterminât que d'esta hora al devant sels do a quiscu
dels consols quaranta y una lliura, compresa la raxia y grana (4)
acostuma dita Ciutat donar quiscun any als dits hon. Consols.
Voilà donc la municipalité et le conseil constitués et installés
Nous allons les voir de suite en fonctions.
(^ suivre) R. de Lacvivier.
(}) Sainte Eulalie et sainte Julie, patronnes de la cité.
(2) Un inventaire de i5o5 dit : Unes balanses ab lo peu de cuhrz {J^evue
d'Histoire et d'Archéologie du f^oussiïlon , juin 1901 ).
(3) Sorte de drap ou étoffe de laine.
(4) Garance.
«^^â^
Proverbes Catalans
Lo vell qu'es festejador
de l'hivern es una flor.
Castidat y hermosura
sempre tendrân guerra segura.
'^a/lû^û ^ fJ fJ r) rJ û tJ fj ar) rJ rJ rJ û n ûTJJlJl^ '^ ^ '^ '^^ '^ '^ '^ ^ '^ '^ ^ ^ '^ ^ ^ ^ '^^^
Fcsta-Major
— «•"-i'
Pel cjutadà replé que fa negoci,
die fejnê i diumenge al seu taulel),
pe) rende embarbostit de mandra i d'ocj,
santificâ una festa es cosa de) temps vell.
Aparedat en casa sens finestra,
l'un sent no mes la gana de) diner;
i l'altre, assegurat de la minestra,
passa leshores d'una a una, gansoner.
Aixô no es vida. Els pulmons volen aire,
i a l'home cal treball. Millô el pages,
el boer, l'hortolà, l'escocellaire
saben fruir llur existencia que 1 burgès.
La gleva es dura i baixa, prou ; no s planta
el bigoç ni la pea sens braç robust.
Mes el camp es espai, llum ; tôt hi canta,
riu, embauma, aleteja ; i tôt hi dôna gust.
l Que s sab mes bell qu'una catifa verda
de blat tôt picallat de gallerets ?
I Quina olor pura i forta, un dall d'auserda !
I 1 quin coratge s té per comportar les freds,
al pensar que 1 grà aquî grilla i fornyiga,
sent a punt de traucar pèsol, fasol,
que ja s veu de carxofa alguna espiga,
un cap d'espàrrec blanc, un pinyonet de col !
— 1 07 —
Pot ardre la calor, quan dins la vinya
el raîm mig-madur ha près son tel.
î Amb quin goig sots la fulla s'escodrinya,
boi percaçant l'agram tenaç d'arrel a arrel !
Ve 1 dîe del Senyô. El paisà descansa
una estoneta ; i prest torna al jornal,
com si del temps perdut tingués recansa.
Perô amb tôt son daler guinyia la festa anyal.
Oi ! Sa festa major ! Festa sagrada,
qu'ha perpétuât l'antiga tradiciô !
Aixô S) qu'es repos que a tots agrada,
i tothom s'hi prépara amb ardent aficiô.
Très dîes al rastell l'aixada penja.
Per très dîes el camp es descuidat.
Très dîes que Deu fa se beu, se menja,
, se fa vida de rie, se passeja mudat.
Prq)aratius
— « Ara veurem si te lluïras, dôna.
•Cal que s torni un espill el parador.
Sobretot, que la cuina sigui bona !
Mata, pare!la-ho tôt. Sem en temps d'abundor.
« Vaig dir anit passada un mot al pastre
per un anyell de llet; soc enaigat
de blanqueta. Es carot dius ? Ap ! que diastre !
Puix cal gastar, gastem. Blat madur, blat segat.
« Prou estalvis. Paras pollastre, llebre,
a plena coquelada, a corrontom ;
amb olives verdals. 1 pensa al pebre,
que, sens pebre o pebrina, un cuinat no té nom.
— jo8 —
« Vaia, esta bé... Que mes ?... Digam, les boles
de picolât? Posa-n, i posa-n prou...
l Quina festa hem de fer î Quines tibolcs !.,.
1 la plaça, l'has vista ? Es plena com un ou.
« Un bé-de-Deu de boniques botigues ;
tôt repintat de fresc, tôt endaurat.
Hi ha un gegant, un mal despenja-figues.
Fins se diu que s pot veure 1 die en un forât.
« I quants marxants de cosetes de sucre,
confits, croquants, fogaces, marlingôs î...
Que enginys pcr guanyâ 1 pa diari !... El lucre
bé fa rodar la gent, mai li deîxa repos...
« Que men dius ? Par tindrem un temps de festa.
Tôt el cel s'ha aclarit, que ni un mirall.
Es llis el Canigô de peu a cresta...
Anem ! Fes-nos sopar, que vull anar al rail. »
El passa-vila
Tôt s'apunta pel passa-vila.
Els joglars s'han posât en fila.
La mainadeta aprop s'anguila.
Tothom belluga, s'espavila...
s'alça un bastô,
eau. Peus i musica parteixen.
Els crits joiosos ensordeixen.
Joglars, porta-atxes s'enllesteixen,
ramat d'ovelles que segueixen
l'ull del pastô.
— 109 —
; Corn fan tritllar la Marsellesa 1
Eixa cobla es una raresa ;
unânim, el poble sen presa.
D'alegrîa una flama encesa
lluu en cada front.
Sembla que Is ix una fortuna.
Cada carrer s'omple tôt d'una.
Hasta, alla dalt, somriu la lluna...
Arriben prompte a la Comuna,
vora la font.
Tôt el seguici en sec se para.
Fan rotllo ; els musics cara a cara.
Cadahû el paperet prépara.
De sopte s torna alçar la vara ;
munta un acort.
A escoltar bé la gent s'aplica,
com quan el rector nou predica.
Ai I quina mes bella musical
« Es ôpera, aîxô — l'un esplica —
calcom de fort ! »
Una pauseta i s recomença.
Creix la corrua, creix, immensa.
Mut, catxo, ull-pres, tothom se pensa :
(( Qu'es belP. » Bravos valents se llença...
1 ara que fan ?
Que pleguen ram ? — No. Es falsa eixida,
Solen fè Is joglars bona mida ;
mes volen seure ; i la pepida
vé del bufar, dit sens mentida.
Doncs dret sen van...
1 lO
Concert
Al café... Mal fum ! mal desorde !
Taules a munts. Brugit qu'aixorda.
La cobla s seu. De nou s'acorda
clarjnet i violî ; una corda
peta, fent clac.
Ben estiflat en sa cadira,
cada joglâ cl veire se mira,
carinyôs, i al canyô sel tira ;
treu fulls d'un sac, gira, régira,
i Is torna a) sac.
Ditxosa ha de ser la vetllada.
La mar de gent que s'ha arrotllada
es un flux, una forrollada,
tant aviat bruzint com callada
quan es précis.
L'anima mes simple i grollera
per tôt cantar té sa fatlera,
sent l'armonîa a sa manera,
sens discutî s dôna sencera
i reb l'encîs.
Els joglars ni pensen a jaure.
Corpores que son no pqt raure,
mes que pel sou joguen per plaure.
Tantost l'aigatge s posi a caure,
la cobla ira
a tocar alguna albadeta
a la fadrina adormideta,
que espanyirâ, mig-cofadeta,
la ventalla, i d'una ulladeta
els pagarâ.
1 1 1
A taula
Quan l'aurora abranda
l'Orïent tôt roig,
la casa s'allanda
al batall de goig.
Vers missa primera,
a passes cuitats,
sen va la cuinera,
tots mjnuts comptats ;
que, durant l'Ofici,
sera a son treball,
pobreta, amb desfici
picant ceba i ail,
fent amb ast énorme
rostit per gegant,
enfadada morma
al nin engegant,
que tôt ho voldrîa,
mai esta bé enlloc,
i si cas caurîa
al bell mig del foc.
Desprès sent a taula,
tôt s'aclarirâ.
Fent la gata-maula,
al marit dira :
— « Veyam si t'agrada
la salça. » — « Renom !
es d'allô enllardada ! »
li respondrà l'hom.
El nin, plé de gana,
civet i estufat
dos, très cops demana,
sens ser embafat.
— « Jo t reflic, pallago !
Ja reventaras !
Té aquî : veu un trago,
i aixeca bé 1 braç !...
Malaguanyat, dôna,
no ho hagis oït !
De dalt de la trôna
un rectô instruit
i jove tant brava
•
prédica ens ha fet
que tothom n'estava
a curt de bufet.
I Is cantaires, xica !
Ja sen pot tria !
Sens saber musica,
Kyrie, Gloria
mes trempats t'emprenen
i de cap a cap
com capdell t'ho trenen,
que ni un fil n'escap'...
Ara, si m vols creure,
per bastâ al nivell,
ens caidrîa veure
un poc de vi vell.
S'acaba la bota,
prô n faig d'altre. Un dit
d'aixô te desbota
i guarda d'enfit. »
I 1 2
A passeig
Les vespres rcpiquen.
Els joves companys
avui no s'hj fiquen ;
son a altres afanys.
Si les dônes velles
hi solen dormî,
mjnyons i minyones
fan altre cami :
n'esperen les balles
sus la ruta, lluny.
Que cants ! que rialles !
1 quin cop de puny,
de puny de-per-riure,
quan de forta ma
la nina s deslliura !
Mes té 1 cor huma :
el foc a la galta,
ja li torna aprop ;
ell sen riu, i salta
son pjt, cop per cop.
Les xjques mes joves,
cabells solts suis fronts,
proven dances noves,
mostren els garrons.
Mentres volten, folles,
perduts els sentits.
les segueixen colles
de bogiots petits,
que d'amagat guinyen
una flô en llur pit
i, prest, la grapinyen
d'un gest atrevit.
Son guisquets, baralles :
— « Ali, vès, frontat! »...
s'ou un crit : « Les balles ! »
El jovent, soptat,
renys, festeigs descuida.
En un clucar d'ull
la ruta se vuida.
Voleu un garbull,
un fugir, un côrre,
un esbufegar ?
Un xiquet s'amorra ;
vingui gemegar.
L'alcen prompte ; el renyen
Pels carrers estrets
se llencen, s'empenyen
contra les parets,
se prempsen, se tiben,
se dan espantaç.
A la plaça arriben,
com desfet botaç.
La plaça
La plaça es curulla.
Pot recremà 1 sol ;
si s tira una agulla,
no aplega pel soi.
Quin floret de cofes,
gorres i berrets !
Tiren les estofes
els cossos estrets.
— ii3 —
La mare sorruda roges les orelles,
seu al primer rang ; fronts mig-acatats.
dintre sa ma ruda Eli diu que li triga
té un mocador blanc ; d'apretar-se un xic ;
vetlla ses minyones amb la ma que 1 lliga,
ullant els fadrins, li fa, ella, un pessic.
que a les polies bones De dalt del prestatge
no cal galls ruïns. els trenquen l'enllaç :
Al centro, parelles toquen, malviatge !
fan passos comptats, el vell contrapas.
[Seguird) Pau Berga.
Les jours de la vieille
Depuis longtemps déjà, j'ai détaché de journaux, que je ne
puis plus préciser, les deux notes suivantes :
« Les Saintes-Maries-de-la-Mer. — Tout le monde connaît la
légende méridionale de la vieille qui perdit toutes ses vaches
pour s'être moquée de la clémence de Mars ; depuis cette aven-
ture, les quatre derniers jours de mars et les trois premiers d'avril
amènent régulièrement des temps plus ou moins épouvantables. »
« De Mireio. — Une vieille gardait ses brebis ; c'était la fin de
février, qui cette année-là n'avait pas été rigoureux ; la vieille se
croyant échappée au danger, se permit de narguer Février.
Février, courroucé de la moquerie de la vieille, va trouver Mars :
« Mars, prête-moi trois jours, et trois que j'en ai, je ferai peaux
et pelées de la vieille. »
11 y a de suite à remarquer deux choses : Que ces notes se
rapportent toutes les deux à la Provence ; mais que l'une parle
de février-mars, et l'autre de mars-avril.
11 serait intéressant de connaître exactement et de fixer ici, la
version catalane relative à cette tradition ; c'est ce que la J^evue
Catalane demande à ses lecteurs. Elle les prie de rechercher les
diverses versions (car il y en a plusieurs), et de lui faire connaître
le résultat de leur chasse. R. L.
HISTOIRE LOCALE
Joseph de MARGÂRIT de BIURE
Marquis d'Jlguilar ( 1 602- 1 685)
Joseph de Margarit de Biure naquit à Castello-d'Empurias, le
10 février i J02. Son père, Philippe, était seigneur de ce lieu et
sa mère, Béatrix de Biure, appartenait à la famille des barons de
Vallespinosa, fief situé dans les environs de Tarragone. A la
suite d'un long procès qui avait surgi entre les deux familles
alliées, Joseph de Margarit passa sa jeunesse dans les propriétés
du domaine maternel.
11 était âgé de trente-huit ans, lorsqu'éclata le soulèvement de
la Catalogne qui se disposait a secouer le joug de Philippe IV,
roi d'Espagne. Joseph de Margarit, à la tète dun petit nombre
de soldats, dut, d'après les ordres de la Députation et des Etats,
harceler la grande armée que le cabinet de Madrid envoya contre
Barcelone, retarder sa marche, donner ainsi le temps de lever des
troupes et de pourvoir à la sûreté de la ville. Il réussit complè-
tement dans cette mission difficile.
Ce fut lui qui, après le siège de Tarragone, fut envové vers
Louis XII], pour le supplier d'établir un vice-roi en Catalogne
et pour démontrer h. nécessité d'assiéger Perpignan.
Joseph de Margarit eut de fréquentes entrevues avec le cardi-
nal Mazarin, dans le palais de Ruel. Dans une circonstance, le
ministre de Louis XI 11 émit des craintes sur l'alliance de la Cata-
logne avec la France. 11 alla jusqu'à prédire un rapprochement
de la province annexée et de l'Espagne. Au seul énoncé de cette
hypothèse, Joseph de Margarit bondit de son siège et, s'expri-
mant en catalan, dit à Mazarin : « Senyor, Vostre Eminencia
saber desitja, com es just, si "Is catalans faltaran a llur promesa :
sobre lo que obligat me veig a dirli que 'Is catalans saber desit-
jan tambe si la Fransa mancara a lo capitulât ; assegurantli de
— m5 —
part de tota la provincia que si la Fransa no falla, tampoch Cata-
lunya faltara... » Margarit s'engagea à donner, comme témoignage
de fidélité au gouvernement français, les membres de sa famille
en otage. « Fort bien, répliqua Mazarin en prenant les mains de
Margarit. Puisque les catalans tiendront leur engagement comme
vous vouiez me l'assurer, pour ma part, je vais maîtriser l'Espa-
gne comme le cavalier qui impose le mors à un coursier... Je lui
imposerai ma loi, et puisqu'il y a de réels avantages pour Sa
Majesté d'occuper la Catalogne, cette province nous ouvrira
les portes pour circonvenir le roi dEspagne dans son palais de
Madrid. »
Dés 'lors, Joseph de Margarit obtint tout ce qu'il sollicita de
Louis XIll. Le prince vint en personne attaquer la capitale du
Roussillon et nomma Margarit, gouverneur. Ce fut ce dernier
qui empêcha le marquis de Pobar de porter secours à la ville de
Perpignan. Promu maréchal de camp, en 1642, il reprit posses-
sion de la vallée d'Aran au coeur de Ihiver de 1643, commanda à
Barcelone et maintint cette place au pouvoir des Français, malgré
les défaites de d'Harcourt et de Condé. Ce fut lui qui se char-
gea, en i65o, d'arrêter Marchin, devenu suspect au cardinal
Mazarin, et de le conduire à Perpignan. Sa fermeté ainsi que les
nombreux sacrifices personnels qu'il ne cessait de faire à la cause
française lui valurent, en i65], le grade de lieutenant-général.
Cependant, dès cette époque, tout espoir était perdu pour les
Français d'occuper plus longtemps la Catalogne. Privé de secours
et réduit à une garnison déjà afTaiblie par de perpétuels combats,
Margarit n'hésita pas à défendre Barcelone jusqu'à la dernière
extrémité. En ce temps, une maladie contagieuse jonchait de morts
les rues et les places de la cité. Cinquante mille catalans avaient
succombé. La ville n'avait plus de troupes. Margarit qui avait vu
périr autour de lui quarante de ses domestiques, frappés par le
fléau, voulut, du moins, retarder la soumission de Barcelone. 11
retira des hôpitaux quatre mille hommes échappés à la peste, qui
avait décimé autour de lui les populations effrayées ; il renforça
tous les postes, et se prépara, avec le comte d'ille, à une résis-
tance opiniâtre. La flotte ennemie parut à la vue du port et en
ferma l'entrée. Du côté de la terre, une armée nombreuse pres-
sait la place: on vit que celle-ci ne pouvait être secourue. Cepen-
— ii6 —
dant Margarit repoussa les sommations du général ennemi, comme
il repoussa ses attaques vives et prolongées. Quinze mois s'écou-
lèrent et durant ce long intervalle le héros catalan se multipliait
partout : hors des murs, pour commander les sorties ; sur les rem-
parts, pour les défendre; dans les hôpitaux, pour y secourir les
blessés. Enfin, toute résistance devint impossible. Le peuple mur-
mura, une sédition allait livrer les portes à l'ennemi qui, déjà,
déjà, proclamait le pardon de tous, à l'exception de celui de
Margarit. Satisfait d avoir rempli toutes ses obligations envers le
roi et d'avoir vu quarante mille Espagnols perdre la vie au pied
des murs dont la défense avait été confiée à son courage et à sa
loyauté, Margarit se jeta dans une frêle embarcation, traversa la
ffotte ennemie et arriva sain et sauf à Perpignan.
Là, il reçut de Louis XIV la récompense de sa bravoure et de
sa fidélité. La terre d'Aguilar fut érigée en marquisat pour lui.
11 avait perdu en Espagne son immense fortune ; ses châteaux
avaient été incendiés ; sa tête avait été mise à prix. Le traité de
1659 lui rendit une partie de sa fortune, et lorsque Philippe V
monta sur le trône des Espagnes, la famille de Margarit recou-
vra toutes les possessions que lui avaient léguées ses pères.
Margarit obtint, en outre, le 18 juin j653, les biens de Tho-
mas de Banyuls, d'Antoine de Génères et du vicomte d'Evol. Le
8 novembre de cette même année, il reçut concession de rentes
sur les domaines de Gabriel et Emmanuel de Llupia, père et fils.
Par une lettre datée de Paris, le 26 janvier 1658, le roi de
France le nomma vice-roi et lieutenant-général de Catalogne, en
remplacement du duc de Candale. Joseph de Margarit occupa
cette haute situation jusqu'à la paix qui fut conclue au Traité des
Pyrénées. Dans le cours du mois de juillet 1667, des lettres
patentes de Louis XIV lui concédèrent la jouissance des villes de
Thuir et de Toluges pour lui et ses enfants mâles ; mais le
11 avril 1669, de nouvelles instructions royales ordonnèrent que
ces deux villes feraient retour au Domaine. Le marquis d'Aguilar
reçut, en dédommagement, la baronnie de Brens, en Languedoc,
avec la métairie de la Grange. Il mourut en i685.
Du mariage qu'il avait contracté avec sa cousine Marie de Biure,
Joseph de Margarit avait eu sept enfants : Hyacinthe, qui mou-
rut à onze ans ; Gaspard, né en i63i, qui combattait aux côtés
— 117 —
de son père, dès l'âge de dix-huit ans et qui mourut à Perpignan
en ]656, étant colonel de cavalerie; Jean, l'héritier du nom, des
titres et des biens de la famille ; Joseph, qui Fut abbé de Saint-
Martin du Canigou depuis 1692 jusqu'en 1698 et qui, ayant rési-
gné cette prélature pour une autre dignité ecclésiastique de Nar-
bonne, mourut en 1701 ; Jacques, qui épousa une demoiselle
Castello, décédée sans postérité ; Raphaëlle, qui se maria à Gal-
cerand de Cruilles, comte de Montagut, et Béatrix, qui unit ses
destinées à celles de Jean-François de Gléon, vicomte de Durban.
Vincent de Margarit, frère du marquis d Aguilar, qui fut
nommé évèque d'Elne en 1669, mourut à Perpignan, le 21 décem-
bre 1672.
Archives des Pyr.-Or., 394, 399, 401. — Pella y Forgas, ïln calala
il-luslre, "Biografia de D. Joseph Margarit y de Siure, Gérone, in-4°, 1876.
.^2^.^
Extrait de mil y un pensaments
~>iX
En dias de pluja, la dona que no s'alsa '1 vestit es perque té
las pantorrillas ma! fêtas.
Lo parayguas es un aparato que 'ns permet pensarnos que
no 'ns mullém lo cap, y 'ns dona la seguretat de que 'ns enfan-
guém los peus.
Fuig dels plets com de la peste. Si algii 't fa victima de las
séuas malas arts, considéra que, per mes que t peli, may ne sor-
tiras tant pelât com si t'entreguessis à advocats y procuradors.
L'enamorament es un desafio â primera sanch ; lo casament
un desafio â mort.
Quan te demanan un favor, si vols guanyarte un enemich,
négal ; si vols guanyarte un ingrat, fèslo.
Las très ÂritméHques
(Conte maîlorqui
— Bon dia, Andreuet ! Corn te va, Felip 1 Voltros dos ja
no 'm veniu à veure may. Digaume : qu'heu mudat d'escola?
— Jo li dire, don Toni. Mon pare troba que es hora de que
aprenga ofici, y m'ha posât d'aprenent à una imprenta.
— Molt bé, molt bé ; y tu, Félip ?
— Jo, per semblant motiu, estich de mosso a una rellotjeria.
— Vamos, n'estich content. Procurau esser aplicats, y no
olvideu per aixo, de repassar de-siara la poca lletra que vos hc
ensenyada ; per que heu de sebrer que l'homo, en cualsevol
carrera que prenga, nécessita tant com el pa, el lletgir bé y
l'escriure corrent.
— En tant no mos loblidam, don Toni, en cuant are tots dos
volem venir les vetlades perqué mos ensenya la aritmétîca ; els
mestres diuhen que nos es tant necesari.
— Tenen moltissima de rahô. Seys idô un ratet, y vos faré
cuatre preguntes per sebrer à quina altura vos trobau de la pri-
mera régla, que es diu sumar.
— Comensa tu, Andreuet: un y un, cuant fan?
— Cuatre.
— Qu'es axo ? No estigas distret, qu'are has dit un solennc
desbarat.
— Jo crech que no, senyor mestre.
- Com no ! si tu trobes que un y un fan cuatre, que faran
dos y dos?
— Dos y dos, faran sis.
— L'erras de cap à peus. Aixo es un altre desbarat mes gros
qu'unes cases. Lo que fa sis, son très y très.
— Perdon, senyor mestre ; très y très fan vuyt.
— Jésus, Jésus ! Andreuet ! Escoltam bé : jo no t'he demanat
cuant feyan cuatre y cuatre, sino très y très.
— Ja ho he entés, senyor mestre. Si m'hagués preguntat cuant
feyan cuatrz y cuatre, li hauria contestât que dotse.
— "9 —
— Per amor de Deu ! Y com esta tan desgavellat lo teu cap
Tu has estât sempre un poch massa viu, y en tôt hi veus mes que
no hi hà. Segons els teus contes pessims, si cuatre v cuatre fessen
dotse, vuyt y vuyt farian vint y cuatre, y ja veus qu'axo no pot
esser.
— Te raho, senyor mestre, perqué vuyt y vuyt no fan mes
que vuyt.
— Vaja, un enfilay de contradiccions y embusteries. Que hi
dius, tu, Felip ? No trobas que el teu amich no contesta avuy
gayre bé ?
— Massa que ho trob, senyor mestre ; cap mica bé.
— Idô, vejam tu, si acertaràs mes qu'ell. Cuant fan vuyt y vuyt.
— Vuvt V vuvt, cuatre.
— Altre bony m'ha eixit, y un que 'n ténia, son dos. Y cuatre
y cuatre, que seran ?
— Vuyt.
— En nom del Esperit sant qu'ai manco n'has endevinada una.
Reflexion idô, que si cuatre y cuatre fan vuyt, no pot ser may
que vuyt y vuyt fassen cuatre.
— Vosté tendra que perdonar, senyor mestre, vuyt v vuvt no
son mes que cuatre.
— Vaja una casta de sumar ! Y set y set, que faràn ?
— Dues.
— Pareix que mos componem ! Y nou y nou ?
— Son sis.
— Com mes va, mes vêla. N' Andreuet se perd sempre per
fer llarch, y tu per fer curt. En les matematiques no hi pot haver
llarch ni curt, sino lo exacte y res mes. Deu y deu fan vint, y
sempre faran vint, y ningu pot dir lo contrari.
— Don Toni, perdon, que deu y deu no son mes que vuyt.
— Ja tornem en lo vuyt.
— Y tu, que hey dius, Andreuet.
— Jo dich que no son mes que sis.
— Callau, callau, y no digueu mes ximpleses. Tots aquest
desbarats heu apresos d'ensâ qu'heu dexada l'escoJa ?
— Senyor mestre, jo no veix que sian desbarats sino veritats.
— Bona casta de veritats.
— Jo li puch provar que totes les meues contestaciôns son
1 20
certes. Ja sab que jo fâs de rellotjer ; lo que cont sempre à ca '1
mestre son hores y per lo mateix, si demunt las vuyt ni 'n posa
altres vuyt, serân les cuatre ; si demunt les set ni "n posa altres
set, seràn les dues ; y si demunt les nou ni 'n posa altres nou,
serân les sis.
— Are t'entench, y mirât baix d'aquet punt de vista, tens
rahô ; segons les teues matematiques aplicades, très y sis farân
nou, y sis y nou farân très.
— Just y cabal.
— y es una veritat segons l'aritmética rellotjera, qu'es fundada
demunt el sistema duodécimal, y no conta may les decenes ; pero
no per axo contradiu la vertadera aritmética, que es que tu deus
aprender primer que cap, per contestar de manera que ningu
puga creure que dius un desacert.
Anem â veurer are si corretjirem els disbarats de n'Andreu,
que els ha dits dels mes garrafals que se coneixan : Recordat que
m'has dit qu'un y un eran cuatre ; dos y dos, sis ; très y très,
vuyt ; y cuatre y cuatre, dotze.
— Si senyor, es cert, per que jo com â bon estampador mir
les Hêtres qu'entran en les paraules ; que les cont y veurâ si he
dit la veritat.
— Efectivament, tu tens també moltissima de rahô ; de manera
que segons la teua aritmética aplicada dos y dos fan sis Hêtres;
sis y sis, en farân sis ; y deu y deu, en farân també sis.
— Si, senyor mestre; y que no es aixi ?
— Mirât baix d'aquest punt de vista, es una cosa certa, pero
te repetesch lo que he dit suare â n'en Felip, per que has de
sebrer diferenciar les coses, perque qui 't senta parlar no diga que
ets un ase.
Are voltros ab axo podreu veure lo que son les coses d'aquest
mon ; jo dich y prov que deu y deu son vint, tu que deu y deu
son sis, y en Felip que deu y deu son vuyt. Ninguns nos ave-
nim, y tots tenim rahô. Y si axo succeyeix amb una ciencia que
es la mateixa ecsactitut, que succehira amb aquelles ciencies iJeals,
que no poren demostrar ab nombres la certesa dels seus fona-
ments î
Oh, Senyor ! Lo mateix passa, avuy en dia, ab molts de sabis
que hi ha en la terra! Père d'A. Penya.
La Langue Catalane
et son uHlité pédagogique
{Suite)
9'"^ LEÇON. — Els rcys d'Orient
Vaig baixar l'escala tant apulit com vaig poguer, vaig
obrir la porta sensé fer fressa, la vaig tornar tancar, y
carrer avail, cap al camiral per hont tenien de venir els
reys d'Orient.
Els companys ja m'hi esperaven. Quan els reys van
arribar quitllats sus de cavalls tots enflocats qui, â cada pas,
feyen sonar un sensfi d'esquellins, tots els nins qui 'Is
esperaven van cridar : « Visquin els reys d'Orient î »
Eren très : un de vell, amb uns cabeJls blanchs que li
baixaven finse mitja esquena ; un de mes jove, amb una
barba rossa com el blat de juny, y un altre, qui era ni vell
ni jove, mes qui era nègre com un Môro de la Moreria.
Tots très anaven vestits de unes capes riquissimes hont
se veyen flors pintades y pedres y diamants. El blanch
portava una boisa plena de lluises ; el ros un encenser de
plata y '1 nègre una caixeta tapada.
De dintre de les alfarges que tenien sus del cavall ne
van treure coques endaurades y ne van donar una â cadun
dels qui eren vinguts â 'Is esperar.
E. Caseponce, Contes vallespirenchs.
Explication du Texte
L'auteur nous raconte la sortie furtive de la maison paternelle,
puis voici la description :
r Description d'ensemble; ce qui frappe tout d'abord (les
chevaux, les grelots) ;
2' Portrait de chaque roi ; ce que chacun a de particulier ;
3" Description des costumes : la bourse, l'encensoir et le coffret.
11 termine par la distribution des gâteaux à ceux qui sont venus
attendre les rois.
122
OCABULAIRE
apulit, doucement Môro de la Moreria, Maure de la
fressa, bruit Mauritanie, c'est-à-dire un vëri-
enftocats, parés, ornes de rubans et table Maure
de franges anaven vesiiis, allaient vêtus pour :
un sensfi J'esquellins, d'innombrables étaient vêtus
grelots boisa, bourse
finse, jusqu'à. On écrit aussi fins à encenser de plata, encensoir en argent
ou simplement fins. alfarges, sacoches
Exercices
Traduction française du texte — Aucune difficulté.
Composition catalane. — Un enfant qui a vu passer les rois
d'Orient l'an dernier se propose d'aller les voir cette année avec
son petit-frère et à l'insu des parents. Faites-le parler. (11 suffit
de remplacer le passé par le futur : Baixarem Vescala tant apulit
corn podrem, ohrirem la porta, etc.)
Composition française. — Faites le portrait des trois rois
d'Orient et développez à votre guise.
Conjugaison bilingue. — Verbe baixar et verbe descendre au
prétérit composé. Conjuguer sur ce modèle arribar et arriver.
Prétérit composé
Terbe baixar Verbe descendre
Vaig baixar je descendis
Vas baixar tu descendis
Va baixar il descendit
Varem ou Vam baixar nous descendîmes
Vareu ou Vau baixar vous descendîtes
Varen ou Van baixar ils descendirent
Le catalan a deux prétérits (i) : le prétérit simple, que nous
verrons plus loin et le prétérit composé. C'est là encore une
cause d'incorrection : il n'y a pas, dans tout dans le Roussillon,
une seule école où l'on n'ait entendu le dialogue suivant entre le
maître et les élèves :
Le maître. — Est-ce que Jean vint en classe hier ?
Les élèves. — Oui monsieur, il va venir pour: il vint).
Le MAITRE. — Et Pierre?
Les élèves. — Non monsieur, il va manquer {pour : il manqua).
( 1 ) Louis Pastre, Les prétérits catalans.
Ex
2"
en
ina :
Ex
3-
en
essa :
Ex
4'
en
Mu :
~ 123 —
Notes grammaticales
Formation du féminim des noms. — En général, on forme le
féminin des noms catalans en ajoutant a au masculin.
Ex. : Company, camarades, fait au féminin companya
Mais les exceptions sont excessivement nombreuses. C'est ainsi
que certains noms forment leur féminin :
r en na :
rey, roi fait reyna, reine
gall, coq — gattina, poule
comte, comte — comtessa, comtesse
Ex. : actor, acteur — actriu. actrice
5* en changeant leur lettre finale e en a :
Ex. : un nègre, un nègre; una negra, une négresse
6* en changeant leur lettre finale o zn a :
Ex. : un Môro, un Maure; una Mora, une Mauresque
7* en redoublant Vs :
Ex. : colas, colosse ; cotossa, colosse
8' en changeant t en Ja :
Ex. : cunyat, beau-frère ; cunyada, belle-sœur
9" en changeant ch en ga :
Ex. : un Grech, un Grec ; una Grega, une Grecque
1 o' en changeant ig en j'a :
Ex. : un boig, un fou ; una boja, une folle
Comme en français, certains noms catalans ont un féminin
complètement différent :
Ex. : mascle, mâle fait femetta, femelle
moltô, mouton — ovella, brebis
porch, porc — iroja, truie
boch, bouc — cabra, chèvre
cavall, cheval — euga, jument
pare, père — mare, mère
home, homme — dona, femme
gendre, gendre — nora, belle-fille
oncle, oncle — tia, tante
padaslre, parâtre — madastra. marâtre
Comme en français aussi, certains noms restent invariables :
Ex. : un Belga, un Belge fait una Belga, une Belge
J24
lo*"' LEÇON — RecorU
Vallespjr,
Dois sospir !
Quina alegria !
Mon cor somia
Qu'un dia hauré per darrer Dit
Quatre Doses de) teu granit.
Si 'm nega Deu eixa esperança,
Si sota un aJtre cel de França,
Mon jorn suprem ha de venir,
De mi conserva est sovenir :
No moriré pas de vellesa ;
Ay no ! moriré de tristesa,
Vallespir,
Dois sospir 1
Al murmuri de tes rieres,
Al dois xiuxiu dels faigs, dels poils,
Dels castanyers, de les sureres,
Al cant dels grills en los rostolls,
Quin pler, quina delicia m'era,
Mirar ta nit, per temps suau,
Sembrant dels estels l'arenera
Sobre '1 désert de ton cel blau.
Nit estrellada, nit serena,
Nit amorosa, tan amena,
Qui no t'ha vist
Per ell sô trist !...
Pierre Talrich, 7(ecorts de T{ossellô.
Explication du Texte
Dans la première strophe, le poète se sent tout joyeux à la
pensée qu'un jour il ira mourir au pays natal ; et c'est cet espoir
I
— .i5 —
seul qui l'empêche de mourir de tristesse « sota un altre cel de
França ».
Dans la seconde, il se plaît à évoquer le souvenir d'une belle
nuit d'été en Vallespir.
Vocabulaire
somiar, songer, rêver
lloses, dalles
rieres, rivières
faigs, hêtres
polts, peupliers
sureres, chênaies (chênes-lièges)
rostoUs, chaumes
suau, suave, doux
arenera, arène, sable, poussière, dé-
sert de sable ; on dit aussi : arenar,
areny
Exercices
Traduction française du texte. — La traduction du i\' et du
11' vers exige beaucoup d'attention.
Composition catalane. — Una nit d'istiu (penser en catalan et
s'inspirer des détails du texte).
Composition française. — Une nuit d'été (penser en français).
Conjugaison bilingue. — Verbe niirar et verbe regarder au pré-
térit simple. Conjuguer sur ce modèle sembrar et semer.
Prétérit simple
Verbe mirar
miri
mirâres
mira
mirârem
mirâreu
mirâren
Verbe regarder
je regardai
tu regardas
il regarda
nous regardâmes
vous regardâtes
ils regardèrent
Notes grammaticales
Formation du pluriel des noms. — En général, on forme le
pluriel des noms catalans en ajoutant s au singulier.
Ex. : et casfanyer, le châtaignier ; els castanyers, les châtaigniers.
Les noms catalans féminins terminés par a changent a en es (i).
Ex. : la fiera, la rivière; les rieres, les rivières
la surera, la chênaie ; tes sureres, les chênaies
(i) Quelques écrivains catalans adoptent la terminaison at. Elle « est contraire au génie de la
angue catalane. Voir Alart, Documenh sur la langue catalane.
— jî6 —
d'où il résulte que les noms féminins en ca et en ga forment
leur pluriel en ques et en gués.
Ex. : la vaca, la formiga ; les vaques, les formigues
Certains noms aigus terminés par une voyelle forment leur
pluriel en ns.
Ex. : ma, main ; cd, chien ; camt, chemin ; moti, moulin ; germa,
frère ; font au pluriel : mans, cans, camins, moUns, germans.
Certains autres terminés par s, x, sch, sf forment leur pluriel
en os ou en sos.
Ex. : vas, vase; pas, pas; peix, poisson; bosch. bois ; mosi, moût;
font au pluriel : vasos, passas, peixos, boscos, mostos.
Les noms terminés par ig précédé d'une voyelle forment quel-
quefois leur pluriel en j'os ; mais on peut leur appliquer la règle
générale.
Voir dans le texte le mot faigs, pluriel de faig
Cependant lorsque la finale ig est précédée d'une consonne, on
change au pluriel g en tjos.
Ex. : el desig, le dësir ; ets desitjos, les désirs
Certains noms ne changent pas au pluriel.
Ex. : la fais, la faux; les fais, les faux
el temps, le temps ; eh temps, les temps
Certains autres ne s'emploient qu'au pluriel.
Ex. : les calses, le pantalon.
(A suivre) Louis Pastre.
ERRATUM. — Dans la note rectificative du dernier numéro, lire a pré-
cède » au lieu de <( précise ».
LIVRES ^ REVUES
La rame de vingt pieds-
Notre confrère et collaborateur, M. de Lacvivier, vient de publier, en
brochure, la nouvelle qu'il a traduite du catalan, "La rame de vingt pieds, pré-
cédée d'une lettre de l'auteur, J. Ruyra, comme préface.
Nous n'avons pas à faire l'éloge ici, ni de l'auteur, ni de la traduction ;
cette dernière a paru, du reste, en feuilleton, dans le journal Le T(oussillon,
où chacun a pu l'apprécier : les erreurs typographiques qui s'y étaient glis-
sées ont été soigneusement corrigées.
Cette brochure, au sujet des plus intéressants et d'une lecture agréable,
est mise en vente à un nombre restreint d'exemplaires. On la trouve aux
bureaux de la J{evue Catalane. Prix : 2 francs.
La llengua catalana iiteraria.
Sem rebut lo text de la conferencia que sobre aqueix assumpte, ha donat
à Barcelona, mossen Casadessus (estampa Escola tipografica Salesiana, Bar-
celona).
L'autor hi tracta com â punts de vista especials : Estât castich de la llen-
gua catalana — Es un bé 6 es un mal ? — Pot remediar-se el mal ? — Esfor-
sos y fracasos — Lo diccionari de mossen Alcover - - L'obra de la llengua
catalana literaria — Orientaciôns.
Hi ha molt â apendrer, dins d'aquesta obreta.
Lo Rat-Penaf
(Valencia, plassa de Menisses)
Es una Revista mensual, publicada per la Societat de « Amadors de les
glories valencianes ». Lo primer numéro de jener de 191 i, té aquest su-
mari :
Senyor Don Vicent Dualde, président de Lo J(at-Penat, per Teodor
LIorcnte. — La iglesia parroquial de Sant-Martin, de Valencia, per
J. Sanchis Sivera. — Felicitaciô à En Juan, En Rodriguez, En Condesa,
poesia de Jenaro Genovés. — Estudi sobre filologia valenciana, per Fray
Ll. FuUana Mira. — Les alfabegueres, cuento de P. Bonet Alcantarilla. —
Lo J{at-Penat en Alacant, per S. Cebrian Ibor. — Cantars, poesia de
C. Pascual y Genis. — Cronica. — Nostres intenciôns.
Conté, de mes, dos fascicles d'obres de biblioteca : Historia de la Pasio
de Nostre Senyor Deu Jesus-Christ, per mossen Bernât Fenoller y Père
Martinez. — Resena de las antiguedades valencianes anteriores à la domina-
cion cartaginesa, per lo R. P. N. Bertomeu Ribelles.
— 128 —
Poésies, de Maria-A. Salva.
La distinguida poétisa donya Maria-Antonia Salvâ, de Mallorca, vé d'es-
tampar un llibre de Poésies ; imprempta de les Filles d'En Joan Colomar, à
Palma-de-Mallorca). Es tota una florida garbe ; n'hi ha una xeixantena,
qu'ha aplegades amb los titols de Del cor, De la pagesia, T^eligioses, Taries.
Qu'en direm, que no se sapigui ja : que la Salvà es un poeta de cap de
brot, ayros, sensill, de bon llegir, y tant saboros amb la seua parla mallor-
quina ? De mes, la poesia Jochs de nins, no sembla treta d'un mas de
Rossellô 1
La presentacio n'es fêta amb una interessanta Ititroducciô de mossen
Miquel Costa, lo mestre en Gay saber de Sant-Marti-del-Canigô.
Concours de Romans-
Dans un but de décentralisation littéraire, "La "Vie Montpellier aine organise
un grand concours de romans inédits — écrits en prose et en langue fran-
çaise, et ne dépassant pas la matière d'un ouvrage ordinaire à 3 fr. 5o, soit
3oo à 35o pages environ — dont l'action, avec peinture de nos mœurs
méridionales, devra se passer sur une partie du territoire qui composait les
anciennes provinces du Languedoc et du Roussillon, c'est-à-dire les départe-
ments de la Haute-Garonne, Tarn, Aude, Hérault, Gard, Lozère, Ardè-
che, Haute-Loire et les Pyrénées-Orientales.
Toute oeuvre à tendances politiques ou confessionnelles sera impitoyable-
ment écartée.
Un jury, composé de hautes personnalités littéraires et, le plus possible,
méridionales, examinera les manuscrits envoyés. Le lauréat choisi par lui
aura son oeuvre imprimée et éditée par les soins et aux frais de la "Vie JHontpel-
liéraine, ce qui constitue un appréciable avantage quand on sait qu'il est peut-
être plus diffici'.: de trouver un éditeur de romans qu'un directeur de théâtre
consentant à jouer la pièce d'un auteur inconnu.
Les manuscrits envoyés ne seront pas signés. Ils porteront seulement, en
tête de la première page, une devise qui sera reproduite sur une enveloppe
cachetée contenant les noms et prénoms ainsi que l'adresse de l'auteur. Ils
devront parvenir franco de port et ne seront renvoyés, le classement opéré,
que si les frais de retour sont fournis par l'intéressé.
Ouvert à la date du i " mars 1911, le concours sera clos le 1 5 juillet pro-
chain et l'ouvrage, classé premier, imprimé et mis en vente dès la rentrée
d'octobre.
Les manuscrits, comme toutes les demandes de renseignements complé-
mentaires, devront être adressés à M. le Directeur de la "Vie JHontpelUéraine
et T{égionale, \\, rue du Faubourg-de-Lattes, Montpellier.
Le Gérant, COMET. — Imprimerie COM ET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan.
5- Année N-53 15 Mai 1911.
Les Manuscrits non insères
■\c sont oas renau».
Les Articles oarus dans la Revue
T ensapent aue leurs auteurs.
REVUE
CATALANE
A nos lecteurs
La T{evue Catalane en est déjà à sa cinquième année.
Depuis qu'elle paraît, c'est-à-dire depuis que la Société
d'Etudes catalanes, dont elle est l'organe mensuel, a
entrepris dans tout le Roussillon son oeuvre de propagande
en faveur de l'idée catalane, il y a quelque chose de changé
chez nous. On s'intéresse de plus en plus aux manifestations
régionalistes, on devient de moins en moins indifférent à
tout ce qui a trait à notre race et à notre province. Nous
avons réussi à réveiller non seulement la curiosité, mais
encore, ce qui est mieux, la sympathie. Sans vouloir exa-
gérer ici les résultats obtenus, nous pouvons dire, en toute
sincérité, que nous avons lieu d'être satisfaits et de nous
montrer de plus en plus confiants.
Certes, nous avons été aidés dans notre campagne par
le développement constant des idées de décentralisation et
de régionalisme, qui caractérise l'évolution la plus récente
de l'esprit français. Mais le Roussillon est une des parties
de la France où ces idées, trouvant un terrain particuliè-
rement favorable, se sont développées tout de suite avec
le plus de force et d'ampleur. Il faut remarquer, en effet,
qu'en terre roussillonnaise le sentiment ethnique et la
tradition de la race ont toujours gardé, malgré les forces
de destruction ou d'affaiblissement venues du dehors, des
— .3o —
assises assez fermes pour qu'il soit permis de reconstruire.
]] faut noter, d'autre part, que l'organisation économique
et le perfectionnement des conditions matérielles de la vie
de notre province ont pris leur élan et leur direction dans
le temps même où s'annonçait aussi et se préparait notre
campagne.
Le mouvement est donné ; nous ne craignons plus les
obstacles. Avec nous ou avec d'autres, ces belles et géné-
reuses idées suivront leur chemin. Mais c'est un plaisir
pour nous de constater la marche en avant. Chaque jour
amène, en effet, une conquête nouvelle. Ceux-là mêmes
qui ne prêtaient aucune attention aux premières tentati-
ves, ou feignaient de les juger inutiles et enfantines, sont
devenus les plus actifs peut-être, ou les reprennent pour
leur propre compte avec une ardeur qu'on ne saurait trop
encourager.
Notre J{evue Catalane nous a permis de grouper les
militants et de rendre l'action de la Société d'Etudes
catalanes plus régulière et plus méthodique. Nous avons vu
ainsi de mieux en mieux ce qu'il y avait à faire, l'expérience
quotidienne nous apportant de précieuses indications dont
nous ne manquerons pas de tenir compte. Nous deviendrons
encore plus pratiques et plus clairvoyants. On ne nous
reprochera pas de nous enfermer dans un monde d'abstrac-
tions et de chimères où la vérité des choses ne pénètre
point : car nous voulons prendre part à tout ce qui sera fait
dans le Roussillon pour fortifier l'idée catalane, et notre
énergie ne se lassera jamais.
Pour commencer, nous allons nous efforcer de donner à
notre Revue plus de vie, plus de variété, plus d'unité aussi.
11 faut qu'elle devienne entre nos mains une arme puissante
et sûre. Le nombre de nos collaborateurs va augmenter :
Nous ferons appel à tous les Roussillonnais de talent qui
— i3) —
peuvent avoir quelque chose d'utile et d'intéressant à dire
sur des sujets que nous laisserons toujours au premier
plan : un article sera donc consacré chaque fois à ces sujets
et occupera la place importante. Pour renouveler et enri-
chir constamment le fonds commun de nos idées, nous
irons chercher dans les provinces voisines ceux qui défen-
dent le même idéal et mènent chez eux la même campagne.
Cela nous permettra d'entrer en relations avec les autres
groupements régionalistes et de contribuer plus efficacement
à l'œuvre de reconstitution des forces de la grande patrie.
Nous nous sommes assuré, d'autre part, pour les numé-
ros à paraître, un bel approvisionnement en contes, nou-
velles, récits, impressions, poésies. La partie historique et
bibliographique sera remplie, à son tour, avec le plus grand
soin, et des travaux sur notre langue apporteront leur con-
tribution aux recherches des catalanophiles. Nous espérons
même pouvoir reproduire de temps à autre quelques clichés,
afin de rendre plus captivante la lecture des oeuvres publiées.
Tel sera l'effort de notre comité de rédaction.
Nous attendons maintenant de nos lecteurs un effort de
même nature. Comme nous avons tous intérêt à être de
plus en plus nombreux, nous les prions de vouloir bien
faire connaître autour d'eux notre Revue, gagner de nou-
veaux adhérents à notre entreprise. Nous espérons pouvoir
récompenser par des envois de brochures diverses ceux qui
se distingueront ainsi par leur zèle et leur amabilité. Nous
sommes, en effet, convaincus qu'il y a dans le Roussillon
beaucoup de personnes qui viendraient à nous si on le leur
demandait et si on leur donnait les renseignements néces-
saires. Nos lecteurs nous y aideront sans aucun doute. A
l'œuvre donc, des deux côtés, pour notre terre et notre
langue ! Le Secrétaire général,
Jean Amade.
Un livre de vers catalans
Notre ami et collaborateur M. Joseph Pons vient de publier
chez M. Cornet, en une élégante brochure (collection de la
Bibliothèque Catalane) une série de poèmes catalans auxquels il
a donRé le nom de IRpses y "Xiprers. Nous offrons à nos lecteurs
une des plus belles parmi les pièces du recueil ; mais M. Jean
Amade se propose de publier ici même très prochainement un
compte rendu littéraire de ce volume de vers qui est mis en
vente dès maintenant.
Xiprers adormits
Dcls xiprers envellutats,
verdosencs, assoleyats,
la somniosa renglera
cntorneja la ribera
y les hortes y los prats.
Xiprers adormits, vos gardeu els horts,
y. 'Is lleujers trésors
dels aybres, riquesa blanca de la plana,
y am vostre silenci de la tramontana
ne burleu l'esfors.
Altius y'solius, am vostre barrera,
s'aixecant austera,
guardeu el mistcri de l'hort encantat,
y ningû veurâ si 'n l'hort amagat
riu la primavera.
Xiprers adormits, ben atapahits,
jo vindré de nits
— i33 —
me seure 'n els prats que molla l'ayguatje,
camjnant que cerca, desprès del viatje,
la font del oblit.
A l'hora tranquil-la y de gran puresa
hont la lluna estesa
pertot dju son cant d'un ritme divî,
en la clarjayna que sab endolsir
la mes gran tritesa.
El cor, el meu cor, vull amurallar
d'un nègre llindar,
d'un semblant qu'aturi mirades blavoses,
llavis molçudets y dents verinoses
que '1 fan sancnejar.
Aixis no sabrân quines blanques roses
ne sont mitj-descloses
derrera '1 fullâm, sota '1 cel d'argent ;
aixîs no veuràn del meu sentiment
les flors misterioses.
Xiprers adormits, verdosencs y forts,
gardeu sempre 'Is horts
de les rufacades y maies ventades ;
d'un amor passât guardeu les pensades
com en la nit clara vetllau tots els morts...
Joseph Pons.
Roman du IX^ siècle
et Catalan du XX^
«*^^*^
La morphologie nous a appris que les langues romanes sont
surtout issues du latin populaire que parlaient les soldats romains.
Dans les diverses régions occupées par Rome, le latin s'altéra
encore d'avantage au contact des langues aborigènes et celles des
troupes étrangères à la solde de Rome. 11 en résulta, après le
passage des barbares, une infinité d'idiomes plus analytiques que
le latin. Les principaux furent : langue d'oc, langue d'oïl,
langue de si, galicien ou portugais, castillan.
Le catalan est classé généralement parmi les dialectes de la
langue d'oc dont font aussi partie le gascon, le languedocien, le
limousin, le provençal actuel, le dauphinois, le lyonnais, ! auvergnat.
La langue d'oc (dénommée aussi piovcnç"!) était encore parlée
dans le royaume d'Aragon au xiu' siècle, et ce n'est que sous
Jacques 1" de Majorque que le catalan devînt une langue
officielle et littéraire. Est-ce à dire que le catalan ne serait pas
une langue ? Le seul fait de voir nationaliser le catalan prouve
que, parallèlement au provençal, s'était développé un autre idiome
aussi robuste. Cet idiome, qui est encore parlé en Roussillon,
Catalogne, Baléares, Algher, a su conserver le mieux de toutes
les langues romanes le vocabulaire primitif malgré les infiltrations
étrangères surtout italiennes et castillanes. A l'origine, cette
langue catalane ne pouvait être que populaire. Comme elle
devint officielle, les écrivains s'avisèrent de créer une langue
littéraire, une langue dans la langue.
Comme la langue d'oc avait vu, dès ]35o, son développement
s'arrêter en France devant l'autorité centralisatrice du Nord et
était tombée au rang de patois, de même le catalan sous le poids
officiel du castillan se serait transformé, en Espagne, en un patois
castillan si la renaissance du milieu du xix' siècle n'était venue
rappeler que la littérature catalane avait eu ses œuvres qu'il
fallait continuer. Les rénovateurs ont-ils entièrement réussi?
— i35 —
]] est à remarquer ainsi que les mêmes phénomènes se sont
produits en France et en Espagne. Chez la première : effacement
de la langue d'oc devant celle d'oïl et renaissance plus tard de
tous les idiomes méridionaux. Chez la seconde dans laquelle,
encore au milieu du xm' siècle, Tolède, Cordoue, Séville, toute
l'Andalousie, parlaient l'arabe : remplacement des idiomes locaux
par le castillan et mouvement de renaissance, au xix° siècle, de
l'idiome catalan.
Le Roussillon, pays de langue catalane, essaie à l'entrée du
xx' siècle d'avoir aussi sa renaissance.
Mais le catalan roussillonnais a-t-il vraiment dégénéré ? Que
l'on restitue à ce catalan son vocabulaire initial et il paraît être
au contraire une langue très claire et très logique ayant progressé
parallèlement aux idiomes du midi de France, ses frères. Comme
l'a dit Demogeot : « Les langues ne naissent pas, elles se trans-
forment ». Ça serait donc une erreur, chez un roussillonnais, dz
revenir à la syntaxe ancienne ou à celle d'outre-monts. De nou-
velles constructions, conformes aux formules, modernes peuvent
très bien se marier avec les pittoresques expressions typiques qui
forment le fonds original de la langue.
Les historiens donnent la date du xn' siècle au premier mo-
nument connu de la langue italienne et la date du xi' siècle au
premier monument de langue espagnole. Le premier monument
cité de la langue française date du 14 février 842. C'est le
serment prêté par Louis le Germanique à son frère Charles le
Chauve. Ainsi que nous allons le voir, ce document peut être
considéré aussi, et certainement plus logiquement, comme le
premier document de la langue catalane. Comme ce document
est, en tant que vocabulaire, plus près du catalan contemporain
que du français actuel, cela nous porte à dire, avec Alart et
Vidal, que le catalan est encore aujourd'hui la plus romane des
langues :
« Pro deo amur et pro Christian poplo et nostro comun sal-
« vament, d'ist dj en avant, in quant Deus savir y podir me dunat,
« si salvarai io cist meon fradre Karle, et in adjudha et in
« cadhuna casa, si com om per dreit son fradre salvar dist, in o
« quid il mi altresi fazet et ab Ludher nul plaid nunquam
« prindrai qui, meon vol, meon fadre Karle in damno sit ».
36
Traduisons mot à mot
pro
per
cadhuna
caduna
deo
Deu
cosa
cosa
amur
amor
si
si
et
e (y)
com
com
pro
per
om
hom
Christian
christia
per
per
poplo
poble
dreit
dret
et
<y)
son
son
nostro
nostre
fradre
germa
comun
connu
salvar
salvar
salvament
salvament
dist
deu
dist
d'eix
n
en
di
dia
o
lo
en avant
en avant
quid
que
in
en
il
ell
quant
quant
mi
a mi
Deus
Deu
aitresi
aitresi (mateix)
savir
saber
faret
faria
et
e(y)
et
e iy)
podir
poder
ab
ab
me
me
Ludher
Ludher
dunat
donat
nul
nul
si
si
plaid
pler
salvarai
salvare
nunquam
nunque
io
jo
prindrai
pendre
cist
aci est
qui
que
meon
meu
meon
meu
fradre
germa
vol
voler
Karle
Caries
cist
aci est
et
^(y>
meon
meu
in
en
fadre
germa
adjudha
ajuda
Karle
Caries
et
e(y)
in damno
en dany
in
en
sit
sigui
Ajoutons les articles à cette traduction terre a terre et faisons
les contractions nécessaires à une langue moderne, faisons revivre,
dans la traduction, quelques mots, laissés à tort en désuétude, et
nous aurons quelques lignes de catalan roussillonnais contemporain.
Le document précédent vient démontrer une fois de plus que
le catalan est bien un rameau principal et non une ramification
secondaire des langues romanes. Jacques 1" eut raison de rendre
officiel son cher catalan. Ce document, traduit de même en
français, espagnol, italien contemporains, prouverait aussi qu'avant
le neuvième siècle de notre ère, il existait une langue relati-
vement avancée qui était devenue pour ainsi dire la langue
- .37 -
universelle de presque tout le Sud-Ouest de l'Europe. Cette
langue existe encore. Les divers idiomes du midi français :
Bordeaux, Toulouse, Nîmes, Marseille, Perpignan, etc., ne
sont au fond que cette langue. Qui en parle un n'éprouve pas de
p^randes difficultés à comprendre les autres. Le rameau catalan
des troubadours pour arriver aux sommets du français et de
l'espagnol devrait suivre, dans le modernisme, ses frères le langue-
docien et provençal- Un catalan de Perpignan peut traduire assez
aisément aussi h\cn\a Mireille de Mistral que les odes anacréontiques
de M. Aubanel et, si un bordelais ou un marseillais trouve à com-
prendre le catalan roussillonnais plus de difficultés qu'un catalan
à traduire les autres idiomes, c'est une preuve que le catalan a
conservé le mieux le vocabulaire roman ou, si l'on veut, latin, ce
qui lui procure une clé qui manque aux autres troubadours.
Joseph Sanyas.
Pcrdo
Dins mon casot tôt sol m'anyori,
Trist, pensatiu, no se perqué ;
Los aucells cantan, mes jo plori ;
La primavera no m' diu ré.
Devant de jo, j'aurendol vola :
De la sazô es lo primer ;
Fa un xirrit, son crit m'endola
Y s'enfuig dins lo cel seré.
Aquest aucell de primavera
Quan jo lo veig, me sanchna el cor ;
Pensi a tu, tan riallera,
Y me cor trenca el teu recor.
Era en el temps que m'estimabas,
Apretada érats contra jo
Y de ton dit tu me mostrabas
L'aucell fugint amb la tardé.
— r38 —
Com si l'aucell t'hagués cridada,
T'en vas fugir poch temps amprés.
Al nostre niu no has tornada,
Desd' allavoras no visch mes.
Pensi a tu quan l'alba punta,
Pensi a tu quan Jo sol eau,
Y tôt solet quan la nit monta
Le teu recor los ulls me clau.
Tôt lo que vejg dins la caseta
Tôt ha guardat lo teu regret :
Lo llit petit, l'armariéta ;
Ton ombra es dins lo mirallet.
M'ha révoltât aqueixa pena
Morta ets per jo dins mon esprit.
Si cap a mi l'azart te mena
Tu, mon burreu, fuig malahit.
Pensant aixô, l'aurendol vola ;
Son niu es sota del terrât,
Y de seguit dins sa bressola
L'aucell senzill ja n'es tornat.
Toc, toc ! Qui es ? Segurt un pobre !
Si ! han tocat, m'enganyi pas,
Y apolit, la porta s'obra,
L'infidel es aquî sul pas.
Jo som ferit, s'esta defora.
No se gosa apropar de mi.
Seca, n'es molt, son ull m'implora,
Esta cansada del camî,
Lo scu mirar, sa vestidura
Tôt clar me diuen sa dolor ;
Ha molt sofert ; la veig que plora.
Mon plor li dona el meu perdô.
(Millasj Victor Peix.
\
2»^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^
La Terra dels Avis
("Fragment)
«^^^
No les fugis nostras montanyas de Vallespir tant hermosas,
tant frescas y regaladas.
May de la teva vida vilas y ciutats no te daran la pau y la
ditxa descansadora de la terra dels avis. Torna agafa '1 teu garrot
de pastor y los que te estimen y te esperen, parentela y amichs,
y '1 teu gos tant fidel, celebreran ton arribada.
No t' donis mal y vergonya del ofici dels teus pares que
sempre atalayaren llurs ramats 1 hivern en els baixants de la vall
y a l'istiu en cims de nostras serras. Torna a respirar la olorosa
alenada de les boxaricas vcrmellas y l'ayre purificat de la coma
del Tech y del OHat, dels cums y del coll de les Molas.
Abrigat encara ta capa de burata ; ta pellissa y ta samarra, y
ta barretina, calsa '1 teus esclops ; honrats vestits que valen mes
que les pelleringas y pellots dels senyors y senyoras fets de
pressa.
Vine y ton cor se susmourà de alegria en lo belar de tes
ovellas y en la musica de ses esquellas. La remor de les bor-
rombas dels marrans y dels enflocats se justarân per celebrar ta
benvinguda.
Vine a refrescarte encara en les nostres fonts tant puras, tant
geladas que bombollan els llabis y que no s'hi pot deixar la ma.
Fuig la ciutat enganyadora y ses casas hont se congrian malorais y
malaltias.
Assi dormiras baix les estelas entremigt de un jas de pells.
• Els rams de pins y la brancada dels abets t'hi feran de cortinas.
Veurâs quins tant dolsos somnis quant lo cant dels aucells
montanyesos te gronxolarâ, La perdiu, la torta y la merla, la
gatlla, la griva y la puput te xiularân corrantes, y la cugullada,
lo rey-petit y la cadarnera que cantan en la matinada te ferân
albadas.
— 14Ô —
Tos ulls enlluernats veurân a surtir del mar, resplendent de
claros divinas, el sol magestuos y creador de vida que tôt lo
mon impera.
Quine dolsa companyia que la del teu ramat quel val mes que
la de multitut de homens. Bon pastor llestarâs los nets y comarcas
endevesadas ahont pogui afermar ton bestiar.
Cap a la migt diada, farts de pastorar y passajarse, moltons y
ovellas, borrechs primais y tersats vindràn a morriar aprop de tu
y '1 manyach ajegut y remugânt amagarâ 1 seu cap sobre '1 teu
pit. Entre tarda mudarâs el corral per femar artigas y estivadas.
Per acabar la diada trencarâs alguns pins per esclops de la
maynada, boixos y avellaners per bardas y cledas y no t' descuy-
daras de fer alguns dias llossas y culleras per la mestressa de
casa.
No tinguis por dels llops, la wiena n'hés perduda. Fa mes de
trente anys que han désertât montanyas per anarsen en pobles y
ciutats. Pots veurer venir la nit sens suspita.
Lo sol baxa tras la pica del Gra de Fagol. Es hora de menir
sopar. Fés engronat dins la llet. Abast'al sarré provehit de
companatje, cansalada, botifarra y formatge, menge y descanse
ab tôt lo plaher del mon.
Xiula '1 teu gos ; arrulla '1 teu ramat, lo dia se enfuscaheix y
les montanyas se entelan. La nit acaba de arrivar.
Pren ton fluviol 6 ton gralla y canta ta serena a la llunî, y
quant siguis cansat deixa trillejar el rossignol que de veu celes-
tialment encantadorâ gronxera '1 teu son 6 felis pastor que no saps
coneixer ta ditxa.
J. DE SaNT-SalVADOR.
Extrait de mil y un pensaments
La félicitât es un somni de color de rosa : Dormint la vegéu
y la toquéu, y al despertarnos desapareix.
La félicitât es una paraula molt bonica que 'Is homes han inven-
tât pera explicar lo que no comprenen.
Fcsta-Major
.^'-i»
(Suite et fin)
El Conh'apàs
(>]
Homes d'edat i minyons, tots en reng,
fan cadena.
A cada cap, un vell escardalenc,
cl bal) mena.
Sona, flaviol ! Pega un cop, tabalet !
Zup. Cadahù salta corn miquelct.
Maneja, joglâ,
ta prima o tenora !
Un peu d'hortolà
sab vola ;
es fort com son braç,
no s cansa en una hora,
ni s queda detras ;
ja veuras !
Marca el refilet
son brinco de cabra,
son remingolet,
son doblet.
Hé, quin focerô !
Té ferreny com abre,
cordât d'csparrô
el garrô.
N'hi ha prou d'aqucix ban ;
a tu, cap d'esquerra !
1 de ponent van
a llevant.
El nou capitâ,
celôs, son joc serra ;
els peus, ta-ca-tà,
fa petâ.
Deu meu ! que bellô !
Es cadena folla,
on cada grillô
vol millô
drincar que 1 veï.
Tothom, dins la colla,
tant bé qu'obeï,
sab 11 uï.
L'orquesta s'ha parât. Ara el flaviol tritlleja tôt solet, scnse
cap ni centener ; fa tut-tu-rut-tut, a temps, a contra-temps.
N'aprofita un cap de colla, plé de délit, per desllorigar-se com
( I ) Les strophes qui suivent sont exactement rythmées d'après les deux
airs fondamentaux du Contrapis.
— 142 —
un orat. La gent sel mira, embadalida. Malhaja 1 flaviol, que
acaba tant aviat son monôlec estrambôtic !
Un ûltim refilet. El tambori da un cop sec, i
Torna a bufà 1 brau joglar. La suô
li regala.
Com reb de terra un poquet de saô
la cigala,
entre dos temps moDa l'inxa i 1 canyô,
repren sa frase ; ala î Sona, minyô !
l De quin IJunyà fosc
vens, severa dança ?
l Te trobà en un bosc
poble tosc,
entorn d'un vell faig
saltant d'alegrança,
mentre 1 sol de maig
vcssa a raig ?
l Potser vas eixî
en festa de guerra ?
sovjnt balla aixî
el butxî,
l O dius l'abundô
de la mare-terra
que, en Hoc de cardô,
blat ens dô ?
l Guiaven tos bots,
prop l'ara de pedra,
resos de dévots
Sacerdots,
vestits de lli blanc,
el front cenyit d'hedra,
dins un huma flanc
pouant sang ?
l Ton ritme bonic
el carro scguîa
duent a l'abric
l'esplet rie?...
Si, si ; no mes rius ;
la sana alegrîa
del camp tu nos dius
en salts vius !
Aixî s compren pla
que, a la moda vella,
del temple al replà
el joglà
menés amb fervor
eixa dança bella,
tots cantant en chor
de tôt cor.
Mes ai ! La senziJla armonia ha fet son temps. Renyit primet
amb Deu, oh tant noble contrapas, liuny de l'iglesia, sus la plaça
del poblet has retirât ton brincar tornat inespressiu. 1 eis anys
i
- ,43 -
t'han sigut funcstos. Les dances forasteres t'arrcconcn poc a
poc, com vellet que no s mou pus del cantô de la Uar. Casi fas
dol, per tant que forcegin els musics. Te ballen pocs, vcrgonyo-
sos, enrampats.
Amb tôt, si bé revellit, el teu ritme original encara ens roba
Is sentits, perqué
vol qu'oblidcm, ton goig, el temps que fuig ;
de la vida
ton cant festivol esbrava l'enuig
i ns convida
a fer bon ull a un segle eixarreït,
contents dient : « Sigui Deu beneït ! »
Cantes germanor,
mes que vais, ni polques ;
no téns sols finor,
tcns honor.
No Digues jovent,
mes pobles rcmolqucs ;
apartés rabcnt
tôt mal vent.
Alênes bondat :
poses rie i pobre
costat a costat,
apretat ;
cadû pesant just
del seu prôxim l'obra,
van plegats, sens sust
ni disgust.
Ai ! En mes anem,
com les dures feres,
dels cels que prenem,
ens torncm.
Doncs, oh contrapas,
afcrra-ns de ver es ;
fes-lo bcn tenaç
el teu llaç !
Balles
Entretant, bons moços,
amb moces volteu !
Fregant vostres cossos,
la veu escolteu,
veu temptadoreta
que als ulls porta foc
i al cor fa, discreta,
un suau toc-toc !
Llisqueu la mazurca,
la scôtix, el vais !
l Que hi-fa si us llurca
ôdi de rivais ?
Juntada parella
del gelôs se riu,
— 144 —
h la sorda orella boi fent-li l'ullet,
i roda amb mes briu. ell, dolça penyora,
Denprop, a la vora, li da un rameJlet...
Sarau
Vingut el propici Son braç l'encadena.
visllum del sarau, De carré a carré
llunyet del bullici poc a poc la mena,
no se que Is atrau. i ella no diu ré.
Mentre 1 bail s'anima Ja son fora el poble.
al mes fosc cantô. No s'ou cap remor.
manyaguet, l'arrima, El llaç s'ha fet doble.
li roba un petô. Es l'hora d'amor...
El vilatge es en rebombori.
Tôt es desgavell i desori.
Ja té 1 borratxo cori-mori.
El violî, per mes que plori,
fa botejar.
S'ha tornat el bail sarabanda.
Ara tothom crida y comanda.
Se tiren, folls, de cada banda.
L'avi, que s sent boca gormanda,
vol festejar ;
palpa la veïna a la cuixa,
una floreta al coll li fuixa.
Sembla que calcom els embruixa.
Del prestatge un nin els arruixa
a veire plé...
La mare ha descuidat sa filla ;
per ballâ arregla sa faldilla ;
mes esquiva i llesta que guilla,
salta, com quan guapa pubilla,
a perdre aie.
- .45 -
El tio fadrî, que a la moda
va vestit i no té la goda,
convida sa jove neboda,
i, encar que grisenc, roda i roda
com un rodet.
Entre Is peus corre la mainada,
com esparverada manada
de xajs pel bosc abandonada.
Tampoc per eJls l'hora es sonada
d'anà al Jlitet...
Eixa borratxera de festa
toca l'un i l'altre ; no llesta ;
agarra jove i vell, com pesta...
Aixi la njt s'escorre, llesta,
saltant, cantant.
Segueix, esblaimada i rodona,
la Lluna, alla dalt, fent la mona,
mentres de les granyotes sona
la veu de nas, prima o pregona,
pel fosc voltant.
Pren tos plers, bon paisà. Prou els mereixes.
l Que hi fa, si no es afinadet ton gust?
El malestâ orgullôs als altres deixes.
Tu sabs el ver repos. Tôt ho veus sempre just.
Fumarada son tos déports, no vici.
Si aigu sen riu, es son seny contrafet.
I Vés menyspresant l'hipocrit artifici,
i siguis natural, aixî com Deu t'ha fet 1
Desprès la festa, al camp, com un dimoni,
t'afanyaras a furgar, mai cansat.
; Que la salut i moites festes Deu te doni î
I tu, la tradiciô gu^.rda del temps passât !
(Desembre 1910). - Pau Berga,
Textes catalans
Ils ont justement à s'occuper, immédiatement, d'affaires graves
et pressantes : La guerre a éclaté ; iennemi (c'était alors le
Français) est près de Salces et se dispose à envahir le pays ; Elne
est sans défense et exposée à toutes les entreprises ; le 17 août
J597, le Conseil délibère sur cette situation, et voici le compte
rendu de M' Cazadamont :
« Fou resolt que encontinent en haver dinat, sens mora
ni tardansa alguna, los dalt dits mossen Matheu Cazadamont y
Antoni de Sant-Marti ab molta promptitut y prestessa, per lo be
comu y utilitat de la Ciutat, se transfereschan en la vila de Pcr-
penya y explican al S" Don Fernandez, capita gênerai per sa
Majestat en lo castell major de la vila de Perpenya, per part de
la dita Ciutat, fos de son servey ajudar y afavorir a la dita Ciutat,
al menys per al présent, de vint y sinch soldats per obs de la
deffensa de dita Ciutat, y axibe manar nos provahir de monitions
per ha resistir als desanamichs de la santa fe catolica, lesquals ab
animo obdurat he induits del maligne esperit, determinaven pera
lur determini de intrar dins de la dita Ciutat y apoderarse deella,
lo que N.-S" Deu, per sa misericordia y clementia, nols ha donat
tal poder : Abtant dit S" Capita gênerai feu de resposta als dits
Cazadamont y Sant-A\arti que lo endema, que era dilluns, tor-
nassen, que ell manaria se donassen les provisions necessaris per
obs de la deffensa de la dita Ciutat, y que, en lo entretant, sen
amenan vint y sinch homens ; y aixi de ffet sels ne amanaren. Y
lo endema, que era dilluns que comptaven als desavuyt del pré-
sent y corrent mes de agost del présent any 1597, dits Caza-
damont y Sant-Marti se transferiren en la vila de Perpenya per
obs de rebre la monitio lo S ' Capita gênerai los havia promesa ;
loqual dona en nom de la dita Ciutat sinquanta piques, quaranta y
dos archabussos de milla?) ab sosflasquos y flasquillos, y un baril!
de polvora ; losquals archabusos enviaren de davant ab dos tragi-
ners, y eils se atoraren dins lo dit Castell major fins a les set
hores y mija de la tarda, y en aquell punt, Deu volent, enviaren
una carreta de Elna, laquai ab molta diligentia y prestessa carre-
i
— 147 —
garen, y partiren de la vila de Perpenya a les vuyt hores de la
nit, abtant que ab dita monitio arribaren a EIna a les dotze
hores de la nit.
« Y a cap de una hora, entre les dotze hores y la una de la nit,
entra lo camp Frances per la Salancha, per lo présent comptât
de Rosscllo ; loqual, entre la infanteria y gent de cavall, excedia
en numéro vuyt ha deu milia homens ; lesquals intrats passaren
per a la volta de Torrelles, Vilalonga y altres lochs de la Salan-
cha, molt dissimolats, y via dreta sen anaren per ha la volta de
Perpenya, y volgueren posar un morter a la porta de Elna, y la
guarda los descubri, y axibe escalar dita vila de Perpenya, y
N.-S" Deu fonch servit que lur mal intent no fos complit ; y de
fet, com no pugueren sucsahir ab lur mal animo, remateren {?)
com uns lahons per ha la volta de Vilalonga y Santa Maria de la
Mar, y axibe volgueren ha remetre contra Canet y Ribesaltes,
lochs de la Salancha, ab lesquals no pogueren prendre peu.
« De manera que si dits Cazadamont y Sant-Marti no hagues-
sen donada la pressa tant gran, foren estats captivats per los dits
Francesos y molt perillats de lurs vides, y presa per dits Fran-
cesos la monitio aportaven, lo que tôt aguera redundat en molt
grandissim dany, pernicie y inutilitat de la dita Ciutat. Lesquals
monitions foren aportades dins de la Ciutat, y aquelles donades
a bon compte a los particulars de la Ciutat afi que les restitues-
chan sempre (que seran) demanades : loqual servescha per memo-
ria y exemplar als qui son vuyn en la dita Ciutat y per lo esdeve-
nidor seran. »
L'on voit que le notaire l'avait échappé belle, et l'on peut
croire, a son écriture (car c'est lui-même qui raconte sa misssion)
qu'il tremblait encore un peu au souvenir du danger qu'il avait
couru.
Le douze octobre suivant, il restait encore des mesures à pren-
dre. Le Conseil se réunit (dans le cloître) et décide : « Attes siem
en temps de guerra, y la Ciutat sta desprovehida de monitions,
piques, polvora, archabussos y altres coses ; que per obs de com-
prar polvora, que la Ciutat no se empenya en ninguna manera,
sino que, pus Mons' Rev"" fa la merced a la Ciutat, per ser sa
gria Rma Senyor de les causes (pies), y que aquell se acontenta y
posara son décret episcopal, perque los dines son vuyn en la
— 148 —
caxia de la Alatricula de) Consel de la Ciutat ques prenguen y
de aquells sen compre polvora, tant quan bastaran, per obs de
fer resistencia ai desanemich, franch desanemich de la santa Fe
catolica, loqual, induit del maligne esperit, camina de intrar per
lo comptât de Rossello ab molta gavaudaria (1), desanemichs y
tirans de la sancta Fe catolica y nostros ; y pus que sa S"^ R'"*
ha manat fer quatre quintars de polvora en la ciutat de Girona,
ques prenga dita polvora y ques porta en Elna, y de dines dcl
Spital ques pague, y que ell posara son décret y autoritat en una
sup(lica) se li ha (stat) prcsentada en nom de la Ciutat ; y que
may la Ciutat ne tendria trecas (?i alguns, sols se traguessen per
obs de comprar dita polvora per deffensa de la Ciutat (contra) al
desanamich Frances. (Y fouch resolt) ques fassa. pus serveix per
una cosa tant bona com aqueixa, y ques fassa ab molta dili-
gentia y sens tardansa alguna, y sis pot fer vuyn que no se es-
péra dema, y que (marxa) un home per ha Girona, y ques porta
djta polvora en la Ciutat ab molta diligentia.
« Y vuyn que comptam als quinze del présent y corrent mes de
otobre del présent any 1597... de ordinatio de la S"* de la
Ciutat... (oberta) la caxia de la Matricula de la Ciutat (se es
trobat...) y sis lliures desanou sous... laquai quantitat.., per obs
de comprar polvora per (raho) de la guerra ab Fransa y Spanya,
lo dit Mons" Rév" de Elna don franch... y la ha commotada,
per ser dita quantitat (dines) de causa pia y dincs dcl Spital, y
no vol la Ciutat (ser) obligada en ningun temps a rcstituir (dita
quantitat) al dit Spital ; y aixi dit Mons" posa son décret per
(1) Mot inconnu. Comme il s'agit des Français, on est tenté de le rap-
procher des mots gavatx, gavatxeria, gavoi, dont les deux premiers servaient
autrefois en Roussillon, comme aujourd'hui encore en Catalogne, à désigner
non seulement les Languedociens, mais, plus généralement, tous les Français,
et le second, à son tour, est usité en Languedoc pour désigner les gens de
la Lozère qui viennent, au temps de la moisson et des vendanges, chercher
du travail dans le bas pays. Pour ces mots, tout au moins pour le dernier,
on a indiqué l'étymologie de : Gabali, habitants du Gévaudan (capitale
Javols).
Quoiqu'il en soit de ces rapprochements, comme les Français avaient laissé
la Réforme prendre pied chez eux, l'invasion des Français était réputée et
est représentée ici, avec insistance, comme une invasion de bandes d'héréti-
ques, oppresseurs de la Foi.
— 149 —
obs de traure dits diners (ab) habundant cautela, y traure dita
Ciutat indempne de tôt dany que per lo sdevenidor pogue suc-
cehir ; y aixi dita Ciutat vol y enten, y Mons" Rev" fa merced
a la Ciutat sien commotats en comprar polvora... y per asso ha
posât son décret y autoritat. »
Le i5 décembre suivant, nouvelle réunion du Conseil, cette
fois dans l'église Saint-Georges de l'hôpital : « Attes que en la
vila de Coplliure y son los archabusos de la Ciutat de Barsalona
y lo S°' Climents Argalich, notari publich de la vila de Perpe-
nya, en nom de la Universitat de dita vila, loqual es en dita vila de
Coplliure per obs de pendre, per la deffensa de la vila de Per-
penya, quatre cents archabussos, y la présent Ciutat ne ha menes-
ter cent, y dit M^" Argalich ha dit a Mossell lo Consol En Deu-
losal que ell no pendria dits cent archabussos que primer nos
fassa syndicat per amanllevar aqueUs y fermar ne apocha, y obli-
garse de restituir les o pagar les,.. Y aixi se ha resolt ques fassa
dit syndicat. »
Cette dernière résolution ne dut, sans doute, avoir aucune
suite ; car, )es années suivantes, on ne trouve trace, au registre
que des 42 arquebuses rapportées, de la Citadelle de Perpignan,
par M' Cazadamont.
Celles-ci, par contre, allaient longtemps encore faire parler
d'elles et mettre les Conseils de la Cité dans l'embarras. Voyons
de suite leur histoire.
L'on trouve, en 1602, cette déclaration des Consuls sortants:
« Attes que ells eran encarregats de quaranta y dos archabussos
ab les flasques y flasquillos, desquais archabussos ni falta hu y
aquell s'es encomanat a P. Prospéra, y de sinquanta piques y un
barril de polvora, ells sen descarregan, y aixibe les Consols que
son vuyn ne encarregan la Ciutat. »
En iboS, même compte ou à peu près : « Quaranta y un ar-
chabus ab ses fiascos y flasquillos, dempto que y falta un fiasco y
fiasquillo, y très botas de polvora. »
C'est en 1606 que commence la tablature. Le Consul en chef
expose : « Estos dies proxim passats, son stats interpellits per lo
S" Don Caries Coloma, capitâ gênerai per sa Majestat que do-
nassen compta y raho dels archabussos que, al temps de la guerra
del Frances, te presas d* Ciutat : ha (stat) resolt y conduit ques
— i5o —
parle ab lo S" Don Caries, y ab tota la maduressa dcl mon se li
parle, dient li ab los trabals sta vexada la Ciutat, y que tinga
admiracio en ella ; y quant no, que se li fassa la cara quai de
dret sera iicit y permes fer. » Réponse curieuse et énergique !
On estimait avoir assez souffert pour mériter de ne pas être des-
saisis de cet armement.
L'on put, pendant un certain temps, croire la question enterrée,
mais il n'en était rien ; l'administration royale ne la perdait pas
de vue ; le fisc, surtout, ne lâchait pas prise aussi facilement.
Elle fut réveillée longtemps après, au moment le plus inattendu.
Voici, pour les arquebuses d'abord, une délibération de i6)3:
« En dies passats, quant vingue Alfonso Corso (i) en lo camp de
Vanosga (?), la Ciutat prengue per raho de prestis quaranta y
dos archabussos de munitio, ab fiasco y flasquillo, y tambe sin-
quanta picas, lesquals deixa Don Ferrando de Toleda com ha
capita gênerai era les hores de les présents fronteres ; Y ara es
vengut un officiai de Barsalona contra les Universitats, ab una
executio demanant los arcabussos ; y aixi (se) demana (al) Con-
seil, atento que la Ciutat y los habitants de aquella no estan
molt provesits de aquells, si sera be que d» Ciutat sels prenga ;
y per quant no tindra lo diner per pagar aquells, ques veya a
quines persones y haura que ja no tenguen armes y sien per pagar
aquelles, y que sels done un arcabus a quiscu, ab promesa de
pagar aquells dins lo temps que los S°" de Consols podran alcan-
sar del Vesedor (2) ; y que les sinquanta piques si sera be se
tornen ; y que dits S°" de Consols tractan ab lo Vesedor per quin
preu ; han dit nos podien dexar menos de quaranta quatre reals,
conforme los fa pagar lo Rey.
« (Y fonch resolt) que, atento que la Ciutat nécessita de dits
arcabossos y de présent no te lo diner pera pagar la suma de
aquells, y en la Ciutat y haura alguns particulars que no tindran
armes, ques fassa ressenya, y ques veja quines persones seran y
tindran a pagar aquells, y que sels done un arcabus per preu de
dits quaranta quatre reals, conforme stan consents dits S°" de
Consols a pagar aquells, dins lo temps que los aparra a ells ser
mes oonvenient, affi que dita Ciutat non rebe dany aigu ; y que per
(i; Capitaine au service du roi de France,
(a) Contrôleur.
— .5i —
asso vajen los S°" de Consols dema en Perpenya, y que prome-
ten de pagar la soma de dits arcabussos lo que pujaran, obligant
ne los bens de la Universitat ; y per les piques, que les tornen
a dit Vesedor, que no son de tanta nécessitât.
a Y al j5 de fabrer, any i6i3... se restitUiran al S" Carnero,
Contador, com a procurador del Rey nostre S", les pichas ténia
la Ciutat d'Elna del Castell maior de Perpinya ; lesquals sin-
quanta pichas te rebudas ab apocha presa en poder de M" Pera
Barax y Tribera, notari de la vila de Perpinya ; y se posaran al
magatsem de Sant-Joan junt a la moralla. »
Et voici pour !a poudre, quelques mois plus tard : « Ha vin-
guda una carta de Francisco Carnero en que demana (la polvora)
que la Ciutat prengue en lo any 1597 "l"^ entra Alfonso Corso
en lo présent comptât de Rossello, laquai se prengue per deffensa
de dita Ciutat, laquai polvora pasava alguns dos cents reals...
(Fonch resolt) que vaja dema lo Consol segon a suplicar al dit
Carnero ques servesca en acomodar d^ Ciutat que se aguarde ; y
entretant que se scriga una carta à Barsalona al S" M" Rollan (i)
pera que suplique al S" Virrey per veure si hauria remey que
afranquis dita polvcra, o, sino, si haura remey que se li fassa
obligatio a pagar dins sert temps. »
Nous ne savons quel fut le sort de cette supplique : Quant aux
arquebuses, elles furent distribuées ; mais leur paiement n alla
pas sans difficultés ainsi que le prouve cette décision ultérieure :
« Atento en dies passats se son donats los arcabussos a moites
persones pobres, que aquells sien donats altre vegada a persones
que tenen que pagar, no obstant que tingan armes,, per a que ab
mes facilitât se puga a cobrar lo diner de aquells. »
♦
Cette question d'armement nous amène à relever de suite quel-
(i) Michel Rollan, docteur en droit civil et droit canon {utriusque juris)
conseiller au Royal Conseil civil de Catalogne 1 T{eal Audientia), probable-
ment originaire d'Elne, où il y a eu un notaire de ce nom i i566) et où il
possédait des propriétés, notamment le mas J^ollan, (plus tard, mas Calmèles).
Défenseur des intérêts de la Cité. Mort à Barcelone en jésS, transporté à
Elne et enterré dans l'église (chapelle Sainte-Anne). Sa femme, issue de la
famille Pol y Oris, d'Elne et Barcelone, avait été, aussi, l'année précédente,
transportée et enterrée à Elne.
— l52 —
qucs indications épisodiques du registre concernant les canons de
la Cité (i).
En 1604, nous y rencontrons l'ordre ci-après (en castillan):
« Ymporta al servicio de Su Majestad que, vista la présente, sin
replica alguna, entreguen al capitan Pedro de Léon Peralta,
tinyente de gênerai de la artilleria, una pececuela (2) de las qu'es-
tan en esa Ciudad, pera pedir con ella acierta parte d'esa fron-
tera que la nécessita mucho ; y assi les encargo que lo agan sin
poner dilacion ni aguardar consulta, perque es negocio que no se
pude escusar. » Cet ordre est transcrit sans aucun commentaire ;
il ne laissait, en effet, place à aucune délibération.
En 1606, autre incident : Les Consuls rendent compte que :
« ells son anats avuyn die présent en la vila de Perpenya acercha
de parlar ab Mons" Rev"" Be Elna y ab lo Rev' Capitol acercha
que lo S" Don Carlos Coloma, capita gênerai del Castell major
de la Vila de Perpenya esforça molt a las veras de traure una
artillaria de las grossas de las duas que vuyn son en la d* Ciutat;
y per la abstractio de aquella dit Mons" Rev'" y Rev' Capitol,
conseniors de la d^ Ciutat, ho privan molt a las veras de que
dita artillaria nos traga de la Ciutat. As resolt que la Ciutat es-
criga al S" M" Rollan, y Mossel Consol En Morera sia servit de
anar a Perpenya a cobrar les cartas de dit M" Rev" y Rev'
Capitol, y ditas letras cobradas, que de prompte se envian a Bar-
salona a sa Ex ellentia (lo Virrey), y se procura de remey oportu
per la indempnitat de la Ciutat. »
Nous trouvons enfin, en 1 6 j 5, une réclamation bien tardive et bien
inattendue : « En dies passats es vingut un algutsil del Castell ab
un mandato que pagues la Ciutat vuyt cents réals de quatre rodes
diu ha preses al temps de la guerra de Alfonso Corso ; y per
quant... consta que la Ciutat torna dites rodes... y no te altra
cosa... que d» Ciutat sen deffensa, ates ha pagat. »
(M suivre) R. de Lacvivier.
(1) Un inventaire de i5o5 indique à Elne : « Dotze pesses de matai,
poques y grandes, y sinch pesses de ferro. (Voir T(evue dHisloire el d'Ar-
chéologie du J^oussillon, juin 1901). Nous avons déjà publié ici même {7{ev.
Cal. n° 47, novembre 1910) un traité de 1439, pour la fabrication de trois
canons, en plus de ceux que la Cité possédait déjà.
(a) Petite pièce.
La Langue Catalane
et son utilité pédagogique
CtS-®^r3 {Suite)
11™' LEÇON — A Valcncia
Alegra y viva tramontana,
Que per la terra catalana
Fas volejar l'aie geJiu
Del nevâs reblanch y altiu ;
Primes y manyagues auJendres,
Qu'à les envistes de Port-Vendres
Vora '1 mar blau vos aplegueu
Per traspassar lo Pirineu ;
Allî, cap â l'horta florida
Hont Valencia s'esta, de joyes revestida,
Duheu l'abras de germanô
Que li dona, de cor, lo llunyâ Rossellô.
Jules Delpont.
Explication du Texte
Le poète charge les hirondelles et la tramontana d'apporter
aux catalans de Valencia l'accolade fraternelle des catalans de
France, et il leur fait espérer, là-bas, un séjour enchanteur, dans
une ville riche et belle entourée de jardins fleuris.
Vocabulaire
volejar, voltiger, tourbillonner aplegar, réunir
até, haleine traspassar, franchir
geliu. glacé de joyes revestida, revêtue de joyaux,
nevâs. amoncellement de neige parée
reblanch, d'un blanc immaculé duheu, de dur, porter
altiu, altier, hautain, fier abras, embrassement, embrassade,
primes, fines accolade
manyagues, douces, familières germanô, pour germanor, fraternité
aulendres, hirondelles llunyd, lointain
a les envistes, en vue, aux environs
— 1 54 —
Exercices
Traduction française du texte. — Aucune difficulté.
Composition catalane. — Résumer le texte en un courte phrase.
Composition française. — Traduire librement, en les amplifiant,
la 2' et la 3' strophes. Commencer ainsi : O vous, hirondelles...
Conjugaison bilingue- — Verbe Iraspassar et verbe franchir au
passé indéfini. Conjuger sur ce modèle aplegar et réunir.
Pa
SSE INDEFINI
he traspassat ( i ) j'ai franchi
has traspassat tu as franchi
ha traspassat il a franchi
havcm traspassat nous avons franchi
haveu traspassat vous avez franchi
han traspassat ils ont franchi
Notes grammaticales
Formation du féminin des adjectifs. — En général, on forme le
féminin des adjectifs en ajoutant a au masculin.
Ex. : prim, fin ; prima, fine.
Alais les exceptions sont excessivement nombreuses. C'est
ainsi que certains adjectifs forment leur féminin :
)* en changeant e zn a :
Ex. : alegre, joyeux ; alegra, joyeuse.
2* en changeant u en va :
Ex. : viu, vif; vix'a, vive.
3' en changeant t en da :
Ex. : ftoril, reveslit font florida, revestida.
4* en changeant ch en ca et en ga :
Ex. : hlanch, manyach font blanca, manyaga.
S° en changeant ig en ja :
Ex. : roig, boig, font roja, boja.
6° en redoublant Vs finale :
Ex. : espés fait espessa.
y' en ajoutant na au masculin :
Ex. : catalâ, llunyâ. font catalana, llunyana.
Certains adjectifs restent invariables:
( I ) En Roussillon on dit plutôt : lom traspaiial.
— i55 —
r Ceux terminés par bl, br, pi, et en général ceux qui sont
invariables en français.
Ex. : noble, célèbre, simple, jove, grave, il-luslre, etc.
1' suau, suave, et breu, bref ;
3' quelques adjectifs en ant et en ent :
Ex. : ignorant, évident.
4° quelques adjectifs en as et en o$ :
Ex. : cjpjs, capable ; feros, féroce.
5' les adjectifs terminés par al, el, il, ol, sauf de très rares
exceptions :
Ex. : gênerai, fidel, hutnil, humble ; ombrivoï, sombre.
6' les adjectifs terminés par ar sauf avar, clar et car:
Ex. : familiar, elementar, regular.
7' les 11 adjectifs en or dont voici la liste:
anterior citerior exterior
posterior ulterior interior
superior major millor
inferior menor pitjor
8* l'adjectif ^r<j«.
Remarque. — Les adjectifs gran et petit se placent généra-
lement après le nom.
Ex. : el carrer gran de la Real, el carrer petit de la Real.
Mais en français il faut traduire par : la grande rue de la Real,
la petite rue de la Real.
De même on ne doit pas dire : la rue grande Saint-Martin, la
rue grande de la Monnaie, la rue petite de la Monnaie, la rue
grande Saint-Jacques mais: la grande rue Saint-Martin, la grande
rue de la Monnaie, la grande rue Saint-Jacques (ou rue Llucia).
De même encore pd petit se traduit par : petit pain et non
par : pain petit.
Dans les adjectifs cara-brut, cara-grog, panxa-content, cama-curt,
cama-torî, cama-llarch , closca-moll , etc., qui comprennent un nom
suivi d'un adjectif, l'adjectif indique seul la qualité tandis que le
nom précise l'endroit : cara-brut signifie brut de la care, panxa-con-
tent, content de la panxa, etc.
Au féminin on dit cara-bruta, panxa-contenta, etc.. bruta et
contenta qualifiant toujours la personne et non la cara ou la panxa.
Aussi est-il préférable de supprimer le trait d'union et de
réunir les deux mots en un seul.
Ex. : la meua mare es tota cabellblanca.
— i56 —
12-"^ LEÇON — Misela
Anava vestida d'unes faldillcs de sarguill raspat, d'un cos
del mateix tros y d'un mocadonet de cotonada. Als peus,
en tôt temps^ hi portava esclops ferrats, d'aquejls esçlops
de nas que ')s pagesos se fan ells mateixos, els dies d'hivcrn,
quan la neu, la pluja, les rufaques ô les gelades els obliguen
à s'estar dedins. Era sempre cofada d'una topjna blanca que
s'estacava sota de les barres y que deixava penjar, esquena
avall, una llarga cabellera mal pentinada y tant negra com
l'ala d'un corb. Quan sabreu que la Miseta ténia 'Is ulls
blaus y la cara torrada pel sol y pels ayres tant vius de les
altures ahont vivia, la tindreu présent y vos fareu cârrech
de tôt ella com si sempre l'havieu coneguda.
E. Caseponce, Contes vallespirenchs.
Explication du Texte
L'auteur nous fait ici le portrait de Miseta qui est le principal
personnage d'un de ses contes catalans. 11 nous décrit d'abord
ses vêtements, puis sa chaussure et sa coiffure, enfin sa chevelure,
ses yeux et son teint. Et il conclut en disant au lecteur: < Main-
tenant vous devez la voir comme si elle était devant vous ».
Vocabulaire
anava vestida, elle était vêtue esquena avait, le long du dos
f^aldilîes, jupe cabellera, chevelure
sarguill, grosse étoffe de laine pentinada, peignée
cos, corsage cara torrada, figure brûlée, brunie,
tros, morceau basanée
pagesos, paysans altures, hauteurs, altitudes
rufaques, giboulées vos farreu cârrech, vous vous rendrez
s'estar dedins, se tenir enfermés compte, vous aurez une idée exac-
topina, coiffe te, vous aurez un fidèle portrait
barres, mâchoires
-.57-
Exercices
Traduction française du texte. — La dernière phrase est assze
difficile à rendre.
Composition catalane. — Z/n p^gès. Vous avez vu un paysan
achetant un cochon au marché. Faites son portrait en suivant le
plan du texte. Pensez en catalan.
Composition française. — Une paysanne. Vous avez vu une
jeune paysanne dans une ferme des environs de Perpignan.
Faites son portrait en vous servant des détails du texte. Pensez
en français.
Conjugaison bilingue. — Verbe porlar et verbe porter au plus
que parfait et au futur antérieur de l'indicatif. Conjuguer sur ce
modèle estacar et attacher.
Plus-que-parfait de l'Indicatif
"Verbe portar Verbe porter
havia portât j'avais porté
havies portât tu avais porté
havia portât il avait porté
haviem portât nous avions porté
havieu portât vous aviez porté
havien portât ils avaient porté
Futur Antérieur
hauré portât j'aurai porté
hauras portât tu auras porté
haura portât il aura porté
haurem portât nous aurons porté
haureu portât vous aurez porté
hauran portât ils auront porté
Notes grammaticales
Formation du pluriel des adjectifs. — En général, on forme
le pluriel des adjectifs catalans en ajoutant s au singulier.
Ex. : viu, vif, fait vius, vifs.
Les adjectifs catalans féminins terminés par a changent a en es,
Éx. : torrada, brûlée fait torrades, brûlées.
d'où il résulte que les adjectifs féminins en ca et en ga changent
ca et ga en ques et en gués.
Ex. : blanca, Uarga font blanques, Uargues.
— i58 —
Certains adjectifs aigus terminés par une voyelle forment leur
pluriel en ns.
Ex. : català, catalans.
Certains autres terminés par s, x, sch, si forment leur pluriel
en os ou en sos.
Ex. : grandies, grandiose ; gros, gros ; felis, heureux ; fluix, faible ;
fresch, frais ; trist, triste ; font au pluriel grandioses, grossos, feltssos, fîuixos,
frescos, trist os.
Les adjectifs terminés par ig précédés d'une voyelle forment
quelquefois leur pluriel zn jos. Mais on peut aussi leur appliquer
la règle générale.
Ex. : roig, rouge, fait rojos ou roigs, rouges.
Degrés de signification dans les adjectifs. — Dans : la cabellera
tant negra com l'ala d'un corb, tant... com se traduit par aussi... que.
Aussi n'est-il pas rare d'entendre de la bouche même de personnes
instruites — mais pensant en catalan — des phrases comme celle-ci :
Nous sommes aussi forts comme vous
au lieu de : Nous sommes aussi forts que vous.
Comme en français, on forme le comparatif de supériorité et
le comparatif d'infériorité en faisant précéder le positif de mes
ou de menas.
Le superlatif relatif (el mes, el menos) ne prend pas l'article
lorsque le nom le précède immédiatement.
Ex. : Saint-Jacques est le point te plus élevé de la ville
se tradu-t par : Sant-Jaume es d punt mes ait de la vila.
Le superlatif absolu s'indique soit par le positif précédé de
l'adverbe molt, très, soit par l'addition dcissim au radical du positif.
De sorte que l'on a :
)* au positif : La seua cabellera es negra
1 de supériorité : es mes negra que
2- au comparatif d'égalité : es tant negra com
d'infériorité : es menos negra que
/ relatif: es la mes negra
^° an «îiincrlatif ! relatif immédiatement précédé du nom : es la cabellera mès negra
I absolu avec l'adverbe : es molt negra
' absolu avec la finale issim es negressima
Remarque. — Alors que la langue française n'a conservé que
quelques superlatifs en hsime comme richissime, le catalan, à
l'imitation du latin, emploie très fréquemment cette forme.
(A suivre) Louis Pastre.
LIVRES ^ REVUES
Dans le Télégramme du 22 avril dernier, nous avons lu avec plaisir un
charmant article de notre ami et compatriote M. François Tresserre : « La
Semaine Utteraire ; Chroniquette pour Darling : Une rencontre ». L'auteur
y transcrit finement des impressions de Roussillon en Semaine sainte, et y
évoque le souvenir de tout ce qui fait chez nous le caractère pittoresque de
ce moment de l'année, les visites aux a monuments », les « goigs dels ous »,
et même les traditionnelles « bunyetas ». M. François Tresserre sent admi-
rablement la beauté captivante de notre pays et sait toujours en dégager
avec maîtrise les lignes pures et artistiques. Nos félicitations pour ces pages
exquises que notre collaborateur aura sans doute un jour l'heureuse idée
d'unir en volume à tant d'autres pages déjà parues de lui sur le pays catalan,
l'âme catalane, nos artistes et nos poètes.
Nous aurions dû signaler en son temps la publication de la petite plaquette
de Joseph Aladern Ortdgra|ia catalana iLliçons concrètes per escriure
correctament en català ; Reus, Llovera, 58). Bien que certaines affirmations
de l'auteur paraissent très discutables, ces vingt-et-un chapitres pourront
vraiment être de quelque utilité à ce « piiblich estudios y amant de la puresa
de l'idioma » auquel ils sont dédiés.
Nous avons reçu également deux volumes de vers que nous devons men-
tionner ici parce qu'ils contiennent de jolies choses : Apol-Noi de Josep
M» de Sucre (Rambla del Mitg, 20, Barcelona) et Passions y Sotnnis de
Joan Malagarriga (Carme, 18, Barcelona). Nous espérons avoir un jour
l'occasion d'en donner quelques extraits dans nos « Pages choisies ». Mais
nous tenions d'ores et déjà à ce que nos lecteurs en connussent l'existence.
h'Avenç vient de réunir en un volume de sa collection, sous le titre de
Questions de Gramatica catalana des articles de Pompeu Fabra publiés
successivement dans le Poble calald. Ce n'étaient pas des articles de circons-
tance et leur actualité n'a pas disparu. Tout au contraire : se rapportant les
uns à des aspects généraux de la langue littéraire actuelle et les autres à des
points concrets de cette même langue sujets à controverse, jetant enfin une
lumière très vive sur les diverses questions linguistiques traitées, ils continuent
à avoir assez d'intérêt et d'utilité pour ceux qui écrivent ou simplement
lisent le catalan.
— j éo — -
Dans le Poble cataïà du 22 mars dernier, nous avons pu lire un article de
Manuel de Montoliu, où il est question des études catalanistes à l'étranger.
Le passage suivant a particulièrement retenu notre attention :
« La filologia românica sofreix avui un desplassement sensible ; va deixant
la Alemanya per concentratse en la Suissa, ont s'apliquen amb tôt el llur
alcans els nous métodes d'investigaciô linguistica. A Alemanya queden
encara 'Is grans especialistes del francès y el provensal literaris. Perô el
domini de les llengiies romaniques vives se 'Is escapa per falta de material
vivent dialectal ». Suit un passage très sévère sur quelques-uns de ces pro-
fesseurs. Nous nous passerons, bien entendu, de tout commentaire à ce
sujet. Cet article est cependant, croyons-nous, l'indice de bien des choses...
Per la Llengua catalana.
La Diputacié Provincial de Barcelona vé d'ampliar l'Institut d'Estudis
Catalans, en créant noves seccions de Ciencies, d'Estudis filologichs, y d'Eî-
pansio da la llengua catatana.
Per lo que toca à la secciô filologica,
« La seua missio primera, primordial, es descobrir y formular les lleys
gramaticals del nostre idiome, escatir y fixar les sèves formes ortografiques,
inventoriar el lexich catalâ, totalment, integralment, ab filiaciô etimologica,
ab notaciô fonetica, ab totes les varietats dialectals, ab la evoluciô historica
dels mots, ab l'aria geografica de cada un, ab la expressiô grafica de les
coses que cada paraula ha représentât 6 représenta, ab la definiciè cientifica
de les mateixes.
« Tots els médis edecuats à semblant missiô han d'esser usats per aquest
Institut : investigaciûns historicas y geografiques, excursions, estudis fone-
tichs y comparatius, consultes, informacions publiques, concursos, organisa-
cio de la colaboraciô en totes les terres de llengua catalana, desde Perpinyà à
Elx (provincia d'Alicante), y desde Fragâ (de Aragô) à Alguer (deSardenyaj.»
Du Félibrige.
Nous lisons dans la Revue provençale /'Eife//o, n° de mai, la lettre suivante :
Perpinyà, 11 d'abril de 1911. — A n' el felibre majorai En Prosper Estieu,
Molt senyor meu y mestre,
Tinch rebuda la seua cartolina. Li estimi l'interes que vosté sempre m'ha
mostrat, y que m'ha ajudat à fer lo poch que som fet pera '1 félibrige ; mes
per are, cregui que no es de! cas m'elegir Majorai. Y jo també li dire ben
clar y ben franch entre nosaltres : lo nostre cap de colla, à Rossellô, es
Mossen Bonafont, y ja fa unos 3o anys ! Vostés me poden pendrer com à
caporal, mes me poden pas fer passar devant del capitâ. Jo mateix, faria
trista cara devant del J^astorellel de la vall d'Jlrles, essent lo seu majorai : y
aixo no pot anar per mes que me fassi pena de no complaurer a vosté.
Donchs ha de posar à l'Estelle que no som candidat, sobre tôt qu'En Ruât,
En Palay, En Vabre, hi tenen mes dret que jo.
Tôt aixo s'hopr inguipera 1 millor intérèsdel félibrige à Rossellô y passât d'aqui
Me quedi sempre lo bon servidor de vosté, J ules Delpont.
Le Gérant, COMET. — Jmprimerie COMET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan.
5' Année. 11° 54 15 Juin 1911.
Les Manuscrits non insères
Tc sont oas renaus.
Les Articles tjarus dans la Revue
1 engagent ouc leurs auteurs.
REVUE
CATALANE
Lisons du Catalan
Le Roussillon est depuis quinze ans le théâtre d'une
Renaissance catalane; nos poètes les plus inspirés emploient
volontiers la langue de leurs aïeux et leurs chants, qui
surprirent d'abord, sont maintenant recherchés, attendus
avec impatience ; en outre, la Société d'Etudes Catalanes
recrute toujours de nouveaux adhérents, son influence est
subie par certains qui lui furent d'abord hostiles et, ce qui
vaut mieux encore, elle est ressentie par les jeunes qui
sont l'avenir, par le peuple qui est le nombre, qui fera le
succès ou l'échec de la tentative.
Donc les résultats sont réels, évidents : aveugle qui les
nierait ; l'on prétend cependant qu'ils ne correspondent
pas aux efforts dépensés, à l'éloquence des apôtres, à
l'enthousiasme des disciples; d'abord, dans l'ordre des
idées, la semence ne germe pas immédiatement : il faut en
jeter des boisseaux et des boisseaux sur les pierres et les
buissons des chemins ; on la croit perdue, puis un matin,
au réveil, l'on trouve une moisson abondante et magnifique,
belle au soleil, joie des yeux et réconfort du cœur. Bien
sûr, nous n'en sommes pas là ; dans le champ que nous
cultivons, si quelques coins, couverts d'épis dorés, réclament
la faucille, sur la plus grande étendue, le blé sort à peine
de terre et l'on se demande si jamais brillera sur lui le
soleil de juillet.
Que d'autres s'en étonnent, j'estime que pour ma part
— ib7 —
nous ne méritons pas davantage ; si notre propagande n'est
pas plus rapidement féconde, c'est que nous ne prenons
pas le bon moyen pour persuader : nous ne prêchons pas
d'exemple. Je m'explique: nous allons par les plaines et les
côtes, les vallées et les sommets, les villes et les bourgades
du Roussillon, répétant à tous : « Parlez et écrivez catalan ! »
c'est la langue de vos ancêtres, elle ne pâlit pas auprès des
plus belles, elle eut jadis, elle a de nouveau une riche
littérature. Mais, parmi ces missionnaires, combien en
est-il qui cultivent le catalan pour eux-mêmes, le parlent
dans leur intérieur, l'écrivent correctement, étudient et
connaissent vraiment sa littétature antique et moderne ?
Que penseriez-vous du lettré français qui n'aurait jamais
lu Rabelais et Montaigne, Corneille et Molière, Voltaire,
Chateaubriand et Victor Hugo ? drôle de lettré, n'est-ce
pas ? vous lui refuseriez assurément toute compétence dans
la langue de ces grands écrivains. Eh bien ! les catalans des
Pyrénées septentrionales sont logés à cette enseigne ; leur
ignorance des chefs-d'œuvre catalans est complète, hon-
teuse, et les malheurux ! ils ne cherchent pas à dissiper
les ténèbres; ils se croient savants quand ils ont lu « Oun
Tal ». Je ne doute pas de leur amour pour la vieille langue,
ils l'aiment comme on aime une mère, d'un culte profond,
irraisonné, qui plonge ses racines au fond du cœur. Ce
n'est pas assez, nous ne sommes plus au temps où la foi du
charbonnier en imposait, nous voulons tous des arguments,
des raisons, des preuves.
Où les chercher sinon dans la littérature catalane elle-
même ? Son étrange destinée est probablement unique dans
l'histoire; parmi les langues romanes issues du latin, le
catalan atteignit l'un des premiers la maturité et la perfec-
tion classiques. C'était au xv* siècle quand le français sortait
à peine de ses langes et quand la grande patrie se formait
lentement dans les luttes contre l'Anglais, La nation ara-
gonaise dominait la Méditerranée, ses flottes invincibles
— i63 —
portaient de Barcelone en Afrique et au Levant ses com-
merçants habiles et entreprenants, ses chevaliers intrépides
et conquérants. La langue suivait partout les fiers étendards
et participait par une merveilleuse floraison de chefs-
d'œuvre à la brillante expansion, au luxuriant épanouis-
sement de toutes les forces vives du pays. Qui donc eût
alors marqué des limites au développement de l'idiome
catalan? qui ne lui eût pas assigné l'une des premières
places, à côté du Toscan, parmi les langues des peuples
futurs ?
Hélas ! un seul événement arrêta net cet incomparable
essor et mit un terme à cette gloire ; la race des rois d'A-
ragon s'éteignit et leur spectre échut à des princes étrangers
qui parlaient une autre langue. Proscrit par les souverains,
les grands et les lettrés, le catalan se réfugia dans le peuple
qui continua son usage, !e conserva pieusement et purement.
Quand, au commencement du xix^ siècle, de vaillants
patriotes voulurent lui rendre sa place d'honneur, ils n'eurent
qu'à parcourir les villages et les mas de la montagne ;
partout l'ancienne langue résonnait à leurs oreilles, rajeunie
par un long sommeil, prête pour de nouveaux chefs-
d'œuvre.
Ceux du xv'^ siècle, confinés dans les bibliothèques, sous
la poussière et les toiles d'araignées, furent exhumés les
uns après les autres ; depuis 5o ans, un certain nombre
d'érudits les ont presque tous édités à nouveau. Que leur
date ne vous rebute pas ; évidemment, ils sont de leur
temps et n'échappent pas toujours à ses défauts, notamment
à l'étalage d'une fausse science et aux discussions oiseuses
de la scolastique, mais ils n'en sont pas étouffés, ils ne
rebutent pas, et, s'ils exigent un effort, ils le récompensent
généreusement comme certaines personnes bien nées et
mieux douées encore : plus on les fréquente, plus on veut les
fréquenter, plus on se plaît dans leur compagnie. D'ailleurs,
ils reflètent exactement l'âme du peuple catalan que son
— 1 64 —
histoire nous déroule à travers les âges, cette âme claire et
lumineuse, souple et pénétrante, pleine de force et d'éner-
gie, accessible à l'enthousiasme, mais peu encline aux rêves
nuageux, éprise surtout des réalités concrètes et sensibles.
Votre âme et votre langue, Roussillonnais ! prenez ces
chefs-d'œuvre et lisez ; dès que vos yeux seront habitués à
l'orthographe, vous serez étonnés de votre facile compré-
hension et vous éprouverez quelque chose de l'émotion de
l'enfant prodigue rentrant au foyer paternel. En outre, pour
vous autres, cette reprise de contact avec la pensée de vos
aïeux sera non seulement une source toujours jaillissante de
plaisirs intellectuels, mais peut-être aussi la rupture du
mauvais sortqui depuis trop longtemps condamne votre pays
à l'impuissance littéraire.
Quels sont, en effet, les grands écrivains nés en Roussil-
lon depuis quatre ou même cinq siècles ? La réponse n'est
pas douteuse ; aucun, pas plus en français, qu'en castillan
ou même en catalan. Pourquoi donc ? le terroir serait-il
stérile? Vous ne le pensez pas, vous avez eu certainen;\ent
des hommes qu'ornaient les qualités requises ; pour quelles
raisons ont-elles avorté ? Tout simplement parce que les
lèvres enfantines balbutiaient d'abord le catalan et que les
études se poursuivaient ensuite en français ou en castillan,
parfois dans ces deux langues ; plus tard, les lettrés étaient
vaguement suspendus entre deux ou trois idiomes, incapa-
bles de ciseler dans aucun la forme parfaite, adéquate à leur
pensée ; et les chefs-d'œuvre qu'ils conçurent peut-être ne
sont jamais éclos.
Chaque langue a son génie propre qui exige un long tra-
vail de la mémoire et de l'intelligence ; il faut apprendre les
mots, leur signification, leurs rapports, leurs combinaisons,
les idiotismes nombreux, d'un emploi si déconcertant, le tour
général de la pensée, le rythme des phrases, ce je ne sais
quoi qui ne se définit pas et qui creuse cependant des abî-
mes entre les divers idiomes. Au sein de sa nourrice, sur
— j65 -
les genoux de sa mère, dans ses ébats avec les camarades,
l'enfant amasse et classe lentement, par une réflexion incons-
ciente, passive, les matériaux nécessaires ; son cerveau est
comme une éponge qui, plongée dans un liquide, s'imbibe
toute entière.
On ne recommence pas cette patiente initiation, les exem-
ples sont rares des écrivains ayant acquis la maîtrise dans
une langue qui n'était pas celle de leur berceau. Dans notre
littérature on cite trois ou quatre étrangers : Hamilton en
est sans doute le plus remarquable ; Chamisso, le célèbre
auteur de Pierre Schlemihl, en allemand ; Mariano José de
Larra, en castillan, sont aussi parmi les rares exceptions.
L'enfance terminée, on apprend une langue étrangère pour
les besoins de la vie courante, on peut la posséder suffisam-
ment pour apprécier ses auteurs ; encore, le plus fort com-
met sur ce point des erreurs grossières, tel Gœthe plaçan-t
Salluste du Bartas à la tète des poètes français ; on ne la
parle et on ne l'écrit pas aussi purement que les indigènes ;
presque toujours, on se traduit soi-même, c'est-à-dire qu'on
exécute à la fois un double travail : conception et composi-
tion d'une part, de l'autre, transcription, recherche d'une
équivalence dans les mots et les phrases. Les idées s'en
ressentent et la forme encore plus, car traduire, c'est sou-
vent trahir, toujours affaiblir, c'est jeter un voile plus ou
moins transparent sur l'œuvre déjà écrite, à plus forte raison
sur celle seulement ébauchée dans l'esprit ; la spontanéité
et l'originalité ne résistent pas : tandis qu'elles s'enfuient,
la contrainte et la vulgarité s'empressent d'accourir.
A bon entendeur, salut ! Roussillonnais qui vous endor-
miez enfants au chant des berceuses catalanes, quand vous
employez le français, toujours quelque chose embarrasse
votre langue et paralyse votre cerveau ; l'outil n'est pas fait
pour vous, et de quelque façon que votre main l'empoigne,
il n'obéit pas à son impulsion, il vous paraît manquer de
souplesse et de solidité ; en vain vous vous entêterez : trop
— i66 —
tard, vous resterez maladroits ! Votre outil à vous autres,
c'est le catalan, le catalan seul ; celui-ci ne s'émoussera pas,
ne se dérobera pas sous votre marteau, il se prêtera docile-
ment à votre pensée, vous fournira pour elle le meilleur
vêtement, vous permettra d'exprimer sans hésitation le résul-
tat de vos méditations, d'épancher librement votre émotion,
dégageant ainsi votre personnalité toute entière.
— « D'accord, me disait un ami, nous parlons et nous
écrivons du mauvais français, mais croyez-vous que nous
puissions parler et écrire du bon catalan ? Depuis le
Traité des Pyrénées, le nôtre s'est bien dégénéré, le
contact du français lui a été fatal ; songez ! on ne le
lisait plus, on ne l'enseignait plus, on ne l'utilisait plus
pour les actes civils, pour l'administration et le gou-
vernement, il n'avait plus guère pour lui que la tradi-
sion orale! Quand des mots nécessaires s'oubliaient, où les
retrouver? On empruntait les vocables français, se bornant
à les affubler d'une désinence catalane ; au moins, si l'on
avait bien traité ceux que l'on conservait! hélas ! la pronon-
ciation n'était jamais corrigée par la lecture, variait rapide-
ment et aujourd'hui l'on reconnaît difficilement certains
mots originels sous les permutations et les changements de
consonnes. Les tournures, les idiotismes, les phrases ont
également subi le lit de Procuste, la syntaxe française s'est
introduite en vainqueur dans la syntaxe catalane, brisant les
cadres, corrompant les règles, saccageant tout ; les gallicis-
mes, mal traduits, montrent une bizarre et curieuse figure.
Assurément, cette action désastreuse ne fut pas sans une
réaction non moins déplorable ; trop souvent les Roussil-
lonnais parlent catalan en français ou français en catalan. Je
ne crains rien pour le français ; écorché par quelques méri-
dionaux, il ne s'en porte pas plus mal ; par contre, je me
demande si le catalan ne meurt pas dans le patois qui jaillit
de nos lèvres.
« Cette éventualité ne me laisse pas indifférent ; il me
— 167 —
semble qu'en abandonnant le Catalan, nous renions notre
passé, notre histoire, notre héritage, que nous nous renions
nous-mêmes et commettons un sacrilège envers nos aïeux ;
puis, même déchu, ne conserve-t-il pas encore bien des
qualités? Sa naïveté, sa vivacité, ses tours imprévus et rapi-
des qui rendent le rire plus sonore, les larmes plus douces,
donnent une saveur particulière aux sentiments intimes, un
charme insinuant aux relations de l'amour, l'affection,
l'amitié...
« Seulement, cet habit d'Arlequin, formé d'un si grand
nombre de morceaux disparates, assemblés sans règle, mal
cousus, souvent décousus, déchirés et troués, guenilles
pendant lamentablement, ne saurait plus être porté à la
ville, ni à la cour. »
— (( Habit d'Arlequin ! soit! répondis-je, mais cet habit
n'est que la défroque d'un autre habit, semblable comme
grandeur et coupe, intact, encore neuf, gracieux et coquet,
non moins riche qu'élégant, convenant également à toutes
les opérations de l'entendement, du cœur et des sens, à la
morale et à la philosophie comme aux sentiments et aux pas-
sions ; sans abandonner le premier, revêtez le second, vous
constaterez tout de suite que les deux n'en forment qu'un,
bien à votre taille, ne vous gênant pas dans les entournu-
res, vous permettant de déployer toute votre force et votre
intelligence... »
— « N'exagérez- vous pas un peu? Que nous puissions,
sans grosses difficultés, nous plaire à la vieille littérature cata-
lane comme à celle qui s'épanouit en ce moment au delà des
Pyrénées, j'en suis une preuve vivante ; cependant, si la
langue employée ne nous est pas étrangère, parfois elle
détonne à nos oreilles; aussi, ne l'écrivons-nous pas au cou-
rant de la plume ; quelque application nous est nécessaire
et je ne suis pas sûr que nous fassions plus que du mauvais
pastiche. »
— (( De telles appréhensions ne sont pas justifiées ; on
— i68 —
reprend avec une étonnante facilité l'usage d'une syntaxe
négligée et de mots tombés en désuétude ; la corruption in-
déniable de l'écorce n'a pas encore atteint le cœur de l'ar-
bre ; en frappant le bois, on retrouve intact le génie de la
langue et pour recouvrer celle-ci dans son intégrité, nos
écrivains n'ont besoin que de la grammaire et du diction-
naire ; pour vous en convaincre, cher ami, relisez les Jlys !
du Pastorellet de la Vall d'Arles : trop vieux peut-être ?
Non, car les chefs-d'œuvre n'ont pas d'âge, et savourez le
récent recueil T{oses y Xiprers, de M. Joseph Pons : la
marche sera toujours la meilleure preuve du mouvement. »
Emile Leguiel.
La Sanya
<D
OO Al doctor En Emili Boix.
amich de les montanyes.
Entre Salses y j'estany de mateix nom, hi ha una gran extensiô
de terma que no es ni terra, ni aigua, essent les dos al golp.
Es com qui diria una régie transitoria entre los dos éléments :
aqui aigua, alli fang, mes en-llà l'un y i'altre, mes lluny un bar-
rejadiç d'arrels y d'herbes, y tôt una aglomeraciô de ser sens
nom, dels quins no se pot dir si son vius o morts, si venan de
naixer o si acaban de morir-se.
La diversitat dels aspects d'aquells llochs diu, de per si sola,
la varietat dels sers qu'els poblan.
Aneu-hi, els matins d'Abri), quant la natura comença de botar
fora la seva sava regenadora : sembla que un mon nou ixi del
cahos ! Per entre-mitg Je les herbes, per demés dels arrels, per
dins lo brancam, una infinitat d'existencies despertan ; s'hi fa, per
tôt arreu un bellogadiç de formiguer, s'hi sent com un halé de
vida, com un travail de procreaciô en tal manera inténs y poderôs
que no crech que se vegi cosa igual en cap altre lloch. De desde
les moïses informes, fins â la flor, joya natural, desdel cuch mut
y sens nom, fins â la papellona, flor voladora, quina infinitat de
plantes y quine profusié de besties !
— 169 —
No tots els recôns d'aquell campestre especial son dignos del
pincell, encare que hagi vist per alli, y s'hi pogui veurer avuy dia
motius de cuadras de la vida primitiva que haurian fet y farian
encara lo goig dels ulls de un verdader amich de la naturaleza.
Per cert, el qui s'aventura dins lo part que se pot anomenar
« la Sanya salvatje », no hi gosa d'una securidad envejable, car
cada pas amaga una trampa, y cada endret un engany : aiguës
sens fons disfressades baix les apariencies d'un prat, sots de fang
que se vos xuparian tôt viu sens cap probabilitat de salvaciô !
Per alli, no hi aneu, sinô acompanyat de un bon pilot : pren-
gueu un cassador ô pescador dels que coneixan la regiô pam â
pam y seguiu-lo pas â pas. No vos espanteu, si aneu per camins
que ballan y s'enfonçan â per mesura que hi passeu, y sobre tôt
tingueu bones cames per saltar y bona pell pera los mosquits.
No tingueu por de la calor ni de la sed, car, cosa estranya,
entre-mitg d'aquells fangués, d'aquelles aiguës acalentades pel sol
y, â voltes, en-negrides per les mareries organiques que s'hi des-
fant y s'hi podreixant, si troba, de quant en quant aiguë fresca y
tan clara com si ixis de les roques del Pirineu.
Mes si deixant aqueixa part de « la Sanya » hom se contenta
de veurer la Sanya cultivada, la regiô « dels horts », quin encan-
tament ! Ja se pot viurer temps y rodar mont per veurer cosa
igual ! Aqui tôt hi es bonich y â cada voltant del cami lo cuadro
cambia de un modo inesperat.
No veureu, en cap lloch mes, aquells jardinets rodejats d'aigua
y d'un encabellament de caminets vorejats d'herba molçoda y
atapehida. Essent entornejat de fosses de canalisaciô, plens d'ai-
gua, qu'amagan les vogues y los sanills, cada jardi sembla una
cistella de fruita y flors, fêta per recreo dels ulls.
Troveu-vos-hi quan eau lo dia, que dins lo brancâm florit, los
aucells, cercant lo jâs, garlan y pitejan, que d'aqui, dalla, los
« richs-richs » se responan, mentres que lluny, s'ohu tindar les
esquelles d'un ramat que s'entorna !
O ! ohir totes aqueixes remors d'aquell recô de ma terra, y,
recolsat sobre d'un marge, los ulls mit) clochs, deixar-se gronxar
per aqueixa miisica, fêta de tots los sorolls de la vida que van
minvant poch â poch y s'apagan dins lo silenci de la nit...
Joan Badoa.
^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^Z,Z,A,^
Un nouveau poète catalan roussillonnais :
JOSEPH PONS
C'est une grande joie, qu'on veuille bien le croire, pour celui
qui écrit les présentes lignes, de pouvoir annoncer la venue d'un
nouveau poète catalan roussillonnais. Le nom de Joseph Pons
était déjà familier à tous ceux qui s'appliquent, autour de nous,
avec une pieuse obstination, à trouver chaque jour des raisons
plus fortes d'aimer la langue de leur
pays. Mais le recueil de vers qu'il
})ublie en ce moment, J{oses y Xiprers ',
le fera connaître d'un public un peu
moins restreint, et commencera à le
rendre populaire...
11 y a déjà quatre ans, — nos lec-
teurs s'en souviennent peut-être — nous
avions annoncé à cette même place - le
réveil de la poésie catalane en Roussil-
lon, ou plutôt nous adressions un appel
confiant aux poètes de notre province,
qui se contentaient de rythmer pour
eux-mêmes la chanson de leur cœur ;
nous les engagions à élever la voix, à se faire entendre de
tous, à montrer à leurs compatriotes que notre langue nétait
pas indigne, comme on le prétendait, d'entrer au service de la
poésie. Cette démonstration est faite aujourd'hui : des poètes
nombreux sont venus se joindre à ceux qui, depuis longtemps
déjà, poursuivaient le même idéal ; et c'est une gloire pour le
Roussillon! Mais en saluant ici le plus jeune, nous éprouvons un
véritable orgueil, nous qui suivions ses progrès pas à pas et
nous félicitions secrètement de le voir devenir, avec l'âge, de
plus en plus maître de ses moyens.
(i) T{oses y Xiprers, édit. Cornet, Perpignan ; 2 francs.
fa) T^evue Catalane, i5 janv. 1907.
— lyi —
Les vers de Joseph Pons séduisent tout de suite par les qua-
lités charman'ics de la jeunesse, la fraîcheur et la nouveauté des
images, et je ne sais quel aimable abandon. Mais sa poésie a
vécu dès les premiers jours dans l'intimité des choses familières.
Et celles-ci viennent s'y refléter avec ces lignes pures et pro-
fondes que seules peuvent avoir, sous notre ciel, les belles sources
d'eaux vives jaillissant du flanc des monts.
C'est donc au paysage de son enfance et de sa jeunesse que
notre poète accorde les mouvements les plus intimes de son
inspiration ; c'est à lui qu'il emprunte encore les éléments les
plus expressifs de son art. Les contours harmonieux des cimes
sereines, la grâce des vergers, les arbres à fruit qui en sont la
parure, et les garrigues et les pâturages, semblent régler l'ordre
de ses pensées, conduire tour à tour ses sentiments. Les compa-
raisons poétiques n'ont presque jamais chez lui d'autre origine,
se renouvelant sur place avec cette richesse propre à l'un des
coins les plus fertiles du Roussillon.
Aussi, avec quel amour et quelle ferveur, avec quelle émotion
recueillie, Joseph Pons évoque à travers ses poèmes nos aman-
diers fleuris dont la fine senteur pénètre toutes ces pages ; nos
montagnes vaporeuses montant comme un tendre et beau rêve
dans l'azur du ciel ; les blanches métairies où vont se réfugier,
dans la paix de la nature, nos désirs de bonheur rustique, simple
et uniforme ; les petits ermitages, fleurs mystiques de nos vallons
et de nos sommets ; les oliviers dont les branches légères sont
une si douce caresse pour la raison ; les bois de chênes-lièges
chauffés par le soleil ; les cyprès assoupis et moelleux, veillant,
en ligne fraternelle, sur les délicats jardins où s'éveillent les
fleurs ; la tramontane, reine de la plaine, dont les gémissements
prolongés accompagnent et bercent nos méditations, dont le grand
souffle purifie les âmes ; nos trésors de l'automne, fruits lourds et
vermeils luisant à travers les branches ou chargeant les frêles
paniers entre les bras des cueilleuses ; les neiges de l'hiver qui
prêtent à nos montagnes une lumière plus éclatante ; nos fontaines
de lété cachées amoureusement sous les feuilles ; puis les insectes
d'or brodant de leur vol menu les vergers épanouis ; les notes
réjouissantes ou monotones des oiseaux de notre climat ; les
cloches de nos églises, sonnant pour les fêtes villageoises comme
— ^']1 —
pour la tristesse de notre cœur ; les nuits resplendissantes où nos
rêves s'élancent d'un vol jusqu'aux étoiles; et les treilles au seuil
des portes, et le bienheureux Ribéral, et les vieilles murailles
de nos villes, et nos monastères en ruines sur des cimes abandon-
nées, et les abîmes de Carençâ, dans la nostalgique solitude
de hauts déserts presque inaccessibles!...
Dans tous ces vers, la pensée du poète se confond avec le
paysage. Nous pourrions citer, à ce sujet, deux ou trois pièces
du recueil, qui comptent justement parmi les meilleures, comme
« Xiprers adormits » et « En el mati blau », où le symbole
poétique participe de la vie même de la terre. Le poète cherche
naturellement, et il trouve autour de lui, des correspondances
mystérieuses. Ses yeux, son cœur, suivant leur instinct, décou-
vrent partout comme un prolongement de la vie intérieure ; et, à
leur tour, les souvenirs, les associations d'idées, les images
reçoivent du dehors non seulement leur couleur, mais leur
signification.
Ja l'airosa y gran tramontana,
reyna del horitzô sere,
ne môu les fulles d'un aie,
y ja s escampa y ja s esgrana
la tonada triste del meu anyoré.
{"El cant blau).
Xiprers adormits, verdosencs y forts,
guardeu sempre Is horts
de les rufacades y maies ventades ;
d'un amor passât guardeu les pensades
com en la nit clara vetllau tots els morts.
fJC'tprers adormits).
S'aixecan les neus enlayrades,
en un remoli blanc, al Puig de Tretze- Vents ;
s'esbufegan les ventegades
y recordan, amiga, el meu passât torment.
(Serenor).
... som vostre germa,
ciureda que feu fressosa la plana,
oliu que remou la gran tramontana...
Oh ! sol de la terra, jo te veig Uuhir ;
tii fas espellir
el meu pensament en una flor blanca
forta y solitaria al cim de la branca.
(En el mati bleu).
- .73 -
11 y a donc entre le poète et sa terre une pénétration réci-
proque, comme des ressemblances natives, au point qu'il peut
dire à cette dernière :
ton cel que cambia es en mon mirar,
y 1 meu pensament es com ton altura...
Ton cos es mon cos, ta vida es ma vida.
(Com un bon roser).
J'aime assez la division du livre, que Joseph Pons nous présente
sous forme de triptyque. La première partie, inspirée souvent de
la poésie populaire, est consacrée à ce que l'on pourrait appeler
la vie légendaire et féerique [Canh y Llegendes), où l'imagina-
tion a la meilleure part, mais où déjà la sensibilité du poète s'é-
veille dans les jeux naïfs et les touchantes illusions du premier
âge : croyances du peuple qui sont comme lenfancc de l'huma-
nité, fées des étangs et fées des sources, traditions du passé gar-
dant encore le parfum de la terre...
La seconde partie, de beaucoup la plus personnelle et presque
entièrement lyrique, chante sur le mode élégiaque (Canh y 'Elé-
gies) les douleurs de 1 amour et les angoisses du cœur : une
femme est venue s'interposer entre le poète, encore enivré par
les visions de sa terre, et le paysage où tout s'animait et parlait
à son âme ; et voici qu'il va oublier ce qui lui avait paru jusqu ici
réaliser le mieux son rêve de beauté :
Mes are, Deu meu ! tôt l'encis
s'esborra y es morta l'encantada...
Are s'han atudat les veus
d'aquelles hortes endaurades,
d'aquelles serres portant neus,
en el crepuscul enlayrades.
(Elegia)
Mais l'amour et la nature ne tardent pas à se confondre, et la
femme aimée personnifie à son tour cette terre d'élection à la-
quelle le poète tient par toutes ses fibres.
La troisième partie intitulée Canls y Paisatjes, plus difficile à
caractériser parce qu'elle présente moins d'unité, correspond sans
doute à une période plus récente de l'évolution littéraire de l'au-
teur, et se fait remarquer ainsi par une plus grande recherche de
la couleur et de la perfection.
— '74 ~
Il faut d'ailleurs louer sans réserve, dans l'ensemble du volume,
certaines qualités littéraires qui nous paraissent avoir un très grand
prix, nous faisant mieux goûter la valeur, le sens artistique de
chaque pièce. On est étonné et ravi de voir obtenir des effets si
remarquables par des moyens aussi simples et aussi francs, avec
tant de naturel et de sobriété. La versification, très souple et très
variée, s'efforce de suivre toutes les ondulations et comme le
rythme de la vie intérieure ; mais elle demeure presque toujours
facile et discrète comme l'inspiration. A peine remarque-t-on
çà et là quelque recherche et quel((ue mièvrerie, probablement
dans les pièces qui représentent la première manière de l'auteur-
La poésie de Joseph Pons s'avance donc vers nous dans l'har-
monie et la lumière, comme parée de toutes les grâces de l'esprit.
Avec lui, la muse roussillonnaise reprend la fraîcheur du sourire
et la douceur du regard, et l'une et l'autre nous sont d'autant plus
chères que nous devinons parfois, sous ce voile adorable, quel-
ques-unes des souffrances communes à tous les cœurs bien
nés.
Mais ce dont nous devons nous réjouir encore, c'est de lui voir
faire des efforts de plus en plus précis pour rapprocher sa langue
poétique du dialecte roussillonnais. Son oeuvre n'aura, en effet, de
portée que si elle se maintient toujours intelligible pour nous. 11
m'est arrivé d'avoir à discuter avec ce jeune poète la question
délicate de notre vocabulaire catalan. Je ne reviendrai pas, du
moins pour aujourd'hui, sur tout ce que j'ai écrit à ce sujet, ne
voulant pas répéter toujours les mêmes choses, et comptant bien
d'ailleurs pouvoir étudier une autre fois cette question de plus près.
Mais je tiens à marquer ici que le résultat obtenu par Joseph
Pons est déjà considérable.
11 a su se fixer une langue poétique ; et cette langue non seu-
lement n'offre au lecteur ordinaire qu'un petit nombre de diffi-
cultés, mais encore revêt des caractères tels que, tout en se con-
tenant de son mieux dans le domaine roussillonnais, elle a su
s'ouvrir cependant, d'une manière très discrète, celui de la Catalo-
gne proprement dite. Les premiers essais de l'auteur de T^oses y
Xiprers, déjà si séduisants et qui contenaient mieux qu'une banale
promesse, oeuvrettes exquises où nous avions deviné l'artiste que
nous félicitons en ce jour, étaient un peu hésitants et ne lais-
- ,75 -
saient pas de paraître un peu factices. Mais petit à petit, à
mesure sans doute qu'il apprenait à mieux connaître les ressour-
ces, beaucoup moins pauvres et mesquines que ne se plaisent à le
croire quelques-uns de nos compatriotes, à mesure aussi que son
talent mûiissait, devenait plus sûr de lui-même, utilisait enfin
avec de plus en plus d'ingéniosité les mots et les tournures qu'il
découvrait sur son chemin, — Joseph Pons nous donnait des
œuvres plus achevées, d'un ton plus ferme, au point de vue de la
langue.
Au fond, la question du vocabulaire est peut-être avant tout
une question d'habileté et de science. Le plus expert et le mieux
informé réussira plus que les autres à redonner la vie et restituer
sa valeur propre au catalan littéraire du Roussillon. S'il est poète
et s'il est artiste, si, de plus, il a conscience du but à atteindre,
son travail ne saurait rester vain, et son succès assurera l'avenir
de la poésie catalane roussillonnaise. C'est le rôle que nous vou-
drions voir jouer à Joseph Pons,
Nous attendons, en effet, de lui l'oeuvre poétique et définitivequi,
le rapprochant davantage du peuple roussillonnais, rapprochera
à son tour ce dernier de notre poésie régionale et consacrera nos
efforts pour créer une littérature catalane vraiment populaire. Le
soi-disant conflit entre la littérature populaire et la littérature
d'élite n'existe au fond que pour des esprits mal faits. De telles
préoccupations ne doivent pas inquiéter et retenir notre ami : sa
poésie sera d'autant plus belle, et vivante, et bienfaisante aussi,
qu'elle parlera davantage la langue du peuple et qu'elle saura
répudier cette réserve un peu méfiante et hautaine qui fait bien-
tôt des oeuvres poétiques une demeure fermée où fréquentent
seuls quelques rares fidèles, mais où ne pénètrent point la voix
des hommes et les harmonies de la nature. Jean Amade.
A nos lecteurs
Le prochain numéro de notre Revue sera consacré « à la gloria
del Vallespir », à l'occasion des fêtes catalanes qui doivent avoir
lieu le 2 juillet à Céret. Nous donnerons dans ce numéro la
cantate en vers catalans de M. Jean Amade et d'autres pages de
circonstance signées de différents noms.
Carta d*En Jean Maragall
Nous avons tenu, bien que la modestie de M. Joseph Pons
nous fît en cela quelque résistance, à reproduire ici la lettre qu'a
écrite le poète catalan bien connu Joan Maragall, un véritable
artiste, au sujet de T(oses y 'Xipren. Elle permettra à nos lecteurs
de se rendre compte de l'importance que peut avoir, pour la
littérature catalane roussillonnaise, la publication de ce beau livre
de vers. Elle leur montrera aussi que, de l'autre côté des Pyré-
nées, chez nos amis catalans de Barcelone, on ne demeure jamais
indifférent à ce qui se fait de bon chez nous.
"Barcelona, 14 maig 1911.
Estimât Poeta,
Bé 'm recorda la breu coneixença que ferem en la Rambla de Catalunya,
mes no pensava pas haverhi conegut un poeta ta! com el de « Roses y
Xiprers », aquest llibre exquisit ab que heu vingut a honrar la literatura
catalana. Lo que mes estim es la puresa y sobrietat de la vostre poesia tant
fina y tant intensa de sentiment. Aquella « Novia » que « té lo mirar brillant
— mes dois que la iglesia tota iluminada » es obra de poesia vera ; y aquell
dolcissim « ]o per tû... » y les « Paraules d'Amor », y la « Font y la
Clariayna » que té l'accent de lo inefable: es aquell s6 de la vera poesia que
fa sentir el limit de la paraula humana, alla hont ella s trenca y el cor s'en
va bâtent mes enllâ.
Té també la vostre poesl^lo que (per mes que diguen els pédants) té tôt
gran art : que sent una terra : hi hà lot lo Rossellô à dintre, y sols essent
fortament particular pot un art tenir un sentit universal ; perque sols lo
particular es viu...
Perdoneume, es la sugestiô del vostre llibre que 'm fâ parlar tant.
Encare volia parlause de « La Visio de la Terra » tant ardent, y del
pregonissim « Com un bon Roser » y de tota aquella tremolor de Nuria, y
del august Canigo sempre présent al fons del vostre horitzô. Mes ja es
massa llibertat la que m'he presa per una primera correspondencia en que
sols volia dirvos : Salut, Poeta ! y grans mercés !
VuUau esserme amich com vos es admirador,
Joan Maragall.
]^^w»5c«vN?v^s^?î^!î^v:î^sc^scsr^î
jochs de nins
--'■v
El temps es d'hivern cruel ;
les boires corren p'el cel
à la part de tremontana...
Se sent un fret qui trépana,
senyal de neus y de gel.
Y vé la fosca, glassada ;
y al voltant de la flamada
que ja crema dins la llar,
la gent arremolinada
s'ha espassat al tremolar.
Les galtes com la roella,
els ulls vius com la centella,
els nins al joch son tornàts.
Benhaja la gent novella,
que sempre té jochs armats.
(( Volen, volen els aucells,
« y nosaltres derrera ells î »
esclamen veus argentines.
« Volen, volen les titines!
« Volen, volen els fuells !... »
Y entre rialles y crits,
entre espires y esclafits
de la llenya ben encesa,
s'axequen amunt els dits
6 s'acalen ab prestesa.
El padri, amb un cop d'ullada
sol apagar la remor,
com el bruit de l'aucellada
s'apaga amb l'escopetada
que despara '1 cassador.
— 178 —
Aran de) foch ningu hi manca
tot-hom ab conversa franca,
s'espljca, aixi com pertany,
parlant del blat de la tança,
de les cullites d'antany.
Parlen de guerres llunyanes,
del axut ô la sahô...
« Volen, volen les milanesî...
« Volen, volen les campanes ;
se sent, baxet, al recô.
Qui jugar també solia,
ja no juga, avuy en dia ;
y el seu bon temps es passât :
dels aucells en companyia
SOS anys mes bells han volât.
Ja no escolta les raons
de si volen els fiblons,
ô '1 fum de les xemenées...
sap que volen les idées
sap que volen les cansons.
Y sap qu'els cors tenen aies
Que poden volar ben lluny...
ab mes irisades gales
que 'Is papellons y cigales
esmaltats pel sol de juny.
Y encare per un moment
sent vibrar intensament
la melodia anyorada
dels jochs de l'edat passada,
plens d'alegria innocent !
Maria-Antonia Salva.
Lluchmajor (Mallorca)
1
La Santo-Estello
La fête annuelle du félibrige sest tenue cette année, à Mont-
pellier, le 5 juin ; par les soins de l'Escolo dou Parage, le ban-
quet, comprenant 148 couverts, a été servi sous les ombrages du
parc de Grammont. De gracieuses jeunes filles s'étaient coiffées,
pour la circonstance, en agathoise, en bigourdane, en agenaise et
en catalane.
A la table d'honneur avaient pris place le Capoulié, Valère
Bernard, et trois reines du félibrige : la reine actuelle, Mlle
Magali de Baroncelli-Javon, en brillant costume d'arlésienne ;
la reine de poésie, Filadelfe de Gerde, dans son sévère costume
de bigourdane en deuil ; et la reine du Limousin, Mlle Priolo,
de Brives, dans son pittoresque costume local.
Pendant le repas, un oboïste montpelliérain joua des airs pro-
vençaux, languedociens et Montanyas regaladas.
Après le dessert, la reine Magali prononça le brinde d'usage,
en élevant la coupe ; le Capoulié lut son discours annuel, et salua
le réveil de l'idée régionaliste en France. Le félibre majorai
Arnavielle entonna le chant île la Coupo Sanlo,_ que l'assistance
écouta debout et reprenait en chœur. Filadelfe de Gerde lut un
vibrant appel aux félibres, <zn faveur des langues régionales.
La Coupo passa ensuite dans les mains des félibres majoraux,
des cabiscols, et des délégués des écoles de Provence, de Lan-
guedoc, d'Aquitaine et de Roussillon, qui brindèrent chacun à
leur tour.
M. Jules Delpont, brinda au nom de la "Revue Catalane :
Las nostres Reynes, bons Amichs,
Aixis com un pardal escapat de) seu niu de Canigô. m'en som vingut d'una
volada, m'agermanar amb vostés, los fills de la Provensa y de Llenguadoc.
Ja ho sabeu : Cada mati, lo mateix raig de sol s'atura dels Alpes al Pirineu
y nos deixa à n tots un mateix raig de poesia.
Aqueixa poesia, qu'ha vingut à esser l'aybre florit del félibrige, s'enlayra
com mes va, y ja nos aplega a n tots, com rotllo de germans que se donen
la ma dels Alpes al Pirineu, de Provensa à Rossellô.
Coupo Santo, nostre alegria,
Esbargeixes dolsa remor ;
Coupo Santo. ta canturia
Vessa â raigs lo patri-amor. Lluis P.
HISTOIRE LOCALE
Adhémar de MOSSET
Adhemar de Mosset, chevalier, seigneur et baron de Mosset,
lieutenant du roi en Cerdagne, ami et homme de confiance de
Philippe, roi de Majorqu;, tuteur du roi Jacques, fut chargé des
délicates fonctions de nourricier de Jacques 11. 11 obtint, en
récompense de ses services, le iy juin i33o, la possession des
seigneuries de Montesquieu, La Roca, Nidolères, Le Volo et
San Marti sur Tet ; il tenait aussi du roi la seigneurie de Mosset
qui avait appartenu à la famille de Canet jusqu'en )3i8, date à
laquelle Guillaume de Canet la vendit à Guillemet de Narbonne,
qui l'échangea le i i février )338 avec le roi de Majorque contre
d'autres fiefs. Adhémar de Mosset a joué un rôle important à la
cour du roi de Majorque comme conseiller royal, confident de
Philippe de Majorque, inspirateur de son mysticisme, et il est
surtout connu par le procès d'inquisition qui lui fut intenté sous
l'inculpation de béguinisme en i332, sur l'ordre du pape
Jean XXll et à la requête du roi.
Le béguinisme fut un mouvement hétérodoxe qui, durant tout
le xiii' siècle, mit aux prises les adeptes de l'idéal franciscain :
les uns, les mystiques, les spirituels, partisans de la pauvreté
absolue, allant à la mendicité effective ; les autres, plus pratiques,
préférant l'existence régulière des moines. La papauté fut amenée,
pour des motifs religieux et politiques, à prendre parti contre
les mystiques. Le 17 février iSiy, Jean XXll lança une bulle
tenant pour hérétiques tous les béguins, frères du tiers-ordre,
adeptes de la pauvre vie, qui, dans leur exaltation, avaient taxé
le pape d'hérésie. Vingt-cinq furent livrés à l'Inquisition ; quatre
furent brûlés à Marseille et aussitôt honorés comme martyrs. La
répression s'étendit à Narbonne, Béziers, Carcassonne et Tou-
louse. Ce conflit, d'ordre théologique, faillit avoir un grave écho
au temporel, par l'alliance des révoltés, représentés par Michel
de Césène, avec Louis de Bavière qui entraîna les clercs schisma-
tiques, se fit couronner empereur à Rome, déposa le pape légi-
time et intronisa un antipape dans la personne du franciscain Pierre
— j8i —
de Corvara (mai i 328), papauté clandestine qui prit fin en août i 33o.
Pour expliquer le procès intenté à Adhémar de Mosset, procès
qui intéressa les plus hautes personnalités, le pape qui en fixa la
procédure, le roi et la cour qui intervinrent directement, il faut
remonter aux relations de l'inculpé. Adhémar était le conseiller
intime de Philippe de Majorque, tuteur du roi, et Philippe,
ascète de sang royal, était lui-même à la tète des béguins et
mystiques du royaume. Fils, frère et oncle des rois de Majorque
et régent pendant la minorité de Jacques 11, ce prince avait la
pauvreté pour idéal. De mœurs austères, il passa la moitié de sa
vie à côtoyer le schisme et l'hérésie, entrant en lutte avec les
papes qui ne voulaient pas autoriser la fondation de l'ordre de
béguins qu'il rêvait. Dédaigneux du pouvoir, il avait refusé les
honneurs, l'action politique et n'avait accepté la tutelle du roi que
par devoir de famille. Saisi tout à coup dé la nostalgie de la vie
érémitique, il quitta brusquement la Cour en 1329, se réfugia à
Naples auprès de sa sœur Sancia et de son beau-frère Robert, se
démit de ses riches bénéfices, accentua son opposition à l'autorité
hiérarchique, et osa prêcher contre le pape. Lui parti, les béguins,
dont il était l'âme et l'appui en Roussillon, se trouvèrent à la
merci des représailles. Le roi Jacques 11, libéré de la tutelle
qui aurait dû prendre fin en )336, ordonna les poursuites et on
suppose qu'il voulut prendre sa revanche des mauvais traitements
que lui aurait fait subir Adhémar de Mosset au temps où il était
son « nourricier ». Quoi qu'il en soit, c'est contre Mosset que
se portèrent les premiers efforts de Gui de Terrena que
Jean XXI 1 venait de nommer évêque d'Elne.
Adhémar n'avait point quitté la Cour après le départ de Phi-
lippe de Majorque, mais il s'était retiré à la suite de discussions
survenues avec le roi au sujet de la condamnation des béguins.
Fidèle à son protecteur absent, il ne cessait de le défendre et de
blâmer le roi pour les persécutions qu'il méditait. La citation
lancée par l'évèque d'Elne ne le surprit pas. En décembre i332,
il s'était déjà présenté spontanément devant le lieutenant de
l'inquisiteur, à Perpignan, pour lui dénoncer l'hérésie du fran-
ciscain Guillem Espitalier, son confesseur, et se mettre sans
doute personnellenient à couvert.
Dès qu'il eut reçu l'ordre de comparaître en février i333, il
partit pour Avignon, afin d'en référer au pape. Les explications
— i83 —
qu'il fournit eurent pour résultat de suspendre l'effet de la cita-
tion épiscopaîe. Le pape voulut faire procéder à une enquête
sous ses yeux et le 27 février il confia à Jacques Fournier,
cardinal de Sainte Prisque, le soin de la mener. La papauté
cherchait alors à ruiner l'influence de Philippe de Majorque.
Elle tenait à suivre le procès et à s'assurer des amis du prince
transfuge. Le chevalier roussillonnais comparut le 3 mars. On lui
exigea le serment en lui précisant les points sur lesquels il devait
jurer de dire la vérité : hérésie des béguins, dont on le disait
suspect, blasphèmes contre l'Eglise et le pape, fréquentation des
hérétiques, lecture de leurs livres, vénération de leurs saints,
secours à leurs sectaires. Le lendemain, Adhémar de Mosset
remit au cardinal un mémoire écrit dans lequel il professait le
plus pur catholicisme. Dans sa déposition, il plaida sa bonne foi
et son ignorance dans les rapports qu'il avait eus avec les béguins
et en particulier avec Philippe de Majorque. Le juge, dans un
interrogatoire en vingt-quatre articles, fit de l'erreur un exposé
qui est un document très important pour l'histoire de l'hérésie
des béguins. Ce document, dont l'original fut trouvé dans le
chartrier de l'archevêché de Narbonne, existe en copie à la
bibliothèque de Toulouse (n" 625, 626, f ' 565 à 578). Il aurait
fallu entendre des témoins et on était trop éloigné de Perpignan.
Mais comme l'évêque d'Elne instruisait de son côté la même
affaire, on ]:;i demanda communication du dossier. Le roi s'inté-
ressait zu procès ; il écrivit deux fois à Avignon pour s'en infor-
mer. Jean XXI 1 répondit le 3i mars ]333, en remettant ses
explications à l'entrevue qui devait avoir lieu à Avignon, à bref
délai. Le roi insista pour que le procès suivit son cours à Per-
pignan. Le pape décida, au contraire, qu il serait continué à
Avignon, et le 4 juillet, le cardinal Fournier somma Tévêque
d'Elne, d'envoyer sa procédure. Le dossier d'Elne comprend
deux parties : l'acte d'accusation dressé par le roi de Majorque
et l'information testimoniale reçue par l'évêque. Les charges en
dix-sept articles sont écrasantes. Mosset a tenu contre le pape,
ennemi de Philippe de Majorque, des discours hostiles; il a
fréquenté l'infant et blâmé ses persécuteurs ; il est le plus chaud
partisan du prince béguin ; il s'est réjoui de l'équipée schisma-
tique de Louis de Bavière ; il considère l'épiscopat comme un
état de damnation. Toute la Cour de Perpignan défila à la barre
— l82 -
et le roi en personne déposa contre le chevalier de Mossct.
Deux messagers, procureurs épiscopaux, avaient été chargés de
porter le dossier à Avignon et attendaient l'issue. La procédure
fut courte. L'accusé nia tout ; mais ses révélations sur les dessous
de l'afFaire donnèrent sans doute à réfléchir. Les témoins ne
pouvant être confrontés à Avignon, on décida de renvoyer le
procès à Elne ; toutefois, Jean XXI 1 prit la précaution d'ad-
joindre à Gui de Terrena, Jean de Vissée, évèque de Maguelonne,
chargé de ses instruction. On commençait à soupçonner le roi,
sinon dune machination de coterie, du moins de zèle suspect.
La procédure traîna alors en longueur et le j3 janvier ]334,
l'évèque de Maguelonne étant absent, fut remplacé par Hugues
Auger, chanoine de Narbonne.
La conclusion du procès n'est pas connue. On sait seulement
que, deux ans après, le cardinal Jacques Fournier, élu pape en
i334, sous le nom de Benoît XII, accorda à Adhémar de Mos-
set, et à sa femme Bérengère, l'indulgence in articula morlis,
faveur accordée seulement aux parfaits catholiques, non suspects
d'hérésie. On en peut conclure que si le procès n'aboutit pas à
un acquittement, la culpabilité du seigneur de Mosset s'en déga-
gea si atténuée que les juges n'édictèrent que des peines légè-
res, courtes et non infamantes ; ladjonction d'un juge impartial le
faisait d'ailleurs pressentir.
A la chute de la dynastie majorquine, Adhémar de Mosset
adopta le parti du roi d'Aragon Pierre-le-Cérémonieux. Ce prince
nomma une commission de cinq chevaliers au sein de laquelle
siégea Adhémar de Mosset. Elle avait pour mission de dresser
un règlement fixant le salaire des châtelains du Roussillon. Adhé-
mar de Mosset avait épousé Bérengère qui ne lui donna qu'une
fille, laquelle se maria à Arnaud de Saga. Adhémar légua à ce
dernier la baronnie de Mosset, par testament du 3o décembre
i355 et lui substitua Béatrix de Saaa. Béatrix unit ses destinées
à celles de Bérenger d'Oms. Le 28 avril 1374, Bérenger d'Oms
et Béatrix de Saga, sa femme, vendirent la baronnie de Mosset
à André de Fenouillet, vicomte d'ille et de Canet, pour le prix
de neuf mille livres barcelonaises de tern. André de Fenouillet,
par testament du 4 juillet i386, légua ce fief à Huguet de Santa-
Pau, deuxième fils de Hugues de Santa-Pau et de Béatrix de
Ribelles. Abbé Jean Capejlle.
Textes catalans
9P (Suite)
Reprenons la série des délibérations et le cours des événe-
ments : A peine la paix rétablie par le traité de Vervins (1598),
survient la mort du roi Philippe 1 1 : Le Conseil est convoqué
(dans l'église Saint-Georges) pour recevoir communication d'une
lettre (en castillan) de Philippe 111, qui ordonne un service funè-
bre : « Se ha rebuda una carta del Rey Don Falip ters en y ab
laquai ha fet entendre que la Majestat del Rey don Falip segon
de gloriosa memoria, Rey d'Espanya, quondam son pare, als
tretze de! mes de setembre proxim passât N. S. Deu J. C. per
la sua infinita clementia y misericordia es stat servit cridar la sua
anima per la sua S'"^ gloria, y que la Ciutat fassa grandissim sen-
timent de dol y altres suffragis de la sua mort de un Rey tant
catholich y christianissim.
Y se ha resolt y conduit que per lo dol que sa (sic) de portar
per la Majestat del Rey Senyor nostre (y les honres) que son
faedores lo divendres primer vinent, que a quiscun Senyor de
Consol... sien comprats sis palms de raxia petits, y per dit effecte
que vaja lo receptor a Perpenya ; y ques compra candeles, y se
fassen las horrcs ab tota la solempnitat ques podra fer, segons la
possibilitat de la Ciutat y lo pondus de un tant gran Rey ; y les
candeles que sian de dos diners la pessa ; y ques compra quatre
palms de vinte peral Verguer, y ques logue (?) per ha divendres
una roba longa de dol peral Verguer ; y per ha portar les bassi-
nes... y tenir carrech del tumol... y ordenar la gent fque se) ano-
menan prohomens de la Ciutat... Y ques compra tela negra per
lo entorn del dit tumol, tanta quanta ny haura a menester afi que
les honres de un tant gran Catholissim Rey sien honrades y vene-
rades, per al servey de N. S. Deu J. C. La anima delqual per
in perpetuum requiescat cum beatis.
Y fêta la dita desliberatio.. . per la Senyoria de la Ciutat los
hon. Consols de aquella (foren) aplegats en les claustres de la
Santa Iglesia de dita Ciutat... y fonch conduit y déterminât...
que se fassa una (crida) solempna per tota la Ciutat, ab solemp-
— .85 —
nitat de trompes y campanetes, de persones endolades... anant a
cavall ab les selles v los cortans '?i endolats de neare... cridant
la mort de la Majestat del Rcy Don Falip segon y Senyor
nostre.
Laquai crida ses fêta als honze del dit mes de otobre, que
era diumenge passât... en la forma y ténor seguents :
CRIDA. — Dévots christians y christianas... seus notifficha y
seus fa ha saber que diumenge, als tretze del mes de setembre
proxim passât, N. S. Deu J. C. es stat servit cridar per la sua
santissima gloria la Alajestat del Rev Don Falip segon, de glo-
riosa memoria, y Senyor nostre ; loqual tindreu tothom general-
ment encomptat (?) ab vostres devotissimes orations.
Y aixibe fêta dita crida lo dit die de diumenge en la tarda,
entre dues fosques ceres (?) que fahian un llum clar y resplandent
ab tant que aparaxia llum de migdie, encontinent lo campanar
tocha ab molta solempnitat de totas las campanes, y en lo mateix
punt acodiren en tocar les altres iglesies de la Ciutat, so es Sant
Jaume, Belloch y lo Spital ; y... fins lo dit die de divendres...
concorri(ren) tochar totes les campanes très voltes cada die...
Y en lo dit die de divendres, que comptavem als setze de oto-
bre... se feren les dites honres... en la Seu de Elna ; y aixibe se
conserta que en la vespra de dit die se fes uiia crida per la Ciu-
tat que tôt cap de casa, en lo endema, que era divendres, hoint
tocar les campanes, se haguessen de ajustar y congregar en la
capella de Sant Jordi ; y aixi fonch fet que en lo endema compa-
regueren en dita capella les hon. Consols de Elna ab molts con-
sallers y prohomens, ab molts mantes y caparons : comparegueren
aixibe los Consols de Baxias, de Trullas, del Soler, Sant-Cebria
y la Torra, molt endolats, y aportavan quiscu de ells Ilurs lumi-
naries peral capell ardent (i)- y ^'^^ Consols de Trullas aportaren
sis atxies... Y aixi honradament ajustats, essent ja avisats que lo
servey se volia comensar, partiren de la dita capella eo nau de
Sant Jordi... ab molt gentil ordre... en que primer anaven los
Consols de la Ciutat, y (los) Balles, y alguns prohomens quels
acompanyavan, anant ab lo Verguer primer, ab la massa endolada
alsada ; y après seguien los Consols de Baxias, los del Soler,
(i) Chapelle ardente.
— i86 —
Trullas, Sant Cebria y la Torra, ab tota la lur prohomia, y après
dels dits Consols seguia tota la restanta gent de Elna, ab molt
acompanyament de dones honrades, a lesquals sels havia fet
empra (?) per quatre dones honrades velles, es assaber dues per la
Vila demont y altres dues per la Vila baixa ; y aixi s'es fet.
Y essent en la Seu, se ensen la lumynaria del capell ardent,
loqual stava ait per altitut de quatorze palms de alsaria,... molt
ben ennegrit ab una tela de bocharam nègre per tôt lo entorn
del dit capell ardent ;... dessota del dit capell ardent stava lo
tumol de la Seu, ab lo drap stellat del monument, y ab la capa
de brochât del sagrista, y les quatre ciris grossos, dits manuals,
del sagrista... Y lo offici se célébra encontinent... y dit lo dit offi-
ci, se feren les absoltes en lo cor, so es quatre fins en sinch, ab la
Creu major ; y fêtes dites absoltes, lo ajust sen torna en la dita
capella eo nau de Sant Jordi del Spital, ahont foren fêtes les
graties acostumades per lo Consol en cap ; y fêtes dites graties»
tothom sen ana, que era la una hora tocada despres migdie.
Cuius anima requiescat cum Angelis... Amen.
Y lo endema, que era dissapte... dites honres foren celebrades
en la vila de Perpenya, en la Collegiada Iglesia de Sant Johan, ab
molt gran triumpho de dol y altres coses ».
♦
Autre service funèbre en ]5m, cette fois pour la reine Mar-
guerite d'Autriche, épouse de Philippe 111, morte à la suite de
couches, mais celui-ci bien moins solennel et qui donna lieu à
des incidents.
Les consuls, officiellement informés (par une lettre royale en
castillan) convoquent le Conseil, et après avoir mis en délibéra-
tion les détails de la cérémonie à faire, ils ajoutent : « Se es dada
raho a la Senyoria del Senyor Bisbe y Capitol acerca de fer les
cbsequies de la Serenissima Rcyna, per que fassen venir los vas-
salls o los consols de les baronies ab les Uumenaries, conforme se
acostumava de fer en altres vegades ; y com ells, per la nova resi-
dentia han fêta ara en Perpenya (i), se curen molt poc de la
Senyoria de Elna y de ells, no han fet sino donar los passada y
(i) Nous trouverons plus loin, au sujet de la translation du Siège de
l'Evêché et du Chapitre, quelques récits de 1602.
— iS; —
burlar se de la Ciutat, dient que los vassalls eren pobres y que
no tenien remei de venir. Y, per ço, per que sia mennoria als qui
vindran, que en ningun temps que vinga carta a la Ciutat, sels
done raho ninguna, sino que, encontinent rebuda hauran la carta,
se assenye la jornada per a fer les dites honres, y se fassen ab
la major comoditat podra fer dita Ciutat.
(Y fonch resolt) ques fassen les honres, en lo del gasto, con-
forme se feren les de la Reyna Joana i i , y ques compren quatre
centes candeles, y se fassen dotze senyals de armes, sis de gros-
sos y sis de petits, y en lo demes de anar vestits, se fassa con-
forme se feu ab les honres de dita Reyna Joana. »
Puis vient le récit des obsèques, très court et pour cause !),
mais avec quelques détails bizarres.
« Memoria com se feren las obsequies de la Reyna, y com
impediran los Consols al Sagrista no prengues la cera ».
« Als xvnii del mes de desembre del présent any se feren les
obsequies de la Serenissima Reyna Dona Maria (2)... Se dona
sis palms de stamenya a quiscun (consol), per la pobresa de la
Ciutat y no poder abastar al gasto ; y al Verguer très palms de
bayeta ; y tambe feu la Ciutat tôt lo demes gasto ; y per ser tan
pobra y pujar poch los émoluments, los llums que cremaren al
tumol eren tôt trossos de filera havien comprada ; y los Consols
posaren les atxes llurs, y posaren a cada corn una atxa, y altra
en lo demunt del tumol, y baix posaren una capa de brocat que
es en la Seu, y al tumol... posaren un cap de una Santa abrigat
ab un vel de glassa 3), com si fos la Reyna. Desprcs de haver
fêtes les obsequies, se mogue avolot ab los criats del Sagrista,
qui aleshores ère volent pendre los llums ; y aixi los Consols si
arrebateren, y tots los prohomens eren alli, y no volgueren que
dit Sagrista sen aportas la cera, laquai pretenia era sua ; y aixi
no la hague, ni es de raho la haje, puix aqueix die tôt lo gasto
lo fa la Ciutat. »
(M suivre) R. de Lacvivier.
f 1) 11 doit s'agir, bien que son décès remontât à i554, de la reine Jeanne
de Castille, dite Jeanne la folle, mère de Charles-Quint.
(2) 11 faut lire Marguerite au lieu de Marie.
(3) Gaze.
La Langue Catalane
et son utilité pédagogique
€r>^^>n {Suite)
13-' LEÇON. —Nina
Dins son jardî reclos, senzilla, prega y canta,
Tôt fentse un ramellet, Nina, de cada planta,
De cada brot, cullint la mes hermosa flor.
Nicefora, de lluny, ab goig que no té mida,
La mira, se la bada, y dins son cor li crida :
« Bé n'ets de boniqueta, ô Nina, mon amor !
« Cull, si, llesta 't â pler, de totes les mes belles,
« Barreja, en ton ramell, les blanques, les vermelles ;
« De boniques com tu no 'n florcix lo jardî.
« Al veure 't de tant prop, mira, s'avergonycixen ;
« De cada una 'Is colors los mes vius s'enfosqueixcn,
« Del lliri la blancor, de la rosa '1 carmî ! »
Dcis quinze anys, per Nina, floreix la primavera;
Son bell ces te 1 balans suau de la palmera;
Ses galtes son clavells espellits sus la neu ;
Sos ulls son dos safirs robats à l'estelada ;
Es d'angel lo mes pur, lo brill de sa mirada,
Del cel un dois cco de mûsica sa veu.
J. BOHER.
Explication du Texte
Une jeune fille, Nina, cueille des fleurs dans son jardin.
Nicéphore qui la contemple de loin, lui rappelle qu'elle est
jolie. « Les fleurs les plus belles, lui dit-il, doivent éprouver
— 189 ~
une certaine honte à se voir aussi près de toi, car tu es plus
fraîche que la rose et plus blanche que le lys ».
Le poète termine par un joli portrait de Nina qui rappelle
celui de la Dulcinée de Don Quichotte et qui contient des com-
paraisons d'un très heureux effet poétique.
Vocabulaire
rectos, clos, fermé Hesta 'l, choisis (toi)
senzilla, simple barrejar, mêler
tolfentse, tout en (se) faisant s'avergonyeixen, de. s'avergonyir,zf oir
ramelUt, bouquet honte
fcrof, rameau, petite branche .■ s' enfosqueixen, de enfosquir, assombrir
sois, joie clavell:, œillets
mida, mesure brill, éclat
se la bada, l'admire, la contemple
Exercices
Traduction française du texte. — Sauf quelques inversions, ce
texte ne contient aucune difficulté sérieuse.
Composition catalane. — TVini. Vous avez vu Nina et vous
faites son portrait à l'un de vos amis dans une lettre que vous
lui adressez. Inspirez-vous des détails contenus dans la 3" strophe.
Pensez en catalan.
Composition française. — Lettre à J\inà. Vous écrivez à Nina en
commençant ainsi : « Lorsque dans ton jardin... ». Inspirez-vous
des détails contenus dans les deux premières strophes et mettez-
vous à la place de Nicéfora. — Pensez en français.
Conjugaison bilingue. — Verbe pregar et verbe prier aux deux
passés du conditionnel. Conjuguer sur ce modèle mirar et regarde
Conditionnel passé (i" et 2* formes)
Terbe pregar Verbe prier
hauria ô haguéri pregat j' aurais prié
hauries ô haguéres pregat tu aurais prié
hauria 6 haguera pregat il aurait prié
hauriem 6 haguérem pregat nous aurions prié
haurieu ô haguéreu pregat vous auriez prié
haurien 6 haguéren pregat ils auraient prié
— 190 —
Notes grammaticales
Adjectifs possessifs-
Les adjectifs possessifs catalans sont
pour le masculin singulier
pour le masculin pluriel
mon
et meu
lo meu
mon
mos
els meus
los meus
ton
el teu
lo teu
ton
tos
els teus
los teus
son
el seu
lo seu
son
SOS
els sens
los seus
noslre
el nostre
lo nostre
notre
nostres
els noslres
los nostres
voslre
el voslre
lo vostre
votre
vostres
els vostres
los vostres
llur
leur
llurs
pour le féminin singulier
la meua la meva la mia ma
la teua la teva la tua ta
la seua ta seva la sua
ma
fa
ta
nostra la nostra
vostra ta nostra
llur
sa
notre
votre
leur
mes
tes
ses
nos
vos
leurs
pour le féminin pluriel
mes les meues les meves les mies mes
tes les teuet les teves tes tues tes
ses les seues tes sèves les sues ses
nostres tes nostres nos
vostres les vostres vos
llurs leur s
Voir dans le texte : son jardî, son cor, mon amor, ton ramcll,
son bell cos, ses galtcs, sos ulls, sa mirada, sa veu.
On remplace llur, llurs par son, sa, sos, ses dans le style ordi-
naire.
Ex. : « Els aucellets cerquen la teulada d'unes quantes fulles pera abrigar
de la pluja sos vestits de ploma y de la pedragada sos aixerits caparrons de
mûsichs silvestr:s ». Verdaguer, Excursions.
De là vient que certains enfants commettent en français une
faute de grammaire dans les phrases où l'on doit employer leur.
Ex. : Les mères soignent ses enfants.
Les adjectifs possessifs meu, meva, mia se placent quelquefois après
le nom. On a ainsi lesexpressions : mare mia ! filla meva ! fill meu !
qui signifient : ma mère ! ma fille 1 mon fils !
(A suivre) Louis Pastre.
LIVRES ^ REVUES
^^
Grammatica dclla Lingua Catalana, ad uso degli Italiani ( Milano, la
casa d'Aldo, éditrice, galleria de Cristoforis, 58; 2 fr. 5o ). Notre colla-
borateur M. Venanzio Todesco vient de publier en une brochure de
\7>i pages une grammaire catalane à l'usage de ses compatriotes, la première
publiée en Italie. Comme il le dit dans la préface, l'auteur a consulté, pour
cet ouvrage, toutes les principales études grammaticales publiées dans des
régions catalanes ou bien en France et en Allemagne (il en a dressé la liste
en terminant). Mais il fallait adapter ces matériaux au public italien, et ce
n'était pas une petite difficulté. M. Todesco prévient ensuite une objection en
montrant que le catalan n'est pas un simple dialecte du castillan ou une
modification du provençal, mais un rameau de la langue occitane qui s'est
développé parallèlememt au provençal et non à sa suite. Les œuvres litté-
raires écrites en catalan étant très nombreuses, surtout depuis une quinzaine
d'années, il était utile de fournir par une bonne grammaire à ceux qui se
sentent attirés vers elles le moyen de s'y mieux conduire et de les mieux
goûter. En ce sens donc, M. Todesco a rendu un grand service au catalan
en Italie. Nous sommes heureux de constater qu'il a donné à ses compa-
triotes un excellent instrument. 11 faut qu'un grammairien soit à la fois
précis, clair et complet. M. Todesco réunit ces différentes qualités. Son
ouvrage se divise en trois parties : 1° Phonologie (voyelles, consonnes, pro-
nonciation, accentuation, etc.) ; — 2° Morphologie (article, nom, adjectif,
pronom, verbe, préposition, adverbe, conjonction, interjection ; — 3° Syn-
taxe (même ordre). La partie qui Concerne la conjugaison, généralement la
plus ardue, nous a paru particulièrement soignée. Quant à la syntaxe, les
règles sont exposées avec méthode et les exemples choisis avec soin.
Tous les catalanisants feront bien d'ajouter cette nouvelle brochure aux
nombreuses études grammaticales qu'ils possèdent déjà. Nous rappelons, à
ce sujet, qu'un autre Italien M. Giovanni Palomba a publié en catalan, il y a
à peine quelques années, une petite grammaire du dialecte catalan d'Alghero
(Sardaigne). Encore un travail qu'il serait bon de se procurer. J. A.
Jochs Florals de Barcelona-
Les journaux nous ont apporté de nombreux détails sur les dernières
fêtes des Jeux floraux. Après le discours présidentiel de Conrat Roure sur
les premiers temps du théâtre catalan, le secrétaire J. Ma Folch y Torres lit
son mémoire, où sont publiés les noms des auteurs couronnés, dont voici la
liste: Fleur naturelle: Antoni Navarro, « Idilis lluminosos » — L'Eglan-
tine: Eduart Girbal Jaume, « Elegia perduda ». — La Violette: néant. —
— 192 —
Coupe artistique : c< Viatges d'amor », travail de Miquel Roger. — Prix
des mainteneurs : « Divinal Epitalam », version rimée en catalan du Can-
tique des Cantiques par Anton Navarro. — Prix Fastenrath : attribué au
drame « l'Eloy » d'Angel Guimerâ. Mais celui-ci renonce généreusement à
la quantité que comporte le prix et la cède au Consistoire des Jeux floraux.
Enfin le « diseurs de gracies » a été prononcé par Prudenci Bertrana. La
fête a été fort belle ; orateurs et auteurs furent accueillis par des applaudis-
sements enthousiastes : la reine, Na Maria de Montoliu y Durân, en eut
elle aussi une bonne part. La T(evue Catalane tient à adresser ses meilleures
félicitations aux uns et aux autres.
De la Provence.
M. Paul Ruât, de Marseille, « lou felibre di Cigalo » vient de publier
une intéressante étude auto-biographique, Aprendissage de la vido.
Elle est précédée d'une « letro-prefaci » de notre ami et compatriote, le
félibre majorai Jean Monné.
De Valencia»
Le dernier n° de cette revue catalaniste comprend : La iglesia parroquial
de Sant-Marti de Valencia (J. Sanchis y Sivera). — Conversa de Nadal,
poesia (T. Llorente). — Estudi sobre filologia valenciana ( Fray Ll. Fullana
Nirau — Una dona pa un home îMiquel Abat). — Carta del Marques de
Villarias al Duque de Caylies (Miquel de Elizaicin). - Lo « Rat-Penat »
en Castellô — Temporada valenciana en lo teatre de Apolo (Ll. Cebrian
Mezquita). — Notes bibliograficas.
FoUetos : Historia de la Pasiô (mossen Bernât Fenollar y Père Mar-
tinez). — Resjna de las antiguedades valencianas anterioras à la dominacion
cartagineta R. P. N. Bertomeu Ribelles).
Proverbes Catalans
Bon dinar y bon sopar
fan sempre de bon esperar.
Fill ets, pare seras ;
ta] feras, tal trovarâs.
Le Gérant, COMET. — Imprimerie COM ET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan.
io
5 Année. N 55 15 Juillc» 1911.
REVUE
CATALANE
Les Manuscrits non insères
■le sont oas rendus.
Les Articles oarus dans la Revue
1 engagent aue leurs auteurs.
A la gloria del Vallespir
En aquest felis dia hont la estimada vila de Ceret festcja
els mes preuhats de sos artistas, y amb ells, tôt lo Valles-
pir, vinch à barrejar la meva humil veu a la dels seus bons
fills. Tôt retruny, tôt brolla avuy d'alegria en la antigua
capital vallespirenca, per tôt arreu s'agermanen, balenceja-
des pel vent, les très colors de França y les quatre barras
del nostre glorios escut. Sos mes perfiliosos cantayres, sos
inspirats solfistas enalteixen la dolsor, la bellesa y el benes-
tar de l'alberch payral. Sos poetas, sos escriptors, alaban
recorts y glorias del genit catalâ que rebrota, creix, s'en-
layre y torna à florir. Com els aucells d'istiu de la vostre
comarca, cantau minyons, cantau vostre terra de sol y de
tramontana, vostre plana bondadosa, les vostres régalades
montanyas. Suspirau aqueix « Salut au Vallespir » qu'ha
vingut de permont atravessant l'espay com fresca y pura
alenada montanyenca ; cantau de tota vostre anima, el « Cant
del Vallespir », y que sigua, per sempre mes, la cansô del
vostre cor. Cantau les vinyas, les suredas, les estepas y los
romenins de les vostres garrigas embalsemades y també la
vostre blavosa mar llustrejant en l'horitzô llunyâ. Cantau,
y quan haurem acabat d'escoltar eix bell y inolvidable escJat
de terrenal patriotisma, escoltarem encare el ressô de les
estrofas que s'esvaeix melangiôs y anyoradiç. Al escampar-
se sotilment per l'espay, deixarâ en el fons dels nostres
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esprits, com dels nostres cors, un aroma suau y reconfor-
tant d'encens mistich, de patri-amor, de flors de bosch y de
jardi.
Al mitg d'aquestas solemnitats, alabansas de la patria pri-
mera, vos dire, jo també, pobre y desconegut montanyés,
mon amor pel Vallespir. Mirau-lo sobre una mapa, veureu
que té la forma y la figura d'un vano immens. Ses fuUas,
maravellosament pintadas de la ma de Deu, se desplegan
d'Elna fins a Cervera, y son manech, seguint les ayguas
del riu Tech, s'aposenta en la falda del Costabona geganti.
De llevant a ponent, aspras y rocosas serras y també mon-
tanyas ricas y productivas l'hi fan de cuadro y capsaler :
Cap de Creus, les Alberas, los serrais de Montalba, d'Arles
y Montbolô, les cimades de Bâtera y Sant Llorens, y les
alturias de Prats, germanes bessonas del Puigmal y de
Canigô. Els perfils de sos puigs, soviny coronats de torras
gôticas o sarahinas, s'oviran nets, precisos, retallats sobre
l'horitsô mentre no 'Is embolcalle la boyra pel cim de les
picas com arriva algun cop. Mes, en tôt temps de l'any, la
llum viva y clara del clima mediterrani li dona un tô de
safir barrejat d'esmeralda, tenyint-ho tôt dels esplendors
iradiants del cel y de l'il-luminaciô universal de l'ayre. Com
Vallespir no té amples vessants no hi ha grans rius, pero
les ayguas del Tech y de les demés rieras, regan en temps
de primavera y d'istiu mil hermosas praderias com també les
ricas hortas dels riverais. La vegetaciô, tant en les planas
com en les valls montanyesas, es atapahida, delitosa y per-
sistent. El ramatge dels arbres, sobretot en els alsinars y
les folrades plantades de castanyers, abriga soviny la terra,
els esplets viuhen llarch temps sensé la fresca besada de les
pluges, el bestiar hi es ferreny, aprofitôs y résistent, y
l'home, com boncatalâ, viu honradament en traballant, sem-
pre alegre, sempre coratjôs. En pocas parts del mon s'ob-
serva igual varietat y tantes influencias de latitut dins un
espay tant limitât. La gent montanyenca porta la senya dis-
— J95 —
tintiva y particular de l'altura, que son esveltesa, agilitat y
magror. La de) plâ ten la robustesa y la força que produ-
heixen voluntat y acciô. Los de permont passen ab poca
cosa, no tasten gayre bé may carn frcsca, el seu aliment
principal es pa y ollada, porch salât, formatges y llet dels
Durs ramats. Fidels a lestradicions y costums dels avis no 's
cuyden de cosas exteriors. Los embolicats problèmes socials
no existeixen per ells. Son divertits y festosos, estimen la
balla mes que tôt, molts son encare fidels a la barretina ver-
mella. Els del pla son acostumats a'n el benviure, los hi cal mes
varietat en l'aliment. Estan mes apasionats per la poJitica y
la discusiô, no 's pot negar que llur potencia intel-lectual
es generalment superior a la dels montanyenchs. Fins are,
els nostres pagesos no abandonen gayre, per viure en ciu-
tats, la llar y la terra payral. La majoria queda lligada, ab
gran raho, al modo de vida dels antepassats. Rica o pobre,
tots estimen la llur comarca, el campanar, lo poblet perdut
en les garrigas, y el mas, verdader niu de ditxa y de santa
pau. Tots arrelan com els roures y les alsinas del rodador.
En el fons, els fills del pla, de la marenda y de la montanya
tenen un sentiment comù. Vallespir té una sola anima, una
traça propri, una maravellosa vibraciô que dona a cada part,
a cada troc d'aquest harmoniôs conjunt, el particular ayre
de familia, la fesomia especial y caracteristica de la raça val-
lespirenca.
La nostre mar, la que banya la costa marina d'Argelés,
Port-Vendres y Banyuls, sol esser calmosa y serena, casi
may s'hi congrihen els temporals y tempestats que en altres
punts la fan terrible y soviny espantosa. Tant en els dias
de maror com en els de calma, les ayguas son sempre blaves
com el cel qu'ens cobreix, com la calitja que 'ns embolcalla
y com les montanyas que 'ns rodejan. Es una mar que
sembla un llach luminos de l'Orient amb platjas arenosas y
cales arimosas abrigades pel vent. La pesca, sens massa en-
riquir nostres valents y decidits mariners es prou abundosa,
— 196 —
]a gran diversitat de peixos son ramejats, brillants y llustro-
sos com cls metalls de mes preu.
El clima de Vallespir es dolç y agrados encare qu'un
xich variable. L'hivern hi es curt, prou sech y soleios ; la
tramontana, sobretot à la plana, hi xiula soviny sa cansô
molesta pero util y sanitosa tan per la gent com pels esplets.
La neu, que quasi may baixa a la plana se fon avyat en el
cim de les mes altas montanyas. La vegetaciô selvatge bro-
tant atapahida y abundant fa de Vallespir un pays sanitôs
perqué les plantas y arbres que poblen boscos y garrigas
son del tôt tots aromatichs. La llenya es forta, de llarga y
penosa creixensa, condicions proprias per que 'Is arbres y
les matas poguin resistir a secadas llargas y fortes ventadas.
Els fruyts que la nostra terra dôna, assahonats pel sol,
son dolços y apreciats. Rahims primerenchs blanchs y
nègres, pressechs, albercochs, prunas, amb preferencia la
(( reyna Claudia », les peras, les pomas d'Arles, les casta-
nyes de Ceret, nogas, avellanes, nespras, selvias, condonys
y mangranas, sens comptar les taronjas, mandarinas, llimo-
nas, poncems y demés aclimatade fruyta d'ultramar. Les
cireras de Ceret son conegudas per tota Fransa y encare
mes enllâ ; semblan gotas de sanch vcrmella caygudas de
las barras del nostre blasô. Com, avuy en dia, les comuni-
cacions son com mes va mes facils, els productes nostres
marxan força a exportaciô. Els llegums primerenchs son
conreuats en totas bandas regables y prou reparades. Trun-
fas, monjetas, cols de moltas classes, pesuls, tomatechs,
cebas, aills y escalunyas, apit, pebrinas, carabaces, asber-
ginias, camps d'asparguls, quintâns de carxoferas y madu-
xers, ensiams de totas lleys y encare cent altres productes
originariasde totas parts del mon... demaneu ! Els fruyters,
arrenglerats en linias sens fî, poblen també planas y baixâns.
Els pagesos, amb manya creixenta, ne planten a milenars
cada any. L'olivera, simbol de pau y concordia, desde molts
anys ingratament sacrificade a Rossellô, es sempre mirade a
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Vallespjr amb sjngular predilecciô. Dona olivas tingudas en
gran estima y oli gustôs y saborôs. De) vora mar fins Arles,
la figuera es també en gran honor. Els pobres principal-
ment la miran amb molta simpatia. Verdas y secas, les figas
estalvien el pa, essent quasi un aliment complet. Pertot
arreu riquissims vinyers abrigan plans y garrigas donant els
vins generosos y d'antigua reputaciô com los d'Oms y de
les costas de Sant Ferriol. Mes avall, madurats per les ruhen-
tors del sol mediterrani s'hi trapen els de Collioure, Cos-
prons y Banyuls de la Marenda, coneguts y estimats fins
en les mes llunyanas parts del univers.
En !a montanya, ademès del feyneig de las castanyedas
cercleras y duelleras, y de la pintoresca industria dels car-
boners qu'aclareixen y carbonan alzinars, rouredas y fajosas;
ademès també de les grans cullitas de trunfas per sembrar,
de Prats-de-Mollô, lo ram mes aprofitat de la pagesia es lo
del bestiar. S'hi crian remats de moltons y ovellas, eugas y
caballs renomenats, vedells y bous per la carniceria, porchs
engreixats y molt d'aviram de bona mena, manancial de
molta ganancia pels montanyenchs. Amb aquestes ideas
gênerais sobre de las riquesas vallespirencas un hom se pot
fer carrech dels traballs y afanys que passen els pacients
pagesos pera arribar a producciô tant variada en un pays
soviny sech, aspre y rocater. No hi falta, per sort, la justa
y natural compensaciô a llurs esforços. El pages pot enor-
gullir-se del seu ofici. Lluytar y vencer, vull dir traballar
y produhir, ja es un goig dels mes grans y purs de la vida ;
mes en les produccions de la terra hi ha una relaciô tant
amorosa y paternal com en un verdader infanîament.
Si haguès de contar-vos un per un tots els enginys dels
agricultors y descriure per lo menut els distints conreus,
les varias industrias, les entrctingudas feynas del camp, no
acabaria may. Aneu-hi a la nostre pagesia vallespirenca y
veureu com en tôt temps de l'any el travallador apunta amo-
rosament sa terra. Ohireu lo murmuri dels blats y dels segols
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balansejats dolçamcnt pel ventijol d'istiu, ohireu, mesclant-
se amb el brunzit cstrident dels grills y les cigales, el cant
dels flagells y de les batullas en les polsosas eras. Sentireu
l'olor reviscoladora dels rahims trepitjats en las samals, veu-
reu, quan el most ha bullit, trascolar, com un raig de rubis,
el vi novell a les botas del celler. Veureu a cullir, quan sian
maduras, les verdas olivas,.y rajar l'oli d'or baix la premsa
del moli. Veureu les filères de matxos, am pitsada y ronsal
de penjorellas viroladas, plomall y cascabellade, pujant cada
mati per les costas, dirigint-se pels viaranys dels boscos
vers les plaças duelleras y carboneras, baixant a la tarda
carregats de fustatge y carbô. Somoguts, escoltareu en les
nits d'istiu per les alturias, el so tant dois del fluviol, el raig
d'alegres cantarellas que sona '1 pastor atalayant ses ovellas,
el cabrer guardant ses cabres pels rocaters, ô els baquers
seguint Dur bestiar per les devesas. Tôt recorrint el nostre
esplendit pays admirareu també ses riquesas industrials.
Visitareu Jos reputats tallers saladors d'anxovas y sardas de
Colliure, les fâbricas de manechs de fohets alimentades per
les plantades de lladoners de la rcgiô d'Alberas, saludareu
els axams de valcnts obrers traballant el suro en les aciedi-
tades fâbricas de taps de Ceret, del Volô, d'Oms, Llaurô y
Maurellâs. Veureu les fargas catalanas d'Arles y Cortsavi
que donan el ferro millor, les guixeras y menés de talc de
Reyners y Palaldâ y aquells meners de la Pinosa y de Bâ-
tera que portan les entranyas de les nostras montanyas fins
a la industrial y llunyana Inglaterra. Pujant mes amont, y
desprès de haver tastat les olorosos y delicades tofas de
Montferrer, veureu les usinas de Prats-de-Mollô y de Sant
Llorens de Cerdâns produhint les varias classes de tela em-
pleades pels espardenyers de Fransa, tastareu en fi los bes-
cuyts tant apreciats y les conservas alimentarias de l'Ait
Vallespir. No cal descuydar l'aygua minerai de la Roca y
de Molâs y les fonts thermals del Volô, dels Banys d'Arles
y de la Presta que fan coneixer a la gent de lluny ses vir-
— '99 —
tuts curativas amb la dolçor de) nostre clima y la boniquesa
de) Vallcspir. Hi ha traball apropriat pera tothom, cadahu
pot emplegar-se en allô que mes li agrada. Se necesita no
mes que bona voluntat. Les industrias de Vallespir y la
vida pagesa, presas ab la constancia y l'amor deguts, donan
gojg, benestar, coneixements y cultura que produheixen
l'equilibri fisich y moral del obrer y del travallador. Aqueix
equilibri es font verdadera, in-axugable y principal de la
força dels nostres pobles y del progrès material de Val-
lespir.
He estât llarguissim ? Els amadors de la nostra terra m'ho
escusarân en favor de) afçcte que l'hi portem tots. Altres
amb mes potestat y ciencia glorificarân avuy en la festosa y
amabje vila de Ceret, la poesia y la mûsica, reynas sempre
joves de les bellas arts. Orfeons, chorals, orquestes, ompli-
rant l'espay de suavissims concerts, molts fills de la ciutat y
de Rossellô hi celebrarân ses bellesas artisticas y ses glorias
intel-lectuals, jo vinch de cantar lo que mon cor estime mes,
una minyoneta humil y feynera, valenta y aixerida, aspra,
pacient y forta, pero agraciada, esvelta, ayrosa, amb la color
colrada y enmorenida del nostre sol ; nineta sempre jove,
cantayre y balladora, bromista y riallera pero seriosa y hon-
rade que he estimât, fins al haver abandonat els goigs, les
primors, els plahers y les finures de la ciutat, per viure
aprop d'ella en la soledat de ses montanyas. Aqueixa minyo-
na estimada, tots la coneixeu, tots l'heu vista, tots l'heu en-
devinada : li diuhen « la pagesia de Vallespir ».
-ry- ^ ^-'^^^^.x^a.K^r^
Lo Boix-Sant-Salvador, dia 2 de juliol de ic)i i.
Fêtes Catalanes de Céret
du 2 Juillet
^^
Ces fêtes, que favorisa un temps magnifique, n'ont pas été
seulement un succès, mais un véritable triomphe pour l'idée
catalane. Le résultat a dépassé toutes nos espérances. Nous avons
assisté, dans la petite et charmante et si vivante ville de Céret, à
la glorification de la terre roussillonnaise. Le coeur du Vallespir
était devenu pour quelques jours le coeur même de notre pro-
vince. L'enthousiasme populaire a été très grand pour tout ce
qui exaltait la tradition de la race : bonnets catalans portés d'une
manière exquise par toutes les jeunes filles et les jeunes femmes
de Céret et même du dehors, — serdanes dansées aux arènes ou
sur la place et accueillies toujours par de vifs applaudissements,
— musique de la cobla avec ses instruments d'une harmonie si
originale, — mais surtout la cantate, qui réunissait, devant une
foule de quatre mille personnes, plus de trois cents exécutants
dont la ferveur et la gravité religieuse en même temps que
souriante nous remplirent de la plus pure et de la plus douce des
émotions.
Le 2 juillet 191 ] constitue une journée très importante pour
notre cause. La foule entière sentait profondément que la mani-
festation n'était pas un simple festival d'art incolore et indéfini,
mais quelque chose de bien catalan. La musique de M. Déodat
de Sévérac, si merveilleusement adaptée aux vers de M. Jean
Amade, traduisait avec une fraîcheur, une délicatesse et une
force surprenantes toutes les aspirations de l'àme roussillonnaise,
toute la poésie de notre nature, toute la beauté de notre idéal.
Aussi le Cant deî Vallespir est-il déjà devenu populaire : on le
chante dans les ateliers, on le fredonne sur les routes poudreuses.
C'est comme l'hymne de notre pays. A ces différents titres nous
devons donc les félicitations les plus chaleureuses aux orga-
nisateurs de la fête, qui ont su lui donner un caractère régional
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si pittoresque. Céret a vu palpiter aux fenêtres, aux arènes, aux
grands platanes de sa place et de ses boulevards, les couleurs de
la « bandera » catalane : que ces couleurs symbolisent à jamais
pour nous l'espoir d'une renaissance toujours plus féconde et
toujours plus ardente.
Vive le Roussillon!
Aux interprètes de la Cantate.
Nous devons aussi les plus vives félicitations aux interprètes
de la cantate, hommes et dames, qui mirent à l'apprendre tant
d'ardeur et de bonne volonté, aux musiciens de IHarmoiiie du
Vallespir et à leur vaillant directeur, M. Louis Roque, qui eut
le premier l'idée de ces fêtes artistiques et qui déploya tant d'ac-
tivité pour en assurer la réussite. Une très grande part du succès de
la fête leur revient, notamment à M. Adrien Amade qui montra
une patience si tenace, une intelligence artistique si sûre et si vive,
à leur faire rendre cette belle oeuvre dans ses plus petits détails
et avec un goût si parfait. On n'attendait pas moins du fondateur
et directeur des « Cantayres catalans » de Céret, qui se fit
remarquer à la salle Arago de Perpignan par la maîtrise et la
souplesse de sa direction. M. Adrien Amade a maintenant sous
sa main une puissante chorale, dont le rôle artistique peut être
considérable pour l'avenir de notre musique régionale : il ne faut
pas que d'aussi bons éléments se dispersent et se perdent, de
même que le superbe théâtre de plein air que les Cérétans ont
dans leurs arènes doit devenir de toute nécessité la scène catalane
de demain.
M. Déodat de Sévérac.
Le jeune et brillant compositeur, M. Déodat de Sévérac, est
maintenant devenu l'un des nôtres. D'origine languedocienne, il
a été attiré par le charme de la nature roussillonnaise, et c'est
chez nous qu'il est venu chercher la paix rustique favorable à
202
l'inspiration et à l'art. Souhaitons qu'il reste longtemps, qu'il
reste toujours sous notre ciel, dans le décor de notre terre, et,
après l'immense succès qui a accueilli l'autre jour son oeuvre
musicale, une des meilleures pages qu'il ait écrites, qu'il consente
M. DEODAT DE SEYERAC
encore à s'inspirer de l'âme et de la poésie roussillonnaises.
D'ailleurs sa musique, parfois si catalane, n'a-t-elle pas reçu la
plus chaude et encourageante approbation de l'élite musicale, lors
de la reprise d'une de ses compositions à Paris?
Cet artiste, dont l'inspiration est à la fois si régionaliste et
— 2o3 —
si humaine, a déjà produit beaucoup. Nous tenons à mentionner
ses principales oeuvres :
r Le Chant de la Terre, poème géorgique musical en six parties.
2° En Languedoc, suite pour piano en cinq parties.
3° J\\fmphes au crépuscule, poème symphonique pour orchestre
et voix de femmes (exécuté à la Société nationale, sous la direc-
tion de Vincent d'indy .
4° Le Cœur du Moulin, drame lyrique (livret de Maurice
Magre , joué à l'Opéra-Comique en 1909.
5" Héliogabale, tragédie lyrique en trois actes, livret d'Emile
Sicard), représenté en 1910 aux arènes de Béziers et repris à
Paris l'hiver dernier à la salle Gaveau.
Outre cela, une cinquantaine de niélodies pour chant et piano,
et divers morceaux pour piano seul ou pour piano et divers
instruments. C'est dans Héliogabale que M. Déodat de Sévérac a
introduit les instruments catalans, grâce auxquels il a obtenu des
effets admirables, et dont les sonorités, tantôt langoureuses et
passionnées, tantôt mordantes et fiévreuses, lui valurent d'una-
nimes félicitations.
M. Déodat de Sévérac est né à Saint-Félix de Caraman, dans
le Haut-Languedoc, le 20 juillet \SjS. Issu d'une très ancienne
famille, attaché obstinément au foyer des aïeux, il est tradi-
tionnaliste par tempérament, par éducation et par atavisme.
Nous saluons très respectueusement cet artiste de grand avenrr,
cet ami du Roussillon, dont la vie simple, familière, indépen-
dante et le caractère affable autant que loyal ont conquis
l'estime de tous. Au nom de la terre catalane, nous lui crions
bien fort : « Bravo et merci ! », et nous prenons rendez-vous
auprès àz lui pour de nouvelles fêtes traditionnalistes, que nous
souhaitons très prochaines et aussi brillantes que les inoubliables
fêtes de Céret.
j'" I I I ' ' I I ' I r
cgOs^cgOs^ c^Qn^ c^OsS. c^Q>sS^c£g'>^ cg'>sS'CΧQs&. cîg'Sv^
Cant del Vallespir
*^^^^
Nous reproduisons ci-dessous la partie delà cantate de M. Jean Amade
qui a été mise en musique par M. Déodat de Sévérac et exécutée le 2 juillet
aux arènes de Céret. Mais l'ensemble comprend, en plus de ce morceau, un
Cant de mares, que nous avons publié ici même ( T^^uwe Catalane, i5 décem-
bre 191 G), un Cant de minyonas « anant à la font ambe la dorca » publié
dans la Veu del Canigô du 20 mars 191 1, et enfin un chœur de « pastors,
boscayrols, carboners, traginers, etc. ».
Nous espérons que l'auteur voudra bien réunir prochainement le tout en
plaquette a per la gloria del Vallespir ! »
Cantem la terra catalana,
Terra de lalegria y terra de la pau,
Lo Canigô, rey de la plana,
De la montanya y del cel blau.
Cantem lo Vallespir hont bronzina l'abella
Sens por del vent geliu,
Hont sempre la perdiu
Pot criar sos petits que piulan aprop d'ella ;
Lo nostre Vallespir hont l'hivern es tan dois
Qu'hom veu à cada branca
De l'ametller cubert de gibre com un pois
Naix' aviat al sol vermeil una flor blanca !
Pahîs de la cirera y del clavell hermôs,
Hont la minyona porta
En sa galta, en son cos,
Com la fruyta y la flor mes bonicas de l'horta. ..
Terra del Tech festiu.
Terra de las Alberas,
Hont lo sol fa de l'ull un germa del caliu
Y de la boca fresca, al moment que somriu,
20!>
La germana de las cireras.
O terra antigua de l'oliu,
Aybre estimât dels nostres avis
Que douas l'oli pur y ciar
Per fer millor nostre menjar
Y pe '1 Hum qui, la nit, vetlla el treball dels sabis !
Vallespir de la vinya y del ciure rojench,
De la dolsa manglana agradable â las bocas !
O poesia de! pahis vallespirench
Que fas florir sota del cel totas las rocas !...
Cantem lo que diu l'alba à nostre cor aymant,
Lo que li diu l'estela espellida al llevant ;
Cantem, amichs, cantem encare
Com creix la tendre flor à \\ vora del riu
Y com Jos aucellets s'adormen dins del niu
Sota las plumas de sa mare...
Cantem lo qu'umpleix nostre cor
D'un goig y d'un encant sensmida.
Amichs, cantem, cantem l'amor ;
Cantem, amichs, cantem la vida :
Si, cantemla tots de bon grat
Nostra vida que raja ambe tant de dolsura,
Com las ayguas del Tech entre voras de prat
H ont reina la frescura !
Cantem la primavera y l'estiu rialler,
La follatge amorôs y fresch del castanyer,
Y las fonts regaladas
Hont s'amagan las fadas
Per encisar lo jove amb son mirar dolser...
La barretina roja y l'espardenya ardjda,
Y la faixa y l'escoffiô,
Cantem la gracia espellida
De la minyona y del minyô !...
— 2o6
Que canti nostre cor, ((ue cantin nostres llabis,
Rossinyols de l'amor refilant sus d'un faig :
Com rajan per l'herbam las eus al mes de maig,
Que raji lo parlar divi deis nostres avis...
Y, f:ns à l'hora hont lo sol eau,
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■ ^^■ÉlifcwiiM*^**' lUMlllt
CAP A CERET
La Pica de Fontfréda
A la primavera es d'un pler anar d'excursiô per la montanya
de Ceret. Qui cerqui aygues frescas, ayre pur, y un bel! punt
de vista, pot s'encaminar per los senders que serpentejen, serra-
lades amont, v menen al Bosch de la vila, à la Fontfrèda 6 al
pich de Bôlerich.
Lo dia sols punteja que colles d'alegres traballadors ja traste-
jen per los carrers de la vila, lo peu calsat de l'esperdenya lleu-
gera, las eynes sobre d'una espatlla, lo sarré y '1 barrai sus l'altre.
Las nines y las dones segueixen, dun pas aixurit, las faldilles re-
trossades, cofades del blanch cofet rosselloRès, y '1 cistell al bras.
Lo piuladis dels aucells y '1 cant del gall retrunyen per tôt,
com pera saludar los primers raigs del soi, quin cribell rojench
trauca â l'horitzô, sobre la règua blanca que marca la mar. Lo
rond de foch puja com mes va, s'enmiralla dins las ones, y se 'n
va à posar una pinzellada vermella pel cim de las picas de Canigô.
La Hum avivada del soi ompla l'espay, s'esbargeix per las valls ; lo
barrejadis d'altures ensoleyades y de fondalades ombroses favistos
lo relleu de la montanya y la pendent anguilejanta dels riberals.
A mida que n'hom puja, se sent la flayra embaumada de las
floretes y mates boscanes ; la frescor de la castanyeda repara dels
raigs ja ruhents del soi ; n'hom acaba d'esser à Fontfrèda.
Aquî, la vista es de lo mes bel. D'un ban lo gegantiu Canigô,
encare platejat de congestes nevades ; al devant, las serres llunya-
nes de las Corberes, y la blancor lluhenta de l'estany de Salses ;
per l'altre ban, tota la regua escumosa del mar. Si n'hom se
régira, se veu la alta collada de las Salines, que enllassa Ceret (à
Fransa) y Massanet-de-Cabrenys (à Espanya) ; d'un costat lo clôt
de Barrabam, y 'Is remingols del bosch de la Vila ; de l'altre,
per los esquitxos de las Albères, s'ovira '1 plâ de l'Ampurdâ y
la badia de Rosas.
Es régalât d'esmorsar aquî, à 700 mètres d'alsaria, à la vora
d'una aygua fresca y ganosa ; s'admira, à dalt, un cel tôt blau ;
— 2o8 —
al entorn, un sens ff d'altures verdejantes ; y per baix, Ceret,
amb los dos ponts del Tech, la devota de Sant-Ferriol, y l'es-
tensa planura del Rossellô.
Es de bo que n'hom plany, llavors, los desditxats perpinyane-
sos, deixats à viurer rodejats de fortificacions, emblanquits de
pois, y torrats pe'l soi.
A Sant-Ferriol
Per Sant-Ferriol es dia d'animaciô, â Ceret. De per tôt, colles
de gent s'en van cap al Pont, y pujen à la devota del Sant ; aquî
s'hi veu rossellonesos vinguts dels quatre cantons de la plana,
ampurdanesos vestits de vellut, y pagesos de montanya, re-bels
amb Uur barretina vermella y las acostumades espardenyes.
Lo cami anguileja per avellaneres y vinyers,y trenca unos cor-
rechs cas) aixuts, baixats del puig de Sant-Ferriol ; de quant en
quant, oliveres ombrejen la garriga tota ensoleyada ; y '1 Canigô,
coronat de primoroses bromes, sembla que s'espihi, desde '1 cel,
la numerosa llocada que se moii à sos peus.
La capella es plena de gent, aixis com las estancies del mas,
que es à tocar ; per la plasseta, ni s'hi pot caminar, per entre-
mitg de las taules hont s'han parât resquilles y avellanes, medalles
y rosaris ; contra de las parets, es una barrejadissa de burros, de
matxos, y de carriots ; n'hom diria un campament oriental, mentres
que la campana no para d'esbargir, per tôt arreu, sos tochs d'alegria.
Desprès d'ohir la missa y d'haver cantat los goigs, cadun mira
d'anar â menjar, assental pels marges 6 sota d'un ciure ; se buyda
lo sarrô, s'aixuga los barrais y carbassetes de vi ; n'hom s'ager-
mana amb los rotllos del vehinat, sembla que 's torni à l'antiga
vida, campestre y patriarcal.
Envers onze hores, la gent comensa de se 'n baixar. Lo sol,
enlluhernador, escampilla sos raigs endaurats ; per las picas de
Canigô, encare hi berbillejen congestes platejades ; pels serrats,
las rabasses son plegadisses de richs penjols de rhims ; lo riu
Tech raja apolidet per entre 1 sorral de sas ribes ; n'hom se cor-
pren d'aqueix paysatje encantador.
Y quan s'arriba a Ceret, encare s'hi ou un repicat passe-vila,
com a primer tast de la corrida y de las balles del havent-dinat.
Les Torres de Cabrenç
Al meu Yallespir !
Al mit) de la vall bella, de la vall verdosissima
Hont ses aygues rodola la ribera purissima,
Lo Tech, fin de Prats-de-Moll6,
Eixit de Costabona, saltant de penya en penya
De la calenta Presta fins les muralles d'Elna,
— salts de cabrit, bots de lleô, —
Sus la geganta esquena que fa de serra llongua,
Lo cap à La Mènera, los peus à Serrallongua,
Lo ventre cap â Sant-Llorenç,
Pel dimoni quiUades, fantasmes espantoses,
Com très germanes Parques, très bruixes horroroses,
Son les très torres de Cabrenç.
Rocam de granit que les torres portes,
Tan nègre y pelât, d'infern has sallit,
Que tôt, pels entorns, verdeja, espallit :
Camps de segle y blat, castanyedes fosques.
Runca, run(^ â baix lo Tech
Ab gemechs, planys y renyechs.
Trident infernal que '1 cel amenaça,
May no gosa '1 llamp tes torres tocar
Que se trencari'a antes d'arrancar
Un boci de roch d'aqueixa forcaça.
Runca, runca â baix lo Tech
Ab gemechs, planys y renyechs.
2 JO —
Fora '1 Temps, tôt sol, les ha ruinades
Les amples parets del antich castell ;
Y prôu li 'n calgué de segles, an ell,
Pels he rosegar ab ses caixalades !
Runca, runca â baix lo Tech
Ab gemechs, planys y renyechs.
Ni los llops hi van â ton aspra serra !
Al veurer tes dents la bruma esqueixant,
Ja s'hi fan de lluny, que Is hi vé l'espant
Que Is estripa tots, com anyells la fera.
Runca, runca â baix lo Tech
Ab gemechs, planys y renyechs.
Voltor, esparver, corb, grâula, cabeca,
Aucells malehits, fora hi fan lo nîu ;
Y quan voltejan, lo pastor se dîu
Que d'ânimes es aixâm que s'aixeca.
Runca, runca â baix lo Tech
Ab gemechs, planys y renyechs.
Les animes son dels barons ferestos
Qui de Serrallongua eran los Senyors,
Los Bracads : Ramon, Bernât, Guillcm, tots
Sempre per maldats y rapinyes prestos.
Runca, runca â baix lo Tech
Ab gemechs, planys y renyechs.
Y les animes de les dolces dames,
De la Bellissenda als ulls de safi
Y de l'Ermessenda de Cortsavî,
De Ramonda y de Saurina, les âmes
Runca, runca â baix lo Tech
Ab gemechs, planys y renyechs.
2 I 1
Y les animes dels cautius de guerra
Morts à les presons sens veurer la llum,
Deixat lo pahis, oblidat lo nom,
A Cabrenç menats de Uunyana terra.
Runca, runca à baix lo Tech
Ab gemechs, planys y renyechs.
♦
Perô, de la val! bella, de la vall verdosissima,
O ruines superbes, Cabrenç cspantosissima,
Ets lo bell cor del Vallespir,
Que de dalt de tes Torres Tull encantat ovira
Les torres, tes germanes, de Batéra, del Mira,
Y de Côs y de Cortsavi.
Y, mes lluny, la mirada va, tôt seguint l'Albera,
Per d'allâ del fort d'Arles, à la blanca ribera
Ahont lo mar mes blâu s'esta.
Ay ! germans ! vos ho prego ! mes cendres refredades
Portâu ab alegrîa à mes torres aymades,
Sempre ne seré l'Ermitâ î
Dia de Sants Père y Pau de 191 i
^'^^^X*k*^\^^X*\\\\\K*X*\*\^K*\*^X^
Prats-dc-MoUo
f
A Madame 'Emile Leguiel.
Le Baus de l'ase, « la Chute de l'âne » est un défilé sauvage
et grandiose que la rivière du Tech s'est creusé dans les entrail-
les de la montagne entre deux hautes parois abruptes et verticales
qui semblent vouloir se refermer à nouveau ; au fond, les eaux
du Tech bondissent, écument sur les roches arrondies, la route
de Prats-de--Mollo surplombe la rivière et, bonne compagne, suit
docilement les mêmes contours ; le versant méridional est très
boisé ; celui du nord, dévasté par les éboulements, montre des
rochers nus et des graviers glissants. A quelque cent mètres, l'on
devine l'ancien chemin difficile et dangereux, plus propre aux
chèvres qu'aux voitures, animé jadis par les bruyantes et joyeu-
ses caravanes de muletiers et de voyageurs, aujourd'hui désert et
silencieux ; saint Eloi lui-même a quitté sa vieille niche où il ne
protégeait plus personne et il est descendu dans un oratoire édi-
fié sur la nouvelle voie où il s'ennuie et regrette le temps passé,
car les gens sont maintenant trop pressés pour l'invoquer et le
saluer. Là-haut, très haut, dans un coin où les aigles placeraient
leur nid, une métairie est accrochée, suspendue au-dessus du pré-
cipice ; les yeux cherchent l'étroit sentier qui sert aux habitants.
On entend le bruit caractéristique et rafraîchissant d'une grosse
chute d'eau, la route longe une scierie et des douelles amoncelées,
sort du défilé, franchit le Tech et un affluent qui accourt du
Canigou ; dix minutes plus tard, la vallée s'élargit, l'horizon s'é-
tend, s'éloigne, la rivière arrose de grasses et riches prairies, les
pentes plus douces sont soigneusement cultivées ; autour des mas
blanchâtres, aux toits de tuiles rouges, les champs de seigle,
maïs et pomme de terre alternent avec les châtaigneraies au noir
feuillage ; deux trouées s'ouvrent successivement dans les monta-
gnes d'Espagne ; devant nous, sur un piton gris et dénudé, la
tour du Mir (du regard; se dresse fièrement, sentinelle avancée
qui garde la contrée ; a droite, le fort la Garde, jadis édifié par
— 2)3 —
Vauban, remplit un large mamelon. On dépasse une coquette
villa enfouie dans la verdure, la silhouette d'un clocher se lève
derrière un repli de terrain, et après un tournant, l'on découvre
un gros bourg ceint de vieilles murailles. Excités par leur con-
ducteur et l'approche de l'écurie, les chevaux traversent au galop
un faubourg plein de mouvement et de gaieté, un foirai! spacieux,
ombragé de platanes et micocouliers luxuriants, puis, dans les cla-
quements du fouet, les tintements des grelots, le fracas des roues
sur les pavés, ils s'engouflFrent dans les remparts par la porte de
France, veuve, hélas ! de sa porte, son fossé, son pont-levis et
s'arrêtent enfin sur la place de Prats-de-Mollo, la capitale du
Haut-Vallespir.
Prats-de-Mollo est bâti en amphithéâtre sur la rive gauche du
Tech ; ses murailles actuelles, qui datent de Louis XIV, sont jau-
nies par le soleil et la pressent étroitement comme un corset de
femme âgée ; au sud, elles trempent leurs pieds dans les eaux
claires de la rivière, elles montent vers le nord à l'assaut du fort
la Garde, mais lasses sans doute, elles s'arrêtent, se rejoignent à
mi-chemin s'appuyant sur la belle et vieille église romane dont
les murs épais, étayés de solides contreforts semblent plutôt d'un
château féodal ; le clocher est une grande tour carrée, percée sur
chaque côté d'immenses baies à demi-murées, surmontée d'une
petite pyramide et d'un encadrement de pierre où deux cloches
se balancent. Les maisons s'étagent en gradins et s'escaladent les
unes les autres ; les rues, d'inégal niveau, sont reliées par des esca-
liers aux larges degrés ou des côtes rapides aux rangées transver-
sales de pierres saillantes. Un torrent profond divise l'aggloméra-
tion en deux parties dissemblables : la plus grande et la plus
neuve, à l'orient, n'est pas trop brouillée avec la symétrie; l'autre
constituait le Prats primitif, ses maisons étalent leur vétusté et
se heurtent dans un désordre pittoresque.
Devant l'église une magnifique terrasse domine la ville et la
vallée ; à droite, la route monte avec la rivière vers l'établisse-
ment thermal de la Preste ; au fond, le pic de Costabona con-
serve huit mois de Tannée sa cape immaculée, sa fourrure d'her-
mine ; à mi-flanc, les bâtiments du Boix et son immense Christ
— 214 —
qui déverse sur les êtres et les choses l'amour et la paix dont il
a le cœur plein. Devant nous, un torrent dévale d'une gorge
étroite et longue ; tout près de la ville, la fontaine d'Amour où
il fait si bon deviser, flirter, causer, discuter, à l'ombre des grands
arbres, près de la source qui murmure ; au-dessus, deux chemins
qui grimpent en lacets : celui de gauche mène au Coral, ermitage
de la Vierge célèbre en Roussillon, l'autre en Espagne par la
chapelle ruinée de Sainte-Marguerite et le col d'Ares ; de ce
côté la tour du Mir, moins dégagée de la montagne, n'a plus si
belle allure ; à gauche, les hauteurs de Gironella sont arrondies
comme des épaules féminines et l'on devine le Baus de l'Ase,
cette percée du Tech pour courir à la Mer Bleue; derrière nous,
le géant Canigou s'aplatit, s'efface, s'humanise volontairement,
gardant sa hautaine réserve et son front sourcilleux pour ceux qui
le contemplent de la plaine roussillonnaise.
Cirque incomparable où l'on ne sait qu'admirer le plus, tant
les paysages sont changeants, les décors variés ; les petits coins
ombreux ont un charme plus modeste, une grâce plus intime et
plus prenante ; les vallons escarpés, vrais abîmes, les cimes altiè-
res, perdues dans l'espace, étonnent davantage, ont plus de gran-
deur et de majesté ; ces beautés différentes se complètent et se
font valoir mutuellement ; l'artiste, impuissant à traduire son émo-
tion, ouvre de grands yeux et reste muet.
L'on ne vantera jamais assez l'exposition de Prats-dc-Mollo
sur le versant septentrional d'une vallée orientée du levant au
couchant ; la ville reçoit le premier baiser et le dernier sourire
du soleil, ne perd aucune de ses brûlantes caresses ; blottie dans
le giron méridional du Canigou, elle ignore les vents du nord,
elle est plus sujette aux vents chauds d'Espagne, ennuyeux peut-
être durant la belle saison, mais que l'hiver, elle accueille avec
gratitude. Malgré l'altitude proche de huit cents mètres, les bru-
mes sont assez rares, les pluies plus diluviennes que fréquentes ;
l'été a surtout des orages terribles et dévastateurs, heureusement
vite évanouis ; comme le vent, l'humidité n'est que passagère et
l'atmosphère se maintient sèche, calme et limpide.
Les hivers ne sont pas rigoureux, les neiges pas abondantes.
— 2l5 —
En décembre 1906, une chute de neige dura trois jours, ensevelit
la vallée pour trois mois sous un grand linceul blanc, mais la
tempête avait également sévi dans tout le Midi et à Prats les
vieillards seuls en évoquaient une semblable, quand ils étaient
petits enfants, soixante-dix ans plus tôt. D'habitude, la neige,
assez tenace sur les crêtes, fond en deux ou trois jours dans la
ville et ses alentours, fuit, dit-on, comme un lévrier. Tandis que
la violente tramontane fait rage dans la plaine, chasse la pous
siêre sur les routes, soulève jusqu'aux cailloux, pousse et ren-
verse les wagons, se glisse sous les vêtements les plus épais, les
couches supérieures de l'air sont seules agitées dans le Haut-
Vallespir et le soleil conserve toute sa vertu. De novembre à
mars, les froids sont vifs pendant la nuit, de cinq heures du soir
à huit heures du matin, mais les journées sont souvent printa-
nières, la route de la Preste est le rendez-vous des flâneurs et ce
n'est pas seulement par coquetterie que les dames déploient leurs
ombrelles.
L'été reste la saison privilégiée ; les retours offensifs de l'hiver
qui surprennent désagréablement à de plus hautes altitudes sont
inconnus tout autant que la canicule du Roussillon, cette lourde
chaleur qui fatigue, accable, déprime ; quand le soleil au zénith
darde ses flèches d'or en fusion, les châtaigneraies off^rent leur
ombre délicieuse, et les nombreuses fontaines leurs eaux glacées,
apéritives et légères ; les poumons se dilatent pour respirer un
air exempt de ces miasmes délétères qui empoisonnent les
grandes villes, chargé tout au contraire des suaves et fortifiants
arômes que distillent les plantes balsamiques de la montagne.
Les soirées sont exquises, la brise qui descend des sommets et
celle qui s'élève de la rivière piquent agréablement la peau,
enveloppent le corps d'aise et de bien-être, — et, quand on
rentre chez soi, c'est pour goûter le sommeil paisible de l'enfance.
Qu'il fait bon surtout revenir à Prats lorsqu'on est fatigué ou
meurtri, tant au moral qu'au physique, par les luttes cruelles de
la vie ou ses plaisirs sont plus dangereux encore ; l'apaisement
est presque immédiat, le soulagement rapide, les peines s'éva-
porent, le courage renaît, les forces reviennent par enchantement,
l'on se trouve guéri, régénéré, plus vaillant, plus intrépide que
jamais. Ce n'est point un lieu pour travailler avec excès ou
— 2 l6
s'abandonner aux grandes passions, mais pour couler sa vie dans
une sage quiétude ; le climat, sédatif et régulier, dispose au
farniente et aux tendres, aux pures joies du cœur ; les jours
passent sans courber les épaules, la jeunesse se prolonge long-
temps, la vieillesse commence tard, se conserve douce et tiède
comme un été de la saint Martin,
Le mythe d'Antée est l'un des plus beaux de l'antiquité;
chaque fois que, terrassé par Hercule, le fils de la Terre touchait
sa mère, il recouvrait sa vigueur épuisée ; pour le vaincre, le
héros grec dut le soulever en l'air et l'étouffer dans les bras.
Cette légende, comme toutes celles de l'Hellade, n'est pas une
simple et vaine histoire curieusement inventée ; elle a un sens
caché, elle enferme sous le voile transparent d'une allégorie le
pur diamant d une grande vérité ; le salut de l'homme est dans
le retour à la nature, elle le réconforte, le retrempe, le rajeunit,
elle est la vraie, la seule fontaine de Jouvence. Cette grande
vérité, je ne l'ai jamais si bien comprise qu'à Prats-de-Mollo.
O coquette ville de Prats ! la neige te couronne pendant
l'hiver, la verdure pendant l'été, tu es toujours fraîche et parée
comme une jeune vierge le matin de ses noces ; et le tendre
regard, humide et brillant, le mystérieux sourire, plein d'abandon,
pudique et voluptueux à la fois qui ravissent d'amour et de
bonheur son fiancé d'élection, tu les adresses à tous ceux qui
pénètrent dans tes murs !
Mais, dis-moi, beaucoup d'autres villes plus riches et plus
belles, plus fardées, plus séduisantes et plus capiteuses accueillent
de même le voyageur à bras ouverts, se livrent à lui sans réserve ;
cependant lorsqu'on les a visitées en détail, qu'on a goûté tous
leurs plaisirs, on les quitte avec indifférence sans retourner la
tête ; pourquoi donc, dès qu'on te connaît, se détache-t-on
difficilement, s'efforce-t-on de prolonger son séjour et ne part-on
qu'à son corps défendant, l'âme endeuillée, incapable de t'oublier
désormais ? pourquoi tant de touristes promettent-ils de revenir
et regrettent-ils que leurs affaires les empêchent de se fixer
définitivement ? dis-moi les liens mystérieux et forts avec lesquels
tu saisis, emprisonnes, retiens les cœurs ?
2 I 7 —
Moi aussi, j'ai subi ton emprise ; je venais de la lointaine
Bretagne où les genêts en fleur mettent une gloire sur la lande,
où les flots glauques de Tocéan déferlent sans répit sur les falaises
déchiquetées; l'attachement est proverbial des bretons pour leur
petite patrie ; eh bien ! quel philtre magique m'as-tu versé pour
supplanter la vieille Armorique dans mon affection ? toi seule es
maintenant l'objet de mes désirs, c'est à l'ombre de tes remparts
que la vie me semblerait meilleure, la mort moins amère, et c'est
dans ton cimetière, véritable belvédère, au-dessus de la ville, face
à la vallée, que j'ai marqué ma place pour le sommeil éternel !
Juin 1911.
Als Cantaires Catalans del Vallespir
Cantaires de la Vall, garleu(ii ab mélodie
els aires de la terra, qu'enlairen nostre cor ;
qu'allunyan las tristeses ab ritmes d'armonie,
que nostre ser inondan de pur y tendre amor.
Vermelles barretines que Uunyanes filamejen
mogudes y joyoses las testes coronant,
xamoses com les roses qu'esbeltes se cimbrejen
ornant las margenades y els aires perfumant.
Garleu la dolsa parla, trésor dels que passâren,
que grava els sentiments ab bells caracters d'or;
qu'evoca el gran recort d'aquells que s'enlairâren
acompanyant llurs cants ab una lira d'or.
(i). Babiller, [gazouiller, chanter, dire...
— 2l8 —
Del xamôs Vallespir rossinyols que refilen,
de llurs cases la joya arrivât el repos,
y mes tart al capvespre quan las dones ne filen
tança vostres parpelles un somni delicios.
La gloria de llur terra n'escampan per la Fransa
qu'admira el tendre accent dels fills del Rossellô,
y esclaten ubriagats sentits planys d'anyoransa
y en garlan las belleses dels cims del Canigo.
Ja may no moriràn els noms dels qu'ho ensenyen
à conquérir la gloria les palmes y els llaurers,
ja may se marcirân en els segles que venen
els noms prehuats d'Amade, Manresa y Pallarés.
Gran poble Catalâ, feli's de tu qu'admires
ab santa fruhiciô y gran reculliment,
del amor de la terra flamejantes guspires
que brollen foguejantes d'amor y sentiment.
Cantaires de la Vall garleu ab mélodie
els aires de la terra qu'enlairan nostre cor ;
qu'allunyan les tristeses ab ritmes d'armonie
y nostre cor inondan de pur y tendre amor.
Victor Vallespir.
Palmes Académiques
Au moment de notre tirage, i) nous arrive l'agréable nou-
velle que les palmes académiques sont décernées à M. Jean
Amade ; nous adressons à notre ami nos meilleures et sin-
cères félicitations. C'est là une considération donnée à son
oeuvre littéraire et poétique.
Per molts anys ! Visca lo Vallespir ! Visca lo Rossellô !
M. Jacques de Noëll
M. Jacques de Noëll, un bon et sincère Catalan, est l'auteur du
Salut au Vallespir qui a été exécuté au festival de Céret par
toutes les sociétés chorales venues pour la fête. Directeur de
l'Orphéon de Saint-Laurent-de-Cerdans, qu'il a fonde en 1896,
et qui a pris une part si remarquée à l'exécution de la Cantate,
M. Jacques de Noëll, comme cet orphéon, va de succès en
M. JACQUES DE NOELL
succès : il porte au loin le renom de notre petite patrie. 11 a fait
entre autres oeuvres un arrangement de Lo Parlai à 4 voix ; ses
chanteurs interprètent toujours d'une façon ravissante Montanyes
régalades ainsi que deux sardanes fort curieuses. 11 prépare une
édition de vieilles chansons catalanes, et, avec le maître Déodat
de Sévérac, une reconstitution de la musique catalane. Catalaniste
fervent, vrai fils du Vallespir, il a travaillé de son mieux à faire
connaître les beautés de notre cher pays. Nous comptons sur lui
pour entretenir chez ses compatriotes du haut Vallespir le culte
des choses catalanes, et nous lui souhaitons de tout cœur, en art
régionaliste, de nouveaux et nombreux succès.
^«^^^^^V«*^^i^5i»?.VV«5C<^V<SC<V«^C'V<N'5^S^5i^5i^5i^^5ii^»^î^5^««N^
El Vallespi
^ tt'En Johan Amade.
Bé plau à mon cor el quiet Vallespi,
amb el seu perfiim de roja surera,
y '1 Tech vorejant l'armoniosa Albera,
per se desayguar en el mar llati !
Bé plau à mon cor l'alegre filada
de vilatges blancs am teulats vermeils,
que veuhen à l'alba brillar damunt d'ells
la derrera estela al cel enlayrada !
Bé plau â mon cor l'aspre y '1 regatiu,
l'ardent soleyâ que soviny ens mostra
l'aguda etzevare de la terra nostra
y la pura gracia de l'etern oliu !
Bé plau â mon cor la castanyareda
que s'en puja d'Arles fins â Sant-Llorens,
boy deixant les torres de l'esquerp Cabrens,
y de Montferrer la presô tan freda !
Oh terra germana ! Oh, '1 meu Vallespi!
Tant que tindrâ neus l'asprôs Costabona,
tant qu'entre pomers el Tech que ressona
rodejarâ pedres del teu monestir ;
Y tant que duyent la dorca pansida
aniràn tes filles amb un balanceig
â la font del Boix qu'estima '1 festeig,
tant que Is blancs rosers treuràn llur florida,
Tant qu'en les bardisses niarân aucells,
guarda 'n el redôs del mont de l'Albera,
amb el teu perfûm de roja surera,
els balls y les festes y costums dels vells !
Maig 1911.
Sant Eloy
Sus de la carretera nova de Prats-de-Moll6, passât lo poble
rident del Tech, la vall poch à poch vé mes estreta, penyes
asproses lestrenyint, tant altes y dretes de cada ban que may hi
toca '1 sol sinô al mit) dia dels mesos d'estiu. Broll â baix la ribcra
de saltant en saltant, blanca d'escuma, y se veuhen de quant en
quant gorgs espantadissos, que l'aygua clari'ssima de) Tech tor-
nase nègre, de tan fonda qu'es. Eix lloch de salvatge bellesa ne
diuhen Les Sitges, corn lo mas penjat alla dalt que sembla una
roca blanca â punt de s'estimbar sul cap de qui se l'espia. Pro-
ven eix nom de les sitges o pôus (en francès ne dirian silos) hont
abrigavan les trofes, altres temps, los masobers d'aquell mas per
amor que no se 'Is hi gelessan al cor de l'ivern.
Aviat se présenta â vora del cami una capelleta quillada al
cim d'un pilar nou, com s'en sol parar en molts endrets de rutas
y forques ; un sant s'hi abriga, lo gloriôs sant Eloy, patrô dels
joyellers y argenters y també dels cabaDs, matxos y burros,
donchs dels caballers, postillons, cotxers, carreters y traginers.
Si s'espia â l'altre riba del Tech, un galan poch amunt de la
paret penyosa, se veurâ altre capelleta mes antigua, à vora del
cami vell de Prats, avuy arruinat, que descapdella, aixi mateix
que corda floixa, â qui sab quants de pams sobre dels timbâus
del rîu, ses pujades, baixades y remingols. Era allô la caseta del
benaventurat sant Eloy, y tant vos com jô us pensariu que tôt
fent la ruta nova varen baixarhi l'antigua estatua, que no s'estés
abandonada alla dalt.
No es aquesta la veritat. Lo sant, pochs anys fa, no s'havia
tret del cami vell y tothom se '1 ténia oblidat, tan y tan gran va
la fredor de la gent de carreta per les coses sautes, que mes se
cuyda à xurrupar maies aygues-ardents â cada alberga encon-
trada que de se signar y fer pregaries â les dévotes. Caminar de
dia o de nits es feyna ruda y un fil acalenta y dona pit ; y de fil
en fil, n'hi ha que vint o trente colps ab una diada se posan les
gingives â mollega.
Una nit fosca de Nadal, que tôt era blanch de néu y que
bufaba una mala rufacada, pujava 'I cotxe d'Arles â Prats. Lo
— 1-11
cotxer, tôt arrodit, treya mal â tenir les besties qu'estropassavan
à cada pas sus de la neu gelada. Arribant à les Sitges, los caballs
tôt d'un colp s'estrabancan y s'amorran, no s poguent mes
aixecar. Salta l'home de seguida, ab dos companys adormits â
dintre que '1 patach los avia despertats, y tots très, ab molts
afanys, descollant lo bestiar, acaban del tornar de péus.
Ay I que te veuhen sus de la néu blanca ? Un calcôm de aegre
com un tiô. Agafada la llanterna, ja van coneixer lo que era : lo
sant Eloy de la ruta vella, ben estirat al mit) del pas, coll trencat,
sensé mans ni croça, estamordit y gelât! Com havia vingut aquî ?
Aixô fora ho van sapiguer l'endemâ, que minyons de Prats
ho van dir, tôt apurats de lo qu'havian fet. Eixint de taulejar y
fer begudes ab motiu d'alabansa â l'Infant de Maria, mitj bor-
ratxos, dos pareils de galipans s'en havian anat â rodar, tôt fent
cantarelles, cap à la Pollengarda, desprès montanya amunt, y
pervinguts à la ruta vella, havian obert la capelleta de sant Eloy
y, prés lo pobre bisbe, Thavian tirât dalt â baix, ab grand
remoli de braços, pel negar dins del Tech. Pero l'infeliç sant
Eloy, atravessant per damunt la ribera, s'era escaygut â la
carretera nova.
Los très companys van cullir '1 Bisbe y son cap mitrat y 'I
varen durer â Prats, hont très hores de nit tocavan al campanar
quant arribaren, y varen môurer gran fressa, arrotllant gent y
gent pels hi mostrar la troba. Entre setmana, lo sant fû adobat
de nôu. Un dels caminants, qu'era fuster, li va passar entre cap
y coll una clavilla per ajustar la testa y li va afagir mans. L'altre,
qu'era serraller, li va fer una croça ; y '1 cotxer que sabia pintar,
li va passar color de carn à les mans y â la cara, color blâu â la
roba y color vermeil al manto, hasta li engroguejà la mitra. Se
va fer ab cuartos de caritat una capelleta nova sus de la carretera
en el punt mateix hont havia caygut ; y veus aqui com ha deixat
sant Eloy la ruta vella per venir, tôt fresch y régalât, â vora del
Tech.
Aixô m'ho va contar, l'any passât, per una nit d'estiu tota
blanca de lluna que pujava al seu costat sul cotxe d'Arles y
passant devant de sant Eloy, lo cotxer mateix que li va succehir
esta Ventura, lo benvolgut y bon minyô En Miquel Pompidor.
Paris, primer dia de juliol de 191 i.
•<! tfh^u^ eU QUre^ç^
La Ceretana
(i;
bis
La Ceretana, ben florada,
Porta color de bona lley ;
El diumenge, â la passejada,
Dirian rosa qu'espelley :
un aixerit, boca divina,
Cos graciés, peu minyonet,
Tothom s'encanta cuan camina,
Tant el seu ayre es boniquet...
Refrany
Amichs, cantem la Ceretana
De la Marenda al Canigô ;
En s' cofant à la catalana,
Es la perla del Rossellô...
Donà de gust y molt adreta,
De los seus dits fa lo que vol ;
Deliciosa la « tualeta »
Que s' posa pel Sant-Ferriol !
Amb poca cosa es ben mudada,
Sus d'ella tôt vos sembla nou ;
Cuan ten una roba fanada.
Un cop de planxa... n'hi ha prou !...
La Ceretena, regordida,
Per ballar ten pas son pareil ;
Ditxôs es el que la convida :
Es lleugera corn un aucell !
(i) Cette poésie a été mise en musique par M. Loué, chef de musique du
j5' d'infanterie, à Romans. Refrain après chaque couplet.
— 214 —
Al Barry, la nit de la fira,
Sigui embromat o seré,
Sa mare, en guardant la cadira,
Ten d'esperar fins al derrer...
La feyna de casa Tamusa,
No resta may sensé fer rê ;
Fiera no es, no es pagosa,.
• En cantant escombra el carrer.
Al sait del llit fa cambra neta,
Ncta â poguer s'emmirallar ;
Com un anell se ten propreta,
Del cim del cap al clavillâ.
La Ceretana es donchs perfecta ;
D'aixô tôt el poble en conven.
Per completar la cansoneta,
L'acabarem en vos dihent :
Fadrins qu'el casament tormenta,
Cuan falta dona al vostre endret,
Si la voleu guapa y valenta,
Teniu lo que cal â Ceret... (i)
J. Chadany.
( i) 11 est regrettable que cette gentille « cansoneta »>, qui a été chantée
avec succès par les Cantayres Catalans aux arènes de Céret le 2 juillet, con-
tienne quelques gallicismes, que l'auteur aurait pu faire disparaître sans
aucune peine et remplacer par des équivalents de la langue catalane rous-
sillonnaise : on aurait compris tout de même et l'ensemble eût été plus pit-
toresque. Nous tenions à faire ici cette observation pour montrer à nos
amis que nous ne savons pas toujours nous servir des tournures expressives
et courantes que nous avons à notre disposition. N. D. L. R.
Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-DominJque, Perpignan.
f >
5' Année. N' 56 15 Août 1911.
Les Manuscrits non insérés
ne sont oas renau».
REVUE
Les Articles oarus dans ia Revue m^ ^^ ^ ■ '^ ^^ W ^^ I^J W^
T engagent ouc leurs auteurs. ^■^•fc A A fli wmSL^Jkmmm ^ Ai^
Un sculpteur roussillonnais
M. CélesHn MANALT
Le succès qui accueille l'œuvre de A/l. Célestin Manalt doit
nous être agréable. On m'excusera de donner ici une appréciation
après le court mais substantiel article de M. Prat, paru dans
La Yeu del Canigà. J'ai simplement voulu recueillir une ironie de
mon ami, M. Albert Bausil. Ce spirituel poète écrit en effet:
« le méritoire Alanalt ».
je crois qu'il y a là un soupçon d'injustice. Je n'en fais pas un
reproche à M. Bausil, car, en matière d'art, l'injustice est si fa-
cile ! Et il y a d'autant moins reproche de ma part que l'épithète
se trouve dans une note parisienne, à laquelle j'applaudis sans
réserve, car elle loue Aristide Maillol, ce roussillonnais qui est le
plus pur des hellènes.
D'autre part, je ne suis point un admirateur de C. Manalt,
puisque je ne connais son œuvre qu'imparfaitement, je n'ai que
le souvenir d'une première et unique visite à son atelier, voilà
bientôt trois ans ; C. Manalt n'était alors qu'un inconnu.
C'était une chambre fort étroite, peu claire, où les œuvres
avaient d'ailleurs l'air de la maison, aussi bien que le manuscrit
de Marie-Claire sur la petite table de Marguerite Audoux.
Petit, nerveux, avec des rides en longueur sur ses joues, et un
regard simple et bleu, C. Manalt épiait peut-être mon impression,
car il était silencieux.
]1 y avait dans une bibliothèque les œuvres de Zola, je ne lis
pas du Zola, mais je pensais que ses œuvres étaient bien à leur
place, dans cette chambre blanchie à la chaux où se dressait le
plâtre du Méprisé.
226
C. Manalt est, en effet, le sculpteur de la souffrance ; il va aux
opprimés, aux délaissés, aux abandonnés. Il doit assurément trou-
ver une joie à œuvrer ainsi, puisque la douleur est une source de
plaisir.
Une image revient à plusieurs reprises dans son oeuvre : l'hom-
me ou l'enfant au violoncelle, pauvres amuseurs émaciés, sur la
terrasse d'un café, pauvres amuseurs qui expriment leur misère en
une mélodie saignante.
A'iais C. Manalt ne nous montre pas seulement ceux qui souf-
frent et sont accablés. La vague rouge se déploiera. Dans un
bas-relief, il a ébauché la procession de ceux qui vont à la grève,
lamentables et illuminés, hâves et hirsutes, hommes, femmes et
enfants.
Sans doute, il y a là encore de la tristesse. Ce bas-relief em-
brumé — la brume qui descend des cheminées d'usine — se
déroule encore comme une phrase musicale, douloureuse et heurtée.
Mais C. Manalt nous décrira le travail, l'effort, la lutte. Je
crois qu'à l'heure présente il doit avoir exprimé tout cela.
J'ai vu dans son atelier la première conception d'un groupe qui
m'impressionna. En toute franchise, je dois même dire que ce
fut ma seule émotion, celle qui me réconcilia aussitôt avec l'ar-
tiste : Un homme vigoureux, aux muscles âprement tendus contre
la destinée, et, appuyée sur son épaule, la femme, la mère d'une
famille à venir, ployant son corps en un arc de cercle, comme
aux bords d'un étang un jonc flexible.
Ce fut la seule émotion, mais elle suffisait. J'avais senti dans
les autres œuvres un reflet exact de l'âme, une sincérité sans
fard, rude et gauche, et je l'imagine aussi, des souvenirs doulou-
reusement personnels. Mais ici, je découvrais le symbole qui
exprimait la vie ouvrière ; et, au surplus, j'entrevoyais une ligne
harmonieuse, la ligne magicienne. Cette image, après trois ans,
je la garde encore, M. Bausil. Et c'est à cause d'elle — unique-
ment — que je n'ai pas voulu oublier le nom de cet artiste. Au
fait, vous avez été sincère. Vous n'aimez point la rumeur popu-
laire. Les salons où les souvenirs flottent sur les tentures aux
fleurs décolorées vous charment bien davantage. Si la vague rouge
venait à passer, vous tamiseriez la lumière, le discordant dehors,
avec les rideaux d'un ocre fané. Vous vous accommoderiez d'un
— Î27 —
xviii' siècle élégant et papoteur. Clara d'Ellebense lirait avec
plaisir les strophes où vous nous parlez d'un jardin abandonné.
Comme vous, mon ami, jaime la silencieuse poésie du passé.
Je suis même un peu froissé par une sculpture qui exalte unique-
ment les f-oules opprimées et vengeresses. Car, avant toute chose,
le sculpteur doit aimer la ligne. En s'isolant, l'artiste se rappro-
chera de sa propre vie. 11 aimera le songe, qui est la transfor-
mation de l'extérieur et la figuration de l'âme.
Cette pensée qui est la mienne, je crois, est probablement aussi
la vôtre. Ce n'est malheureusement pas celle de M.. C. Manalt.
D'ailleurs, si ses expressions n'ont pas de subtiles élégances, elles
ont le mérite de la sincérité, toujours, de la force parfois. Et les
artisans sincères méritent nos sympathies.
Joseph Pons.
Lo Gorch Bufaroch
Un dels mes bonichs recons que criden l'admiraciô dels banyistes
de la Presta com la dels excursionistes de Prats de Mollô, es la
gorja del Brescany, comal estret y encaixonat format pel torrent
d'aqueix nom. Les fonts alimentant-lo, naixen al cim de les
conques, en els baixants del plâ de les Eugues, juntant-se amb el
riu Tech no Uuny del Moli y d'aquell gegant montanyès qu'es
el faig d'Agrafull.
El Brescany devalla, riverol catiu, entre cingleres espadades y
salvatges, sempre presoner en mitg de timbes granitiques, rodejat
de penyes altives, ombrejat per roures, castanyers y freixes
qu'entrelliguen llurs branques sobre les gorgues, fent en l'istju
atapahida volta de verdor.
Cad'any, pel juliol y l'agost, alegres colles de banyistes seguint
tractament thermal en lo reputat establiment vehi aprofiten els
bons dies per visitar l'estreta vall del Brescany y principalment
lo gorch Bufaroch que n'es la verdadera curiositat. Una mica
cansats per la caminada, 6, no mes acalorits, molts parroquians
de la Presta s'aturen en la masia d'Agrafull trobant-hi sempre,
27
8 —
ab bona cara, la llet mes pura y mes embalsamada de la comarca.
Tôt descansant, els senyors cargolen y cremen un cigarret en
l'enllosat de l'escala de pedra forana, de) temps que l'Andreu, el
masover, los hi dona noticies tocant son ofici d'agricultor. La
conversa toca un xich â moites coses, los treballs de! istiu, la
replega dels esplets, la criansa del bestiar gros y menut, los
afanys del mal ivern y també sobre '1 remat seu que s'ovira, serra
amunt, prop la frontera d'Espanya. Els homens de ciutat escolten
el pages amb tota Dur atenciô, cap-ficats al mirar, alla dalt, les
ovelles dispergint-se per les costes, pasturant, guiades pel pastor.
Eix guardiâ es un aixerit minyô de casa. Vestit de borata, porta
al coll sarré de pell de moltô y llarch garrot a la ma. A voltes cl
veuhen sobre una roca, que 's trau lo fluviol del sarrô, ensajant
unes corrandes vallespirenques. Les notes alegres s'esgranan per
l'espay assoleyat, barrejant-se amb els refilets del cotoliu, que
puja y s'enlayra, a perdua de vista, dins la blavor del cel, no
parant may de cantar. En el mas, dins la gran cuyna, les senyores
van xarrant am la masovera, la Tresa, rondinejada de sis o set
criatures boniques y pera fer goig. Aviat la taula n'es parada.
Unes groixodes estovalles de canem, culleres estanyades, escu-
delles de terrisa vermella, y la Tresa serveix la llet gustosa
acabada de munyir. Tothom fa la xuca-molla am pa de segol
pastat de fresch y sempre trovat molt bo. Tots els qu han recor-
regut l'ait Vallespir, fent apats en les masies grans à petites ja
saben per ellos mateixos que nos" pot trovar res de millor ni mes
sanitôs que 1 recapte montanyés. L'espertinar acabat, el gasto
pagat, los forasters demanen lo cami del gorch. Gayre bé sempre
es en Père, el trempât y valent hereu d'aquella casa que 'Is hi fa
de guia. Deixant el cami real à can Llagosta pera enfilar-se dins
lo comal ombrejat de verns, atapahit de boixos, avellaners, fal-
gueres y demès plantes montanyeses, hont serpenteja '1 corriol.
Somrient, delitos, en Père marxa devant. La colla, en llarga
tirallonga, segueix, riera amunt. Els aucellets volatejen pels
matassers, xericant, buscant granes 6 papus en vores d'aygua y
amagant llurs amoretes en l'ufanosa vegetaciô que penja per tôt
arreu com vert cortinatge. A cada pas se trepitjen violeres y
maduixeres boscanes. Aigols corren sobre Hits de molsa entre
creixens y apit bort. Jordoners s'hi troben també de cada ban.
129 —
Al veurer els pinjolls de jordons, lo jovent adalerat se desvia
pera cullir-ne un manat per postres del sopar. Dona gust ullar
aquelles esveltes senyoretes engarapant-se per les penyes dels
voltants, buscant floretes salvatges, fent-ne poms y ramellets.
Perô, al cap de poca estona, lo paisatje cambia. Rocaters y
clapises s'aixequen en cada banda del estret canal. Comensa a
s'ohir lo rum-rum llunyâ de la cascata. Sobtadament s'aixequen
dos aucells de rapinya, estranyats ben segurf de veure acomesa
llur quieta morada y aixis torbat son silenci acostumat.
Els excursionistes han arrivât en les vores del gorch hont l'aygua
cargola fent retrunyir les roques de murmuris pregôns. L'afrau
susmou de bo els forasters, que se desfân en exclamacions admi-
ratives per part dels homens, y crits d'esglay per part de les
dones. Que bé s compren essent aqui, com la soletat es germana
de la por ! Aquest es lloch de bruxes y de dimonis! En Père,
los senyors mes arriscats, donen la ma y ajuden les senyores
atropellades fent-los-hi passar el troc mes perillôs. Arribada la
comitiva, cadascû va segons son enginy particular. Dos senyorets
prenen vistes fotogrâfii{ues, un geolech mitg-parteix trossos de
roques pera estudiar-les. Mentrestant un saberut predica, espongit,
sobre 'Is espectacles grandiosos de la naturalesa. Les dames mes
madures se planyen dels mais camins, de la distancia, del baf, de
la polsaguera y se tiren a terra vermelles de cara, suhades, esbu-
fegant. Escabellonades, lo barret en tramontana, justifiquen una
vegada mes l'adagi catalâ : qui am dones va y burros mena
Sempre alegres, enjogassades com papellones, les senyoretes
riuhen y maynadejen amb els fadrins. La una tira un roch dins
l'aygua aixecant un ruixat d'esquitxos que xupa tota la gent.
Aquell esparpall no fa riure en Père. Sa cara expressiva demostra
disgust y verdader malcontentament. Tothom lo pregunta. Eli,
malhumorat, respon que no cal despertar el marrâ nègre ni
tampoch agraviar lo gorch congriador de pedragades y tem-
pestats. — No se'n tenen de riure, no, Senyors, perqué com hi
ha Deu, es segur qu'aquest lloch es apropriat pera qualsevulga
malifeta. No es facil rentar-hi roba. Arreu s'esparreca y se'n torna
a trossos y a bocins. Tampoch cap cristié no s'hi pot banyar, ni
tant sols ficars'hi de peus, perqué una ma amagada en les fonda-
ries arrapa y nega l'imprudent dinsdel gorch. Per llargues que
— 23o
sien unes cordes, may ningû Iha pogut sondejar, y, les nits de
temporals, de torb y rufacades, en mitg dels ronchs del saltant
de l'aygua, del enlluhernament dels llampechs y retrunys de la
tronada s'hi senten com rialles espantoses, bels de xays y planys
esglayadors !
La gent del rodador ne conten les coses mes dolentes y cxtra-
nyes. Ningù d'assi gosaria tirar-hi una pedra per por de terrible
castich ; potser se n'aixecarien nuvols prenyats de llamps !
Tothom sap que les truytes que s'hi pesquen, mentres les fre-
geixen s'escapen xemenelia amunt y s'ehtornen al gorch. Dîu que
una vegada, fa d'aixô anys y panys, un pastor del mas del Boix
feya pastorar ses ovelles per eixos indrets. La boyra entreteixia
mates y arbres emplenant la cloterada com de desfiles lletoses.
A poch a poch los besos humits de la broma condormiren cans y
remat. El pastor mitg ensopit per un poder misterios qu'apagava
sa forsa y voluntat va veurer surtir del reveigde l'aygua un marrâ
nègre que li va marrir totes ses ovelles, y, acabat, tornâ a
capbossar en el gorch. A la primavera desprès va neixer tôt una
xayada d'anyells nègres, ferrenys y bonichs com may se n'havien
vist. Agrahit y plé de bons intens, lo pastor, entre istiu, tornâ
ab son remat en les vorcs del riu ; perô allavores el marrâ surtint
del gorch Bufaroch va llensar très bels, y al sentir-lo, tots los
xays varen desapareixer dins l'aygua al darrera d'ell. May mes
cap del Boix ni del vehinat no han sapigut noticies del infelis
bestiar...
Lo sol se pon en la pica de Costabona. Es hora de tornarsen
cap a la Presta. Enmaravellats, los banyistes estrenyen la ma den
Père, y, a l'encaixar hi descuyden algunes pecetes de propina
pera pagar-li sa cortesia y la bonica llegenda contada ab tanta
emociô y natural. Despres de dar gracies, lo pageset, trempât
com un jinjol, s'entorna vers sa masia y los senyors pujen a sopar
en l'establiment hont arriven al moment mateix que la campana
de la fonda toca a refetor.
Mes tart, a l'hora del retiro, los excursionistes s'adormen
gronxats pel dolç recort daquella hermosa passejada en les
encantadores serres del nostre Vallespir, barrejant-hi encare, com
en somni, los bels del marrâ nègre y els rums-rums llunyâns de
la cascata del gorch Bufaroch.
J. DE Sant-Salvador.
L'Alzina
Mon cor estima un arbre...
(1.0 pi de Tormentor. — Costa)
Hi crejxen en ma terra arbres de tota altura.
L'humus de] pla fecunde, l'àrit llosam de l'erm
troncs ferrenys hi congrîen, que en gleva o penya dura
potents arrels encranquen, com urpes de puny ferm.
Su'l pedreguer de vora la vinya, els brancs de) roure
al boher fent beguda regalen fresc abric.
Entre les nobles rengles de platanes, a lloure
passeja, sots l'excelsa arcada, el burgès rie.
Dret el poil sobre 1 marge, mentre que 1 rec se'n corre,
sol, s'enrahona. El freixe, l'albe, 1 salze, 1 vern, l'om,
amb les canyes xerraires, fermant del riu la sorra,
menen un soroll qu'omple el bosc de gom a gom.
De petit me 'n recordo, clapava la Garriga
de frondositats grises l'escoixetat oliu ;
l'ametller hi nevava. Vui rara hi es l'amiga
ombra de la figuera. Tôt s'ho ha 1 lucre emportât.
Perô ns quedeu, fructifres arbrets, d'ufana poca,
escampillats per l'horta, o de vclla paret
a la solana. Oh dolça collita que 'ns aboca
votre feixuc brancatge, triant-nos son floret !...
Vers les cornes pugem-sen, lia d'allà de la plana !
Suros s'entortolliguen. L'autôcton lladoner
sa soca llisa enlaira, altjvola i galana.
A un buf d'oreig fressegen bedoH, faig, castanyer.
232
Sempre amunt ! Ja punteja la negrenca piràmide
de l'abct ; ja s'aixampla el pi magestuôs.
El matiçat fullatge espandit apar clàmidc
Uampant demunt de) muscle d'Atenicnc fastuôs.
Oh verdor de ma terra, tant com diversa bella,
ets recès atractîvol. Prô l'impuls mes coral
me tira cap un arbre, que la llenya novella
de SOS rebrots, de dura, s'hi osca la destral.
Son fust de bonys i nusos mai s'ascla ni se corca ;
té una escorça resseca de pansit pergamî ;
es ragot ; i la rama cenyint sa guerxa força
fa una ombra estrafalaria a l'apartat camî.
De les mans dcstructores del passant se defensa
amb sa retorta forma, pell ruda, punxons crts.
Mes, de quietut en busca, lluny de la malvolença,
com recelés asceta, viu pels rostos déserts.
Solitaria fantasma surgint dins les ténèbres
de mija-nit, astora. A sos peus, argelacs,
romanins, farigoles, rebolls de vells ginebres
li fan, pobres subjectes, senzillets afalacs.
També li diu la lluita. La tramontana alegre,
l'albé, 1 garbî, la vispa de Nort, el vent geliu
ni un branquillô li arranquen ; el temporal mes nègre
el deixa tes. Tôt passa; s'ha espolsat i se 'n riu.
I un dîe l'home llesta, oh alzina, ta mes forta,
mes sana i dreta branca, hi clava el Huent tall
del picaçô. Cau prompte el ram. L'hom se l'emporta.
L'alzina farà un mànec per l'eina del treball.
— 233 —
Bon arbre, a tu retira J'humil fill de la terra.
Al compartir les tasques, Déu li carregà 1 lot
mes pesât. A sa feina, incansable, s'aferra,
menyspresant de les viles l'inûtil avalot.
Amb cor valent de mascle reb pênes i alegrîa.
No 1 sorprenen mal écsit d'esplets, gels ni calors,
si soptades rebaixes, ni fraus de l'industria.
Que no ho sab, que se compra un goig amb cent dolors?
Que hi fa si poca paga de ses fatigues cobra ?
Si son esforç, tal volta, es mal aprofitat ?
Si riuen de sos modos i vestits ? Sembla un pobre ;
prou ; mes un pobre digne, clos en sa soletat.
1 el seny huma, qui 1 fonça ! — Tu, pages. D'aqueixa eina
que cap amunt i sempre cap en davant duu l'hom,
n'ets, tu, el mànec d'alzina. Ja farà brava feina,
l'eina aixî emmanegada ; ja caurà ben a plom.
Novembre 1910. Pau BerGA.
L'Enseignement régional
et les Etudes catalanes
Au cours de la discussion du budget de l'instruction publique
au Sénat, léminent M. Charles Dupuy, ancien président du
Conseil, a prononcé un magistral discours touchant diverses ques-
tions d'enseignement du plus haut intérêt.
Nous sommes heureux de reproduire le passage de ce discours
relatif au régionalisme :
« ... J'ai cité, messieurs, le nom de Montpellier: je voudrais
faire, à son sujet, une observation qui paraîtra naturelle. Cette
Faculté de Montpellier devrait être, d'après son histoire, d'après
- 234 -
tous nos souvenirs, le centre des études romanes et catalanes en
France.
« Sans doute les études romanes se continuent malgré le départ
de Chabaneau, à Montpellier, et elles sont fortement constituées
à Paris. Mais savez-vous où est aujourd'hui le centre des études
catalanes? A Halle, en Allemagne. Avoir laissé passer devant soi
les étudiants catalanistes, quel regret ! quel dommage î Très bien!
très bien!). \\ suffit évidemment de le constater pour que l'Univer-
sité de Montpellier, qui a une gloire séculaire et l'orgueil légi-
time d'un illustre passé, prenne les mesures nécessaires pour
ramener vers elle les étudiants qui appartiennent à sa région, et
qui n'auraient jamais dû déserter la vieille cité des rois de Major-
que. ÇNouveîles marques d'approbalion.)
« D'autre part, les Facultés des lettres ont eu le sentiment que
plus elles tendraient vers l'enseignement régional, plus elles pren-
draient le caractère régional, plus elles intéresseraient les popu-
lations qui les entourent, et plus, par conséquent, elles seraient
assurées de vivre et de croître. C'est ainsi qu'on a vu naître, dans
la plupart des Facultés, des chaires d'histoire régionale : à Bor-
deaux, la chaire d'histoire d'Aquitaine ; à Lyon, la chaire d'his-
toire de Lyon ; à Dijon, la chaire d'histoire de la Bourgogne ;
à Clermont, la chaire de l'étude des patois ; à Rennes, la chaire
de l'étude de la langue et de la littérature celtiques. Très bien!
très bien !)
« Je veux citer maintenant une de ces créations qui est très
particulière, parce qu'on voit réunis autour d'elle toutes ces for-
ces, tous ces groupements dont je parlais il y a un instant. A
Nancy, il existe une chaire d'histoire de l'Est de la France,
créée et entrenue par la ville de Nancy, par les départements de
Meurthe-et-Moselle et des Vosges et par la société des Amis de
l'Université.
« Vous voyez combien cet esprit régional, local, a pris de
puissance dans la vie et le développement des Facultés des lettres,
combien celles-ci ont compris qu'il y avait lieu pour elles d'en-
foncer de profondes racines dans le sol pour s'assurer une longue
vie... »
En Teodor Llorente
Aqueix gran valencià, aqueix patriarca de la poesia catalana à
Valencia, s'es mort lo i de juliol passât ; dévia tenir cap als
jS anys. Deu lo perde.
En Llorente havia fet, tota la seua vida, à Valencia, la mateixa
bona feyna d'En Mistral, à Provensa, y de Mossen Verdaguer,
à Barcelona : havia festejat y estimât la llengua catalana, deixada
qu'era à correr pel carrer y pel campestre, y l'havia fêta senyora
y reyna. Lo seu Llibret de versos es tôt un aplech de poésies
classiques, que son de bon de llejir. Se li arotllaren al entorn una
bona colla de joves poètes, escriptors è historiadors, y aviva amb
ells la societat Lo T^al Pénal, qu'ha vinguda à esser una apreciada
academia valenciana, que fa cada any, uns celebrats Jochs Florals.
Tôt Valencia sabia are que En Teodor Llorente era un gran
aymador de les costums valencianes ; y en qualsevol festa, lite-
raria 6 artistica, qu'ell fes apuntar, 6 qu'hi anès, tôt Valencia li
seguia. Ho cal haver vist, com havia remogut los Valencians à
favor de la llengua catalana, que deixa ben enaltida y enlayrada.
En Teodor Llorente era de tractes sensills, tôt bon cor, y
bondadôs, gran escorcollador y coneixedor d'historia y de poesia
catalana. Y passava amb ell, com amb En Mistral y amb Mos-
sen Verdaguer : qui l'havia vist y li havia enrahonat, no fos qu'una
vegada, 6 qui li havia escrit, ja se tornava mes catalâ y mes
catalanista.
La primera ediciô del seu Llibret de versos (1902 — Valencia,
estampa de Frederich Domenech) s'acabava amb la poesia Tes-
lamenl ; y, com ho demanava en aqueixa poesia, los seus companys
del T^a/ Penat han fet passar lo seu enterro « per la capella de la
Verge pura y bella dels Desemparats, patrona dels Valencians ».
Desde 1 replâ del nostre Canigô, saludem atentament lo bon
patrici de la terra catalana qu'ha estât En Teodor Llorente.
J. Delpont.
— 236 —
Testament
Quan jo muiga, amada esposa,
si tu vius, y no 't fa nosa,
tança 'm los ulls, tos espills !
Si ets morta, ma companyera,
lo que clla amorosa, fera,
feu-ho vosaltres, mos fills.
De fé y humiltat en proba,
amortalleu-me ab la roba
de) bon Pare Sant-Francès ;
de corones y garlandes,
de creus, insignies y bandes,
vanitat ! no 'm poseu res.
En les mans lo sant rosari
vuU portar ; l'escapulari
del Carme, penjat al pit ;
y comsigne ben notori
de mon ditjôs desposori,
l'anell d'or ficat al dit.
Quan me porten à la fosa,
davant, insignia gloriosa,
vaja ben alta, la creu ;
si acompanyar-me se dignaren
los que 'n vida m'estimaren,
tal favor els pague Deu.
Passeu-me per la capella
de la Verge pura y bella,
patrona dels Valencians ;
y quan arrive à la porta
canten, en veu no molt forta,
un responso els capellans.
•
Y vosaltres, els insignes
trovadors, mes que jo dignes
del que 'm doneu, dois tribut,
per traure d'ell l'armonia
que trovar jo no sabia,
prengau mon pobre llahut.
La Musa, volguda y santa,
que las patries glories canta,
mare amorosa, el posa
en la meues mans febroses,
quant, coronada de roses,
del llarch somni despertà.
Mes inspirats y mes destres,
oh, nobles amichs ! oh, mestres
del Gay saber triunfador î
feu vibrar totes ses cordes,
cantant ab triples acordes,
la Fé, la Patria, y l'Amor.
Y si la gloria vos dona
la cobejada corona
de un reynat que no té fi,
penseu ab quanta alegria
jo en vostre front la voria,
y enrecordeu-vos de mi !
t Teodor Llorente.
HISTOIRE LOCALE
Les auteurs du Gallia chrisHana
à l'abbaye de Saint-Martin du Canigou
En 1710, dom Edmond Martène et dom Ursin Durand, reli-
gieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, en vertu
d'une résolution prise à Marmoutiers, lors du chapitre général de
1708, parcoururent la France et visitèrent tous les établissements
monastiques de l'Ordre de Saint-Benoît. Ils avaient mission de
recueillir dans les archives de ces monastères tous les documents
historiques, archéologiques ou littéraires qui pourraient être utiles
à la rédaction du nouveau Gallia chrisHana, encours de publication.
Partis de Perpignan à dos de mulet, les deux savants Béné-
dictins arrivèrent à Prades, en Confient, et se transportèrent
aussitôt à Saint-Michel de Cuxa. Ils se rendirent quelques jours
après à Saint-Martin du Canigou. Ecoutons leur récit.
« L'abbaye de Saint-Martin du Canigo, fondée au commence-
ment de l'onzième siècle par Guifred, comte de Cerdagne, n'est
pas fort éloignée de là (Saint-Michel-de-Cuxa). Mais les che-
mins détestables par où il faut passer font qu'on ne peut y arri-
ver qu'en trois ou quatre heures de tems (1). Elle est située sur
une haute montagne, dans une affreuse solitude où il faut bien
grimper pendant une heure pour y arriver.
« Le lieu où l'abbaye est bâtie est fort petit et si étroit qu'il
n'y a pas même de place pour faire un jardin. ]1 faut sans doute
que les premiers habitants de ce désert fussent bien animés de
l'esprit de pénitence, et particulièrement le fondateur qui s'y
retira avec sa femme pour y finir ses jours dans la pratique des
exercices les plus sévères de la vie religieuse. Aujourd'hui il est
habité par six ou sept moines sauvages qui étant éloignés de tout
commerce ont peu de société.
(1 ) Le chemin actuel qui conduit de Castell à l'abbaye du Canigou fut
construit par l'abbé Augustin de Llamby. Ce prélat administra le monastère
depuis le 3i octobre 1714 jusqu'en 1728.
— 239 —
« 11 était un peu tard lorsque nous y arrivâmes ; nous n'y trou-
vâmes ni foin, ni avoine pour nos chevaux et ce ne fut que long-
temps après que nous eûmes un peu de paille à leur donner ; de
sorte que nous fûmes obligés d'envoyer chercher dans le bois des
feuilles d'arbres, faute de foin. Le Prieur nous reçut néanmoins
assez charitablement. 11 nous ouvrit même les Archives qui sont
entières ; mais à peine eûmes-nous vu quelques-uns des titres,
qu'un de ses moines vint nous les arracher des mains. Nous pas-
sâmes la nuit comme nous pûmes et le lendemain nous en partî-
mes le plus tôt qu'il nous fut possible. » '[Yoyagc littéraire de deux
"Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, lyiy-iyiS,
2' partie, p. Sg.)
Les monuments historiques que dom Martène et dom Ursin
Durand exhumèrent dans le cours de leurs voyages ont presque
tous été livrés à la presse. Ce sont, outre les Instrumenta joints
aux treize premiers volumes du Gallia christiana, les pièces, plus
nombreuses encore et plus importantes par l'étendue, par la
matière, qu'on lit dans les premiers recueils publiés sous les noms
de ces deux savants religieux : Veterum scriptorum et monumentorum
amplissima collectio, 1724-1733, 9 vol. in-fol. et Thésaurus novus
anecdolorum, 1717. 5 vol. in-folio.
L'accueil dépourvu de courtoisie que les moines du Canigou
firent à dom Martène et à dom Ursin Durand, est de nature à
expliquer l'absence complète de documents sur l'abbaye de
Saint-Martin, qu'on remarque soit dans le tome VI du Gallia
christiana, soit dans les diverses compilations des deux éminents
Bénédictins.
Et cependant, à en juger par V Inventaire de dom Agullana dressé
en i586, les liasses des archives du monastère renfermaient une
multitude de diplômes, de chartes, d'actes et de pièces du plus
haut intérêt historique. Dom Martène et dom Ursin Durand
eurent à peine le temps de jeter un coup d'œil hâtif sur le fonds
si riche de ce dépôt d'archives. Leur perspicacité leur permit
toutefois de constater qu'elles se trouvaient dans un état de par-
faite intégrité. Lors de la sécularisation de l'abbaye, un arrêt du
Conseil Souverain, en date du 27 août 1783, intima l'ordre à
l'abbé Grumet de Montpie, de faire la remise, aux Archives de
la Chambre du Domaine à Perpignan, des papiers et documents
— 24° —
« appartenants à l'abbaye et ancien monastère de Saint-Alartin
de Canigou ». En vertu d'un arrêt rendu par la même Cour, le
i6 janvier 1787, François Serra, notaire de Perpignan, fut chargé
de dresser l'inventaire des « susdits titres, actes et papiers ». Le
classement, la lecture et l'analyse des divers documents exigèrent
plus d'un mois de travail. Le registre qui contient la nomencla-
ture et la table analytique des liasses jadis conservées au monas-
tère du Canigou se conserve aux Archives des Pyrénées-Orien-
tales, sous la cote H. 141. Abbé J. Capeille.
Ruscino
Notre excellent confrère et ami, M. Pierre Vidal, « l'ërudit escorcollador
d'arxius » — selon l'expression pittoresque qu'employait en parlant de lui
un archiviste d'outre-monts — vient de fonder, sous le titre de T^uscino,
une revue d'histoire et d'archéologie locales à laquelle nous souhaitons une
cordiale bienvenue.
Ce nom évocateur de J{uscino, convient on ne peut mieux à une telle
publication et nous félicitons M. Vidal de l'avoir choisi.
Mais nous le félicitons surtout d'avoir su grouper autour de lui les
savants rédacteurs de l'anciennne f^evue d'histoire et d'archéologie et d'avoir
créé, avec leur concours, cette œuvre réellement scientifique qui dépasse
par son importance tout ce qui avait été fait jusqu'à ce jour en Roussillon.
Sous l'habile direction d'un homme tel que M. Pierre Vidal, dont un
long passé de travail et d'étude atteste la compétence, nous croyons pouvoir
prédire que l{uscino aura, auprès des intellectuels roussillonnais, le même
succès que sa sœur aînée, la T^evue Catalane ; et nous espérons que l'une et
l'autre feront longtemps ensemble la joie des amateurs des choses du passé
et de ceux qui voient dans le régionalisme de l'avenir, la renaissance de
notre langue et le salut de la personnalité provinciale.
Parmi les travaux publiés par T(uscino, nous tenons à signaler particu-
lièrement les Sources narratives locales de l'histoire du 1{oussillon en catalan, par
M. Vidal, et les Sources de l'histoire du T{oussillon d'après les Cartulaires, par
M. Maxence Pratx. L'article de M. Pratx a valu à J{uscino un premier
succès que nous enregistrons avec plaisir: la promesse de publication du
fameux Portefeuille de tossa, promesse faite par M. le capitaine Fossa,
détenteur actuel du précieux manuscrit.
Notons en terminant une curieuse coïncidence : T^uscino paraissant au
moment même où les fouilles de M. Thiers mettent à jour toutes sortes
d'objets ensevelis depuis des siècles dans le sol de l'antique cité romaine.
Louis Pastre.
Textes catalans
9P (Suite)
Passons à d'autres solennités. Le 25 juillet iSgg, le Conseil
délibère sur la réception à faire au nouvel évèque, dont la venue
est annoncée: « A noticia lur es novament pervingut que lo
111 "" y Rev" Mons" don Onofre Reart, per la gracia del S", Bisbe
de Elna y conseller de sa Magestat, esta semmana primer vinent
te de venir en la présent ciutat ; que se li fassa tota la pompa y
regositjo tant de artillaria quant enchara de tôt lo demes ; y que
aixi be sera dada comissio a Joan Bosser, altro dels consols de la
ciutat, que sia lo cap de vint y sinch homens de la ciutat, y
aquells vajen al forn de vidre ben armats, y alli fassen lo rece-
biment al dit M°' R" tant de escopetaria quant enchara de
tôt lo demes ; y que per part de la dita ciutat se li do lo
parabien acostumat, y altrament se fassa lo guasto que la ciutat
sempre ho ha acostumat a fer ; y ques fassa ab tota la honra y
pompa que conve a la autoritat episcopal ; y ques do una caval-
cadura al dit Bosser, y dines necessaris per a guastar per tota la
gent ».
Suivent, sous forme de mémoire, les détails de la Jnlrada del
S" "Bisbe: C'est un récit de longue haleine, mais des plus sug-
gestifs ()).
« Als deu de agost, die de Sant Llorens, de 1 any de la Nati-
vitat de N.-S" Deu J.-C. de mil y sinch cents nonanta y nou,...
per lo dit recebiment... lo Consol en cap... portant a ma dreta
lo S°' Régent del Capitol, y lo hon. Balle de Mons" R"" anant a
ma dreta de dit S" Régent, ab vint y sinch homens de cava! y
dotze homens de peu ab archabussos y molt ben armats... anaren
al Pas del Llop, loqual pas es al cap del terme de dita Ciutat.
Y en lo portai de la Lissa (2) qui va del portai de Balaguer al
monestir dels Pares Caputxins restaren les hon. Consols segon y
(\] On comparera cette réception avec celle de l'evêque Raboster y Sala,
en 1591, dont M. Masnou a donne le récit dans la T\evue d'Histoire et
d'Jlrchéologie du T^oussillon (février i£)oo).
(2) Les lices du château.
— 24^ —
ters, y en lur companya resta aixibe lo hon. Balle del 11" Capitol
ab molta prohomia. Y per lo que dit Mons" tardava en venir se
aturaren devant de les spalles del Moli nou, attès que aquell die
de Sant Llorens havia molt plogut en la dita Ciutat, ab tant que
los carrers anaven plens de aigua... Y essent arribat dit Mons"
al dit Pas del Llop, alli dit S°' Régent li dona lo parabien molt
honradament per part de dit Capitol, y aixibe Mossel Consol en
cap descavalca de la mula, besant les mans a Mons" Rev"", y après,
aixibe per part de la Ciutat, dona lo parabien a dit Mons", lo-
qual ho agrahi molt. Y alli se feu salva de archabussaria molt
regositjada tant per los homens de la Ciutat que per los homens
que dit S" Régent amenava... Y encontinent havent donat dit
parabien, y partint se tota la cavallaria del dit Pas de llop, tant
la que ab se amenava dit Mons" Rev"" quant enchara les persones
de cavall eren exides de la Ciutat, lesquals totes de un munt
excedien en summa de mes de cent persones de cavall, dispara
la artillaria grossa ab un tro molt gran y molt repetit ; y dit S"
Régent se posa a ma dreta, y dit S" Consol en cap a ma squerra
de Mons" Rev", y desde alli sen anaren al monestir dels Pares
Caputxins ; y essent arribats en dit monestir, tota la cavallaria se
posa en una ma y altra ; y les Reverents Pares, juntament ab lo
Guardia, faheren molt grandissim acato y reverentia a dit Mons"
R", y sel ne amanaren dins lo monestir, y alli stigue per spay y
temps de miga hora bona de relotge ; y en après hisque acompa-
nyat dels Pares y Guardia de dit monestir, y cavaicha ; y dit S"
Régent y Consol en cap quiscu se posa en son lloch, y tota la
cavallaria passa davant.
Y volent intrar per lo portai de la Lissa, alli se trobaren pré-
sents los S"" Consols segon y ters, juntament ab lo hon. Balle del
Rev"* Capitol y ab tota la prodomia de la Ciutat ; y en dit loch,
los dits Consols requiriren al dit Mossen Cazadamont, com a
notari y secretari de la Ciutat, que livas acte que ells, en nom de
la Ciutat, suplicaven a M" R"" quels concedis y de nou los ator-
gas tots los privilegis statuts y concordies per los predecessors
de sa Sen'* ReV"* atorgats a dita Ciutat ; y dit M" R" dix : Jo
atorch tots los privilegis statuts y concordies, y de nou atorgue
(sic), que mos predecessors han concedits y atorgats a la Ciutat.
Y encontinent axibe requiriren al dit secretari que livas acte com
- 243 -
ells reintegravan y liuravan a dit M ' R"" les claus de la clausura
y obertura dels portais de la Ciutat ; y axibe en lo mateix punt
dit M" R'"' liura les claus a dits S°" Consols ; de la redditio de
les quais axibe requeri que sen livas acte...
Y M" R" sen intra dins de dit portai, ab los consols y tota la
prodomia de la Ciutat, y posaren a les falses règnes de la mula
de dit M" R" unes vêtes molt amples de seda de grana (i), y
dits S'" Consols, ab tota la prohomia tiraren les dites falses rè-
gnes de la mula ; y partint del dit portai de la Lissa, dispara
tota la artillarja de la Ciutat, y en la fi, la gratia ab un salva
molt regositjada, que, del fum, nos vehia cel ni (terra). Y dits
S'" Consols, ab tota la prodomia tiraren la mula de dit M°' R""
fins devant de les escaleres (de la Seu)... y alli tothom desca-
valca, y primer dit S" Consol en cap, y tingue lo strep de la
mula de dit M°' R'"' y descavalcat dit M^R"", encontinent acodi-
ren très ho quatre S"" de Canonges, lesquals abaxiaren de tôt
baix de les dites escaleres, y sen amontaren dit M" R" fins al
cap de les escaleres, en loqual hi havia un altar molt ben adornat
ab les benaventuradas Santas Eularia y Julia, y la Sma Vera Creu ;
y alli dit M" R" feu oratio, y aquella fêta, se assenta en una
cadira de raxia de vellut nègre, y alli per lo secretari del Rev"*
Capitol se li foren legides totes les ordinations, constitutions y
concordies de dit Capitol, en la letura desquais se stigue mes de
una bona hora de relotge, ab tant que com M" R'"' intra en )a
dita Ciutat eren entre les sinch y sis hores de la tarda, y acabada
la letura, eren les set hores tocades, y aquella acabada... posaren
la capa boscana de brocat a Mons" Rev", ab la amitra blancha
dorada, ab (un canonge) qui davant dit M" Rev"" aportava la
Crossa major Episcopal en les mans, y entonaren lo Te Deum
laudamus, y ab gran pompa y melodia de orga, y a quasi la nit
closa, intraren en la Seu, y dit M" R"" se agenolla devant de
l'altar major, y acabat dit Te Deum laudamus dona la beneditio
ab la crossa en les mans a tôt lo pobble, y après sen ana detras
la cadira (2) del altar major, laquai es de guix, y alli prengue la
pocessio Episcopal, y en après en la cadira del cor de S^^ Eula-
ria ; y en tôt y per tôt eren présents y asistents dits S°" Consols.
( I ) Garance.
(2) ]] faut lire : s'en ana a la cadira de detras del altar major.
— ^44 —
Y finalment dit M"' R" acompanyat de molts Rev"»* So" de
Canonges anaren en la casa capitular, y alli dit N{°' R" prengue
lo Osculum pacis... y per la distributio y portio capitular se li
forer» donats quatre dobblons. Y fêtes totes estes cerimonies tots
los S°" de Consols y prohomia de la Ciutat ab tôt lo clero lo
acompanyaren al Palau Episcopal ahoiit tothom dona lo parabien ;
y ell feu a tothom generalment infinides graties. Plasia a Nostre
Senyor sie per a molts anys, y peral seu sant servey y gloria ;
ad quam nos perducat. Amen. »
Le caractère formaliste, presque procédurier, qui perce dans
ce document était bien celui des Catalans d'alors, gens dont une
des qualités distinctives était l'esprit pratique et positif, juristes
autant que commerçants, et même plus attachés, parfois, à la
lettre qu'à l'esprit des contrats.
(^ suivre) R. de Lacviyier.
LIVRES ^ REVUES
De Valencia
Sommaire de la revue Lo 7(at-Penat, n° d'avril : Fundacion de San-Mateo,
per Manuel Bot! Bonfill. — L'imperi de lo idéal, poesia de j Joseph M. de
la Torre. — - Estudi sobre filologia valenciana, per Fray Ll. Fullana Mira.
— Notes folk-loriques sobre llenguatje, costums y literatura valencianes, per
F. Badenes Dalman. — Can'v à les glories del règne de Valencia, poesia de
D. Martinez Ferrando. - El Pare seu Blay en Burriana, per Joan-B.
Teixedo. — Lo Rat-Penat en Castellô, per C. Sarthou Francesch. — Lo
Rat-Penat en Patraix, per J. C. y R. — Gantars, per Manuela Inès
Ransell. — Cronica. — Revista de Revistes.
Folletins : L'historia de la Pasiô, per Mossen Bernât Fenollar y Père
Martinez. — Resena de las antiguedades valencianas anteriores à la domina-
cion cartaginesa, per lo R. P. M. Bertomeu Ribelles.
Lo Rat-Penat (de Valencia)
Del n" del maig passât son de senyalar :
La iglesia parroquial de Sant-Martin, de J. Sanchis Sivera, amb repro-
ducciôns del grupo escultorich, en bronze, de la portalada d'aqueixa iglesia :
« Sant-Marti, à caball, partint sa capa ab Jésus, vestit de pobre » ;
Estudi sobre filologia valenciana, de Fray Ll. Fullana Mira ;
Notes folk-loricas sobre llenguatje, costums, y literatura valencianes, de
— ■ 245 —
F. Badenes Dalman, hont h: ha aquesta nota : Encare que s'aceptara l'afir-
maciô de Fitzmaurice-Kelly, en sa « Historia, de la literatura espanola », de
que Is rossellonesos, en el sigle vin, importaren à la comarca oriental d'Es-
panya — extenentse pel sur fins à Valencia, y per llevant fins à Balears —
sa llengua provençal, sempre tindrem que 1 valencia no pren son orige en el
català, y que l'ii y altre begueren en la mateixa font (lo llati vulgar).
De la Provence
La revue Les Dimanches du Sémaphore, de Marseille, a publié, dans son nu-
méro du 1 I juin, une chronique félibréenne, La Santo-Eslello à Montpellier,
par Paul Ruât ; ce texte est accompagné de la photograph/e d'un groupe de
félibres, des reines du félibrige et du Capoulié.
Renaixement
Nous avons r«:çu les numéros 36, 3y et 38 de cette Revue où nous lisons
avec plaisir sous le titre « Un tros de Catalunya que s devetlla » un éloge
de T^oses y Xiprers, le beau livre de notre ami et collaborateur Joseph Pons.
L'Estello (de Marsella)
Lo n* de mai-juin publica « Lo diseurs del Capoulié », à la Santo-Estello
(de Montpeller) ; « Ed dise de Mount-pellié », lo diseurs de Na Filadelfa
de Gerda, amb unes traducciôns en provensal y en llanguedociâ ; « En
Cadiera », del felibre jan Doc, que demana à tots los senyors rectors que
prediquin, â l'iglesia, en llur llengua régional.
Annales de la S. I. M. (musique* catalane)
Je remarque dans cette revue musicale quelques « lettres de voyage » en
Espagne, de Wanda Landowska. La musicienne polonaise a donné en janvier
une série de concerts à Malaga, Grenade, Valence, Barcelone. Elle observe
le penchant des espagnols vers la musique, penchant qui se retrouve même
dans les choses, car les trains ont là-bas un « largo maestoso ». Ces notes,
malheureusement trop brèves, sont pleines d enthousiasme. Wanda Landowska
se propose même de tirer trois symphonies de deux « granadinas ». Elle
aime l'accueil de Valence, où elle est guidée par Chavarri. A Barcelone, elle
assiste à la fête médiévale de 1' « Orféo ». Elle remarque justement que les
motifs populaires sont à la base de la musique catalane. La chanson de ces
provinces a très rarement un caractère oriental ; elle se rapproche du chant
polonais. L'observation est pour le moins curieuse, et elle est à retenir.
Quant aux choeurs de 1' « Orféo », on ne peut guère leur comparer que ceux
de la chapelle impériale de Saint-Pétersbourg. Et encore leur sont-ils supé-
rieurs par la culture ; dans leur absolue pureté, ils ne font pas le moindre
sacrifice à la virtuosité vide.
J'ai pu assister à l'une des répétitions de 1' « Orfeo ». La sensation est
d'une qualité merveilleuse. On ne saurait donner à la chanson populaire plus
d'ampleur, de résonnance ; de lointain mystérieux et d'émotion.
Joseph Pons.
— 14^ —
Les chansons catalanes
Sous ce titre, nous lisons avec le plus grand plaisir dans l'un des derniers
numéros de la Vie Monlpeîtiéraine :
11 serait superflu de présenter aux lecteurs de la J^ie Montpeîliéraine, qui
e connaissent bien, notre excellent collaborateur, M. Jean Amade.
On sait sa conviction d'ardent régionaliste et qu'il niet à la servir un fin
talent de romancier et de poète.
L'auteur de Pastoure et son maître ajoute, quand il lui plaît, une autre corde
à son art ', si j'ose dire) : celle de la conférence.
Et il nous a donné mardi dernier, à Montpellier, dans la grande salle du
Pavillon Populaire, sous les auspices de la Société d'Enseignement populaire,
une très attrayante causerie sur ce sujet qu'il possède à fond ; « Les Chan-
sons catalanes ».
L'auditoire nombreux et choisi a fait à M. Amade un succès mérité.
Simple et clair — et c'est un mérite, car le sujet ne laisse pas d'être
touffu — M, Jean Amade, après quelques considérations générales sur la
chanson, après avoir dit les efforts heureux des catalanistes pour redonner à
leurs compatriotes le goût et la fierté de leur langue maternelle, a peint les
caractères distinctifs de la poésie populaire catalane : simple et tendre, avec
souvent un voile de mélancolie, — parfois, au contraire, réaliste et terre-à-terre
— semblable un peu, en somme, à sa sœur espagnole.
... Et ce fut, curiosité, le cortège agréable des chansons : Chansons d'en-
fance et de jeunesse, chants d'amour, chants d'humour, airs patriotiques et
religieux.
M. Jean Amade traduisait, expliquait, commentait ces jolis vieux refrains
d'antan — et d'aujourd'hui.
On les chantait ensuite. Soit le conférencier lui-même — M. Amade ne
chante pas mal, quoiqu'il en dise — soit ses collaborateurs d'un soir, dames
et messieurs, talentueux, bénévoles et modestes, Mme Pellissier, Mme Méri-
mée, Mlle Lecercle, M. Borrel, M. Monod et bien d'autres, qu'on nous
excusera de ne pas nommer : ils sont trop...
La soirée — si bien remplie qu'elle parut courte — avait commencé par le
chant du fameux hymne roussillonnais : Monfanyas T^egaladas « Montagnes
fortunées », à la gloire desquelles le ciseau de Raymond Sudre a sculpté, au
cœur de Perpignan, un marbre superbe...
On la termina par le chant de la Coupo. C'était, comme l'observa M. Jean
Amade, doublement indiqué. D'abord parce qu'à la veille de la Sainte-Estelle
montpeîliéraine, ensuite parce que la coupe félibréenne est un don des Cata-
lans et comme le symbole de leur union cordiale avec tous leurs frères de
langue d'Oc. P- A.
Choses catalanes
La librairie de l'Avenç, de Barcelona, publie un choix d'œuvres d'Oun
Tal (Albert Saisset), éditées avec la bonne orthographe catalane, par
M. Pierre Vidal, bibliothécaire de la Ville de Perpignan, et précédées d'une
excellente préface biographique et critique de ce dernier.
(On sait, en effet, que les poésies d'Oun Tal étaient écrites avec l'ortho-
graphe phonétique.)
Mais rien n'a été changé au point de vue du fonds ou de la morphologie.
— 247 —
La petite brochure, vendue au prix de o fr. 5o par l'Avenç, est intitulée
Perpinyanenques et contient 26 pièces de vers: elle obtiendra sûrement beau-
coup de succès en Catalogne.
Les fouilles de Châleau-Roussillon
Dans son assemblée générale du 19 juin, la « Société Agricole, Scientifi-
que et Littéraire des Pyrénées-Orientales », réunie sous la présidence de
M. le D' Donnezan, et en présence de M. Thiers, a décidé de constituer un
comité des Fouilles de Castell-Rossello qui a été composé comme suit :
Président d'honneur, M. Henri Aragon : président, M. le D' Donnezan,
président de la Société Agricole : trésorier, M. Sans, architecte; secrétaire,
M. le D' Bonzoms. Membres: MM. Robin, archiviste-paléographe; Men-
gel, directeur de la section des sciences ; Laurent Campanaud, secrétaire
général de la Société ; Laurent Durand, numismate ; et Paul Ducup de
Saint-Paul,
Pour permettre à M. Thiers de continuer les fouilles qu'il a entreprises
et menées à bien jusqu'ici, grâce à une subvention ministérielle, le Comité
ouvre une souscription publique dont le produit permettra de poursuivre les
recherches archéologiques en attendant que l'Etat puisse accorder une autre
subvention.
11 adresse donc un pressant appel à tous ceux qui aiment leur petite patrie
et qui suivent avec intérêt les travaux de M. Thiers, car son oeuvre mérite
d'être encouragée.
Les fouilles de Castel-Rossello agrandiront le domaine scientifique de
notre province et contribueront à attirer l'attention du monde savant sur ce
pays. Ceux qui les auront favorisées généreusement de leurs deniers mérite-
ront la reconnaissance de leurs concitoyens et le Comité leur adresse d'avance
SCS vifs sentiments de gratitude.
Fêtes félibréennes
L'inauguration du buste du félibre Auger Gailhard a eu»lieu le i3 août,
à Rabastens-en-Albigeois.
Jochs forais de Girona
Poètes y prosadors de Uenga catalana : El Consistori us convida a con-
corre als Jochs florals d'enguany, pera els quais han sigut oferts, 2 premis
ordinaris, com al acostumat, y 19 premis extraordinaris. Demanar lo pro-
grame al sccretari, plassa M. de Camps, 5, Gerona.
Jochs forais de Olot
La Junta Directiva del « Cos d'Adjunts », organisadora del XXI 1 Certa-
men Literari-Artistich d'Olot, convida a tots els poètes y prosistes catalans a
pendre part en los Jochs florals d'enguany, que tindrà lloch, si a Deu plau,
en un dels dies de les prop-vinentes festes de la Excelsa patrona d'Olot, nos-
tra senyora del Tura.
Dirigir-se al senyor Don Joseph Ma Garganta, secretari, à Olot (provin-
cia de Gerona).
CLUB ALPIN FRANÇAIS
Section du Canigou
Concours de Monographies
La Section du Canigou du C. A. F., dans le but de déve-
lopper le goût et la connaissance de nos montagnes, ouvre un
concours public sur le sujet suivant:
"Etude et monographie (inédite) d'une montagne
ou d'un massif- montagneux ou d'une vallée (i)
du département des Pyrénées-Orientales
ou de la T^épublique dMndorre
(avec faculté d'empiéter sur les territoires limitrophes, si le sujet l'exige)
A titre d'indication, on devra s'attacher à faire du sujet, que
les concurrents restent libres de choisir dans les limites précitées,
une description physique complète et détaillée comprenant notam-
ment les altitudes principales, la description précise des pano-
ramas visibles, des itinéraires, routes, sentiers, voies d'ascension,
lieux habités, refuges, cabanes, points d'eau, points de vue,
curiosités naturelles et autres, en un mot tous renseignements
nécessaires et utiles aux touristes.
On ne négligera pas la géologie, la flore et la faune pyré-
néennes, l'économie alpestre, forestière et pastorale, la question
du reboisement (nécessité et possibilités), l'histoire, l'archéologie,
les coutumes, traditions et légendes, etc..
11 sera tenu compte des cartes, plans, dessins et photographies
joints aux monographies.
Les manuscrits devront être écrits d'une façon très Itsihle ; ils
ne seront pas rendus, et la Section du Canigou se réserve le
droit de publier les monographies primées, en tout ou en partie,
dans son "Bulletin trimestriel.
Chaque monographie, non signée, devra se rapporter à une
enveloppe cachetée, contenant le nom, 1 adresse et la signature de
l'auteur. Extérieurement, l'enveloppe portera uniquement le titre
de l'ouvrage.
Les monographies devront être adressées, avant le 3j décem-
bre 1^)1, à M. George Auriol, Directeur du Bulletin de la
Section du Canigou du C. A. F., 3, rue Font-Froidc, Perpignan.
(i) Excepté les moyenne et haste vallées du Tech, de la Tet et de l'Agly.
La Langue Catalane
et son utilité pédagogique
Cette étude devant être tirée à part pour les membres de l'enseignement
désireux d'enseigner le français par les exercices de traduction de textes
catalans, nous consacrerons à sa publication nos numéros d'août et de sep-
tembre afin d'être prêts pour la rentrée des classes. L'ouvrage comprendra
3o leçons et aura pour titre : Le Français enseigné par les exercices de
traduction de textes catalans aux enfants de 9 à i5 ans. (Prix: i fr. 5o).
Comme le tirage sera très limité, les membres de la Société d'Etudes
Catalanes qui désirent se procurer le livre sont priés de vouloir bien sous-
crire à l'avance en adressant 1 fr. 60 à M. Comet, imprimeur à Perpignan,
qui le leur fera parvenir par la poste. (N. D. L. R.) .
14"*' LEÇON — Cant primaverench
1
D'aquell ametller nevat,
Que n'es tôt assoleyat,
N'he vist naixer l'encantada,
La cabellera trenada
De perles ab un ruixat,
Y un raig blau en la mirada.
Gebre y gel, adeusiau !
D'aquell côrrech platejat,
Igualment assoleyat,
N'he vist jo l'enamorada :
La Bepa hi feya bugada, (1)
, Y '1 cavalier qu'ha passât
Sus del cavall l'ha pujada...
Adeu, Bepa, adeusiau î
i« Voir la chanson populaire : Ahonï et ta Bepa ?
25o
De la mar a Canigô,
Tôt lo ce) de Rossellô
S'es tejxjt de claror blava :
Sempre '1 sol daurat s'hi clava,
Sempre hi flota J'iJ-Jusiô
Qu'ai ce) de Grecia flotava...
Oh ma terra, adeusiau !
Joseph Pons, J{oses y Xiprers.
N. B. — L'explication du texte nous paraît, dès maintenant,
superflue, car les élèves commencent à se familiariser avec la
langue écrite. Nous nous contenterons donc, à partir de cette
leçon, d'expliquer les mots. 11 va sans dire que l'on devra, qu^nd
même, poser des questions aux élèves afin de s'assurer qu'ils
comprennent bien le sens général du texte.
VoCABU»AIRE
ametUer, amandier gebre, givre
nevat, blanc comme la neige gel, gelée
assohyal, ensoleillé côrrech, ruisseau
V encantada , la fée enchanteresse platejat, argenté
cabellera, chevelure enamorada, amoureuse
trenada, tressée ta Bepa, pour la Josepa. Joséphine
ruixat, giboulée, averse, pluie sou- bugada, lessive
daine qui dure peu teixil, tissé
raig blau, rayon bleu claror, lueur
mirada, regard s'.hi clava, s'y cloue, s'y fixe
Exercices
Traduction française du texte. — Cette belle poésie est diffi-
cile à traduire. Pour arriver à la rendre convenablement en
français, un grand effort d'attention est nécessaire.
Composition catalane. — Résumez le texte en trois phrases
catalanes courtes et en ayant soin d'éviter les banalités.
Composition française. — Traduisez librement le texte en le
développant le plus possible.
Conjugaison bilingue- — Verbe veure et verbe voir au passé et
au plus-que-parfait du subjonctif. Conjuguer sur ce modèle puj'ar
et monter.
— 25)
Subjonctif
Passe
Verbe veure
que hagi vist
que hagis vist
que hagi vist
que haguem vist
que hagueu vist
que hagin vist
Terbe voir
que j'aie vu
que tu aies vu
qu'il ait vu
que nous ayons vu
que vous ayez vu
qu'ils aient vu
Subjonctif plus-que-parfait
que hagués vist
que haguéssis vist
que hagués vist
que haguéssinx vist
que haguéssiu vist
que haguëssin vist
que ] eusse vu
que tu eusses vu
qu'il eût vu
que nous eussions vu
que vous eussiez vu
qu'ils eussent vu
Notes grammaticales
Adjectifs démonstratifs. — Les adjectifs démonstratifs cata-
lans sont : aquest, aqueix et aquell.
j° On emploie aquesl lorsqu'il s'agit d'une personne ou d'une
chose rapprochée ou dont on parle en ce moment.
2* On emploie aqueix lorsqu'il s'agit d'une personne ou d'une
chose plus éloignée.
3° On emploie aquell lorsqu'il s'agit d'une personne ou d'une
chose très éloignée.
Cette distinction ne s'exprime pas en français par un seul
mot : aquesl home, signifie : cet homme-cj et aquell homme : cet
homme-/à.
Voici les diverses formes de l'adjectif démonstratif :
M. S.
aquest \
I ce
aquet } ou
' cet
est
2° aqueix \ ce
eix i ou
) cet
F. S.
aquesta \
cette
esta
aqueixa
M. P.
aquestos \
aquests i
} ces
aquets \
estos
F. P.
aquestes \
I
ces
' cette
etxa
y aquelî, ce ou cet aquetta, cette
aqueixos \
eixos '
aquetlos j
aquells [
estes
aqueixes t
ces
ces
ces
etxes
aquelles. ces
"2.52
Voir dans le texte : D'aqucll ametller nevat ; d'zquell côrrech
platejat.
Remarque. — L'adjectif démonstratif ces ne pourra jamais être
confondu avec l'adjectif possessif ses si l'on traduit en catalan.
Adjectifs interrogatifs. — Les adjectifs interrogatifs catalans
sont :
quin, quel ; quitta, quelle ; quins, quinos, quels ; quittes, quelles; que, que.
Adjectifs indéfinis. — Les adjectifs indéfinis catalans sont :
algutt, quelque, certain ; algutta, quelque, certaine ; algutis, quelques,
certains ; atguties, quelques, certaines ; gaire, guère ; cap, aucun ;
prôu, prôus, assez ; cada, chaque. Ce dernier est employé pour les
deux genres.
poch, poca, pochs, poques, peu.
tnolt, molta, motts, tnoUes, beaucoup.
tatit, tatita, lattis, tatifes, tant.
altre, allra, altros, aïtres, autre, autres.
qualsevol, quelconque.
Adjectifs numéraux. — Les adjectifs numéraux sont :
Cardinaux
Ordinaux
Cardinaux
Ordinaux
un
primer
vint y un
vint y une
dos
segon
vint y dos,
etc.
vint y dosé, etc.
très
tercer
trenta
trente
quatre
quart
quaranta
quarante
cinch
quint
cinquanta
cinquante
sis
sise
sixanta
sixanté
set
s été
setanta
setanté
vuyt
vuyté
vuytanta
vuytanté
nou
nové
noranta
noranté
deu
desé
cent
ccntéssim
onze
onze
dos cents
dos centéssim
dotze
dotzé
très cents,
etc.
très centéssim, etc.
tretze
tretzé
mil
miléssim
catorze
catorzé
mil y un
mil y une
quinze
quinze
mil y cent
mil y centé
setze
setzé
mil y dos cents, etc.
mil y dos centé, etc.
desasset
desasseté
dos mils
dos miléssim
desavuyt
desavuyté
cent mils
cent miléssim
desanou
desanové
un miliô
milionéssim
vint
vinté
— 253 —
Remarque. — 11 est juste de remarquer que les adjectifs numé-
raux ordinaux, exception faite des vingt premiers, ne sont pres-
que jamais employés en catalan. Ainsi pour dire : soixante-
deuxième, on dit : el setanla dos, et non : setanfa dosé.
Pour désigner les souverains, on se sert seulement des dix pre-
miers nombres ordinaux. Après dix, on emploie les nombres
cardinaux. Ainsi l'on dit : Lluis onze, au lieu de Lluis onze, et
inversement ; Caries quint, au lieu de Caries cinch.
Pour indiquer les heures, on dit en catalan : es la una, son les
dues, son les très, etc., pour: il est une heure, il est deux heures,
il est trois heures, etc., ce qui fait quelquefois dire aux enfants :
quand nous sortons de l'école ils 5on/ quatre heures.
Pour indiquer les divisions de l'heure en quarts, on dit en
catalan : un quart per les très, c'est-à-dire : il s'est écoulé un quart
de la troisième heure, en français : deux heures et quart ; dos
quarts per les trcs, c'est-à-dire deux heures et demie, et enfin très
quarts per les très, c'est-à-dire deux heures trois quarts ou trois
heures moins le quart.
Cette dernière expression est la plus employée d'où le cata-
lanisme : je vais à l'école à trois quarts pour huit heures.
— 254 —
I 5"^^ LEÇON — Lo Trovador
Com l'aucellet, que en los arbres tritlleja,
Quan ou brunzir clarins, tôt temorôs,
De colp se calla ;
Aixi ma pobra veu que cascalleja
No es fêta â la clamor de la baralla,
Y, esporoguit, fuig del bram de batalla
Mon cant melôs.
Quant mes m'atrau, que crits y que matansa,
Lo sospirar que arranca al aymador
Dolsa ferida !
Al mon jo no veig mort, sinô esperansa ;
Y en ma cansoneta llesta y aixerida
Lluhir veureu, de mil colors tenyida,
La flor d'oJor.
Hont la he cullida, aqueixa flor hermosa
Que contra '1 cor guardeu-la de trepig ?
La n'he cullida
En tôt païs ahont canta l'alosa
Hont, entre nit, ab veu amorosida
Lo rossinyol al trésor de sa vida
Diu son desig.
Per tôt arreu la flor encisadora
Jo vaig buscant, y son perfum tan viu.
La he descoberta
En lo ventijol fresch de prima Aurora,
Al piupiu del aucell que se desperta
Y de sa cella humida mitg oberta
Al sol somriu.
P. Bergue.
— 255 —
Vocabulaire
tritllejar, triller, faire des trilles matansa, tuerie, carnage
brunzir, retentir sospirar, soupir
clarins, clairons arrancar, arracher
iemorôs, craintif ferida, blessure
cascallejar, chevroter aixerida, vive.
clamor. clameur trepig, de trepitjar, fouler aux pieds
baralla, dispute alosa, alouette
esporoguil, ëpeuré amoro5j<iu, attendrie
bram, mugissement, bruit encisadora, charmante, ravissante
melôs, mielleux, doux, suave venfijol, petit vent, brise
quant mes, combien plus cetla, sourcil. Ici paupière
atraure, attirer
Exercices
Traduction française du texte. — Cette belle poésie, aussi
remarquable par le fond que par la forme, présente quelques
difficultés de traduction. Redoubler d'attention au commence-
ment de la 2"" et de la 4"" strophes.
Composition catalane. — Résumer le texte en quelques phra-
ses catalanes courtes-
Composition française, — Le troubadour. Reproduire le texte
en le traduisant librement, à la 3"" personne du singulier. Com-
mencer ainsi : Comme l'oiselet qui... la pauvre voix du trouba-
dour... etc.
Conjugaison bilingue. — Conjuguer, aux temps simples seule-
ment, le verbe arrancar, et le verbe arracher.
Notes grammaticales
Pronoms personnels. — Les pronoms personnels catalans sont :
Singulier
i" pers. — Jo, je, me ; mi, moi ; me, me.
2"" pers. — Tu, tu, toi ; le, te.
3"' pers. — EU, lui ; elta, elle ; /«, ht, lui, à lui ; el, le ; lo, ho, le ; la, la
se, se ; si, soi ; en, en ; hi, y.
Pluriel
i" pers. — "Nosalires, nous ; nos, nous; ens, nous.
s"" pers. — Tosaltres, vous ; vos, vous ; us. vous.
3"" pers. — Elis, eux ; elles, elles ; els, leur ; els, les ; los, les ; les, les ; se, se.
Voir dans le texte : se calla ; jo no veig ; hont la he cullida ;
la n'hc cullida ; jo vaig buscant ; la he descoberta ; se desperta.
— 256 —
]] y a, en catalan, un pronom de politesse fréquemment em-
ployé lorsqu'on s'adresse à une personne que l'on ne connaît
pas ou à qui l'on doit du respect : c'est le pronom Vosté.
Ex. : Testé té très fills? est plus poli que : Teniu très fills ?
On ne doit pas confondre les pronoms // et l'hi. Le premier
signifie lui tandis que le second signifie le lui ou l'y et comprend
en réalité deux pronoms dont l'un est complément direct et
l'autre complément indirect.
Ex. : L» donaré vi y l'hi donaré bô. Je lui donnerai du vin et
je le lui donnerai bon.
Li diran que es primer y l'hi posaran. On lui dira qu'il ^^/m
est premier et on l'y placera.
Quand le verbe est à l'impératif, à l'infinitif ou au participe
présent, le pronom complément peut se placer après le verbe,
avec ou sans trait d'union.
Ex. : Guardeu-la, gardez-la ; callarse, se taire ; despertantse,
s'éveillant.
Ce pronom enclitique n'est usité en Roussillon qu'après un
impératif : guardeu-la ou guardeula.
Remarque. — Nous avons vu que le pronom personnel catalan
ne s'emploie pas devant les différentes personnes des verbes. Les
désinences suffisent pour indiquer ces personnes.
Les débutants sont tellement frappés de cette différence qu'ils
emploient le pronom sujet en français même lorsque le nom
sujet est exprimé*
Ex. : Mon père il est malade ; le médecin il viendra.
L'ordre des pronoms fait aussi commettre des fautes de fran-
çais sur lesquelles on doit appeler l'attention des élèves en com-
parant les deux langues.
Ex. : Dona-me-lo se traduit par : donne-le-moi et non par :
donne-moi le.
— 257 —
i6^ LEÇON — Chor dels Moros
Quina poruca gent tots aquestos cristians!
Acî, com hem volgut, hem desbarcat, y avans !
D'Elna los defensors espantats arreu fugen
Y, sens resclosa, valls amunt los nostres pujen.
De rica presa ja carregats tornarân,
Que les galères d'or y plata rotarân.
Alabat Mahomet! Esta nova Hesperida
Gedhur, capdîll valent, nos l'haura conqucrida.
Dr Emile Boix.
"Extrait de l'adaption théâtrale du « Canigô » de J. Yerdaguer).
V
OCABULAIRE
poruca OU poruga, féminin dcporuch. pujen, de pujar, monter
peureux, craintif, lâche, poltron, rotardn, de rotar, déhordzv, regorger
pusillanime aîabat Mahomet ! (sous-entendu : sia)
genl, gens. Ici : peuple, race que Mahomet soit loué !
hem, pour havem, nous avons capdill, chef, capitaine
y avans ! et en avant ! Tiesperida. Les Hespérides des an-
resclosa, écluse, digue, obstacle ciens étaient des îles de l'Atlan-
valls amunt, vers les hautes vallées titjue au climat délicieux, proba-
fugen, de fugir, fuir blement les Canaries.
Exercices
Traduction française du texte. — Pas de difficulté.
Composition catalane. — Traduire le texte en prose catalane.
Composition française. — Faire la traduction libre du texte en
l'amplifiant.
Conjugaison bilingue. — Conjuguez, aux temps simples seu-
lement, le verbe fugir et le verbe fuir.
Notes grammaticales
Pronoms possessifs- — Les pronoms possessifs catalans sont :
pour le masculin singulier pour le masculin pluriel
el meu lo meu le mien els meus los meus les miens
el teu lo leu le tien els teus los teus les tiens
el seu lo seu le sien els seus los seus les siens
— 258 —
et nostre lo nostre le nôtre els nostres los noslres les nôtres
elvoslre h vostre le vôtre elsvostres los vostres les vôtres
et llur lo Itur le leur eh tlurs los llurs les leurs
pour le féminin singulier pour le féminin pluriel
ta meua la meva la mia la mienne les meues les meves les mies les miennes
la teua la teva la tua la tienne les teues les fèves Usines les tiennes
la seua la seva la sua la sienne lesseues lesseves les sues lessiennes
lanoslra la nôtre les noslres les nôtres
la vostra la vôtre les vostres les vôtres
ta llur la leur les llurs les leurs
Voir dans le texte : los nostres pujen.
Dans le langage ordinaire, on emploie seu, seva, seus, sèves, au
lieu de ilur, llurs.
Ainsi l'on dit : Les mares parlen mes aviat dels vicis dels altres
nens que dels vicis dels seus (au lieu de dels llurs).
On emploie lo meu, lo leu, lo seu, etc., pour : ce qui est à moi,
ce qui est à toi, ce qui est à lui.
Ex. : Cadahu menja lo seu.
On emploie meu, leu, seu pour à moi, à toi, à lui.
Ex. : Aquet llibre es meu pour ce livre est à moi.
Il faut donc bien se garder de dire en français: Ce livre est
mien, cette plume est mienne.
Pronoms démonstratifs- — Les pronoms démonstratifs sont :
Jlquesl, aquet, aqueix, celui-ci ; aquesfa, aqueixa, celle-ci; aquell, celui-là ;
aquella, celle-là ; el, lo, celui, ce ; la, celle.
Aqueslos, aqUels, aqueixos, ceux-ci; aquestes, aqueixes, celles-c-i ; aquells,
ceux-là; aquelles, celles-là; els, los, ceux ; les, celles.
— 2 59 —
17""' LEÇON — Una nil d'csHu
Per demunt de) nostre cap aixamplaven los pomers les
seues branques baixes, que blingaven ja totes carregades
de fruyta. Importent silenci regnava pels côrrechs y pels
plans de la montanya. Del camp que teniem tôt prop de
nosaltres, montava, de vegades, el ric-ric mal segur de calque
grill amagat entre l'herbam ; mes la claror de la lluna espo-
rucava eixos cantayrots de la nit, y el silenci se feya aviat
encara mes solemne. Aixecant una mica el cap, podiem sor-
pendre â la nostra dreta l'esplendent y adorât Canigô,
quina pica, afranquehida ja de bromes y de neus se 'n pu-
java alla dalt cap al cel d'estiu...
J. Amade.
(Extrait d'un récit de chasse au sanglier dans les montagnes du Vallespir).
Vocabulaire
aixamplaven, étendaient esporucava, du verbe esporucar ou
blingaven, pliaient esporugar, faire peur.
imponent, imposant cantayrots, mauvais chanteurs
côrrechs, ravins solemne, solennel, imposant
plans, plaines, plateaux. Au singulier sorpendre, surprendre
plâ. esplendent, splendide
herbam, herbage, herbe. quina pica, dont le pic, la cime
afranquehida, affranchie, délivrée
Exercices
TraducHon française du texte. — Dans la tournure catalane
« aixamplaven los pomers », le nom est sujet et non régime.
Composition catalane. — Résumer le texte en le mettant à la
2"" personne du pluriel, c'est-à-dire en s'adressant aux chasseurs :
Per demunt del vostre cap...
Composition française. — La chasse au sanglier. Imaginez un
court début que vous ferez suivre de la description ci-dessus,
puis racontez la chasse proprement dite et enfin le retour à la
maison.
Récitation. — Apprendre par cœur : T Tina nil d'esliu; î° ho
parpallolel.
— 260 —
Conjugaison bilingue- — Conjuguer aux temps simples seule-
ment le verbe regnar et le verbe régner.
Noies grammaticales
Pronom relatif. — Les pronoms relatifs catalans sont:
que, que, qui lo quai, lequel los quais, lesquels
que, que, quoi la quai, laquelle les quais, lesquelles
â que, en que, où del quai, du quel dels quais, desquels
que, de que, dont de la quai, de laquelle de les quais, desquelles
del quai, de la quai, dels quais, de les quais, se traduisent souvent par dont
Remarque. — Lorsqu'un nom est placé immédia lemenl après
dont, en français, il faut le placer immédialement avant del quai, de
la quai, dels quais, de les quais, en catalan.
Ex. : Nous avons un livre dont la couverture est bleue.
Tenim un llibre la coherta de la quai es blava.
Mais généralement, on traduit dont par que avec la construction
française, en Roussillon.
Ex. : Tenim un llibre que la coberta es blava.
et par quai et quin en Catalogne.
Ex. : Tenim un llibre quai coberta (ou quina coberta) es blava.
Lorsque le verbe est suivi d'un nom auquel dont se rapporte, ce
verbe suit le nom en catalan.
Ex. : Nous avons un livre dont nous admirons la couverture.
Tenim un llibre la coberta del quai admirent.
Mais généralement, on traduit dont par del quai avec la cons-
truction française, en Roussillon.
Ex, : Tenim un llibre del quai admirem la coberta.
et par quai et quin en Catalogne.
Ex. : Tenim un llibre quai coberta (ou quina coberta) admirem.
Voir dans le texte : que blingaven, que teniem, quina pica.
On remarquera que les enfants commettent couramment les cata-
lanismes suivants, que l'on corrigera aisément par la comparaison
des deux langues: J'ai acheté un livre ^u'il y a des images, un
livre que la couverture est bleue ; voici les livres que nous avons
besoin, etc.
— i6i —
Pronom interrogatif. — Les pronoms interrogatifs catalans sont :
qui, qui quin, quel quins, quels
que, que quina, quelle quittes, quelles
Quin n'est pronom interrogatif que lorsqu'il est employé seul.
11 est adjectif interrogatif lorsqu'il est placé devant un nom,
comme dans cette phrase : Quin cami preniu ? Quel chemin pre-
nez-vous ?
Pronom indéfini. — Les pronoms indéfinis catalans sont :
algù, algun, quelqu'un ; alguns, quelques-uns; algunes, quelques-unes ; ningù,
dingû, personne ; lanl. lanla, tants. tantes, tant ; quant, quants, quan-
tes. combien ; aitre, altra, autre ; altros, altres, autres ; els uns, les uns ; els
altres, los demès, les autres ; un y altre, l'un et l'autre ; un ô altre, l'un ou
l'autre ; l'un à l'altre, l'un l'autre ; altri, autrui ; gaire, guère, peu ; cap,
ni un, aucun ; ni una, aucune ; mateix, même ; altre tant, autant ; prou,
assez ; cadahu, cadascu, chacun ; qualsevol, qualsevulga, n'importe qui, tout
le monde, chacun ; qualsevol que, quiconque, quel que ; molt, molta, molls,
moites, beaucoup, plusieurs ; bastants, testantes, plusieurs ; un hom, un, hom,
on ; tothom, tout le monde ; tal, quai, tel ; tôt, tout; res, rien.
11 y a entre l'adjectif indéfini et le pionom indéfini cette diffé-
rence que l'adjectif indéfini est toujours suivi d'un nom tandis
que le pronotn indéfini remplace le nom.
T^es, rien, est souvent employé pour traduire quelque chose.
Ex. : Si per cas me dona res, t'ho dire ;
Si par hasard il me donne quelque chose, je te le dirai.
11 n'est pas étonnant qu'un enfant qui pense en catalan dise :
S il me donne rien, je te le dirai, pour : S il me donne quelque
chose, je te le dirai.
— 262 —
i8'"'= LEÇON — Ântonieta y la Cadernera
Ab un pinyô â la boca, la noya la feya saltar d'una canya
â l'altra, csbategar bojament ses pintades aletes y treure '1
caparrô per entremitg dels filferros, pera péndreli la llami-
nedura apretada entre sos llâbis vermeils. Quan lo recapte
era finit, la bestiola acostumava â refilar de bô y millor ; y
sa jove mestressa, de baix en baix, per la temensa de que
no la sentissin en les cases del vehinat, ab les que, per
l'estretor del carrer, casi s'haurîen pogut donar les mans,
li deya carinyosament :
« Vaja, no cridis tant, que un dia t'escanyarâs y la pobra
Antonieta 's quedarâ sensé tenir al mon cap amiga que la
cstimi com tu ! No ho coneixes, bojeta, que soch jo la
que't tinch d'estar agrahida, perque no't canses may d'es-
coltar les coses que no puch esplicar â ningû ? Pobrissona !
Tampoch tu, no sabs â qui contar les teves!... Es clar !
com no tens mare !... Oy, que les mares no s'haurien de
morir may ?... No ho trobes que '1 mon es ben trist ?...
Encara que tu t'estâs tota sola y refiles ab una alegria !...
Vaja, no 'n parlem mes d'aquestes coses que fan posar
trist!... Sents ? toquen les dues y me 'n tinch d'anar à
dalt... No m'hi puch estar â cusir al teu costat... Per aixô
aquesta tarda, t'hauràs d'estar soleta, acontentante de sentir
los refilets dels canaris del senyor Eudalt!... »
M"" DoLORs MoNSERûA DE Macia, La Tabncanta.
Vocabulaire
cadernera, chardonneret refilar, gazouiller
noya, jeune fille temensa, crainte
pinyô, pignon, amande vehinat, voicinage
esbategar, battre des ailes estretor, étroitesse
caparrô, chaperon, coiffure, petite carinyosament, affectueusement
tête t'escanyarâs, tu t'égosilleras
tlaminedura, friandise agrahida, obligée, reconnaissante
apretada, pressée sentir, entendre
recapte, provisions, repas
— 263 —
Exercices
Traduction française du texte. — La fin du premier para-
graphe est assez difficile à rendre : « Y sa jove mestressa..., etc. »
Composition catalane. — ha minyoria y'I seu gatet. Vous avez
vu une jeune fille jouant avec son petit chat. Décrivez la scène
en catalan et inspirez-vous des détails du texte quand vous les
jugerez utilisables.
Composition française, — La jeune fille et son pelitchaL Décr'wcz
la même scène en français et faites parler la jeune fille. Imaginez
un monologue très affectueux et montrez le plaisir qu'éprouve le
chat à être ainsi caressé.
Récitation.— Apprendre par cœur : i° Antoniela y la cadernera ;
2' Bernât d'Oms.
Conjugaison bilingue. — i° Verbe auxiliaire H AVER, avoir.
]nd. prés. : J'ai, he, has, ha, havem ( i ), haveu(2), han.
Imparfait : J'avais, havia, havies, havia, haviem, havieu, havien.
Prêt. sim. : J'eus, haguî, haguéres. haguë, haguérem, haguêreu, haguêren.
Prêt. com. : J'eus, vaig haver (Voir 9* leçon).
Pas. ind. : J'ai eu, he hagut (Voir i 1' leçon .
P-q-parf. : J'avais eu, havia hagut 1 Voir 12' leçon).
Futur : J'aurai, hauré, hauràs, haurà, haurem, haureu, hauran.
Fut. ant. : J aurai eu, hauré hagut (Voir 12' leçon).
Cond.pré.: J'aurais, hauria, hauries, hauria, hauriem, haurieu, haurien.
Passé 1 " f . : J'aurais eu, hauria hagut (Voir 1 3' leçon).
Passé 2' f. : J'aurais eu, haguéri hagut (3), (Voir i3' leçon).
Impératif : n'est pas usité.
Sub. prés. : Q. j'aie, q. hagi, q. hagis, q. hagi, q. haguem, q.hagueu, q. hagin.
Imparfait : Q. j'eusse, q. hagués, q. haguéssis, q. hagués, q. haguéssim, q. haguéssiu,
Passé : Que j'aie eu, que hagi hagut (Voir 14° leçon). [q. haguéssin.
P-q-parf. : Que j'eusse eu, que hagués hagut 'Voir 14"" leçon).
Jnf. prés. : Jlvoir, haver.
Inf. passé : Avoir eu, haver hagut.
Part, prés.: Ayant , \\zwznX.
Part. pas. : "Eu, ayant eu, hagut, havent hagut.
(i) On dit aussi: hem.
(a) On dit aussi: heu.
(3) En Catalogne : haguéra.
Ind. prés.
Imparfait
Prêt. sim.
Prêt. com.
Passe ind.
P-q-parf.
Futur :
Fut. ant.
Cond. pré.
Passé I " f.
Passé 2' f.
Impératif
Sub. prés.
Imparfait
Passé :
P-q-parf.
Inf. prés.
Inf. passé
Part. prés.
Part. pas.
— 264 —
2' Verbe TENIR, avoir (sens de posséder).
J'ai, tinch, tens ou tenes, té ou ten, tenim, teniu, tenen.
J'avais, tenia, tenies, tena, teniem, teniu, tenien.
J'eus, tingui, tinguéres, tingué, tinguérem, tinguéreu, tinguéren.
J'eus, vaig tenir (Voir 9' leçon .
J'ai eu, he tinguti 1 ) Voir i T leçon).
J'avais eu, havia tingut (Voir 12' leçon).
J' aurai, t']ndré, tindràs, tindrà, tindrem, tindreu, tindran.
J'aurai eu, hauré tingut (Voir 1 ;' leçon).
J'aurais, tindria, tindries, tindria, tindriem, tindrieu, tindrien.
j'aurais eu, hauria tingut (Voir 1 3° leçon).
Jaurais eu, haguéri tingut (2) (Voir i3' leçon^.
Aie, té, tinguem teniu.
Q. j'aie, q. tingui, q. tinguis, q. tingui, q. tinguem, q. tingueu, q. tingui n.
Q. j'eusse, q.tingués, q.tinguéssis, q.tingués, q.tinguéssim, q. tinguéssiu.
Que j'aie eu, que hagi tingut (Voir «4' leçon). [q.tinguéssin.
Que j'eusse eu, que hagués tingut (Voir 14' leçon).
Jlvoir, tenir.
Avoir eu, haver tingut.
Ayant, tenint.
"Eu, ayant eu, tingut, havent tingut.
Notes grammaticales
Le verbe haver- — Le verbe haver est employé pour former
les temps composés des verbes actifs, neutres et pronominaux.
Voir dans le texte : shaurien pogut donar les mans.
Lorsque le verbe haver est employé seul, il est verbe actif et
signifie: posséder. On le traduit alors par tenir.
Ex: tinch un hort, j'ai un jardin.
Voir dans le texte : Jlnloniela s quedard sensé tenir al mon cap
amiga ; no tens mare. (11 est très difficile, au début des études,
d'obtenir que les enfants disent : j'ai au lieu de : je liens).
11 peut aussi avoir la signification de éprouver, obtenir, mesurer.
Ex. : tinch fam, j'ai faim ; tinch tôt lo que vull, j'obtiens tout ce que je
veux ; aqueixa torre te trenta mètres, cette tour mesure trente
mètres.
(1) En Roussillon, on dit plutôt : som tingut.
(2) En Catalogne: haguéra.
— 265 —
Jiaver de signifie : avoir à, devoir, être obligé de, falloir,
Ex. : Jiaurà de pagar, il aura à payer, il devra payer, il sera obligé
de payer, il faudra qu'il paie.
Voir dans le texte : les mares no s'haurien de morir may ; aquesîa
larda fhaurds d'eslar soleia.
En Roussillon, on emploie aussi tenir de et en Catalogne tenir
que.
Ex. : Tinch de pagar, tinch que pagur, il faut que je paie.
Voir dans le texte : soch jo la que 7 linch d'estar agrahida ;
me 'n linch d'anar a dalt.
De là, ces fautes fréquentes : j'ai de faire mon devoir ; je
tiens d'étudier ma leçon, etc.
Remarque. — On a dû remarquer dans la conjugaison des deux
verbes précédents que le verbe anar leur sert d'auxiliaire au passé
défini composé. Cette forme est la seule usitée en Roussillon dans
le langage populaire. Certains grammairiens affirment qu'on doit
toujours employer le prétérit simple dans le langage élevé (j).
(i) Louis Paslre, Les prétérits catalans.
— î66 —
J9^ LEÇON — Â una endolada
Quan t'he vist tan endolada
No se lo que m'ha passât,
Qu'ab una sola mirada
Tôt lo dol que't té apenada
M'he sentit encomanat.
Ton cos lleuger s'esllanguîa,
Per ton front queyen los rulls
Que ton cabell hi espargîa,
Y la tristesa guarnîa
Ab un cércol blau tos ulls.
D'aquella grogor de cara,
D'aquell negrall de vestit,
Ne guardo j'impressiô encara ;
No havîa de tenir mare
Qui no t'haguès compadit.
Francesch iVIatheu, "La meva garba.
Vocabulaire
endolada, vêtue de noir rulU, boucles, mèches
mirada, regard • espar gia, répandaient
apenada, affligée cércol, cercle
encomanar, communiquer grogor, pâleur
s'estlanguta, s'alanguissait negrall, noirceur
queyen, de caure, tomber compadit, de compadir, compatir
Exercices
Traduction française du texte. — On devra s'appliquera rendre
exactement les deux derniers vers qui oflFrent quelque difficulté.
Composition catalane. — Reproduire librement le texte en
commençant ainsi : « Quan l'he visia ou la som vista..., etc. »
Composition française, — La jeune orpheline. Faites le portrait
d'une jeune orpheline que vous avez aperçue suivant le convoi
funèbre de sa mère.
— 267 —
Récitation. — Apprendre par cœur : i' A una endolada ;
1' Tarn y satxch.
Conjugaison bilingue. — 1" Verbe SER ou ESSER, être.
Ind. prés. : je suis, som ( i), ets, es, sem, seu, son.
Imparfait : J'états, éri (2), ères, éra, érem, ëreu, éren.
Prêt. sim. : Je fus, fui, fores, fou. fôrem, fôreu, foren.
Prêt. corn. : Je fus, vaig ser (Voir 9' leçon).
Pas. ind. : J'ai été, he sigut (3) (Voir 1 i' leçon).
P-q-parf. : J'avais été, havia sigut (Voir 12' leçon).
Futur : Je serai, seré, seras, sera, serem, sereu, seràn.
Fut. ant. : J'aurai été, hauré sigut (Voir 12* leçon).
Cond.pré.: Je serais, séria, séries, séria, seri'em, seri'eu, serien.
Passé I " f . : J'aurais été, hauria sigut (Voir 1 3' leçon).
Passé 2' f. : J'aurais été, haguéri sigut (4) (Voir 1 3' leçon).
Impératif : Sois, sigues, siguem, sigueu.
Sub. prés. : Q, je sois, q.sigui, q. si guis, q.sigui, q. siguem, q. sigueu, q. siguin.
Imparfait : Q. je fusse, q. fos, q. fôssis. q. fos, q. fôssim, q. fôssiu, q. fossin.
Passé : Que j'aie été, que hagi sigut (Voir 14° leçon).
P-q-parf. : Que j'eusse été, que hagués sigut (Voir 14' leçon).
Inf. prés. : "Etre, ser ou esser.
Inf. passé : Etant, sent.
Part, prés.: Jlvoir été, haver sigut.
Part. pas. : Eté, ayant été, sigut, havent sigut.
2" Verbe ESTAR, être
Ind. prés. : Je suis, estich, estas, esta, estem, esteu, estàn.
Imparfait : J'étais, estàvi ( 5), estaves, estava, estavem, estaveu, estaven.
Prêt, sim.: Je fus, estigui, estiguéres, estigué, estiguérem, estiguéreu, estiguéren.
Prêt, com.: Je fus, vaig estar (Voir 9' leçon).
Passé ind. : J'ai été, he estât (6) (Voir 1 i' leçon).
P-q-parf. : J'avais été, havia estât ( Voir 12' leçon).
Futur : Je serai, estaré, estaràs, estarà, estarem, estareu, estaràn.
Fut. ant. : J'aurai été, hauré estât Voir 12' leçon).
Cond.pré.: Je serais, estaria, estaries, estaria, estariem, estarieu, estarien.
Passé 1" f. : J'aurais été, hauria estât (Voir i3' leçon).
(1) En Catalogne, on dit: soch, ets, es, sora, sou, son.
(î) En Catalogne, on dit: era.
(3) Dans les temps composés on emploie indifféremment les participes passés stgut ou estât.
(4) En Catalogne : haguera.
(5) En Catalogne : estava.
(6) En Roussillon, on dit plutôt : som estât. C'est ce" qui explique l'expression incorrtcte :
je suit été.
— 268 —
Passé 2' f. : J'aurais été, haguëri estât (Voir i3' leçon).
Impératif : Sois, esta ou estigues, estem ou estiguem, esteu ou estigueu.
Sub. prés. : Q.yeiois. q.estigui, q.estiguis, q.estigui, q. estiguem, q. estigueu. q.estiguin.
1 mparfait : Q. je fusse, q. estigues, q.estiguéssis, q. estigues, q.estiguéssim, q.estiguéssiu,
Passé : Que j'aie été, que hagi estât (Voir 14' leçon). [q.estiguéssin,
P-q-parf. : Que j'eusse été, c[uc hagu'cs cstzt (Vo'ir 14' leçon).
Jnf. prés. : "Etre, estar.
Inf. passé : "Etant, estant.
Part, prés.: Jlvoir été, haver estât.
Part. pas. : Eté, ayant été, estât, havent estât.
Notes grammaticales
Le verbe Ser ou Esser. — Lorsque le verbe être est employé
seul, il se traduit : par ser ou esser, s'il exprime un état perma-
nent, et par estar s'il exprime un état accidentel.
Ex. d'état permanent: ser un home, être un homme.
Ex. d'état accidentel: eslar maïalt, être malade.
Cette nuance n'existe pas en français. Ainsi, lorsqu'on dit : cet
homme est gai, on exprime indifféremment l'état permanent ou
l'état accidentel, tandis qu'en catalan: ser alegre signifie : être
toujours gai, et estar alegre signifie être gai en ce moment.
L'expression française : être en train de, se traduit par estar
suivi du verbe au participe présent.
Ex.: cstich parlant, je parle, je suis en train de parler.
L'auxiliaire ser n'est employé que dans les verbes passifs.
Cependant, en Roussillon, il est employé à la place de haver
dans les verbes actifs. Ainsi l'on dit plutôt: sûm cantat, j'ai chanté
que : he cantat, j'ai chanté ; de là une nouvelle source de diffi-
cultés pour les Roussillonnais dans l'étude du français. Quel est
le jeune écolier qui n'a pas commis les fautes suivantes :
Je suis mangé le pain.
le suis fini le devoir.
Nous avons vu 18' leçon) que le verbe haver est toujours
employé dans la conjugaison des temps composés des verbes
neutres.
Ex. : he caygut, je suis tombé ; he arribat, je suis arrivé.
Cependant, en Roussillon, on dit som caygut, som arribat,
probablement à cause de l'influence du français.
— 269 —
On s'explique dès lors très difficilement pourquoi les enfants
de nos écoles s'obstinent à dire : j'ai tombé, j'ai arrivé, j ai
venu, etc, pour: je suis tombé, je suis arrivé, je suis venu.
Nous avons vu aussi que l'auxiliaire haver sert toujours à
conjuguer les verbes pronominaux.
Ex. : m'he passejat, je me suis promené.
Cependant, en Roussillon, on dit: me som passejat. 11 devient
donc également difficile de s'expliquer ces fautes de français qui
reviennent si souvent au début des études: je m'ai promené, je
m'ai amusé, vous vous avez rendu, nous nous avons blessé, etc.,
pour : je me suis promené, je me suis amusé, vous vous êtes
rendus, nous nous sommes blessés, etc.
11 est donc absolument indispensable de mettre nos élèves en
garde contre ces incorrections en leur faisant connaître exac-
tement l'emploi des auxiliaires dans les deux langues.
De ce que nous venons de dire il résulte que le verbe ser est
employé en Roussillon non seulement dans les verbes passifs,
mais encore dans les verbes actifs, neutres et pronominaux.
11 y a cependant exception pour la 3' personne du singulier et
du pluriel du passé indéfini.
Ex. : ha cantai, il a chanté ; han cantat, ils ont chanté.
ha caygut, il est tombé ; han caygut, ils sont tombés.
s' ha passejat, il s'est promené; s' han passejat, ils se sont promenés.
L'auxiliaire roussillonnais ser emprunte donc deux personnes
au passé indéfini de l'auxiliaire haver.
Ex. : som cantat, ets cantat, ha cantat, sem cantat, seu cantat, han cantat.
Pour donner une idée de la confusion que jette dans les
esprits, l'emploi des auxiliaires catalans, nous citerons cette
phrase du conventionnel catalan Cassanyes que nous trouvons
dans un de ses rapports : « Je ne puis ici rendre compte de ce
que nous avons fait dans les derniers jours que j'ai resté à Per-
pignan » () ).
Voir dans le texte : fha visl ; m ha passai ; m'he sentit ; t'hagués
compadit.
()) Pierre Vida), Compte rendu fait â la Convention nationale par le représentant Cassanyes,
Je sa mission à l'armée des Pyrénées-Orientales i5 juillet 1793 — a janvier 1794), page 80.
Nous ne prétendons pas juger de la valeur de Cassaynes d'après les catalanismes qu'il a pu
commettre. Si nous citons ce cas, c'est pour montrer combien est utile la comparaison des deux
langues à l'école.
— 270 —
20""^ LEÇON — Les cançons noslres
Les cançons nostres, com totes les populars, com totes
les de la terra, l'home les cull de la terra, y son cullita per
l'anima.
Allî, al nort, ferit de boyra, sobre les amples planures
de la neu, les cançons surten tristes com canço d'émigrant;
allî, à les altes montanyes, sobre *ls nûbols, revolcantse per
les valls, son estridents com crits d'âguila ; revosten foch y
vida les dels camps de Provença, melangia y anyoramcnt à
Galicia y suau indolencia â Andalucia ; y pertot arreu ahont
broten porten l'olor de la terra y el baptisme de poesia.
Les nostres son pobres y senzilles, perô hermoses per sa
mateixa modestia. Nascudes entre pins y banyades per la
broma del mar, tenen l'aspror de la terra y la salabror de
l'aygua, perô tenen el balanceig de les ones y, com elles,
s'aixequen y s'aplanen amb etern y grandiosa cadencia ;
son de paysatge robust am linies gregues, senten l'olor
del bosch y de les algues, ploren rient y riuen plorant ;
s'extenen tôt plegat amb un compas de planura y s'aixe-
quen com turons ; prenen ayre de llegenda, de retaule, de
tradiciô y de rondalla, y sempre tenen remors de Catalunya,
remors que 'ns estimem perqué son vells, y son ays dels
sospirs de coses nostres.
Santiago RusifloL.
Vocabulaire
cullita, récolte, moisson gregues, grecques
feril, blessé, affligé ht plegat, à la fois
revolcantse, se roulant, se traînant compas de planura, rythme régu-
(les nuages) lier, uniforme.
àguila ou dliga, aigle turons, collines
revosten ou rebosten, renferment, retaule, retable, tableau
contiennent rondalla, conte
melangia, tristesse remors, rumeurs, murmures
anyorament, nostalgie ays, hélas.
olor, parfum sospirs, soupirs
— 27' —
Exercices
Traduction française du texte. — On ne trouvera dans ce mor-
ceau aucune difficulté de traduction, sauf dans la première phrase.
Composition catalane. — Résumer le texte en catalan.
Composition française. — Montanyes régalades. Analysez ce
chant et voyez si l'on peut lui appliquer les idées contenues dans
le 3"" paragraphe (i). Examinez ensuite le chant provençal bien
connu : De bon malin, et dites si l'appréciation de l'auteur sur les
chants populaires provençaux est exacte.
Récitation. — Apprendre par cœur : r 'Les cançons noslres ;
1' ho corb y la guilla.
Conjugaison bilingue- — Verbe CANTAR, chanter (i" con-
jugaison)
Ind. pr.
Imparfait
Prêt. sim.
Prêt. corn.
Pas. ind.
P.-q.-par.
Futur :
Fut. ant.
Cond. pr.
Pas. 1" f.
Pas. 2' f.
Impératif
Subj. prés
Imparfait
Passé
P.-q.-parf
Inf. prés.
Part, pi es.
Jnf. passé
Part. pas.
Je chante, canti (i ), cantes, canta, cantem, cantcu, canten.
Je chantais, cantavi (2), cantaves, cantava, cantavem canta veu, cantaven.
Je chantai, canti, cantâres, canta, cantârem, cantâreu, cantâren.
Je chantai, vaig cantar (Voir 9' leçon).
J'ai chanté, he cantat (3) (Voir 1 i' leçon).
J'avais chanté, havia cantat (Voir la' leçon).
Je chanterai, cantaré, cantaràs, cantarà, cantârem, cantâreu, cantaràn.
J'aurai chanté, hauré cantat (Voir i a° leçon).
Je chanterais, cantarfa, cantaries, cantaria, cantariem, cantarîeu, cantarien
J'aurais chanté, hauri'a cantat (Voir i3' leçon).
J'aurais chanté, haguéri cantat (4) (Voir i3' leçon).
Chante, canta, cantem, canteu.
Q. je chante, q. canti, q.cantis, q. canti, q. cantem, q. canteu, q.cantin.
Q. je chantasse, q.cantés, q. cantéssis, q. cantés, q. cantéssim, q. cantéssiu.
Que j'aie chanté, que hagi cantat (Voir 14' leçon). [q. cantéssin.
Que j'eusse chanté, que hagués cantat (Voir 14' leçon).
Chanter, cantar.
Chantant, cantant.
Avoir chanté, haver cantat.
Chanté, ayant chanté, cantat, havent cantat.
(i) Consulter la cantate Visca T{pssell«! du Dr Boix, imp. catalane J. Cornet, Perpignan.
(1) En Catalogne : Canto.
(î) En Catalogne : Cantava.
(3) En Roussilion on dit plutôt : Som.
(4) En Catalogne : Haguera.
Notes grammaticales
Les trois conjugaisons. — Les verbes catalans réguliers se con-
juguent sur trois modèles différents qui constituent les trois for-
mes de la conjugaison :
La 1 " conjugaison comprend les verbes en AR sauf anar et e&iar .
Voir dans le texte : revolcarse, revostar, brotar, portar, banyar.
aixecar, aplanar, plorar, estimar.
La 2"" conjugaison comprend les verbes réguliers en ER et RE.
Voir dans le texte : mixer, riure, s'extendre, pendre. (Ces verbes
sont irréguliers.)
La 3"" conjugaison comprend les verbes réguliers en IR.
Voir dans le texte : tenir, cullir, surlir, sentir (irréguliers).
Nous donnons plus haut le modèle pour la i" conjugaison.
Voir dans les leçons suivantes les modèles de la 2"" et de la
3"' conjugaison.
Remarque. — Les verbes en car changent c en qu devant e et 1.
Ex. : Pescar, pesqui, pesques.
Les verbes en gar changent g zn gu.
Ex. : Pagar, pagui, pagues.
Les verbes en jar changent j en g.
Ex. : menjar, mengi, menges.
L'In/înitif. — L'infinitif des verbes indique à quelle conjugai-
son ces verbes appartiennent : AR, ER, IR.
Certains auteurs prétendent que tous les infinitifs doivent se
terminer par r. C'est ainsi qu'ils écrivent beurer, Ireurer, creurer
comme correr, mereixer.
Cependant quelques grammairiens font remarquer qu'il n'en
doit pas être ainsi et, s'ils écrivent correr, mereixer etc, avec un r,
ils suppriment cette lettre dans heure, treure, veure, creure, etc.
Voici comment ils établissent la distinction :
Sont verbes en RE tous ceux qui forment leur futur en accen-
tuant simplement Ve final.
Ex. : Beure, treure, veure, creure
font au futur : Beurë, treure, veuré, creure.
Sont verbes en ER tous ceux qui prennent e au futur.
Ex. : Correr, mereixer, temer, etc.
font au futur : Correré, mereixeré, temeré
Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-DominiqHC, Perpignan.
La Langue Catalane
et son uHlité pédagogique
€^S5<fe3^ (Suite)
2 1-^ LEÇON — Canl de les gojes
Somîa, Gentil, somîa
Deixa volar ton cor bel)
Mentre '1 somni no 's dcsnîa
Com de sa branca l'aucell.
Aygues de neu te breçolen
Te vetllen cors virginals,
Aixam d'abelles que volen
Del teu hermôs al encalç.
Los somnis son unes aies
Per volar dintre l'Edem ;
Mentres dins tu te regales,
Nosaltres te breçarem.
Te breçarem sobre roses,
Tôt cantante un himne dolç,
De dia '1 de les aloses.
De nit, lo dels rossjnyols.
•
Somîa, Gentil, somîa
Deixa volar ton cor bell
Mentre '1 somni no 's desnîa
Com de sa branca l'aucell.
J. Verdaguer, Canigô, cant III.
Vocabulaire
iomta. de somiar, rêver breçolen, de breçoîar, bercer
mentre, pendant que, tant que al encalç, à l'assaut
somni, rêve aloses, alouettes
no 's desnia, de desniarse, tomber du nid
— 274 —
Exercices
Traduction française du texte. — Ce morceau est assez difficile
à rendre. Redoubler d'attention.
Composition catalane. — Résumer le texte en quelques phra-
ses catalanes.
Composition française. — Traduire librement le texte en l'am-
plifiant.
Récitation. — Apprendre par coeur : i° Canl de les gojes ;
2° Metges y cirurgians.
Conjugaison bilingue. — Verbe TEMER, crzindre (2' conju-
gaison).
Ind. prés. : Je crains, terni (i ), tems, tem, temem, temeu, temen.
Imparfait : Je craignais, temia (2), ternies, temia, temiem, temieu, temien.
Prêt. sim. : Je craignis, terni, teméres, temé, temérem, teméreu, teméren.
Prêt. corn. : Je craignis, vaig témer ( Voir 9' leçon ).
Pas. ind. : J'ai craint, he temut (3) (Voir 1 r leçon).
P.-q.-par. : J'avais craint, havia temut (^Voir 12' leçon).
Futur : : /ccramiinji, temerê, temeràs, temerà, temerem, tem:reu, temeràn.
Fut. ant. : J'aurai craint, hauré temut (Voir 12' leçon).
Cond. pr. : /ecrainiir^jis, temeria, temeries, temeria, temeriemtemeriêu, temerien.
Pas. 1 " f . : J'aurais craint, hauria temut (Voir i3' leçon).
Pas. 2° f. : J'aurais craint, hagueri temut (4) (Voir 1 3' leçon).
Impératif : Crains, tem, temem, temeu.
Subj. prés : Q.jecraigne, q. temi, q. temis, q. temi, q. temem, q. temeu, q. temen.
Imparfait : Q. je craignisse, q.temés, q.teméssis, q.temés, q.teméssim, q.teméssiu.
Passé : Que j'aie craint, que hagi temut (Voir 14° leçon). [q. teméssin.
P.-q.-parf : Que j'eusse craint, que hagués temut (Voir 14' leçon).
Inf. prés. : Craindre, témer.
Inf. passé : Avoir craint, haver temut.
Part, prés.: Craignant, tement.
Part. pas. : Craint, ayant craint, temut, havent temut.
(1) En Catalogne : temo.
(2) En Roussillon : temii.
(3) En Roussillon, on dit plutôt : som.
(4) En Catalogne : haguera.
- ayS -
Notes grammaticales
Le verbe anar. — On a vu {q"" leçon) que le verbe anar sert à
former le prétérit composé. 11 est donc auxiliaire ; c'est ainsi que
vaig canlar, par exemple, qui signifie: je chantai ne peut pas être
employé pour dire que l'on va chanter (comme d'ailleurs semble-
rait l'indiquer la traduction littérale).
Pour éviter la confusion qui ne manquerait pas de se produire,
on place la préposition d devant l'infinitif.
Ex. : J^ iiig à cantar, je vais chanter.
Pour mieux marquer encore la différence on fait précéder x;^/^
des pronoms me, le, se, nos, vos, se, suivis de en.
Ex. : M'en vaig i cantar Montanyes régalades.
S'en van â cantar els Goigs deis ous.
Ce que nous venons de dire pour anar, peut aussi s'appliquer
aux verbes venir, lornar, enviar, ohir.
Ex. : Vinch d vetire 7 matait, je viens voir le malade.
Tornarem d canlar, nous reviendrons chanter.
L'enviarem d buscar, nous l'enverrons chercher.
Hem chil d dir, nous avons entendu dire.
Les autres verbes ne demandent pas la préposition.
Voir dans le texte : Deixa volar.
Remarque. — \° Les débutants se laissent prendre facilement
au piège que leur tend cette préposition catalane et généralement
ils la traduisent en parlant français.
Ex. : Où est Pierre? 11 est allé à chercher son livre.
Où va Jean? Il va à nager.
Où allez-vous? Je m'en vais à travailler.
Voir la cf leçon où est signalée la faute contraire.
Lorsqu'il s'agit de provisions on supprime l'infinitif après a/iar.
Ex, : Jlnar d l'aygua, al pd, al vi,
pour : Aller chercher de l'eau, du pain, du vin.
2° L'impératif du verbe aller employé négativement donne lieu
à une incorrection très fréquente.
Ex. : Achille, prends garde, n'aille pas toucher le fil électrique,
n'aille pas jouer trop près de l'eau, etc.,
pour : ne va pas.
— 27^ —
Si Ton explique aux élèves qu'en catalan il n'existe pas d'im-
pératif négatif et que pour traduire l'impératif négatif français,
on est obligé d'employer le subjonctif présent catalan (i) il est
très probable qu'ils n'oublieront pas cette particularité de la langue
catalane et que vagis pas ne représentera plus pour eux le sub-
jonctif français n'aille pas mais bien l'impératif ne va pas (i).
3' A signaler également le cas de certains verbes qui sont
employés à tort l'un pour l'autre et qui constituent des catalanis-
mes intolérables dans des phrases comme celles-ci :
Cent personnes ne resteraient pas dans cette salle ;
De Saint-Estève on sent les cloches de Perpignan ;
Notre fils aîné est parti et je vous assure que nous l'ennuyons
beaucoup ;
Laissez-moi cinq francs ; je vous les rendrai demain ;
Mon père a passé la fièvre ;
Cet enfant a été puni mais il s'en donne ;
Chaque fois qu'on le bat, il se rend ; etc., etc.
fl) En supprimant que.
(2) No hi vagis â viure à ciutat (Verdacuer, Lu rosa marcidaj.
— 277 —
2 2"^ LEÇON — Â la casa dels Orfcs
Quin fret dcu ferhi ! Tôt aquel) aixam de nens y nenes,
ab caretes xamoses y '] cap pie d'encenalls d'or, ab ulls-
brillants com estrelletes y manônes de satî y de cotô fluix,
flonjes y rosses, deu semblar un jardi de verge enamorada,
ahont les flors parlen.
Pobre jardî d'hivern, flors sensé sol ni gotes de rosada,
sensé rialles ni plors de mare, sensé petons de debô !
Quin deu ser el nom primer qu'aprenen els pollets d'a-
quella llocada orfa ? Com els hi deuen dir que de mare no 'n
tenen, ni n'han tinguda may ; pobrissons ! may, perqué la
dona que 'ns porta al mon no es mare nostra fins que s'ho
guanya ab goigs y tristors !
Com els hi deuen dir que no hi es pas la dona â qui tant
cerquen, la dona en qui han somniat avans de neixer, la
qu'estimaven ja quan el seu cor, menut encara com
llevor de llîri, començâ â bategar?
Com ho deuen fer pera dir als famolenchs de mare qu'a-
quella dona que l'anima adora quan el cor encara no 's
movîa, els ha deixats solets per por del mon, ô per por
d'ella, 6 per mal cor ? No, per mal cor, no, que no 'Is hi
diguin. Angelons ! se morirîen !
Enrich de Fuentes.
Vocabulaire
aixam, essaim rosses, blondes
caretes, petites figures enamorada, amoureuse
xamoses, synonyme de manyagues, rialles, ris, risettes, sourires
douces petons, baisers
encenalls, copeaux llevor, graine
manônes, petites mains, menottes bategar, battre
cotô fluix, duvet léger, ouate famolenchs , faméliques. Ici : avides,
flonjes, molles. désirant ardemment
— 278 —
Exercices
Traduction française du texte. — On trouvera quelques diffi-
cultés dans le j" paragraphe.
Composition catalane. — Résumez le texte en catalan.
Composition française. — Le pelil orphelin. Vous avez vu un
pauvre bébé abandonné. Faites son portrait en vous inspirant des
détails du texte et dites les réflexions qui vous sont suggérées par
la vue de ce petit orphelin.
Récitation- — - Apprendre par cœur : )° A la casa dels orfes ;
2' Passades alegries.
Conjugaison bilingue. — Verbe PARTIR, partager (3"* conju-
gaison).
Ind. prés.
Imparfait
Prêt. sim.
Prêt. com.
Pas. ind.
P-q-parf.
Futur :
Fut. ant.
Cond. pré.
Passé 1 " f.
Passé 2' f.
Impératif
Sub. prés.
Imparfait
Passé :
P-q-parf.
Inf. prés.
Jnf. passé
Part. prés.
Part. pas.
Je partage, parteixi(i), parteixes, parteix, partim, partiu, parteixen.
Je partageais, partia (2 1, parties, partia, partiem, partieu, partien.
Je partageai, parti, partires, parti, partirem, partireu, partiren.
Je partageai, vaig partir (Voir 9' leçon).
J'ai partagé, he partit (3) (Voir 1 >' leçon).
J'avais partagé, havia, partit (Voir 12' leçon).
Je partagerai, partiré, partiras, partira, partirem, partireu, partiràn.
J'aurai partagé, hauré partit (Voir 12' leçon).
Je partagerais, partiria, partiries, partiria, partiriem, partirîeu,partirien
J'aurais partagé, haurîa partit (Voir i3' leçon).
J'aurais partagé, haguéri partit (4) (Voir i3' leçon).
"Partage, parteix, partim, partiu, [q. parteixin.
Q, je partage, q.parteixi, q.parteixis, q. parteixi, q. partim, q. partiu,
Q. je partageasse, q. partis, q.partissis, q. partis, q. partissim q.partissiu.
Que j'aie partagé, que hagi partit (Voir 14' leçon). [q. partissin.
Que j'eusse partagé, que hagués partit (Voir 14' leçon).
Partager, partir.
Jlvoir partagé, haver partit.
Partageant, partint.
Partagé, ayant partagé, partit, havent partit.
(1) En Catalogne : parteixo.
(l) En Roussillon : partit.
Ci) En Roussillon, on dit plutôt: som.
(41 En Catalogne: haguera.
— ^79 —
Notes grammaficales
Le complément direct- — Le complément direct catalan est
quelquefois précédé de la préposition d.
Certains grammairiens affirment qu'il faut employer la préposi-
tion d devant le complément direct lorsque ce complément est un
nom de personne ou un mot se rapportant à une personne.
Ex. : He vist â mon pare.
Voir dans le texte : La dona d qui tant cerquen (cercar â la
dona).
Certains, moins affirmatifs, se contentent de dire que la prépo-
sition d se place presque toujours devant le complément direct des
verbes actifs quand ce complément 2st un nom de personne.
D'autres veulent toujours l'accusatif et par conséquent n'admet-
tent la préposition dans aucun cas.
Ex. : He vist mon pare.
Enfin Joan Bardina, dans sa Gramdtica pedagôgica [\), recom-
mande aux élèves de ne pas employer la préposition d devant
les compléments directs, sauf dans le cas d'absolue nécessité.
L'usage et la lecture des bons auteurs doivent donc tenir lieu
de règle (Voir 5"" leçon).
Baguiiâ, éditor, Cardenal Casaiias, 4, Barcelona.
— 28o —
îS*^ LEÇON — Canço
Mirau les flors matineres
Obrjntse ara â la claror :
Quines colors enciseres !
Quin perfum ! Quina frcscor !
Tenen aygues rioleres
Y bel) sol ;
Les festcjen papallones :
er Pestones,
Les alegra *1 rossinyol.
Perô l'essencia mes pura
Que dins cada flor hi ha
May â dins ella s'atura ;
Sempre se 'n puja, se 'n va...
No ]j basta la dolsura
De la flor :
De la llum enamorada
Pren volada ;
Vol viure en nubolets d'or.
Sentiments qui d'aquest cor
Cap enfora vo'n anau,
Perfums de l'anima en flor,
Volau molt amunt, volau !
Costa y Llobera, Poésies.
Vocabulaire ,
enciseres, charmantes esiones, moments
rioleres, qui leur donnent un aspect s'atura, s'arrête
agréable, riant basta, suffit
festejen, courtisent nubolets, petits nuages
papallones, papillons
— 28j —
Exercices
Traduction française du lexlc. — On ne trouvera dans ce texte
aucune difficulté sérieuse.
Composition catalane. — Traduire cette poésie en prose cata-
lane.
Composition française. — Les fleurs. Faites une promenade
matinale à la campagne pour observer les fleurs, puis rédigez un
petit devoir en suivant le plan adopté par l'auteur dans la j "
strophe.
Récitation.— Apprendre par cœur: i° Cançô ; 2° E/s reys
d'Orient.
Conjugaison bilingue- — Conjuguer aux temps simples les ver-
bes viure et vivre. Voir la liste des verbes irréguliers (2"" caté-
gorie, n° 4).
Noies grammaticales
Les verbes irréguliers. — On peut grouper les verbes irrégu-
liers catalans en deux grandes catégories :
1° Les verbes presque réguliers ;
1' Les verbes très irréguliers.
Les verbes de la première catégorie comprennent quatre séries :
1" série : Verbes qui se conjuguent sur rebre, recevoir.
2"" série : Verbes qui se conjuguent sur dormir, dormir.
3"" série : Verbes qui se conjuguent sur entendre, comprendre.
4"" série : Verbes qui se conjuguent sur mereixer, mériter.
Les verbes ce h 2"" catégorie comprennent huit séries. Dans
chacune de ces séries on a groupé les verbes suivant leur plus ou
moins d'analogie dans les irrégularités.
Voici la liste des verbes irréguliers les plus usuels (i).
PREMIÈRE CATÉGORIE
1. — Rebre, recevoir. Rebi, rebia, rebré, rebrîa, que rebi,
que rebés, rebent, rebut.
abatre, admetre, batre, combatte, cometre, comprometre, corrompre,
debatre, interrompre, malmetre, ometre, perdre, permette, promette,
rebatte, temette, rompte, somette, ttansmette.
(1) D'après la classification Foulché-Delbosc.
— 282 -
2. — Dormir, dormir. Dormi, dormia, dormiré, dormirîa,
que dormi, que dormigués, dormint, dormit.
acullir, adormir, ajupir, bullir. consentir, consumir, cosir, cruixir, cullir,
descosir, escullir, escupir, fugir, morir, obrir, omplir, pressentir, presu-
mir, pudir, recosir, recullir, resumir, sentir, sortir.
3. — Entendre, comprendre. Entench, entenia, entendre, en-
tendria, que entengui, que entengués, entenent, entés.
absoldre, apendre, atendre, caldre, compendre, confondre, correspondre,
défendre, dépendre, desapendre, disoldre, doldre (se), empendre, encen-
dre, equivaldre, extendre, fondre, moidre, ofendre, pendre, pondre, pré-
tendre, prevaldre, refondre, remoldre, rependre, resoldre, respondre,
revendre, sorpendre, suspendre, tondre, valdre, vendre.
4. — Mereixer, mériler. Mereixi, mereixia, mereixeré, mereixe-
ria, que mereixi, que mereixés, mereixint, merescut.
apareixer*, compareixer*, creixer, coneixer*, decreixer, desmereixer,
desapareixer*, desconeixer*, neixer, pareixer*, reapareixer*, reconeixer*,
rencixer.
Les verbes marqués d'une astérisque comme coneixer, font : que conegui, que conegués au
présent et à J'imparfait du subjonctif.
DEUXIÈME CATÉGORIE
1. — Beure, boire. Bech, bebia, beuré, beuria, que begui,
que begués, bebent, begut.
commoure, deure, moure, ploure, promoure, remoure, somoure.
2. — Creure, croire. Crech, creia, creuré, creuria, que cregui,
que cregués, creient, cregut.
abstreure , ajeure, asseure, atreure, bestreure, contreure, distreure,
extreure, jeure, retreure, riure, seure, somriure, sustreure, treure.
3. — Coure, cuire. Cohi, cohia, coure, couria, que cogui,
que cogués, coent, cuit.
cloure, concloure, descloure, encloure, excloure, incloure, recoure.
4. — Caure, tomber. Caich, queia, cauré, caurîa, que caigui,
que caigués, caient, caigut.
circumscriure, complaure, decaure, descriure, desplaure, entreveure,
escaure, escriure, inscriure, plaure, prescriure, preveure, proscriure,
reveure, reviure, suscriure, transcriure, veure, viure.
— 283 —
5. — CoRRER, courir. Corri, corria, corriré, corrin'a, que
corrégui, que corregués, corrent, corregut.
concôrrer, deseixir, discôrrer, eixir, escorrer, incorrer, ocôrrer, recôrrer,
reeixir, sobreixir, socôrrer.
6. — PoDER, pouvoir. Puch, podia, podré, podn'a, que pugui,
que pogués, podent, pogut.
advenir, avenir, cabre, convenir, desavenir, intervenir, prévenir, pro-
venir, reconvenir, revenir, saber, soler, sobrevenir, subvenir, venir, voler.
7- — Anar, aller. Vaig, anavi, aniré, aniria, que vagi, que
anés, anent, anat.
contradir, contrafer, desdir, desfer, dir, dur, estrafer, fer, predir, refer,
satisfer.
8. — Tenir, avoir, posséder. Tinch, ténia, tindré, tindria, que
tingui, que tingués, tenint, tingut.
contenir, détenir, entretenir, mantenir, obtenir, retenir, sostenir.
Voir dans le texte les verbes irréguliers obrir, tenir, pendre,
voler, viure et anar. Chercher ces verbes dans la liste ci- dessus.
— 284 —
24"*^ LEÇON — Instantanées
L'ayrc es pur y cl ce) es blau.
El jardî s'adorm en pau
Mcntrc el sol se'n va â la posta
Dant l'adeu ab raigs daurats
Als arbres endormiscats
Que no li tornen resposta.
Qu'es aqueix baume exquisit
Que, quan arriba la nit,
Al passar la brisa deixa ?
No séria, per etzar,
L'olor que deixa al passar
La primavera mateixa ?
La terra s'adorm en pau
La lluna, desde '1 cel blau
ObrJnt ses aurees parpelles
Guayta â la terra y somriu
Y no se pas que 'Is hi diu
Que somriuen les estrelles.
Ombra y silenci... Ja es nit.
Els aucells s'han adormit
Ab el capet sota l'ala,
Y somien camps de blat,
Sempre ros, sempre granat,
Bressat per cants de cigala.
Apeles Mestres, Croquis ciutadans.
Vocabulaire
s'adorm, s'endort endormiscats, somnolents, à demi
mentre, pendant que endormis
se'n va à la posta, est sur le point de exquisit, exquis
se coucher aurees, dorées
dant, donnant, du verbe dar, donner parpelles, paupières
— 285 —
Exercices
Traduction française du texte. — Les deux derniers vers de la
3"" strophe sont assez difficiles à rendre.
Composition catalane. — Traduction du texte en prose cata-
lane, chaque strophe constituant un paragraphe.
Composition française. — 1° Le soir. Rédigez un petit devoir
sous ce titre en vous inspirant des idées exprimées par l'auteur
dans les deux premières strophes et en y ajoutant vos idées per-
sonnelles.
2° La nuit. Même genre de devoir avec les deux dernières
strophes.
Récitation. — Apprendre par cœur : i Jnstanlanees ; i' T^ecorh.
Conjugaison bilingue. — Conjuguer aux temps simples les ver-
bes adormtrse et s'endormir.
Notes grammaticales
Le participe présent- — Le participe présent catalan se ter-
mine en ant, enl ou int.
11 est invariable quand il joue le rôle de verbe, c'est-à-dire
lorsqu'il exprime une action.
Voir dans le texte : dajit l'adeu, obrinf ses parpelles.
11 est variable quand il joue le rôle d'adjectif, c'est-à-dire lors-
qu'il exprime un état, une qualité.
Le participe passé. — Le participe passé catalan se termine en
aff il, ut, ou ert. Il peut être employé sans auxiliaire, avec 1 auxi-
liaire esser ou avec l'auxiliaire haver.
Employé sans auxiliaire, il joue le rôle de qualificatif et s'ac-
corde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte.
Voir dans le texte daurats, endormiscats, granat, bressat.
Employé avec l'auxiliaire esser il s'accorde en genre et en nom-
bre avec le sujet.
Ex. : Els arbres son endormiscats.
- 286 —
Employé avec l'auxiliaire baver il reste invariable.
Ex. : He llegii très lUbres, j'ai lu trois livres.
Ets très llibres que he llegit, les trois livres que j'ai lus.
Voir dans le texte : els aucells s'han adormil.
Mais le participe passé construit avec baver peut aussi s'accor-
der avec le complément direct, que ce complément soit placé
avant ou api es.
Ex. : fie llegida la seua hisloria, j'ai lu son histoire.
"Vetaqui l historia que he llegida, voici l'histoire que j'ai lue.
On peut donc conclure que, comme dans le vieux français (j),
le participe avec baver varie au gré de l'écrivain.
Remarque. — Lorsque le participe passé du verbe fer est suivi
d'un infinitif et que le complément direct est un des pronoms la,
los, les, ce participe s'accorde avec le complément.
Ex. : Sembla que la porta es nova perqué l'hem fêta pintar.
On dirait que la porte est neuve parce que nous l'avons fait
peindre.
Ce participe étant variable en catalan, il en résulte que les
élèves commettent couramment une faute en français.
Ex. : Cette porte, nous V zvons f(iite peindre.
(i) Clément Marol, dans son J{ecours en grâce, écrit :
« Sur mes deux bras ils ont la main posée. »
Et Brantôme, à la même époque, dans ses Mémoires :
« Après qu'il zut fermé la lettre, u
Plus prés de nous, Molière, dans \"Ecole des maris :
« Il m'a, droit dans ma chambre, une boite
— 287 —
25^^ LEÇON — Lo porter
Darrera d'aquella porta de roure que tenîa en planxa
d'accr grabat lo nom Gil Foix, topava '1 visitant amb un
porter vestit de panyet blau, botons de plata y les inicials
G. F. del mateix metall, cusides al coll.
Era un home fornit y rabassut, d'afable parlar, veu
grossa, ull gris y esguart burleta. En l'espessedat de son
cabell curt y blanch, plantât sobre d'un front macîs y
sempre vermellôs, en la forma rodona del cap y la quadra-
tura de la cara, corn en lo gruix de ses munyeques y de sos
peus botaruts, hi havia quelcom de gos de prèsa qu'inspi-
rava confiansa al home de bé y posava alerta al dolent.
Assegut en un banquet, al bell cantô de una taula,
demunt laquai teclejava hores y mes hores, apenes s'aixe-
cava pcr ningû. Clavava interrogant mirada al entrant, y
obtinguda resposta, informava sens badar boca ni deixar de
teclejar, signant â dreta 6 â esquerra, segons l'oficina
demanada.
Narcis Oller, La Tehre d'or.
Vocabulaire
roure, rouvre, chène-rouvre
planxa d'acer, plaque d'acier
topava, rencontrait, trouvait, se trou-
ver en présence de
panyet, drap épais genre militaire
fornit, fourni, épais, gras
rabassut, trapu, robuste
esguart burleta, regard moqueur
macis, massif
vermellôs, rougeâtre
quadratura, carrure, ampleur
gruix, grosseur excessive
munyeques, poignets
botaruts, en saillie, saillants, angu-
leux
gos de prèsa, chien de garde
dolent, méchant
assegut, assis
teclejava, il tambourinait
apenes, à peine. On dit aussi : tôt
just
ningû, est mis ici pour: n'importe qui
clavava, il clouait, il fixait
interrogant mirada, regard inter-
rogateur
sensé badar boca, sans ouvrir la bou-
che
sensé deixar de teclejar, sans cesser de
tambouriner
oficina, bureau, guichet
— 288 —
Exercices
Traduction française du texte. — Quoique très facile à com-
prendre ce texte renferme quelques difficultés de traduction,
surtout dans le 2' paragraphe.
Composition catalane. — E/ gos de pièsa. Faites, en catalan, le
portrait d'un chien de garde que vous avez vu. Suivez le plan du
texte et pensez en catalan.
Composition française. — Le chien de garde. Rédigez en fran-
çais le même devoir en traduisant librement la composition cata-
tane.
Récitation- — Apprendre par cœur: i' ho porter ; 1° A Yalencia.
Conjugaison bilingue. — Conjuguer aux temps simples les
verbes aixecarse et se lever.
Notes grammaticales
La préposition. — Les principales prépositions catalanes sont :
d, à ; ah, amb, am, avec ; avans de, avant ; sobre, sus, sur ; demunt de, au-
dessus de ; contra, contre ; ademès de, outre ; sota, sous ; dessota de, dejusde,
au-dessous de; en, dins, dintre de, dans ; desde, depuis ; fins, jusque;; desprès
de, après ; tras, detras de, darrera de, derrière ; devant de, devant ; a casede,
d cd, cd, chez ; maîgrat, malgré ; fora, excepte, hors, hormis ; per, pera,
pour ; per, par ; vora, près de ; segons, selon ; sens, sensé, sans; mitjansant,
moyennant ; cap à, vers ; etc.
La conjonction. — Les principales conjonctions catalanes sont :
aixis, ainsi ; aixi corn, ainsi que ; també, aussi ; com, comme ; tant... corn,
aussi... que; donchs, donc; y, et; mes, perô, mais; ni, ni; 6, ou; perqué,
pourquoi, parce que; puix, puisque ; quan, quand ; que, que; si, si; mentres
^we, pendant que ; etc.
L'adverbe. — Les principaux adverbes catalans sont :
avant, avans, avantes, antes, avant, auparavant ; ahont, hont, où ; alU, alla,
là; aqui, assi, ici; alli baix, là-bas; alli dalt, là-haut; avuy, aujourd'hui ;
demd, demain ; ahir, hier ; desprès, après ; desprès demà, dema-passat, après-
demain ; despusahir, avant-hier ; demunt, dessus ; sota, dessota, dejus, dessous;
ara, maintenant ; aviat, bientôt ; défera, dehors ; dedins, dedans ; Ituny, loin;
prop, près ; massa, trop ; poch, peu ; menos, menys, moins ; mes, plus ; poch d
poch, peu à peu ; de siguit, tout de suite ; molt, beaucoup, plusieurs ; prou,
assez ; també, aussi ; tampoch, non plus ; allavores allivons, alors ; soviny,
souvent ; sempre, toujours ; may, jamay, jamais ; be, bien ; mal, mal ; devant,
devant; darrera, derrière; etc.
I
— 289 —
L'interjection. — Les principales interjections catalanes sont :
Ay ! ahi ! eu ! ey ! fora ! afora ! que ! cà ! home ! fà ! llam ! ma ! mare de
Deu ! Maria Santissima ! batualisto ! etc.
Le peuple emploie malheureusement un grand nombre de
jurons grossiers dont la langue catalane se passerait fort bien.
Remarques. — 1° La préposition à ne s'emploie pas en français
après les verbes acheter ou vendre suivis du prix. Ainsi l'on dit
que telle ou telle denrée est achetée deux sous et vendue trois
sous et non : à deux sous, à trois sous, ce qui serait un catala-
nisme. En catalan on dit, en effet : Les maduixes se venen d très
sous, les fraises se vendent (à) trois sous.
2" — La préposition française de ne traduit pas toujours sa
correspondante catalane. Ainsi l'on dit :
una mostra de plata et non: une montre d'argent (i)
una arma de foch — une arme de feu
una casa de fusta — une maison de bois
la sopa de llet — la soupe de lait
la sopa de cols — la soupe de choux
la dona dels cabells blanchs — la femme des cheveux blancs
vestit de capitâ — habillé de capitaine (2)
11 faut aussi se méfier de la préposition de dans la traduction
des expressions catalanes fer de boliga, anar de cami, etc.
3° — La préposition française pour se traduit par pera lors-
qu'on veut indiquer la cause. Elle se traduit indifféremment par
pera ou par per dans les autres cas.
Mais per est aussi la traduction de la préposition française par,
d'où la faute que nous avons signalée plus haut (Voir 4 leçon).
4° — La préposition ab s'exprime en catalan dans les expres-
sions où le français sous entend avec.
Ex. : 11 marchait les yeux fermés, marxava ab els utts tançais.
Marcher avec les yeux fermés est donc un catalanisme à éviter.
5' — Pourquoi et parce que se traduisent par perqué ; d'où cet
horrible catalanisme : je mange pourquoi j'ai faim, dans lequel
pourquoi est employé pour parce que.
(1) Voir dans le texte: hoions de plata, iniciaït de ntéiall, home d'afabte partar.
(i) Mais on dit: habillé, vêtu de velours, de soie, eJe., conxme en catalan. Voir dans l<
texte : vetlit de panyet blau.
— 290 —
26' LEÇON — El piano de cua
El piANisTA [de la porta estant). — Salut y mûsica.
La Gansa (girantse). — Hola, noy !
El PIANISTA. — Que es aqui que fan comedia... dich, un
bateig ?
La Gansa. — Si, aqui mateix,
El pianjsta (avançant). — Jo soch el pianista que han
contractât pel sarau.
La Gansa. — Ah ! hauràs d'csperarte una estona,
minyô, perque 'Is de) festival tôt just son â l'iglesia, y
desprès han de fer el tech.
El pianista. — Esta bé. Sent aixî, ens en anirem â apro-
fitar el tret per aquests volts.
La Gansa. — No facis tard !
El pianista. — No tingueu por.
La Gansa. — Hont tens el piano?
El pjANisTA. — Alla fora.
La Gansa. — Ja es dels bons, dels de confiança?
El pianista. — Es meilor que una orquestra.
La Gansa. — Que es dels que tenen campanetes?
El pjANisTA. — No : el meu es de cua.
La Gansa. — Ah 1 d'aquells que se toquen amb els dits?
El pianista. — Jo '1 toco am les mans.
La Gansa. — No dius que es de cua ?
El pianista. — Si. [Treyentse 7 manubri de la bufxaca de
la brusa). Mireu-la.
Ignasi Iglesias, Tlor tardana, escena xxi.
Vocabulaire
bateig, baptême ' aquests volts, ces parages, les envi-
sarau, ba) rons, les alentours
estona, moment manubri, manivelle
el tech, le repas, la collation butxaca delà brusa, poche de la blouse
el tret, du v. traure, la sortie
Exercices
TraducHon française du texte. — Ce dialogue est facile à rendre.
Composition catalane. — E/ piano de cua. — Le baptême est
terminé, les invités sont déjà à table et le pianiste n'est pas
encore revenu. Imaginez un dialogue entre la Gansa et un invité
au sujet du piano et du pianiste.
Composition française. — Le piano mécanique. — Le bal vient
de commencer et le pianiste est à son poste. Décrivez la fête et
insistez surtout sur le pianiste et son instrument.
Récitation. — Apprendre : T E/ piano de cua ; 2* Miseta.
Conjugaison bilingue. — Conjuguer girarse et se retourner.
Notes grammaHcales
Etymologie : dérivés et composés. — On appelle dérivé un
mot formé d'un mot primitif (ou racine) suivi d'un suffixe.
Voir dans le texte : festival qui est un dérivé de festa.
On appelle composé un mot que l'on forme avec un mot
primitif (ou racine) précédé d'un préfixe.
Voir dans le texte : contractai qui est un composé de Iractar ( j).
On appelle diminutifs et augmentatifs des suffixes qui dimi-
nuent ou augmentent le sens du primitif. On appelle péjoratif
des suffixes qui ajoutent au sens du primitif une idée défavorable.
Voir dans le texte : campanetes.
Campaneta est le diminutif de campana ;
Campanassa en serait l'augmentatif;
Campanota (cloche de peu de valeur) en serait le péjoratif.
On appelle familles de mots l'ensemble de tous les mots ayant
la même racine.
Ex. : 1° Campana, cloche ; campanar, clocher ; campaner, sonneur; campa-
nejar, sonner; campànula, campanule; campaneta, petite cloche; campa-
nassa, grosse cloche ; campanota, cloche médiocre.
2° Vo/f, tour ; uo/fanf, autour ; uo/far, tourner autour ;voltejar, faire tourner;
voltejador, qui tourne autour.
3° 7^/e5ia, église ; eccîésiarca, sacristain; ecclesiàstich, ecclésiastique.
^° Tractar. traiter; contractar, faire une convention; contracciô, distracciô,
extracciô, retractar, retrat, (portrait), etc.
()) Le mot primitif ou racine serait plutôt : traure.
— 29^ —
î;*"* leçon — La vaca cega *
Topant de cap en una y altra soca ;
Avançant d'esma pel camî de l'aygua,
Se 'n ve la vaca tota sola. Es cega.
D'un cop de roch Uençat am massa traça,
El baylet va desferli un ull, y en l'altrc
Se li ha posât un tel : la vaca es cega.
Ve â abeurarse à la font com ans solîa,
Mes no amb el ferm posât d'altres vegades
Ni am ses companyes, no : ve tota sola.
Ses germanes, pels singles, per les comes,
Pel silenci dels prats y en la ribera,
Fan sonar l'esquellot, mentres pasturen
L'herba fresca â l'etzar... Ella caurîa.
Topa de morro en l'esmolada pica
Y recula afrontada ; perô torna,
Y abaixa '1 cap â l'aygua, y beu calmosa.
Beu poch, sens gayrc set. Desprès aixeca
Al cel, énorme, l'embanyada testa
Amb un gran gesto trâgich ; parpelleja
Sobre les mortes nines, y se 'n torna
Orfe de llum sota del sol que crema,
Vacilant pels camins inoblidables,
Brandant llanguidament la llarga cua.
Joan Maragall.
' Vocabulaire
ctga, aveugle ferm posât, l'allure ferme
topant de cap, cognant de la tète singles ou cingles, chaînes de mon-
soca, souche tagnes.
d'esma par routine, par habitude comes, collines
massa traça, avec trop d'adresse, l'esmolada pica, l'auge usée, la pierre
d'habileté usée de l'auge
ballet, valet, jeune domestique afrontada, confuse
ans, avant, auparavant, autrefois calmosa, lentement
tel, pellicule, tache nines, prunelles
solia, avait l'habitude de orfe, orpheline, privée de
(i) On remarquera dans cette belle poésie l'absence de la rime. Ces vers non rimes prennent
je nom de vers blancs et sont très usités en catalan.
— 29^ —
Exercices
TraducHon française du texte. — Cette belle poésie ne pré-
sente aucune difficulté de traduction.
Composition catalane. — Traduire le texte en prose catalane.
Composition française. — La vache aveugle. Rédigez un devoir
sous ce titre, en traduisant librement le texte.
Récitation. — Apprendre par cœur : i° La vaca cega ; i° INinâ.
Conjugaison bilingue. — Conjuguer les verbes abeurarse et
s'abreuver aux temps simples.
Notes grammaticales
Etymologie- — D'après ce que nous avons vu dans la précé-
dente leçon, il est facile de reconnaître dans le texte les mots :
fer dans desferli ; beute dans abeurarse ; past (nourriture) dans
pasturen ; mola (meule) dans esmolada ; front dans afronlada ; baix
dans abaixa ; banya dans embanyada ; oblit dans inobïidables .
EXERCJCES
r Traduire les mots suivants en soulignant les préfixes :
abusar, benfactor, malifeta, desfer, desplegar. descobrir, contradir, enfari-
nar, enrabiar, perfeccio, sobresalt, adoptar, administraciô, confrare, besavi,
refer, reconeixer, circumferencia, distreurc, distancia, inûtil, indigne, es-
borrar, escalfar, exposar, extreure, interrompre, preveurc, prévenir, trans-
portar, suplicar.
1° Traduire les mots suivants en soulignant les suffixes:
dolçor, lluminôs, selvatge, soldat, grogor, lletgésa, bogeria. rojor, rocam,
brancam, dolcissim, bufetada, montanya, esplendidesa. sudorifich, gigantàs,
homenas, homenet, homenot, llampegar, manyagar, bracejar, nomenar.
— ^94 —
28^ LEÇON — La pujada
A la esquerra dcl carro s'aixecava un marge altérés, mes
eixjt ùe dalt que de baix, com â punt d'esllavissarse sobre '1
camî, perô contingut per paretotes seques y desiguals, ven-
trudes assà y alla y mes perilloses que '1 marge mateix. Al
cim s'arrapaven les tanques de les feixes, fêtes â trossos,
ab atzavares assocades, quines fulles, testes y polpudes,
ferien l'espay com glavis apomellats, y â trossos ab tamarius
de brancada bellugadissa 6 rengleres d'arns que allavors
començaven sa blanca florida tota enrondada de punxes.
De l'altra banda, y â cosa de cana y mitja per sota la car-
retera, s'estenîa '1 plâ de Ridorta, abrassat al turô y tôt ell
divfs en partions simètriques, mateix que un gran tauler
d'escachs. Aquestes partions eren els horts de regadiu, la
riquesa del poble, esmersada â bocinets entre tots els
vehins, mercès â antichs establiments emfitèutichs. Alesho-
res s'hj veyen virolejar arreu. les notes frescals y alegres de
la verdura tendra, clapejant la grogor colrada del terrer, en
mitg dels viarons d'aygua clara, qu'espurnejaven al sol com
llenques d'espill.
Victor Catala, Soîitut.
Vocabulaire
esquerra, gauche
carro, chariot
marge altéras, berge ou talus élevé
mes eixit, plus en saillie
esUavissarse, s'ébouler
pareloles, péjoratif de parets, murs
s'arrapaven, s'attrapaient, se cram-
ponnaient, s'accrochaient
tanques, haies, clôtures
feixes, terrasses
à trossos, par morceaux, en partie
atzavares assocades, aloès raidis, ri-
gides
testes y polpudes, pointues et charnues
ferien l'espay, blessaient (perçaient)
l'espace
glavis apomellats, glaives réunis, bou-
quet de glaives
tamarius, tamaris, arbrisseaux à feuil-
les menues
bellugadis, frétillant
arns, ou espinavis, paliure. Certains
auteurs emploient le mot arn pour
désigner l'aubépine
à cosa de, à environ
carreler a, route
turô, coteau
partions, parts ou porcwns, petites
parties
29^ —
tauler d'escachs, échiquier arreu, en certains endroits
horts de regadiu, jardins à l'arrosage frescals, frais
esmersada, dépensée, employée. clapejant, tachetant
hocineis. petits morceaux la grogor colrada, le jaune doré
vehins, habitants viarons, canaux d'arrosage
mercès a, grâce à espurnejaven , étincelaient , scintil-
establiments emfifèufichs, bails emphy- laient, miroitaient
téotiques ou à long terme llenques d'espill, tranches de miroir
virotejar, briller en changeant de
couleur, chatoyer
Exercices
TraducUon française du texte. — Ce texte comprend un assez
grand nombre de mots qui ne sont pas usités en Roussillon. Aussi
avons-nous cru bien faire en augmentant le vocabulaire.
Composition catalane. — Reproduire cette belle description
en remplaçant toutes les fois que cela sera possible chaque mot
catalan par un autre mot ou par un détour donnant un sens équi-
valent.
Composition française. — Faire la traduction libre du texte.
Récitation- — Apprendre par coeur : i° La pujada ; i' Canî pti-
maverench.
Conjugaison bilingue. — Conjuguer les verbes aixecarse et
se dresser.
Notes grammaticales
Etymologie. — Un mot catalan peut souvent servir à découvrir
l'origine et la véritable signification d'un ou plusieurs mots
français.
Prenons, par exemple, dans le texte le mot alterôs. Ce mot,
dérivé de ail, haut, donne immédiatement à l'élève qui ne con-
naît pas le latin, allus, la signification des mots français : altesse,
altitude, altier, alto, autel (cat. : allar) contralto, exaltation, exal-
ter, exaucer, exhausser, hausser, hautain, hauteur, etc.
De même, sans connaître le latin oleum, le jeune élève catalan
trouvera facilement la signification des mots français : oléagineux,
oléacé, oléifère, oléine, pétrole, etc., qui lui est indiquée par le
mot catalan oli. Le mot pétrole qui contient oli et pedra (huile de
pierre, huile minérale), le mot salpêtre qui contient sal et pedra
— 296 —
''sel de pierre, azotate de potasse) l'intéresseront certainement
quand on les décomposera devant lui.
D'autres mots encore qui ne lui diraient rien s'il ignorait son
idiome local seront au contraire très intéressants à définir. Tels
sont : ligneux, gigantesque, campanile, nasal, carbone, calorique,
aqueux, horticulture, pisciculture, calcium, calciné, cavalcade,
floraison, capitaine, cordial, etc., etc., qui lui rappelleront les
mots catalans : llenya, gigant, campana, nas, carbô, calor, aygua,
hort, peix, cals, cavall, flor, cap, cor, etc.
On pourrait citer encore d'autres mots intéressants. Par
exemple :
Carnivore
fébrifuge
gallinacée
prédicateur
campement
scolastique
capricieux
cantate
brancard
caricature
gingivite
escalader
mastication
girouette
ligature
plus près du catalan
carn,
febre ,
galtina
predicar
camp
escota
cabra
cantar
branca
carregar
gingiva
escaîa
mastegar
girar
Itigar
que du français
chair
fièvre
poule
prêcher
champ
école
chèvre
chanter
branche
charger
gencive
échelle
mâcher
tourner
lier, etc.
On voit par ces exemples combien le catalan peut être utile
au point de vue étymologique.
(A suivre)
Louis Pastre.
5' Année. S' 57 15 Septembre 1911.
Le» Manuscrits non inscres
ne sont oas rcnaus.
Les Articles oarus dans la Revue
REVUE
CATALANE
La poésie populaire catalane
On s'intéresse beaucoup de nos jours aux manifestations
de l'âme populaire. 11 s'^st créé même dans ce sens tout un
ordre d'études nouvelles. On recueille avec le plus grand
soin et de tous les côtés ce qui peut enrichir la science
qu'on est convenu d'appeler, d'un nom qui malheureu-
sement n'a rien de français, le Folklore ; et même les
folkloristes, puisque folkoristes il y a, deviennent dans tous
les pays de plus en plus nombreux, de plus en plus actifs.
Nos régions méridionales, où se sont conservées encore
tant de traditions, demeurent particulièrement favorables à
ces recherches. Le Roussillon représente à ce point de vue
une de celles peut-être qui sont restées le plus fertiles : les
chercheurs y font sans cesse des découvertes infiniment
précieuses.
Les chansons catalanes, — et cela n'est assurément pour
étonner personne — présentent la plupart des caractères
généraux de la poésie populaire. On a beau passer d'un
pays à l'autre, on retrouve toujours, si ce n'est un fonds
commun ou une matière commune, tout au moins quelques
traits invariables. Les nuances individuelles évoluent autour
de ces lignes principales et en font l'accompagnement
typique : elles donnent à l'ensemble une couleur parti-
culière, et c'est justement cela qui constitue l'un des côtés
— 298 —
les plus intéressants de chaque Folklore, Or quelle poésie
plus belle que celle du peuple ?
Ce que nous aimons dans cette poésie, c'est, en effet,
d'abord sa spontanéité et sa simplicité charmantes, la fraî-
cheur et l'ingénuité de ses images, la sincérité de son accent,
tous les dons naturels qui ravissent l'âme. Quand nous nous
sentons las des raffinements et des subtilités, des compli-
cations et de l'artifice de la poésie et de la musique contem-
poraines, c'est avec plaisir, c'est avec émotion que nous nous
tournons enfin vers la poésie et la musique du peuple et
que nous approchons nos lèvres enfiévrées de cette source
d'eau vive, et fluide, et transparente, qui semble garder en
elle tous les arômes des bords verdoyants entre lesquels
elle a coulé.
Ce sont ces mêmes qualités, bien entendu, que nous
retrouvons dans les chansons catalanes. Et nous y retrou-
vons aussi, il faut bien le dire, quelques autres caractères
comme l'incohérence, l'obscurité, les négligences, la trivia-
lité, l'abandon, qui sont inséparables de la poésie anonyme
et orale, transmise de génération en génération et subissant
dans ce passage toutes les atteintes, pour ne pas dire toutes
les souillures. Mais cela même ne va pas sans leur ajouter
pour nous un charme de plus, sans leur donner une valeur
nouvelle ; car nous y voyons une preuve d'authenticité,
comme leur marque d'origine. La mémoire des hommes
n'est pas toujours fidèle, et ces défaillances ont une candeur
primitive qui nous rappelle le babillage naïf et confus, mais
divin, des petits enfants.
Les chansons populaires catalanes présentent encore une
autre particularité. Quand on les a entendues une fois, on
ne peut oublier, en effet, la douce tristesse qui en émane,
leur mélancolie nostalgique qui nous berce amoureusement
et nous dispose à la rêverie. Presque toutes sont de lentes
— ^99 —
mélopées où les thèmes se répètent, reviennent avec une
sorte d'obstination résignée. Elles sont filles, la plupart,
des bergers, des bûcherons, des travailleurs de la terre,
âmes rustiques et simples, gens qui passent leur vie en
contact direct avec la nature, en des paysages de solitude
et de contemplation, et qui ont non seulement toute leur
journée, mais leur vie entière, pour donner à leurs chants
l'étendue, la démarche que comportent les conditions dans
lesquelles ces chants naissent et se développent. Parmi
toutes ces chansons, il y en a évidemment aussi de gaies et
réjouissantes, d'un rythme plus vif. plus alerte ; mais ce
sont les autres qui, exprimant le plus profondément, le plus
éloquemment, le plus artistiquement l'âme et la terre
catalanes, sont, de ce fait, les plus intéressantes pour nous,
comme les plus chères au cœur de tout Catalan.
Remarquez la situation géographique des deux grands
pays de langue catalane, le Roussillon et la Catalogne.
Les plaines ondoyantes et fertiles, les fraîches et douces
vallées, les rêveuses et libres montagnes, les plages paisibles
et sereines, tout, dans ces terres fortunées, ne devait-il pas
favoriser l'innombrable éclosion de strophes harmonieuses,
plus charmantes les unes que les autres ? Elles s'y sont
épanouies, en effet, avec l'œillet des bois ou la fleur de
bruyère, avec le romarin, la farigoulette et la lavande ;
elles se sont envolées un peu de chaque coin de verdure
avec le moineau, le rossignol, l'alouette huppée, le merle
ou la caille. La variété même du sol préparait et explique
aussi la variété, la richesse de cette littérature du peuple.
Ajoutez à ces conditions propices la caressante et vivifiante
lumière, l'un des éléments constitutifs de l'âme catalane ;
ajoutez encore la protection ou les bienfaits de la tempé-
rature, qui ne sont pas négligeables non plus pour bien
comprendre cette âme et la bien déterminer. Ajoutez enfin,
— 3oQ
comme d'ailleurs une conséquence naturelle de ce qui
précède, le caractère de la race catalane, rêveuse et active à
la fois, contemplative et pratique tout ensemble, orientée
en même temps vers l'idéal et vers la vie, selon la nature
de sa terre et les conditions de son existence. Nous retrou-
vons tout cela dans le « cançoner » catalan.
Mais les deux plus connues des chansons catalanes en
Roussillon, c'est-à-dire Jffontanyes T^egalades et ho Pardal,
ne sont pas seules à être belles. Si la première a fini par
devenir pour nous comme un hymne patriotique, et si la
seconde est tellement populaire qu'elle monte instincti-
vement aux lèvres du plus indifférent des roussillonnais, ces
deux mélodies ont cependant des sœurs qui peuvent riva-
liser avec elles pour l'attendrissante évocation de la terre
bien-aimée ou la pénétrante ferveur de paroles familières ;
et même certains sentiments, certaines pensées, mêlés aux
éléments caractéristiques de la poésie primitive du peuple
méridional, y prennent une intensité, y atteignent une pro-
fondeur qui ne manquent pas de surprendre le chercheur
et l'artiste. Tous les tons, d'ailleurs, tous les accents,
depuis l'idylle jusqu'au drame, de la douceur rustique à la
passion fatale, l'amour et la mort, la sereine confiance dans
la vie et la foi prosternée devant le mystère, la fièvre qui
consume et les désirs apaisés, la nostalgie dans l'exil et le
charme de vivre au pied de la montagne qu'on préfère ! 11
n'est pas possible, croyons-nous, d'imaginer un type qui
n'ait ici son équivalent, tant la muse populaire catalane est
riche et féconde, tant les exemplaires de chaque genre
abondent chez nous de toutes parts.
C'est donc un vrai trésor que nous possédons là, et nous
devons nous en montrer jaloux. Ainsi, notre premier mou-
— 3o 1 —
vement sera de rechercher partout ce qui peut rester encore,
dans la tradition orale, de tous ces petits poèmes où s'est
ramassé avec amour un peu de l'âme et de la vie de ceux
qui la composèrent. Emanation directe des sillons de notre
terre, des rivières qui la fécondent, de nos sentiers sinueux
et parfumés, de nos forêts moussues ou de nos garrigues
brûlantes, de nos sommets purifiés par la tramontane ou de
nos rivages baisés par les flots méditerranéens, ces chansons
nous les font aimer comme eux-mêmes les aimèrent, nous
donnant par surcroît le goût d'une vie plus simple, de
moeurs plus près de la nature. Pour ces raisons diverses,
fouillons sans relâche dans tous les coins de notre pays :
descendons au fond des ravins où l'écho répète longuement
la voix de quelque gardeur de chèvres ; gravissons les che-
mins en pente où passent en chantant de jeunes muletiers
juchés sur leurs bêtes nerveuses toutes couvertes de pompons
et de grelots ; entrons dans les châtaigneraies, les rouvraies
et les pinèdes, pour y entendre le charbonnier ou le
bûcheron ; suivons les troupeaux sur les cimes désertes et
laissons-nous guider par la rapsodie monotone du vieux
betger. Puis, après avoir noté scrupuleusement vers et
musique, publions dans des revues ou des journaux, dans
des recueils compacts et méthodiques, tout ce que nous
aurons ainsi récolté. On a déjà publié un très grand nombre
de ces œuvrettes anonymes ; mais nous avons la conviction
qu'il en reste presque autant d'inédites. Complétons aussitôt
l'œuvre de science et d'amour entreprise déjà par de
fidèles adorateurs de l'âme et de la muse populaires.
Mais notre respect ne doit ressembler en rien à des
devoirs funèbres ; nous ne voulons pas édifier un sépulcre,
et même nos recueils ne seront pas seulement comme ces
grandes vitrines fermées où l'on vient admirer, sur les
rayons, des objets précieux, désormais sans usage, ou des
— 3o2 —
insectes rares, mais privés de mouvement. Ces recueils
devront, au contraire, encourager le poète et le compo-
siteur à l'utilisation des thèmes populaires, source inépui-
sable où ils viendront rajeunir leur art et dont la fraîcheur
circulera dans toute leur oeuvre. Le peintre et le sculpteur,
ciseleur de marbre, pétrisseur d'argile, pourront, à leur
tour, en évoquer le souvenir, ou même ériger en symbole
de la race telle forme lyrique et idéale de cette inspiration.
Les chorales enfin gagneraient à avoir à côté de leur réper-
toire français, hélas ! si souvent médiocre et interprété avec
un accent si comique, tout un répertoire régional, bien
facile d'ailleurs à constituer, qui conviendrait mieux à leurs
origines catalanes et à l'interprétation duquel elles appor-
teraient plus de dispositions naturelles, une spontanéité et
une conviction, si j'ose dire, plus artistiques. 11 n'est pas
jusqu'aux harmonies presque aussi nombreuses que les
chorales, mais surtout aux cohlas indispensables pour nos
danses les jours de fêtes, qui ne trouveraient dans cette
musique, ingénieusement adaptée aux présentes exigences,
les premières, quelques raisons de se faire pardonner leur
faiblesse, les secondes, des raisons plus compréhensibles
d'exister. Pourquoi les organisateurs de concerts, soirées
artistiques ou autres, ne songeraient-ils pas à l'originalité
et à la réussite probable de cette tentative, qui en vaut bien
d'autres, au demeurant, et ne peut d'ailleurs qu'être louée de
nous tous ?...
Nous n'empêcherons pas, bien évidemment, les chansons
à la mode de courir les rues ; le café concert et l'orgue de
barbarie continueront à approvisionner nos villes et nos
villages. Cela, nous devons nous résigner à l'accepter
d'avance ; c'est un tribut que nous sommes dans l'obliga-
tion de payer chaque jour au progrès et à l'esprit moderne
(et veuillez croire que je m'efforce de ne point trop sourire
— 3o3 —
en écrivant ces mots). Quoi qu'il nous en coûte, il faut nous
soumettre, en effet, aux nécessités contemporaines, et,
comme dit l'autre, être de notre temps. Nous aurions beau
faire, d'ailleurs, on n'en chanterait pas moins autour de nous
tels couplets idiots ou obscènes, telle insignifiante élucubra-
tion d'un vulgaire cabotin de boui-boui, tel passage d'une
opérette dernier genre, où tout, musique aussi bien que
livret, met une espèce de rage bourgeoise à se tenir en
dehors de l'art. Comment notre muse populaire pourrait-
elle lutter avantageusement avec cette nouvelle branche du
commerce, n'ayant souvent pour elle que ses charmes dis-
crets et manquant presque toujours de cette audace ou de
cette inconscience qui assurent le succès d'un refrain
goguenard ou crapuleux ?
Mais nous aurons beaucoup fait, — et nous aurons fait,
en somme, tout ce que nous pouvions faire — si nous avons
donné d'abord à la poésie populaire catalane l'œuvre édito-
riale et collective qu'elle mérite, un encadrement ou une
illustration qui soient dignes d'elle, si nous lui avons rendu,
en un mot, les honneurs « matériels » auxquels elle a droit;
puis si, dans le public, nous avons su éveiller en sa faveur
une sympathie plus vive et plus étendue, ce qui consti-
tuerait pour elle comme les honneurs « moraux », peut-
être plus enviables que les premiers ; enfin si nous avons
rapproché d'elle et des sources où elle s'alimente, l'esthé-
tique régionale. Ces trois efforts seront toujours tentés
par ceux qui ne se contentent pas de voir dans la poésie
populaire une production insignifiante, bonne tout au plus
à distraire ou bercer un temps telle ou telle génération,
mais qui croient trouver en sa matière, en son esprit, des
forces ou simplement des ressources d'un ordre beaucoup
plus élevé.
Jean Amade.
DEL POBLE
Trim, tram... trim, tram... ohi que pujen per l'escala ; sailli
sul pas de la porta, y me veig à venir un minyo y una minyôna,
florats y vermellins com un penjol de cireres.
— Deu lo guart y la companyia.
— Endeusiau... que no son de Ceret, vostés ?
— Y si... se'n recorda d'En Ramônet, que s'estava al pont
d'En Joan Saris...
— Si, si... es ambe tu qu'anârem, l'istiu passât, à Fontfreda y à
les Salines?
— Y si, y miri aqui la meua dona.
— Com, la teua dona... y donchs ets casât de nou?
— De la setmana passada.
— Per molts anys... per molts anys... Y qui es, vosté, si us
plau ?
— Som la Roseta^ dels Banys...
— Es la Roseta, sap... la nina de la Mananna, que s'estàn ai
carrer vell.
— Ay, si ! per molts anys, bona gent, y que duheu aqui ?
— Miri, es son germa de vosté, que li envia un cistellet d'oûs.
— Bé, bé ; )a me'n faré un régal de truytadcs, amb un grapat
d'enciam ! Valdemens tinguessem assi d'aquelles roques del teu
hort, tan bones y tan tendres...
— Y nosaltres li oferim aqueixes poques de vellanes.
— Vos hoestimi... gracies... per la paga vo'ns vindreu à dinar
amb je...
— M'escusarà, nos cal anar à veure un cosi de la Roseta, que
s'esta cap à la plassa del Blat, diu ; y també la meua padrina,
que fâ de carbonera cap à la font de Sant-Domingo.
— Y bé, sera pel sopar.
— Donchs, com voldrà.
— Vos esperi, anit, al pich de sis hores, eh?
— Y bé, com vos va, los nuvis!
— Miri, rebé.
— 3o5 —
— Que vos duri aqueix bon temps !
— Si ; mes que n tenim prou, ara, de repeixades, sap ? fa
unos quatre dies que à casa de cada parent menjem, y pus,
gallines, pollastres, llapins, salses, confits... ne podem pas mes,
n'hi ha prou.
-- Home, home, ja vos s'acabarà aqueixa bona vida, y tu,
Roseta, que contes de nou ?
— Miri, à mi me passa com si eri un soldat que se'n va al
servey ; cadun me posa calcom dins del cistelJ, qui un socissot,
qui un pareil de toronjos, qui un formatje, qui una barra de
mantega.
— Deixa fer, dona, deixa fer...
— Ja li asseguri que nos n'anem carregats de recapte.
Fet y fet, va ser l'hora d'accompanyar En Ramonet y la
Roseta cap à la gare, à pendre el trinch de Rivesaltes, hont
anaven à veure un oncle 6 un padri, no se ; mes de segur que 'Is
hi tornava esperar tôt allé de gallines, pollastres, salses y confits!
Perpinyâ. J. DeLPONT.
Extrait de mil y un pensatnents
Del qui esta molt enamorat de ses paraules no s'en poden
esperar obres famoses.
El prudent treu profit dels erros del altres.
El qui pert la ocasiô, per demès la busca.
La fluixetat i peresa son arrels de la mala sort.
Si vols saber qui ets, preguntao a tu mateix i diguies la
veritat.
Pirenenques
de Joan-M. GUASCH
-2t^
J'ai déjà signalé en son temps la parution d'un livre du poète
Guerau de Liost « La Montanya d'Améthystes ». L'auteur de
« Pirenenques » n'appartient assurément pas à la même école.
Comme je demandais à Joan-Maria Guasch quelle était la
tendance générale de la nouvelle poésie catalane, il me répon-
dit simplement : « Beaucoup de jeunes gens ont le culte de la
forme, et leur maître est Joseph Carner. Ils ont plus de poésie
dans l'esprit que dans le cœur. »
Cette réponse nous signifie l'idéal de Joan-Maria Guasch. ]]
s'agit de rechercher comment il le réalise dans ses Pire-
nenques.
Les Jeux Floraux de la Sainte-Estelle ont eu la primeur de
certaines poésies de ce volume (i). 11 nous entretient de notre mon-
tagne pyrénéenne, depuis Vernet-les-Bains jusqu'au Val d'Aran.
]1 se divise en plusieurs parties dont voici les titres : Els bons
fruiters, Alta montanya. Repos, Vernet.
La division nest pas très claire cependant, et il n'y a pas dans
le livre une certaine continuité progressive et ascendante d'étals
d'âme. La montagne n'a pas dévoilé à Joan-Maria Guasch ses
vivants et forts symboles. 11 l'a gravie, avec un songe d'or, un
songe bucolique. Nulle admiration devant le fracas des torrents,
la vibration des forêts, la tragédie des ouragans, les jaillissements
chaotiques des roches. Nulle part, la joie de la conquête, de la
délivrance, devant les plaques de neige et les lacs glacés. En
revanche, des vergers, des fleurs d'eau, des fenaisons, toutes les
aquarelles de l'été. C'est bien cela, un livre d'aquarelles, et il
en est de vraiment réussies. Cela fatigue un peu ; on ne va pas
à la montagne avec un instrument monocorde. Contentons-nous de
ces tons légers, de cette pensée idéaliste, de cette joie devant la
fécondité des vergers et de la femme...
(ij Voir J{evue Catalane i5 juillet et i5 août 1910, 262-269.
— 3o7 —
Mais la vie de la montagne est souverit aimablement dite ; et
voici un parfum d'herbes:
Cop de força y herba enlaire !...
La carreta sorollant
deixarà un rastre de flaire
que les moçes seguirân.
(92. De la rail d'Aran)
Le clocher a secoué la neige hivernale ; les cavales vont vers
les brouillards, les bœufs aux labours font saigner la terre chauf-
fée ; au-dessus des tapis d'airelles, l'araignée relie de sa toile les
pins aromatiques, puis vient la nuit avec ses étoiles. Alors, les
bergers font leur songe. A vau l'eau, sur les étangs, flottent les
fées et rient les derniers sylvains.
A vrai dire, J.-M. Guasch nous entretient trop souvent de ces
êtres imaginaires qui n'ont plus l'excuse d'être symboliques. On
pourrait dénoncer l'abus des fées dans la littérature catalane.
Vous en trouverez dans le Canigô de Verdaguer, dans E/ pais del
pler, poème gothique de Joaquim Ruyra, un peu partout. Je ne
veux pas les honnir, bien que je les trouve décidément encom-
brantes, mais je ne voudrais les voir que dans les légendes mys-
térieuses de la nuit.
Les fées de Joan-Maria Guasch ne sont pas toujours immaté-
rielles et vaporeuses. Je vous en cite deux poiifaits, et vous
remarquerez une belle image rustique au second vers du premier :
La goja era gentil com flor de lliri,
duia 'Is cabells nuats com una garba,
i en els seus pits de verge s'hi enrogien
dos clavells de pastor â mitg badarse.
(46. Egloga)
Son blanques com neu, — d'ulls grossos y dolços ;
els caballs partits — que Is cauen pels polsos,
els baixen trenats
pels pits sonrosats
de venes inflades...
I 37. L'Estany)
Mais nous devons quitter les pacages où chante la perdrix
blanche, les grands feux de la cabane, les légendes, les fêtes de
la nature et de l'amour. Voici le brouillard sournois qui fume
sur les cols ; il pleut chaque soir; voici revenue la saison des
neiges, et les clarines des troupeaux descendent, tintinnabulan-
tes, dans les vallées...
— 3o8 —
J'ai noté çà et là cette idée du soudain et nouvel ensevelisse-
ment des cimes, si claires l'été, et j'en aime la nostalgie. Joan-
Maria Guasch l'exprime avec un langage parfois familier, plus
intime ; il sait que, sur la montagne, tels mots simples d'un ber-
ger, aussitôt enveloppés de silence, surprennent par leur poésie.
Je me souviens d'une vachère aux fortes chevilles que je rencon-
trai au-dessus de Prats-Balagruer, sur le chemin de Nuria. Ren-
contre de « Serranilla » archaïque, à Ja façon du mélodieux
marquis de Santillana. Je lui demandai où était le troupeau. Elle
me répondit avec un grand geste lent, et en regardant les hau-
teurs : « Es serra amunt ! » Et ces paroles furent dites avec une
telle intonation que je tressaillis, tant elles montraient combien
les cimes pourtant familières dominaient cette âme naïve.
Or, et c'est ce dont je tiens à le féliciter, Joan-Maria Guasch,
avec son rythme libéré, a trouvé des expressions semblables:
— Ei !... — me crida I pastor,
tôt aixecant els braços
en mitg de la foscor...
— Ei !... Ei !... Ei !... — repeteix la montanya.
[Venise fosc, i 3 i )
La vacada va baixant
y â montanya va nevant.
("La J'acada)
Pour nous donner la sensation du calme continu, sous les frais
sapins, le poète termine une poésie par cette répétition d'un vers :
1 1 pastor ajaçat boca-terrosa...
(63, JHontanya avait)
Malheureusement, J.-M. Guasch n'a pas voulu nous laisser
sur l'impression de ces nostalgies et de ces silences, ou n'a pas
su 11 nous a donné à la fin de son volume quelques aquarelles
de Vernet. Aquarelles mignardes et féminines. Nous ne pouvons
aimer la rose qui pleure, le cygne qui glisse comme une vierge
maladive...
Les fadeurs et les alanguissements désuets déparent ce livre
aimable et très musical, mais qui devrait être rude aussi comme
la granitique montagne. Joseph Pons.
P. S. — On trouvera au contraire beaucoup d'énergie dans le beau livre
roussijlonnais et pyrénéen de Marcel Lami : J^ers les Cimes. (Société des
éditions Louis Michaud, Paris . J'aurai sans doute l'occasion d'en parler.
Pages Choisies
Le célèbre compositeur Oavé, dont nous reproduisons l'une
des pages les plus délicates, joua un très grand rôle dans la
Renaissance catalane. 11 reprit les motifs populaires qu'il trouvait
en abondance autour de lui, et les utilisa pour composer des
oeuvres artistiques. 11 a servi d'intermédiaire entre la tradition et
la poésie nouvelle. 11 s'est efforcé de les rapprocher l'une de
l'autre, sauvant l'une de l'oubli, donnant à 1 autre plus de fraîcheur
et de spontanéité. Son goût suret son instinct de musicien-poète
lui permirent de mener à bout une tâche plutôt difficile, mais
donc le succès devait assurer aussi le succès des nobles tenta-
tives des vaillants rénovateurs. Aussi, l'influence de Clavé s'est-
elle fait sentir même chez les plus grands poètes de la Catalogne.
C'est pourquoi nous avons considéré comme un devoir de rappeler
ou même de révéler à nos lecteurs le nom de cet homme qui,
sans avoir été oublié, n'a pas toujours été mis par les historiens
de la Renaissance catalane ou les critiques de la littérature cata-
lane à la place qui lui revient de droit. Le Chanteurs catalans de
Céret ont fait entendre à la salle Arago, il y a quelques années,
un des plus beaux choeurs de Clavé, Tlors de Maig.
Anyorament
Scnto en mi grcu frisansa (i)
viu s'insinua
fer maie star ;
tôt lo del mon me cansa,
lo cor se 'm nua,
y ay ! vuU plorar.
(i) Abattement douloureux.
— 3)o —
Jo bé aboresch la vida,
trista aflaqueixo
terriblement ;
y ay ! ma mare afligida
diu que pateixo
d'anyorament.
Cert que es un fer (i) torment,
lo mal d'ausencia ;
cert que es un fer torment
l'anyorament.
Ronch sonâ un crit de guerra
que ay ! va robarme
lo promés meu.
Pobre ! des llunya terra
sempre estimarme
promet per Deu.
Des llavors, sens sossego (2),
febrosa abrumo (3)
mon pensament,
Jorn y nit per ell prego
y ay ! me consumo
d'anyorament.
Cert que es un fer torment,
lo mal d'ausencia ;
Cert que es un fer torment
l'anyorament.
Los aucellets no canten
pas com sol i en ;
trist surt lo sol.
(1) Cruel. (2) Repos. (3 j Oppresser.
— 3m —
Les flors als ulls no encanten
ni oJors m'envien ;
tôt vesteix dol.
Prcsa de greu fatiga
soleta ploro
mon goig ausent ;
EU a tornar molt triga
y en tan jo moro
d'anyorament.
Cert que es un fer torment
lo mal d'ausencia.
Cert que es un fer torment
l'anyorament.
J. Anselm Clavé.
t En Candi y Candi
Le i5 août dernier est mort, à Barcelone, le compositeur
Candi y Candi, ancien organiste de la paroisse Saint-Jacques,
de Barcelone.
Candi y Candi était un ampourdanais, né à Castello d'Ampu-
rias, en 1844. 11 fut l'un des premiers rénovateurs de la musique
catalane. Entre autres et nombreuses oeuvres, il avait mis en
musique les poésies de Jacinto Verdaguer, Sospirs d'amer, La
rosa marcida, ho derrer barretinayre de Prals-de-Mollo, Los Tllh del
Canigo, que l'Estudiantina catalane de M. Justin Pépratx chanta
à plusieurs reprises à Perpignan. Candi fit aussi partie du jury
du concours musical de Perpignan, pour lequel il avait écrit une
fugue destinée au concours de lecture à vue.
11 avait remis en honneur les « Caramelles » de la nuit du
Samedi-Saint, et publié, l'un des premiers, la sardana 7{ecorts del
Empordd, orchestrée pour les instruments de la cobla catalane.
Par ses dernières dispositions, il laisse sa bibliothèque musi-
cale et ses instruments de musique à la « Escolania » du monas-
tère de Montserrat.
Deu lo perdô. Lluis Pellisier,
9Ù7Ù9Ù9Ù*Ù*Ù9L^Ù9L>IÙ9^L^L^
Cors rossellonesos
L ARRIVADA AL MAS
L'arrivada en un lloch prehuat, desperta sempre en nosaltres
la sensacio d'una grata emociô.
No cal dir la vera joya qu'embargaria nostres cors al crehuar
la passera del rierô que sépara la quinta del viarany.
Quillat en un cingle alsinat somriu el blancai del cloquer de la
masia y ab ell el fruiterar en quai espés brancatje s'hi garla
eterna cantadissa.
Feixuchs y rodanxons s'avancen els paliers qu'enrotllen l'era y
suaus els murmuris de la font del Tells arriven â nosaltres confo-
nentse ab el monôton ritme dels grills gambadant en l'espessor
del frescal fuUatge.
La Griseta s cuita ab totes ses forses â fi d'arribar mes prompte
al repos que tan bé s'ha guanyat.
Ja s'obra hospitalaria la ferrada portalada en quai llindar bel-
luguejen fumoses llumeneres.
A nostra rencontra surt el plé de la masia fruhint de vèurenos
bons y de retorn.
La vella masovera 'ns don la benvinguda y ab ella l'hereu Perej
la jove, el rabadâ y fins la mainâda poruga y vergonyosa somriu
ajogassada saludant-nos ab llurs mans.
— Y aquèst bailet aixerit com un pésol de galtetes rosades y
cap recoquillat que pren plaher en fer mil volteretes en el tou
brosatje ?... demano à n' en Simon. — Es el renyôch de la niuada,
l'entremalligat y garrit infante, el que gracies â Deu sols té €)
defecte d'agradarli ab extrem tanta quanta la vianda porten à
taula. Cal vèurc quin aixerit de barra, tôt li fa feix, l'haurèm de
fer canonge â jutjar per sa constituciô, car doblegarse al compas
de la feixuga aixada l'hi ha d'ésser feinôs.
La Catarina, la bona masovera, malgrat els anys y els quefers
— 3i3 —
de la masi'a s'esmena à mes no poguer pera que no 'ns trovém
manchs de rès : ha disposât de tots els médis pera sernos agra-
dable : ab refinada solicitut posa en prâctica sos mérits culinaris
d'ensemps, oferînt-nos en breu un sopar confortable capàs de
retornar un mort.
Una tendre anyell de 1 estaciô se gira acompassat al flammareig
d'un foch ardent.
L'Hereu de la masîa aixecat avans l'aubada regalada nostre
paladar ab l'exquisit y délicat pessich de dos pareils de guatlles
novelles qu'embaumen el casai ab llur suau y aromâtica sentor.
Certament que pera arrivar nostre carpanta, qu'un desganat
envejaria no 's feyen necessaris aitals preparatius, encare que per
nosaltres ben acullits y may sobrants.
L'oncle Jep fent us de son autoritat exhorfâ â sa gent â
empressarse pera activar el sopar.
]]
UN BON SOPAR
Un bon sopar, diu l'adagi, fa de bon esperar, y aixîs es, car
sens el mes petit dabte cada cosa demana son temps y mirament
y sobre tôt un escullit âpat com el que 'ns oferfa l'oncle Jep en
la nit de nostra arribada. Donaba gust véure la taula tan ben
parada y sobretot tan positiva : una superba butifarra de h llenga
quais rodanches suculentes se'ls empassa un hom ab mes facilitât
que no ho fem ab les pênes y les tribulaciôns ; no hi manca tam-
poch el pernil de réserva ni els tonells de la matansa : l'inmensa
casolada de ollada fumeja escampant aromâtica fumareda qu hus-
mejèm ab fruicio ; polsoses, les ampolles se destapen absolemnitat,
tenint compte l'oncle Jep de alabar la virtut de son contingut. Es
aquéll vi anyivol y recaptat, amagat com prehuat trésor en el cor
de la teira, en el fresquivol celler pera sortir en jorns de festivals
y vera joya ; es el vell such brollat del terrer que sella l'hos-
pitalitat y enlaira els sentiments. Bebëu-lo sens esguart que bon
amich may traeix â tenir cuidat de no deixar en vaga el trevall
de barra.
Ja ho crech que no sencallaràn les dents ni les forquilles, car
- 3,4 -
ni â un seminarista intern desprès de la quaresma envejariam les
disposicions pera comensar la tasca.
Avant y sens repos, que la vianda guardada en istiu se mal-
mena, crida l'avi Simon xarrupant ab soroll un inmens plat de
sopa.
La mainada cridaire 's réserva pels plats que segueixen, car
l'ollada es per ella plat de cada dia.
La Catrina, vella criada de la casa, s'esmena en servirnos com
à princeps reservàntnos la sorpresa de regalarnos per postres ab
un dois exquisit del quai ella sola coneix el secret.
L'hereu del mas se fa un plaher de detallarnos els progresos de
son fin â l'escola de Prats, y no content de l'explicaciô obliga à
n'en Peret, el nin mes gran de sa IJocarada, â mostrarnos sos cor-
tipassos.
A fi d'acabar d'una volta ab aquesta inspecciô académica de
deshora 'ns esforsém en lloar ab simulada enteresa aquell confôs
gargotâm escampat per cî y per lia en casi totes les fulles.
— Aquèst noy l'hem de fer veterinari, ens diu ab presumciô
l'hereu, car cada dia vos surt ab coses qu'un no entén. Fins ara
pera fer llegir una carta calia trascar mes d'una hora pera obtenir
son esplicaciô, tasca moites voltes pesada y gens agradable, no
aixis ara ab en Peret qui fins vos devina les Hêtres d'ahont venen
y qui les escriu.
— Vos felicitém coralment li responguérem tots. — Deu
vulgui que 'n feu un home de vostre fill.
Aixis parlant va y s'entorna la ripostalla, se buida el purrô
qu'ai poch temps reapareix plé y hermôs com poch avans. Tothom
se fa al que mes en allargarà la xarricada y 's cambien à cada
instant els mes franchs propôsits.
Ab quina fruhiciô no 'ns aixequém després de taula enhardits
per tan agradable com variada tasca.
Que bé s'hi escauen à la fresca aquells cuentos y tradicions
d'ensemps gaudint el flairés tabach que també compléta el bon
sopar d'arribada.
Victor Vallespir.
Nous avons reçu la poésie suivante à l'occasion des fêtes cérêtanes, et
nous tenons à la reproduire pour les belles idées d'union et de fraternité qui
y sont proclamées par le poète.
Sem fraire!
Au mestre Jan Amade.
Clapassié, Catalan, szm de la mema mena,
Avem la mema mar e lou mema sourel,
Nostes paire, autre tems, aguèroun mema rena
E Jayme, soun bèu fil, dei rei seguet lou grel.
loi, couma au tems passa, avem la parladura
Cantarela, infiocada e lou gaubi insoulent ;
Aiman la libertà. La causa es ben segura,
Lou mema sang boulis dinc nostes cor valent.
Sem fraire de longtems. Per dessus la mar blava
Nous arapen la man. Sem fraire. Catalan !
Anem, zou ! Sans vergougna chapen leisintrava:
Reprenguen lou vantau per l'obra de deman.
Jules Granier.
TraJucHon
Nous sommes frères!
Jlu maître Jean Amade.
Montpelliérains, Catalans, nous sommes de la même race,
Nous avons la même mer et le même soleil.
Nos ancêtres, jadis, eurent la même reine
Et Jayme, son beau fils, fut le meilleur des rois.
Aujourd'hui, comme autrefois, nous avons le verbe
Enchanteur, enflammé et l'esprit d'indépendance;
Nous aimons la liberté. La chose est bien certaine.
Le même sang bout dans nos coeurs vaillants.
Nous sommes frères depuis longtemps. Par dessus la mer bleue
Donnons-nous la main. Nous sommes frères. Catalans ;
Allons, sans fausse honte brisons les entraves
Et reprenons le tablier pour l'œuvre de demain.
Textes catalans
9P (Suite)
En 1609, c'est le nouvel évêque, Don Anton Gallart, qui fait
son entrée officielle.
Déjà, deux mois auparavant, son procureur, Onufre Llobet,
burges de Perpignan, était venu prendrç possession et recevoir le
serment de foi et hommage de la Cité: « Dina en lo Palau epis-
copal ; y los S°" de Consols acudiren alli,... vestits consolarment
ab les gramalles y acompanyats de molts prohoms de la Ciutat :
Y proposant lo dit Procurador de dit S" Bisbe la anominatio de
Bisbe fêta per sa Magestat de la persona de sa Santedat (i), y
fêta hostentio de les Bulles y de les Hêtres passades per cancella-
ria, perrahodela juridictio,.. lo S" Consol en cap... respongue que
estaven promptes y aparellats de prestar dit sagrament y home-
natge, jurant ell, dit S" Llobet, en nom de dit son principal,
per confirmar los privilegis, immunitats, concordies y altres por-
rogatives concedides a dita Ciutat, conforme sos predecessors :
Loqual dit Llobet, en dit nom, jura, y de asso ne retingue acte
M° Matheu Hortola, notari publich de dita Ciutat, juntament ab
M" Père Puig, notari de Perpenya. »
11 est curieux que ce document ne soit pas plus explicite sur
le serment que les Consuls durent prêter à leur tour.
Le 20 août : « Per ordre de la Ciutat, parti Antoni de Sant
Marti, Consol en cap, per anar a besar las mans, a de part de la
Ciutat, al m "" y Rev"" S"' Don Anton Gallart, Bisbe de Elna, qui
a les hores venia de nou, y ana aguardarlo en Gerona. »
Le Conseil avait donné pleins pouvoirs aux Consuls pour orga-
niser la réception : « com se es acostumat de fer ab les demes
predecessors, per no esser ell de manco qualitat que los demes...
y tambeferlo présent que dita Ciutat acostuma de fer, y millor
si sera possible... Y com la Ciutat esta de présent sens polvora,
y que ne te menester, no sols ara de présent, per lo que se ofe-
reix en lo gasto de la entrada de sa S'a, pero encara pei la nova
(i) Le secrétaire s'est assurément embrouillé. 11 a voulu mettre
ExcetUncia .
- 3>7 -
de guerra que ara de présent tenim en los comptais, que dita
Ciutat se esforce en procurarse de polvora, donat axibe pie poder
a dits S°" Consols. »
Enfin, voici l'entrée ; si elle est moins pompeuse, et si le récit
en est plus bref qu'autrefois, cela tient aux circonstances nouvel-
les : Le Chapitre a quitté Elne : « la deixanl desemparada de lot
auxili » ; le siège de l'Evêché est désormais à Perpignan : C'est
ce grand et pénible changement, qui se fait sentir ici : « A
trenta del m.es de agost del any 1609 entra en la Ciutat de
Elna lo 111"' y Rev "" S°' Don Anthon Gallart, Bisbe de Elna,
loqual vingue de Perpinya per jurar los privilegis y la Mar-
tiniana (1) del Capitol... y vingue fins al bosch de Cornella
ab un cotxo, acompanyat de alguns cavaliers ; y quant fou en
dit bosch se atura aqui ; y aqui lo ana recehir la Ciutat, ço
es lo Consol en cap, acompanyat de molts homens honrats y
ciutadans de dita Ciutat, y del Régent del Capitol, loqual vingue
la nit abans que entrar dit S ' Bisbe, per haver de anar ab dit
consol en lo recebiment. Y isqueren a cavall ab una mula y gol-
drapa 2 quiscu dels dos, y devant anava lo masser, vestit y a
cavall, ab massa alsada. Y en la eixida del bosch aparegue Mon-
senyor acompanyat com sta dît, de molts cavaliers de Perpinya y
de alguns canonges del Capitol de Elna y Sant Joan. Y en entrant
en lo terme comensa a tirar una pessa de les grosses, laquai
havien posada ab baluart (3) del cementeri de Belloch (4); y quant
fou al mas del Hereter (5), tira altra vegada ; y per dita entrada
se li enrama de boix desde la Creu del portai de Balaguer fins a
la Seu. Y al cap de las escalas de la Seu isque lo Curât ab la
vera Creu a recebir a dit Monsenyor, y en entrant sona lo orgue,
y digue una missa baixa, y desprès se assenta en la cadira del
cor, y se digue lo offici..., y en ser dit lo offici sen anaren a
dinar a Palatio.
(i) Dans le sens de Constitutions.
(1) Mot inconnu, présentant quelque rapport avec le Castillan goldre qui
signifie : Carquois, trousse (?)
i3i Bastion dit actuellement: del Pou de les Incantades. (Voir Revue
d'Hist. et d'Arch. du Roussiilon, juin 1900).
(4) N.-D. de Belloch, plus tard chapelle du Couvent des Capucins.
(5) Plus tard de Sinisterra, puis de Casteras... etc., actuellement Mas
d'Avall.
— 3ï8 —
En la entrada que dit Monsenyor feu al portai de la Llissa,
estaven los Consols segon y ters acompanyats de moites perso-
nes y consellers de la Ciutat, y lo Balle del Capitol : Y com dit
Monsenyor fou devant lo portai primer de la Llissa, mig dins y
mig fora, lo Consol en cap li présenta les claus dels portais ab
un cordo de seda de grana, dient li consemblants paraules :
« Mons" Rcv"", los predecessors de V» S'^ R"^^ trobantse en sem-
blant Hoc, han acoslumat de jurar, lloar y aprovar, ratificar y con-
firmar, y si menester es, de nou consentir tots los privilegis, or-
dinations, statuts, usos y consuetuts a dita Ciutat consentits y ator-
gats ; y aixi V^ S'* R">" no essent de manco valor e imitant los
vestigis de sos predecessors, jura, lloa, aproba, ratifica y confirma,
y si menester es, de nou consent y atorga a dita Ciutat los mateixos
privilegis, ordinations, statuts, usos y consuetuts, y requer al
notari de dita Ciutat ne retinga acte. » Y aixi, dit S" Bisbe posant
se las mans als pits, ho feu, y aixi la dita Ciutat y singulars de
aquella lin feren moites gracies y merces ; y encontinent los con-
sols segon y ters, qui acistien a dit jurament, lligaren unes vêtes
vermelles de tafatanet a les brides de la mula, y ab altres consel-
lers ab capa negra lo tiraren fins a les scales de la Seu. »
Suit en lalin la présentation des clefs et leur remise. Mais
pour terminer, le secrétaire n'a pas négligé, cette fois, de
détailler, en catalan (et avec une remarque complémentaire), le
présent de bienvenue offert à l'Evêque par la Cité : « Et primo,
una vedella. Icem un molto. Item sis porcells. Item dotze capons.
Item dolze puUastres. Item dotze colomins : Lesquals coses
se aportaren ab unes barres, molt ben enremellat, a quatre homens
qui ho aportaven, y lo Receptor (i) y un altre home prohom de
dita Ciutat qui ana(ren) en companya per a presentar a dit Mon-
senyor lo présent y dirli lo que convenia. Dit présent en tôt
prengue soma de onze ducats. Y se ha de advertir que dit
présent se ha de dar quant vinga (lo bisbe) en la présent Ciutat,
y no en Perpinya. »
Ce dernier avis, certainement superflu, laisse deviner quelque
manque d'enthousiasme. Mais quel cortège ! Et quelle foule
bruyante devait emplir les rues pour le voir passer!
(i j Trésorier de la Cité.
3ic) —
Ce n'est pas seulement à chaque arrivée d'Evèque que les Con-
suls, en signe de vassalité, avaient à faire remise des clefs de la
Ville; c'était parfois aussi aux gens du Roi, comme l'atteste le
procès verbal suivant, de 1602.
« Elis (S"" Consols) estan constituits devant la presentia dcl
lir S" Don Gaspar de Gavarra, governador de les companyes
de cavalls aposentades en la présent Ciutat de Elna..., de volun-
tat y ordinatio del molt 111"' S°' Don Onofre Reart, Bisbe de
Elna, per loqual sels es stat manat que donassen y liurassen al
dit S°' de Gavarra les claus de un portai de la Ciutat... Y aixi
nos altres, obtempérant... y confiant plenament de la fe, industria
y legalitat de animo del dit S" de Gavarra, sens empero preju-
dici de les consuetuts, parrogatives y altres drets a dita Ciutat
concedits, li havem reintegrades y liurades en ses mans propries,
en presentia del notari y testimonis deval escrits, dues claus
dels portais de Balaguer, la una de la portilla patita y l'altra
laquai tancha la cadena de dit portai ; lesquals tornara y restituira
en tôt cas y loc de restitutio... »
Une remise identique se trouve encore l'année suivante.
(^ suivre) R. de Lacvivier.
LIVRES ^ REVUES
*^
Nous avons reçu de M. Joseph Aladern sa dernière plaquette, "La monja
folla (idili en la nit tragica, Barcelona, carrer Universitat, 52 1. Cette scène,
un peu étrange certes, mais qui ne manque pas de force par endroits, se
déroule au milieu des derniers événements tragiques de Barcelone.
Le Régionalisme, par J. Charles-Brun, délégué général de la Fédé-
ration régionaliste française, agrégé de l'Université, professeur au Collège
des Sciences sociales, i vol. double in- 16 carré de 292 pages. Bibliothèque
régionaliste : Frédéric Charpin, directeur; Bloud et C'', éditeurs, y, place
Saint-Sulpice, Paris (VT). Prix: 3 francs.
« On n'a jamais parlé de régionalisme ; et le réveil des provinces fran-
çaises dans tous les ordres apparaît déjà comme un des phénomènes les plus
intéressants des premières années de notre siècle. Mais, si le public est
- i20 -
accable d'une infinité de monographies, d'articles de revue, de comptes-
rendus de congrès, de conférences et de manifestations, il lui manquait un
ouvrage d'ensemble qui lui permit d'envisager la question synthétiquement
et de juger les problèmes que pose le régionalisme.
C'est cet ouvrage que publie aujourd'hui la Bibliothèque régionalisle.
M. Charles Brun, qui l'a écrit, était parfaitement qualifié pour cette tâche. 11
a pris une part, souvent prépondérante, à tout le mouvement régionaliste
depuis ses débuts : il a contribué largement à en fixer la doctrine ; il l'a
répandue sans relâche.
Du reste, il a usé d'une méthode rigoureuse. Après une partie critique et
historique du plus haut intérêt, il a exposé, dans des pages lumineuses, la
valeur philosophique du système. Puis il a étudié successivement, avec
toutes leurs variantes, le régionalisme administratif, le régionalisme intel-
lectuel, artistique et littéraire, le régionalisme économique et social. Un
heureux choix de références, rejetées en notes en bas des pages pour la
commodité de la lecture, de nombreux appendices, dont un réunit, pour la
première fois, tous les projets de division de la France en régions, achèvent
de faire de son livre, où rien d'important n'est passé sous silence, un excel-
lent instrument d'étude pour ceux qui s'attachent plus spécialement à telle
ou telle formule régionaliste. 11 est assuré que cet ouvrage sera une indis-
pensable introduction à tout travail sur le sujet. Pour beaucoup il sera un
exposé définitif de la doctrine. Pour quelques-uns, il sera une révélation.
Llibret de Recorts.
Lo poète valenciâ En Joseph Bodria, que ja té publicats Tlors de ï'horta
(i883), Diseurs à Sant Vicent Ferrer (1894), T^osselles (1895), Tulles
seques (1900), Testes de carrer (1906), encare no ha vingut à sorpendre amb
un bonich "Llibrel de recorts.
Es tota una volada d'impressions poétiques del bon valencianista que es
En Bodria, y de refilades com aquesta :
A una hortolana
Que hermosa esta la Consol,
ab son front de lluna clara,
tapantse entre flors la cara
pera guarir-se del sol.
Ab son flairés tapa-sol
va tan garbosa y bledana,
que me sembla la hortolana
per sa real gentileça,
la mes garrida princesa
de la terra valenciana.
Lo Uibret va precedit del retrato del autor, y d'un prefaci d'En Fran-
cesch Badenes.
Gracies, y per molts anys, al bon amich En Joseph Bodria ! J. D.
Le Gérant. COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Sajnt-Dominique, Perpignan.
5' Année N' 58 15 Octobre 1911.
Lts Manuscrits non insères
le sont oas rcnaus.
Les Articles oarus dans la Revue
réengagent oue leurs auteurs.
REVUE
CATALANE
COMPTE RENDU
DES SÉANCES
Jlssemblée générale du ii septembre 1911
Présidence de M. Louis Lutrand, président
-"^^
La dernière réunion du Conseil d'administration, qui a eu lieu le 22 sep-
tembre, a été très importante. On y a envisagé une foule de questions, et
en particulier celle du dictionnaire. M. de Lacvivier a apporté toutes les
explications nécessaires sur le plan qu'il proposait et la matière dont il
disposait déjà. Le Conseil d'administration a alors décidé de constituer un
groupe spécial de catalanisants destiné à collaborer avec M. de Lacvivier à
cette œuvre du dictionnaire. De son côté, M. Comet a fait part au Conseil
de ses intentions au sujet de l'édition de ce dictionnaire. Tout est en très
bonne voie. Le travail doit commencer dès le i" octobre.
Le vœu émis par quelques-uns de nos amis à propos d'une sorte de
congrès, suivi de réunion intime, à l'occasion de cette nouvelle entreprise,
est accueilli avec joie et accepté à l'unanimité. La date en est fixée aux
prochaines vacances de la Noël et du jour de l'an. Dans ce congrès ou cette
assemblée qui durera deux jours, on examinera non seulement la question
du dictionnaire, mais encore celles du vocabulaire littéraire et de l'ortho-
graphe qui mettent quelquefois aux prises quelques-uns de nos amis. On y
examinera enfin la question d'une action régionaliste plus vigoureuse et plus
nette.
Nous ne pouvons entrer dans le détail des autres affaires étudiées au
cours de la réunion du Conseil qui vient d'avoir lieu. Mais nous ajouterons
que la situation budgétaire, très encourageante elle aussi, fera l'objet d'une
prochaine réunion, ou mieux encore sera exposée lors de l'Assemblée
générale, qui doit avoir lieu avant la fin de l'année, selon les règlements.
Pcr En Vcrdagucr
.*--v
En el seu diseurs de la Catedral, ara vibrant, ara entris-
tit, el poeta del « Sait de la donzella » y de la « Passejada
al Cementeri » deya molt bé lo qu'havîa deixat En Verda-
guer a Rossellô, y '1 bon amor que professava â la nostra
terra, una mena d'amor pietadôs, perqué la veya mes y mes
descuydada del passât. Si ara ha granat el nostre renaixe-
ment es gracies sobretot al mistic de Vallvidrera, qu'ha fet
ressonar l'arpa catalana en els nostres glebers, qu'ens ha
portât l'exemple de Catalunya enaltida. En ses corregudes
per les vessants pirenenques, demanava senzillament abric y
amparo per la nit als rectors de poble, y en contra els en-
cisava am l'irradiaciô del seu pensament, escampant â tôt
arreu corrents de simpatîa. Y ells sentîen la vinguda d'una
nova armonîa.
Aquest poema seu del Canigô tornava vida â la serra
muda ; are parlaven la congesta, la fajosa, la pentecostera
dels plans d'amunt, l'estanyol brillant y la celestial abadîa ;
Prat-Cabrera, Balatj y Cadi s'omplîen d'un ressô divî, aie
rejovenidor de poesîa. Mes altérés era eJ rocatâm ; mes
bellament s'aixecava el dîa. En Verdaguer regalava a la gcnt
de Rossellô una corona d'idéalisme y d'alta reialesa.
Y 'Is anys han passât. El poeta descansa en la tomba nova
de) Montjuic, devant del mar escumejant.
Oh Montjuic, montanya afortunada !
Dessota de ta maia nomenada
H) hem deixat, am grans plors,
El cos del poeta que sobrix en flors.
— 323 —
Dorm, poeta, dorm, quels aucells ja canten :
Tu, que aimaves tant y tant
Els bells cants seras fcliç,
1 faras aquell somri's...
(J. Maragall, Del Monljuic.)
Canten à Rossellô les aulendres, en cada val). Y '1 poeta
fa aquell somrîs, perqué ha vist en un somni de la vida
inconeguda Sant Martî de Canigô s'aixecar de ses ruines,
y alsar son campanar cuadrat al bell demunt de Cadî, per-
qué ha ohit les campanes d'arâm, tritllejant per el desvetl-
lament d'un poble.
Amies meus, si teniu el cor rossellonés, si seu fills d'a-
questa terra, no sentiu com una alenada antigua, boy fent
la pujada cap aquella realsada abadia ?
Passât el poblet de Castell, tant pagesîvol am ses clavel-
lineres, am sa petita iglesia englanada de capitells, l'iglesia
que guarda les descolorides estovalles de la Comtesa, bro-
dades l'any ici 8, y seguint la torrentada de Cadî, sota
l'aybreda molsosa, 6 bé â dalt del cingle, devant del mones-
tir, en cada pedre, en cada fulla, no ho sentiu encare que
l'anima d'en Vcrdaguer hî flota, aucella misteriosa ? La sere-
nor del cel en les vehines serres, el vent que baixa de les
altures, les fondalades, les boyres, els pastors, els llenyas-
sayres, les vives gerderes, sembla que tôt ens ha de parlar
d'ell. Es ell que dona al paisatje sa vida espiritual.
Aixîs ho diu y en aquest sentit s'ha d'interpretar una
encertada estrofa dels « Goigs de la Soterrana » :
Dos fills : lo payral Poeta
Y '1 Bisbe may prou amat
Vostre corona han refeta,
Vostre Hoc han realsat :
L'un am son cant qu'enamora,
L'altre am sa veu de Pastor.
Sant-Marti, ara tret de son abandô, de sa soletat inspi-
radora y desolada, am l'iglesia baixeta que sostenen espesses
y macices columnes, y les cuatre barres lluhint com libé-
ules en les vidreres del rera-altar, ha de ser per tôt rossel-
- 3^4 -
loncs el motju d'una santa romerîa, d'un gcrmanivo) aplec,
y si no es per hî fer acte de bon cristiâ, per hî cumpljr
dévots manaments, al menys per hî heure a )a deu que raja
d'un passât semprc viu.
Aquî, en la canjgonenca falda, devant de) campanar que
senyoreja, s'arrela l'historia nostra.
Aquî, en un fons d'or de cuadro primitiu, apareixen les
mitjevals figures d'en Tallaferro y de sa desconsolada
muller, d'en Guifre, d'en Gentil y de Griselda hermosa,
de l'abat Oliva alsant la croça, y també dels monjos que
van â les celdes. vestits de burell.
Poques iglesies hî hâ que guardin un passât tant miste-
riosament llunyâ y que despertin tanta afecciô.
Très ô cuatre vegades he pujat â Sant Martî, y sempre
hî he vJst l'aplec llegendari ; y tota cosa, els trémols y 'Is
desmays, les antigues pedres, la mes antigua Font del Comte,
m'han parlât de la vellô, am llurs veus d'anyoré.
Mes perqué, ho demani, no hî hâ en tal Hoc un recort
material de Mossen Cinto?
Per cert he ohit â dir que Monscnyor Carsalade projec-
tava d'alsar el bust de l'excels poeta, â la mateixa vora de la
Font del Comte.
Haurâ conservât una tan generosa idea ? Aquesta es la
meua espcransa. Perqué l'obra de reedificaciô no se pot dir
acabada, no, tant que no s'haurâ dignamcnt glorificat en
Verdaguer. Aquelles montanyes serân tristes tant com no
veuràn, rcstituida per el cisell de l'esculptor, l'imatje
dolcîssima del llur aymador. No falten bons cors en terra
rossellonesa, ni tampoc falten artistes prcuhats.
Doncs, mani Monsenyor, que nosaltres, fills d'aquestes
valls assoleyades, no li volém mercadejar la nostre ajuda...
« Dorm, poeta, dorm, que Is aucells ja canten !
tû que aimaves tant y tant
els bells cants seras feliç,
y faras aquell somris. »
Joseph Pons.
#
ARLETTES
_o
9P
Dans le Haut-Conflent, au-dessus de Conat, ce capricieux
village jeté sur un mamelon, au petit bonheur, dans une déban-
dade de rues moitié escalier, moitié casse-cou, si le touriste
remonte, à droite, un sentier pierreux, il atteindra, après une
heure d'horloge, une ferme joliette, toute fleurie de soleil et
d'oiseaux... c'est Ariettes 1
Dernièrement, une averse fouettée de vent d'autan, y réu-
nissait un médecin, un garde particulier, un berger, et l'auteur
de ces lignes. Et tandis que Rosine, la fermière, confectionnait
une omelette suivant la formule du docteur (lisez, profanes : avec
force ronds de saucisson et force menus morceaux de jambon), la
causerie serpentait au hasard des impressions vécues.
Le docteur, en veston loutre, retranché derrière le secret
professionnel, grillait des cigarettes, en exposant une théorie
terrifiante sur l'intoxication par la nicotine.
Le garde de Cobazet, sanglé dans son superbe costume en
velours vert d'eau, narrait ses prouesses cynégétiques passées.
Le berger, taciturne — est-il besoin de le dire — ouvrait de
grands yeux, des oreilles plus grandes encore, et traçait sur
l'ardoise, avec sa houlette, des ronds imaginaires.
— Bravo ! fit le docteur.
L'omelette selon la formule faisait son entrée ; une omelette
toute fumante, aux flancs rebondis et dorés, emplissant la pièce
d'un parfum à rendre jaloux Lucullus.
— Allons, Cintet, insinua la fermière, ta gourde doit être
veuve, que tu restes là, muet comme une truite ; si tu contais à
ces messieurs l'histoire d'Ariettes?
— Ouf! ça y est! allez-y donc, Cintet, clamèrent trois voix.
On se mit à table. Et Cintet, un beau vieillard à la chevelure
blanche, après avoir gourmande son maigre « Bismarck » qui
rôdait entre nos jambes, nous fit le récit suivant:
Ariettes, autrefois, c'était un village bâti ici, sur le flanc de
cette montagne, à notre droite ; et, comme vous pouvez le
— 326 —
remarquer, il y a encore, çà et là dans la brousse, de vieux pans
de mur, et plus haut quelques petits cortals.
— Je flairais quelque chose comme çà, interrompit le docteur,
qui se piquait d'archéologie.
Cintet continua : Charigail, un habitant d'Ariettes, qui passait
pour sorcier, rapport à un tas de bricoles qu'il avait sur sa che-
minée : flacons verts, tètes de morts, lézards empaillés, Charigail
partait tous les jeudis soir pour se rendre au sabbat des sorcières,
là-haut, près du Bac-Harrissal. Les femmes assuraient l'avoir vu,
métamorphosé en chat gris, le dos barré de noir, courir en bonds
endiablés, à la brune, vers les gorchs de Nohèdes ; et le matin,
avant le chant du coq, ce même chat gris, avec des yeux luisants
comme des chandelles, rentrait dans le village, passant à fond de
train par le petit trou rond de la porte de Charigail !
— Brr ! cà donne la frousse, dit le aarde en riant.
Un de mes ancêtres, l'Anton Galliner, qui était dévot —
c'était un homme de la loi ancienne, à preuve qu'il était pabordc
de Saint-Antoine — lui disait souvent comme çà : Charigail,
Charigail, laisse le sabbat de côté ; à force d'aller faire bouillir
le chaudron avec les fées blanches et les sorciers noirs, tu te
brouilleras avec le bon Dieu... ça te portera malheur.
Charigail n'écoutait rien. Une nuit de Noël, pendant que tout
Ariettes était descendu à Conat, Charigail sortit tout seul de sa
maison, une poule noire sous le bras, et au croisement des quatre
chemins, il dessina des signes cabalistiques avec un bâton de
houx, puis il planta son couteau catalan dans l'estomac de la
poule noire. Aussitôt une fumée verdàtre en sortit, la lune se
cacha derrière un nuage, et quelques instants après tout Ariettes
était -enveloppé d'un brouillard très épais. En revenant de la
messe de minuit, les gens du village entrevirent, sur la place du
village, une ribambelle de diablotins avec des cornes, qui dansaient
à cheval sur des chats ébouriffées, autour d'un chaudron énorme,
sous lequel Charigail attisait un feu de forge.
Le lendemain, pris par les fièvres, tous les habitants d'Ariettes
gardèrent le lit. Il n'y avait pas à en douter, Charigail les avait
ensorcelés...
Le berger poursuivit : D'abord, les enfants moururent comme
des mouches; on les enterra tous. Puis, les vieux firent le pion-
- 3.7 -
geon. Le curé de Conat essaya, à coups de goupillon, de chasser
les esprits; bernique, le sort était jeté. Alors, désespérés, ceux
qui restaient se levèrent, et à demi-nus, comme des fantômes, se
mirent à galoper, qui du côté de Lugols, qui vers Conat, qui
vers Urbanya. Charigail lui-même, après avoir jeté au feu ses
flacons verts et un gros livre jaune, s'enfuit escorté d'un matou
gris. Au moment où il sortait du village, en prononçant ces
mots : Baracot, clic-cloc, une fée lui apparut, qui lui mit la
main sur l'épaule... Aussitôt Charigail et son chat furent pétri-
fiés ; tenez, les voilà là-bas. .. ce grand rocher, c'est bien Charigail
et son chat... vous voyez !
— Rien de plus vrai, prononça le docteur; c'est comme le soir,
la vieille chargée de bois mort qu'on voit dans la lune.
Le berger haussa les épaules en riant :
— Ce n'est pas tout, poursuivit-il ; à Urbanya on savait que la
peste décimait Ariettes, et, pour se prémunir contre le mal
terrible, on avait décidé, sous le grand arbre de la place, de ne
laisser approcher du village aucun des contaminés. En sorte que
les meilleurs tireurs d'Urbanya se postèrent dans la grange de
« Sant-Jaume » avec ordre de tirer sur le premier qui se pré-
senterait.
Dévorés par la fièvre, et épuisés par leur folle course à
travers les genêts, huit ensorcelés parurent un beau matin, au
tournant du sentier. Toutes noires sur la blancheur immense de
la neige, souff^reteuses, ratatinées, leurs pauvres silhouettes maigres
grelottaient sous la brise cruelle. Et puis î paml... ils tombèrent
à terre en battant l'air de leurs bras. Un vol de corbeaux s'abat-
tit sur ces cadavres, et, le soir même, les habitants d'Urbanya
regardaient, en frissonnant de peur, leurs blancs ossements qui
luisaient sous les rayons de la lune.
Le lendemain on les enterra à Sant-Jaume ; et il n'y a pas bien
longtemps, la pioche d'un paysan trouvait, dans un champ en
contre-bas d'une ferme, huit squelettes, chacun dans un cercueil
en ardoises.
Ariettes devint un lieu maudit. C'était le rendez-vous des
chacals, des serpents et des loups; l'herbe n'y poussait plus; peu
à peu, les maisons s'effritèrent sous l'entassement des neiges.
La nuit, les pâtres de Mirailles et d'Estardé entendaient des
— 328 —
rumeurs étranges, et voyaient danser des feux rouges et des far-
fadets.
Longtemps après, des gens intrépides de Conat résolurent d'y
organiser des battues en tous sens. On tua beaucoup de sangliers
et de loups ; le premier pas était fait ; bientôt les champs se
remplirent de travailleurs...
— Et grâce à Dieu, ajouta Rosine, la ferme d'Ariettes aujour-
d'hui, a bonne mine, et vous n'auriez jamais soupçonné qu'elle a
été bâtie sur l'emplacement de la maison de Charigail, le sorcier...
— Oui, superbe ta ferme, brave Rosine, fit le docteur, et
quand je passerai par là, une autre fois, par un temps de pluie,
tu nous serviras une autre omelette, et on boira au chat gris de
Charigail,.. pétrifié.
Le soleil avait reparu, et le val d'Ariettes sous un vent frais
secouait sa verte robe de blés, étincelante encore des dernières
gouttelettes de l'averse.
On échangea d'amicales poignées de mains Le docteur remit
en bandoulière sa trousse de campagne ; le garde siffla son « Talc »,
un superbe pointer, et l'on se quitta avec le souvenir d'une
histoire authentique de sorcier, et d'une... délicieuse omelette
suivant la formule.
Lo Refilayre de Carença.
Concells
Las virtuts ne son escales
perque 'n vida al cel anem ;
mes la fe y l'amor son aies
perque 'n vida ja hi volem.
Els cors mes richs son ben pobres
si 'Is hi manca la fe viva,
reina que per comitiva
deu portar les bones obres.
j
«
Advertencias dignas de saber
(Curieux extrait d'un vieux manuscrit que nous avons trouvé en T^oussillon.)
Lo gall, ab son cant de la mitja nit, adverteix als homens de
pregar à Deu, y ab la de la matinada de acudir al treball de)
COS.
La olor de la herba ruda es metzina contra las serps.
Iris à arch de Sant Marti es un nubol opposât sempre al sol ;
lo color pardo es de la terra, lo vert es de l'aigua, y lo vermeil
de l'ayre ; te dos altres colors annexos que son violet y verde-
sin. Quant apareix al mitgdia significa pluja y tempestat ; al orient
trons y poca pluja ; al occident seré y bon temps. Assentantse
sobre los arbres fa lo mannâ 6 mel rosat ; es xich quant lo sol
es ait, y es gran quant lo sol es baix. Trau l'aigua de las fonts,
y las dona als nubols. Significa la pau entre lo cel y la terra : no
apareixerà quarant' anys antes del judici ; causarà sequedat à la
terra la quai no podent dona vapors humits, exalera mediant lo
sol fonch en l'ayre.
Lo fum de l'ongla esquerra del matxo trau los rats de casa.
Ab très begudas 6 tassadas se modéra lo beurer ; la primera
per la salut, la segona per lo plaher, y la tercera per lo dormir ;
altrament lo massa beurer te très graus : voluptat, embriagues y
fur or.
Los cuchs de seda moren sovin ohint lo trô ; per evitarho, se
ha de sonar dos campanetas cerca de ells, que, essent y acostu-
mats, no temen tant lo trô, y no moren : se diu aixibé qu'el temor
6 ruido del trô fa fer sos petits â la cerva mes prest que n'ois
farîa.
Rentantse las mans ab vi 6 llixiu é après ab aigua fresca fins
que sien mitg mortas 6 endormidas, lo plom fus no hi pot fer
mal algii, perque mentres las mans se tingan ben obertas, caurà
com aigua poch mes que tibia.
Nous donnerons un autre extrait du même manuscrit dans l'un de nos
plus prochains numéros.
\jumuuuumummuumuu
Pages Choisies
Mos. Antoni M^ Alcover, que nos lecteurs connaissent bien de
nom, occupe une place importante dans le mouvement littéraire
catalan contemporain. 11 a entrepris une œuvre grandiose, le
TUclionnaire général de la langue catalane. Le BolIeH qu'il publie
régulièrement en vue de stimuler les nombreux collaborateurs de
ce travail gigantesque, est une feuille vivante et fiévreuse, tou-
jours pleine d'idées intéressantes. M. Alcover, en plus de sa
longue étude Questions de llengua y liieraiura calalana, a publié
en plusieurs volumes, et sous le titre Aplech de J^ondalles mallor-
quines, une abondante collection de contes et légendes de l'île de
Majorque. 11 y a dans ces recueils des choses vraiment exquises;
M. Alcover a fait preuve, en les collectionnant, d'une très vive
intelligence des productions populaires. On ne saurait trop le féli-
citer d'avoir recherché pour nous tant de petits chefs d'oeuvre et
d'avoir su en conserver, comme il l'a dit lui-même, la physiono-
mie primitive, la naïveté, la grâce, l'énergie et le relief. Nous
avons tenu à extraire du 4' volume de cette collection, publié en
1904, la rondalla suivante dont nos lecteurs ne manqueront pas de
goûter la saveur particulière. Que les difficultés (assez nombreu-
ses, nous devons l'avouer) qu'offre pour nous le dialecte de
Majorque ne les arrêtent pas : ils suivront sans trop de peine la
ligne principale du récit, et ne laisseront pas échapper en chemin
les détails les plus caractéristiques. J. A.
Es Rossinyol y sa Rossinyola "^
[Dialecle de Majorque)
Aso 'n Selles, possesiô que no he pogut aclarir aont mos eau,
e-hi havia un cirerar molt gran, y hi cantaven una mala fi de ros-
sinyols, en venir abril.
Una vegada n'hi hagué un que, com prou hagué cantat, arribâ
a dir.
( I ) Aplech de T{ondaUes maïlorquines (Mallorca ; tip. cat. de Sanjuan,
1 904 ; tome ivj.
— 33i —
— Bé ^ y jo qu'eniperiol aqui amb tant de cantar ? ^ Que tench
a n-es fus de tanta canturia com Deu ha vista? Y, sobre tôt, can-
tar tôt sol, axi metex es massa trist. Tench totes ses cireres que
vuy y mes que no 'n vuy, pero no tench companyîa : me 'n
vaig a cercarne una de rossinyola y sera lo que Deu
voldrâ.
Vola qui vola de d'allà, y mira qui mira, en trobava axi matex
de rossinyoles, pero totes tenien ja 's seu rossinyol, y no hi havia
que demanarlos de noves.
A la fi en troba una en es torrent de sa branca, demunt un
matul-lo, y ja l'ha escomesa :
— ; Al abat sîa Deu !
— j Per a sempre ! respôn ella.
— l Com va la vida, estimada ?
— Va bé, si agrada a Deu. Campam primet primet, y si no
basta, hi posam es bast.
— ^ Y de que t'umpls es gavaig per aqui ? Sabs qu'es de pelât
axé î
— j Y tant com e-hu es ! Si hi estaves una mesada, sî que hu
diries, sobre tôt s'ivern.
— Pero ^ de que t'atepeys?
— Des quatre mosquits descuydats que porem engospar, y de
ses quatre llavoretes qu'una aplega.
— J Sabs que hi deus anar de prima de lloms !... ; ca ! j ca !
l axô no es viure ! Y tota sola per afegitô... Si tu te volias aple-
gar ab mi, sabs que mos hi diria de bé.
— l Com-es-ara ?
— Que mos n'aniriem a n-es cirerar de so 'n Selles, aont hi
ha baldor de cireres per llarch, tantes ne menjes...
— J Fêta esta sa barrina î diu sa rossinyola.
S'apleguen, y \ cap a n-es cirerar falta gent !
Al punt hi forem, y i no vos dich res sa rossinyola sa panxada
que pegâ !
Y tots dos ja foren partits, panxa plena, canta que canta, que
cuydaven a troure-se 's carcabôs.
L'amo de ses cireres les ténia ben géloses, y, com sent tanta
de cantoria, diu :
— l Aqueys dimonis de rossinyols no me 'n dexarân cap de
— 332 —
cirera ! \ Mal los tocâs lo que tocâ a Na Mayans : set carretades
de nines y set d'infants î
Agafa s'escopeta, que sempre ténia parada, y j paplam ! des-
para cap aont sa cantoria era mes forta.
l Que m'en direu ?
EH un parey de perdigons fregaren sa rossinyola y li solquet-
jaren sa pell, y una partida de plomes que li botiren.
— l Axi va axô ? diu ella. j Cap a n-es torrent de sa branca
m'en torn !
Y ja li va haver cstret ben afnada, y de dalla.
— I Espéra ! j espéra, dona ! deya 's rossinyol, encalsantla. j No
sies tan poruga, que no hia tant per tant, tampoch j EH no hu
paga 's parlarne per un parey de plomes j Si en axô mos hi
veym cada dia !
— ; Pcrô no m'hi vuy veure jo ! deya sa rossinyola volant com
la bala.
— \ Perô ; si no mes es estât es retgirô ! deya ell.
— j No hu he mester sebre !... \ A ca-meva m'en vaig, abans
de pus raons ! M'estim mes es quatre mosquits y llavoretes des
torrent de sa branca, alla ont ningû me diu : fe t ensâ, fe 't
enllâ, — que no totes ses cireres y es cirerers de So 'n Selles.
Ell es rossinyol no la pogué ginyar a tornar arrera. Se 'n anâ
cap dret a n-es torrent de sa branca, aont, primeta de panxa
anava, perô no senti siular pus perdigons ni li tiraren altra arca-
bussada.
Y encara deu esser viva, si no s'es morta ni li han fet s'ebré.
Antoni M* Alcover.
Extrait de mil y un pensaments
Els mais no soferts espanten mes ab el soroll que fan oits, que
desprès de executats.
No t'alabis de saber lo que no saps, mes preguntao aïs qui
creus que ho saben.
No t'afatiguis pera respondre molt sino pera respondre be.
Pour le dictionnaire catalan
Nous aurons enfin un dictionnaire catalan en Roussillon I
J'écrivais un jour (1908, Anthologie catalane : « Les poètes rous-
sillonnais », Introduct. p. xxii) : « Le besoin d'un dictionnaire se
fait sentir chez nous plus encore peut-être que d'une gram-
maire ». Nous avions déjà au moins une grammaire, celle de
Puiggari, )852, dont j'ai entretenu nos lecteurs [J{evue Catalane,
j5 déc. ic>09 et dont on a donné, depuis, une seconde édition
(1910, Perpignan, édit. Barrière et C, avec une préface de
M. Pierre Vidal). Mais il nous manquait, il nous manque tou-
jours un dictionnaire. On nous avait signalé l'existence de deux
ou trois manuscrits importants ; mais, pour des raisons diverses,
aucun d'eux n'était publié. Et cependant l'œuvre s'imposait !
11 semble maintenant que nous soyons près de la voir réa-
lisée.
Un groupe de catalanisants s'est constitué au mois de septembre
pour reprendre cette idée qui avait été examinée déjà très atten-
tivement l'année dernière, mais qui, sans une initiative et une
impulsion, risquerait fort de ne pas sortir du domaine hypothé-
tique ou chimérique. Nous savons en ce moment-ci, d'une ma-
nière très sûre, que la plus grosse partie du travail est déjà
préparée. Grâce à la patience intelligente, à l'activité obstinée
et clairvoyante de notre ami M. R. de Lacvivier, qui a réuni un
très grand nombre de mots et a envisagé plusieurs méthodes,
grâce aussi à sa ferme volonté de faire aboutir ces efforts, il ne
restera plus qu'à discuter, compléter, perfectionner, ou, le cas
échéant, réduire ce qui a été obtenu par lui jusqu'ici.
Je ne dis pas que le nouveau travail qui s'impose doive aller
sans difficulté et ne demande pas du temps, de la persévérance
et une vive attention. Mais l'ardeur et la compétence des colla-
borateurs de M. R. de Lacvivier auront raison, j'en ai la convic-
tion absolue, de tous les obstacles. La question même de l'éditeur
et des frais d'édition est déjà réglée, ce qui n'est pas, on le sait,
un maigre avantage. L'année 1912 ne s écoulera donc pas,
— 334 —
croyons-nous, sans que l'œuvre soit sur pied. Tous les bons
roussillonnais, tous les catalanisants des deux côtés des Pyrénées
devront s'en réjouir.
Ainsi, la belle et noble cause dont nous nous sommes faits
ici les champions et qui consiste à défendre, à illustrer, à main-
tenir et répandre autour de nous la langue catalane, à entretenir
dans notre région un ardent et brillant foyer de culture catalane,
à stimuler au cœur de nos compatriotes l'amour de leur idiome et
du génie de leur race, cette belle et noble cause avance d'un
pas sîir, en dépit des barrières qui se dressent sur son chemin,
des fossés qui se creusent devant elle. Travaillons encore,
travaillons toujours pour assurer son triomphe, sans tenir compte
des ricanements et des railleries, qui se font d'ailleurs de plus en
plus rares !
Quand nous renoncerons nous-mêmes à agir, parce que l'âge
nous le commandera, quand nous laisserons à d'autres le soin de
continuer notre œuvre, nous serons fiers de leur dire : « Voilà
les résultats acquis par nous, par notre constance, notre convic-
tion et notre courage quotidien ! »
Jean Amade.
Clariayna
1. Una NlT
S'estava quietament sota l'espés fullâm,
duyent en e) côs blanc mantellina aixerida...
La nit era callada, â fora de) reclâm
qu'ai majg fan les rcynetes en l'herba enfosqueîda.
Parlava dels recorts de la casa payral,
dels masos de la terra que tant lluny hem deixada,
de les dones que tornen del joliu ribera),
cames nues, ulls vius y cara acolorada. *
— 335 —
D'un carrer d'ombra y sol s'alsava la visiô,
y amb ei murmuradiç d'alguna font llunyana,
hî havîa en ses paraules la sabor catalana.
Hî havîa en ses paraules l'encant de Rossellô,
y l'humil mantellina que li dava noblesa
guardava de la nit en son front la puresa.
11. NOCTURN
M'agrada de te veure â ma vora adormida...
Oh ! dorm, la nit es clara y '1 bosc plé de negror ;
dorm, la lluna tôt just puja com una flor ;
y jo veig qu'una bruma sus del riu s'es teixida.
Ben triste es ma pensada... Ton mirar verginal
sera una cova fosca y gel ta llengua muda ;
l'argila del teu côs s'esgranarâ, menuda,
y no hî haurâ memoria d'un amor sens igual.
Sempre ets présent, oh Mort, silenciosa y terrosa !
Avives de ma nit l'amarga voluptat,
y passa com estel cada petô sagrat...
Mes entre 'Is aybres nègres va la lluna desclosa,
y assossega mon cor de veure al firmament
tan serena y tan pura, sa medalla d'argent.
Joseph Pons.
Textes catalans
9P (Suite)
Une des fonctions des Consuls, un de leurs privilèges, si l'on
veut, c était l'élection annuelle, chaque fois consignée brièvement
au registre, de una donzella a maridar : nous dirions, aujourd'hui,
une rosière. La disposition remarquable en vertu de laquelle ils
se trouvaient chargés de cette mission se trouve rapportée dès les
premières pages :
« Clausula de la institutio he fundatio fêta per lo 11" S"Misser
Francesch Fort, doctor del real Consel de la Ciutat de Barsa-
lona, manumissor de la ultima voluntat del 11'" y molt Rev' S"
Francesch Giginta. abat del monestir de N.-S""^ de Amer, bisbat
de Gerona, en poder de M° F. Aguiles... notari publich de Bar-
salona, a i5 del mes de juliol iSçé, en lesquals institutio y fun-
datio... ha fundada una causa pia per donzelles pobres a maridar
de la Ciutat de Elna, ab tal empero que lurs pares sien Catalans,
laquai es de ténor seguent.
Item mes instituesc y fundo altra causa pia per donzelles a
maridar, ab lo modo y forma seguent, ço es que quiscun any sien
dades dels redditus y pentions dels censals deval escrits... quinze
lliures... a una donzella pobre, natural de dita Ciutat de Elna, filla
légitima y natural de un pareCatala, per collocatio de matrimoni,
de lasquals qualitats haien de fer relatio y certifficatio los Con-
sols de la dita Ciutat qui son y per temps seran, posant très don-
zelles en un mémorial, de lesquals les administradors deval escrits
haien de pendre y nominarne una, a laquai per son casamentsien
donades dites quinze lliures : pregant a dits Consols que ab
aquella cura y diligentia que poran fassen dita nominatio de
fadrines mes pobres y que sien de dites qualitats, encarregantne
Durs consienties. »
L'on rencontre, en j6oi, une mention de réparations assez
importantes aux fortifications de la Cité : C'est une quittance
faite par deux maçons, de 258 livres, 12 % 6 «* montant, a preu
— 337 —
fel, des travaux ci-après : « Fer lo parapeto desde la casa de la
parra que es cercha del Castell de la Ciutat, seguint tota la
muraila fins a la casa del Rev' S" Fr. Masdamont, canonge, y
aixibe fer una garita (i) nova devant de la casa del pubill Balle,
en dita muraila, y mes cobrir la garitta del portai de Balaguer,
y en aquella posarhi biga nova, cayrats, canyes, teules y tôt lo
demes necessari... Item mes fer très caxials al revali (2) del por-
tai de Balaguer, de part de dafora de la muraila del dit ravalli
que dona devant del hort del Mag*^*^ M° Miquel Rollan, doctor
en drets de la Ciutat de Barsalona ; item per haver fêta una
paret a miga lissa, ab sa porta y rexia de fusta ; item axibe per
haver fet un Cuerpo de guardia, en lo temps que los Francesos
eran en Rossello, al portai dels Alamanys... tôt compres. »
Signalons les fêtes pour la canonisation de Saint Raymond
de Penyafort, en 1601.
Les Consuls d'Elne reçurent des Consuls de Barcelone la lettre
suivante :
« Illustres Senyors. A deu del corrent, reberem cartas de
Roma, ab propri correu despedit per lo Ex"" Duc de Hijar (?)
embaxiador per sa Magestat, y ab elles entenguerem la felice y
tant desijada nova de la canonisatzio del glorios Sant Ramon de
Penyafort, laquai feu Sa Santadat als 29 del passât que fou la
Dominica in albis ; y V' M' saben la quant desijada estava dita
canonitzatio per los Serenissims Reys de Arago y per aquest
Principat, loqual ha instat ab Sa Santadat moltissim anys (3) se
effetuas ; y pus N. S°' es stat servit, per medi de dit glorios Sant
Ramon, que en nostros temps alcansasem lo que altres tant havien
desijat y trabellat, tenim tots obligatio de fer les démonstrations
de alegria que un tant gran sant mereix ; y aixi suplicam à V" M'
ho fassen com be tenen acostumat, que nos altres assi farem les
fêtes possibles, per lesquals havem assenyalat lo die de 24 del
corrent ab les ques seguiran : Y perque entenem que a nostra
(i ) Tour.
(î) Ravelin ou demi-lune.
(3) Saint Raymond de Penafort, général de l'ordre des Dominicains,
catalan, était décédé depuis 1275.
— 338 —
obligatio no satisfariam si no haguessem fets sabedors a V* M* de
dita tant regositjada nova, per so havem desliberat donar le dit
avis per correu piopri, certificant a V" M" que si esta Ciutat pot
servir en aqueixa en quaisevol occasio, ho farem ab moites veres.
Guarde N.-S" a V" NV.
En Barcelona, a i 3 de maig de )6oi : Illustres Senyors : A la
ordinatio de V' M' prcsts. Los Consellers de Barcelona. »
Laquai carta... han posada en exequtio avuyn (27 mai) die de
Diumenge, en loqual die se ha fet gran triumpho y alegria en la
Ciutat tant dels officis divinals quant enchara de la salva de artil-
laria y archabusseria a honor y gloria de N. S" y del beneven-
turat Sant Ramon. Y aixibe la nit abans per les murs de dita Ciutat
se feren moites alymaries y tirs de archabusseria y artillaria, y
altres alegries y démonstrations. Y lo diumenge après de vespres
se feu una molt solempne professo ab les benaventurades Santés
Eularia y Julia per tots les claustres y Seu, per lo impediment
de la pluja. Loqual benaventurat Sant, mijansant nostres prega-
ries, vulla impetrar ab N. S. Deu J. C. lo augment, gloria y
salvitat de la dita Ciutat y singulares persones de aquella. Amen.
Avec l'année 1602, nous arrivons à la grosse question qui va
tenir plusieurs pages du registre, le départ du Chapitre pour
Perpignan, et ses conséquences pour la Cité. Un partage doit se
faire entre le Chapitre qui s'en va et la Communauté des prê-
tres qui reste, partage qui sera la source de difficultés sans nom-
bre, de récriminations les plus vives, de procédures acharnées.
La Cité n'y intervient que sur un point, le partage des objets
du culte, reliques et ornements. Comme il est à craindre que les
chanoines ne s'attribuent la part du lion et que l'Eglise, désertée
par le Chapitre, risque, de plus, de rester dépouillée, la Cité a
intérêt à empêcher cette spoliation.
La cause de la translation était, depuis déjà longtemps, en
Cour de Rome, où la Cité avait nommé un procureur et un
syndic pour être représentée à son instruction. Une'délibération
de 1600 nous fournit un indice des difficultés qui couvaient. Le
Conseil y affirme, en effet : « que son intent es que la Iglesia
stiga y reste moblada quai conve per al servey de Deu, conforme
— 339 —
ha stat fins avuyn ; y que en la nnateria de la translatio no si fa
ninguna questio ; y en lo que tocha als ornaments de la Iglesia,
reliquies y altres coses, volen que de dita Iglesia no sen tocha
ni trega cosa alguna fins a tant que la Ciutat eo lo sindich de
aquella sia hoit devant del Papa, y lo Papa y fassa deguda pro-
visio. »
Les délibérations de 1602 vont nous montrer, maintenant, la
marche de l'affaire :
« Memoria sia als prohomens qui avuy son y per temps seran...
de les coses seguents tocants a la nova residentia de les persones
dels S°" de Canonges en la vila de Perpinya.
Et primo, essent plenament informada la Ciutat que sa Santa-
dat a fêta delegatio apostolica a M°' 11'" de Tarragona a fi y
effecte que arribas en la Ciutat de Elna y reconegues les reli-
quies de la Seu, en tal manera que si aquelles no ferien fretura en
dita Seu, que en tal cas les donas als Canonges, com sen anirien a
Perpinya, eo sive que restassen en dita Seu... Y dit NV' de Tar-
ragona, anomenal Don Joan Teres, loqual abans es stat Bisbe de
Elna, es stat eligit per la Magestat del Rey N. S" en Virey de
Cathalonya, y per raho del impediment de Virey no sa pogut
posar en exequtio la dita sua delegatio, y ha substituit en son
loc lo molt ir y Rev" M" Don Alfonso Coloma, Bisbe de Bar-
celona, loqual... lo endema de Corpus proxim passât, die de
divendres (7 juin), parti de la Ciutat de Barselona y arriba lo
dilluns en la vila del Volo, ha dinada, y alli los S°" de Canonges
li feren aparellar un molt regositjos dinar ; y dinat,... s'en anaren
a dormida en la vila de Perpinya.
Y lo endema, que era dimars, la Ciutat essent certificada que
lo Magfi'^ M° RoUan, doctor en drets, y sindich de la Ciutat de
Barcelona era arribat en la vila de Perpinya ab dit Mons" de
Barcelona, (los consols) anaren en la vila de Perpinya y... trac-
taren ab les advocats de la Ciutat... y ab dit M" Rollan, loqual
nos promete que faria molt be son offici, com entenem quel
fara
Y lo endema, en la iglesia del spital de la Ciutat, dit Mossel
Consol en cap... aplega consel... y tots determinaren... que
quiscu de ells faria tôt lo que podria tant en dines com en anar
y venir de Perpinya.
— 340 —
Y als quatorze de dit, que era die de divendres Mons" de
Barcelona es arribat en la présent Ciutat... a les set hores de la
matinada ; loqual arribat y essent fora de la carrossa s'es trans-
ferit en la Seu, y alli, en lo altar major, ha dita missa, y aquella
acabada, ses transferit en lo Capitol dels S°" de Canonges, en
loqual ha stat poc, y après es anat a la Ven'''^ Comunitat dels
preveres de la Seu, y alli les ha fet son rehonament, notificant
los sa vinguda. Y fêtes estes coses, ha regonegudes totes les reli-
quies y tombes de les benaventurades Santés patrones nostres, y
après ha mirât tots los ornaments ecclesiastichs ; y après sen es
tornat al Palau Episcopal.
Y essent los hon. Consols en la Casa consular de la Ciutat,
alli ajustats ab tota la prohomina de dita Ciutat, que en numéro
prenia en summa mes de trenta persones passades, y havent fêta
fer embaxiada per très embaxiadors de part de la dita Ciutat...
dientli que ells venian per part dels S°" Consols, que si sa Sen'»
Rev™^ era content de donar los loch, que ells vindrian a besarli
les mans.
Y tornats dits embaxiadors en la Casa Consular, encontinent
dits hon. Consols, molt ben acompanyats de tota la prohomia
son anats a besar les mans a dit Mons" Rev "", alqual se li ha fêta
la benvinguda molt regositjada, de laquai sen es molt ben acon-
tentat ; y a respost que ell era arribat per assentar esta Seu, y
que es Seu, y la Ciutat resta Ciutat, (1 ) y que ell corn ha subdele-
gat apostolich ho aportava de manera que dita Seu restara molt
ben assentada y montada, que N. S°' ne sera servit, y lo poble
lohat. Plasia a N. S ' ho vulla aportar y guiar per al mes servey
(seu) y descarrech de nostres consienties. »
(A suivre) R. de Lacvivier.
( I j Ciutat est le titre des villes épiscopales, sièges d'ëvêché. Les habitants
d'Elne étaient CiutaJans tandis que ceux de Perpignan étaient Burgesos.
ms&^m!&^m^^'mi£^m^^Mii^smi&-^^
La Langue Catalane
et son uHIité pédagogique
{Suite et fin)
29™^ LEÇON — La vcnlada
Ara vcnîa l'halenada grossa. Com corn'a ! Va abordar
terra ab J'espctech d'un drap colossal que's desplega vio-
Icntmcnt, patacajâ les roques, s'esqueixâ en Ilurs cantells ab
una xiscladissa esgarrifosa, rebufâ la sorra, escampantla à
tall de metralla, que 'm feri dolorosament, y va envadir el
poble, rebatentse per parets y teulades. Se sentîa '1 tanca-
ment de les portes, el dringar dels vidres que's rompîen...
Les xemeneyes s'eren convertides en sirènes que cornaven
ab diferents tons de veu. Algunes balandrejaven y queyen.
Per certes sinuosjtats en la llarga bramulada del vent s'hau-
rien pogut endevinar les curves y colzades dels carrers per
hont s'encanonava. Les canals xiulaven, els panells flau-
tejaven, giravoltant Ilurs banderetes, les campanes repicaven
â mal temps. Tota la vila sonava com un gran instrument
musical, tocat per un boig.
Joaquim Ruyra, Mannes y Boscatjes.
Vocabulaire
halenada, halenée, bouffée
espetech, éclat, bruit violent
patacajâ, secoua
s'esqueixâ. se déchira
cantells, angles
xiscladissa, sifflement
esgarrifosa, affreuse, horrible
rebufâ, rebuta, repoussa
sorra, gravier
d tall de, en guise de
va envadir, envahit
rebatentse, s'élançant
el dringar, le tintement
cornaven, cornaient
balandrejaven, brimbalaient
bramulada, mugissement
les curves y colzades, les courbes et
les angles
s'encanonava, s'engouffrait
canals, gouttières
panells ou penells, penons, girouettes
flautejaven, flùtaient
giravoltant, faisant pirouetter
banderetes, petits drapeaux
repicaven, carillonnaient
- 342 -
Exercices
Traduction française du texte. — 11 n'y a de la difficulté que
dans les mots non employés en Roussillon.
Composition catalane. — Reproduire cette belle description
en employant d'autres mots quand cela sera possible.
Composition française. — La tempête. Suivre le plan du texte.
Récitation. — Apprendre: i° La venlada; i° Lo Trovador.
Conjugaison bilingue- — Conjuguer les verbes xiular et siffler.
Notes grammaticales
Les tiomonymes. — Les homonymes sont des mots qui se pro-
noncent de la même manière mais dont le sens est différent.
Ex. : D'ahont ven lo venil
On arrive facilement à trouver le sens et l'orthographe des
homonymes français en les traduisant en catalan.
Exercices
Traduisez en catalan tes phrases suivantes :
j. Oii est Joséphine? Elle est à la rivière ou au jardin. C'est
là qu'elle doit laver son tablier. Le train est arrivé et pour que
chacun ait sa place, on ajoutera des wagons. Ce couteau ne se
ferme pas comme ceux que l'on vendait hier. Chacun de ces soldats
nettoiera ses armes. C'est entendu ainsi. Tu le sais et ton frère
le sait aussi. Mes cousins viendront, mais ils repartiront aussitôt.
2. Je serai près de toi quand tu seras prêt à partir. Je ne veux
plus sortir tant qu'il n'aura pas plu. Cette musique m'a plu parce
qu'elle est plus sautillante que l'autre. J'aime beaucoup le chant.
Paul cultive son champ. J'ai une chaîne en or. Le chêne est le roi des
végétaux. Le pain est chez le boulanger et le pin est dans la forêt.
3. Louis a eu trois fois une maladie de foie et il n'a jamais eu
foi en moi pour le guérir. Le prêtre va à l'autel et le voyageur à
l'hôtel. 11 faut suivre la bonne voie pour arriver au but. Cet artiste
a une belle voix. Les haricots et les pois se vendent au poids. Le
cordonnier se sert de poix. Le paysan ne met pas souvent la
poule au pot. 11 ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de
Tavoir tué.
— 343 —
3o^ LEÇON — La mort del llop
Lo Carro anava passant, passant alla al cel y ja eren les
dotze, y ja cra la una, y escolto, escolto... Els esquellins,
l'aygua de la neu fosa que s'escorrîa, l'ayret de la matinada
y'I Carro allunyantse, allunyantse... Quan de cop sento
fressa y trepig. y, fent un bot corn un diable, el llop me
passa per sobre flayrant fort, que la vaig sentir al coll la
seva bufera, y'is cabells se'm posaren de punta, y aqui
dintrc uns cops mes forts que m'ofegaven ! Tôt d'una, â la
jassa, quins udols y lladruchs y belar esgarrifôs de les
ovelles, y jo quina râbia à mi mateix per no haverlo em-
bestit al lloparrol Y no se com va ser que 'm planto al mitg
del camî per ahont havîa de passar lo lloparro... Y al
entornantse la bestiassa ab la ovella al morro, s'entrebanca
ab mi y jo ab ell, y m'hi abrahono y li clavo tota aquesta
fulla endintre ; y ell corrent ô rodolant rostos avall y jo ab
ell ; arrapats l'un â l'altre, mossegantlo jo an ell y ell â mi,
y udolant tots dos (mes qu'ell jo cent vegades) com dues
feres salvatgines.
Y... â l'endemâ 'm desperto, ô vaig tornar â viure, que
no ho se encara, al fons d'un torrent, entre pastors que 'm
socorien, y al mitg de la ovella morta y del llop mort
també, que an aquestos sî que no'ls van retornar à la vida.
A. GuifAERA {Terra haixa, acte 1, récit de Manelich).
Vocabulaire
ïo Carro, le Chariot (constellation) bufera, haleine
foia, fondue m'ofegaven, nx'oppressaient
s'escorria, s'écoulait tôt d'una, aussitôt
fressa, frétillement, murmure, petit jassa, gîte
bruit «^0/5, hurlements
trepig, trépignement lladruchs. aboiements
belar esgarrifôs, bêlements affreux li clavo, je lui plonge
rabia, rage fulla, lame du couteau
embestit, entrepris rostos avall, sur la pente
s'entrebanca, trébuche mossegantlo, le mordant
abrahonarse, s'empoigner, en se bat- /ere5, bêtes féroces
tant. que 'm socorien, qui me secouraient
X
- 344 —
Exercices
Traduction française du Icxtc. — Soigner surtout la traduction
du dernier paragraphe.
Composition catalane. — Racontez cette mort du loup en
changeant le plus grand nombre de mots.
Composition française. — Faites la traduction libre du texte.
Récitation. — Apprendre par cœur : i° La mort delîlop; ^° Chor
dels Môros.
Exercice d'ctymologie. — Décomposez les mots du texte en
leurs éléments étymologiques pour montrer comment ces élé-
ments permettent d'en trouver le sens.
Conjugaison bilingue. — Conjuguez aux temps simples, les
verbes abrahonarse et s'empoigner.
Notes grammaticales
Comparaisons et proverbes. — Les comparaisons et les prover-
bes donnent au style de la justesse et du pittoresque. La langue
catalane, très imagée, en emploie beaucoup.
Voir dans le texte : Fer un bot com un diable, udolar com
dues féres salvatgines.
Exercices
1 . Traduire en français el expliquer les comparaisons catalanes
suivantes :
Aixut com una esca. Bonich com un angel. Brut com un xinxa.
Brut com una barra de galliner. Carregat com un ase. Dret com
un ciri. Gras com un taixô (blaireau). Groch com un safrâ. Mes
dois que una mel. Mes clar que la Hum del dia. Mes nègre que
un corb. Mes tossut que un ase. Magre com un dijous'sant.
Mullat com un peix. Nègre com una pega. Pansit com una figa.
Pelât com un nap. Pie com un 6u. Prim com un tel de ceba.
Trist com un mûssol (hibou). Viu com una pôlvora.
2. Traduire en français el expliquer les proverbes catalans suivants :
Al Carnaval, tôt s'hi val. Bruma roja, ven 6 pluja. Cal pas may
botar contra '1 ventre. Fa mes un que sab que cent que cerquen.
— 345 —
Fes t'hi bon home, que Deu t'ajudarà. Gota gota fa gorch. Cent
de vi, gent de perqui perqui. Gent de banys, gent de pochsanys.'
Qui llengua te, â Roma va. Lo gat prega pel descuydat. Lo qui
va inventar de fugir era pas bestia. Lo que no vols per tu no ho
vulguis per ningii. La panna sempre vol mascarar lo paroi. Lo
fum y la mala cara fan fugir la gent de casa. La mala herba
sempre creix. May diguis : d'aquesta aygua no beuré. Per Sant
Marti tapa ta bota y tasta ton vi. Perpinyâ y Santa Maria se
son pas fets amb un dia. Per Sant Vicens, lo sol entra pels
torrents. Qui massa tira fa dos caps. Qui oli maneja, los dits
se 'n unta. Qui vol pas pois que vagi pas â l'era. Qui te sochs
pot fer estelles. Quan plou de tramontana, plou de gana. Quan
lo roch ix de la ma sab pas hont va.
Orthographe. — La traduction du français en catalan fait souvent
connaître l'orthographe des mots français contenant le même son.
Exercices
Traduisez en catalan les mois suivants :
r Son e. — Je chante, tu chantes, il chante, ils chantent,
qu'il chante, qu ils chantent, chante.
1° Son e. — Je chantai, je chanterai, vous chantez, vous chan-
terez, chanter, chantez, vous chantiez, vous chanteriez, que vous
chantiez, liberté, égalité, fraternité, bonté, charité, charretée,
pelletée, nichée, poignée, gelée, année, armée, veillée.
3° Son è. — Je chantais, tu chantais, il chantait, ils chantaient,
je chanterais, tu chanterais, il chanterait, ils chanteraient, tu es,
il est, que j'aie, que tu aies, qu'il ait, haie, air, je hais, fenêtre,
reine, chênaie, monnaie.
4° Son u. — Vertu, tribu, vue, revue, laitue, étendue, statue,
tortue, verrue.
5° Son 0. — Chaux, faux, chevaux, canaux, signaux, rivaux,
cordeau, rondeau, agneau, chameau, anneau, peau, ciseau, oiseau,
château, manteau, marteau, veau, cerveau, niveau, nouveau, saut,
sauter, autre, autel, hôtel.
6° Son in. — Pin, vin, moulin, chemin, pain, main, romain,
humain, sain, républicain, souverain, serein, plein, sein, saint,
cinq, chrétien.
— 346 —
Remarque. — 1. Lorsqu'une voyelle est surmontée d'un accent
circonflexe en français on la fait suivre de la lettre s en catalan.
Ex. : Champêtre, campestre.
Traduisez en catalan les mois suivants : château, apôtre, août, tête,
bête, crête, fête, côte, bâton, hôpital, baptême, Pâques, vêpres,
vêtir, pâtre, cloître.
2. La traduction en catalan fait souvent connaître la lettre
finale d'un mot français.
Ex. : loup s'écrit avec un p à cause du catalan llop.
Traduisez en catalan les mots français suivants : petit, gros, blanc,
essaim, moût, chevalet, cabas, ouvert, cuit, fait, pris, écrit,
appris, promis, mort, offert, avocat, consulat, fusil, gentil,
compas, bras.
3. De même on peut reconnaître par les finales catalanes si un
mot français est au masculin ou au féminin, au singulier ou au
pluriel.
Enfin on a vu plus haut :
i° Que la 2"" personne du singulier de tous les verbes est ter-
minée par s en catalan comme en français.
2° Que la 2"" personne du pluriel terminée par eu en catalan se
termine par ez en français.
3° Que la 3"" personne du pluriel terminée par n en catalan se
termine par nt en français.
Syntaxe. — La syntaxe catalane, comme on l'a vu d'ailleurs
dans le cours de cet ouvrage, est un peu différente de la syntaxe
française et ces différences doivent être bien sues. Nous engageons
donc les élèves à relire attentivement nos notes grammaticales
où ils trouveront tout ce qu il n'est pas permis à un Roussillonnais
d'ignorer.
APPENDICE
1. VARIÉTÉS DIALECTALES
1 ° Catalan de Valencia
Visanteta
L'antiga pinta portava,
Agulles y caragols ;
Oh ! quan engisera estava,
La giqueta del cor dois.
« Jo te contemple y t'admire
Embelesat ccm ningû
Y de nostra Pâtria mire
La image mes bella en tu. »
T. Llorente, Yisantela (extrait).
caragols, boucles ; engisera, charmante ; giqueta, jeune fille ; te contemple y
t'admire, la première personne du singulier de l'indicatif présent se termine
en e à Valencia, en o en Catalogne, en i en Roussillon ; embelesat, charmé,
ravi.
2° Catalan de Mallorca
S'homo
Aixô era un lleonet sa, revengut, fantasiés, que no hi havia
qui li anâs devant ni darrera.
Un dia que bravetjava ferm que no menava por a negû, sa
mare li arriva â dir :
— A n'els altres animais els guanyes ; à s'homo, no.
— Y qui es, s'homo, ara? diu ell tôt remojest.
— Qui es? diu sa mare — Una mica de cosa que camina daJt
dues cames. A. Alcover, J^ondalles.
s'homo, l'homme. L'article mallorquin s'est conservé dans un certain nombre
de noms de famille: Saporte (Laporte), Safont (Lafontaine). Çagarriga
i La garrigue), etc. ; revengut, grandi ; fantasias, présomptueux; brr.vetjava,
fanfaronnait ; remolest, insouciant, indolent.
— 348 —
3' Catalan d'Alguer
Phrases usuelles
Bonas dias (i ). mi sanô. — Bonas taldas(i). — Bona nit (2). —
A mus veura achesa talda(3). — Corn astâ sinuri ? (4). — Benis-
sim, i vusté ? — So cuntenta de la veura au bona sarut (5).
Com va la vostra sarut ? — Asi, asi ; i tu ? — La vostra sarut es
bona ? — Un poc andipost, tenc la carantura (6). — Chi hora
es? — Las vuit. — Han tucat las vuit ? No ancara, i manca un
qualt. — Son las nou i vac asmulzâ.
( Extrait de la Grammatica del dialetto algherese
par G. Palomba, instituteur à Alghero, Sardaigne.)
II. CATALAN ANCIEN
Caries Quint à Perpinya (1538)
Les prêtres de l'église Saint-Jean et de l'église Saint-Jacques écrivaient, au
jour le jour, sur des registres que l'on peut encore voir aux Archives, tous
es faits dignes d'être relatés. Nous allons donner un extrait de ces mémoi-
res concernant l'entrée et le séjour de Charles-Quint à Perpignan afin de
montrer aux élèves que le catalan parlé à cette époque n'était pas très diffé-
rent de celui qu'on parle aujourd'hui. Nous ferons suivre ce document de
quelques extraits d'auteurs vivant à peu près dans le même temps, en Cata-
logne, pour leur prouver que le catalan des deux côtés des Pyrénées était
absolument le même.
Charles Quint entre à "Perpignan le dimanche y février ]538 par
la porte Saint-Martin. — A 7 de febrer any )538, que era un
diumenge, va entrar en la vila de Perpinya lo potentissim senyor
Emperador dels Romans, Caries Quint, rey de Espanya ; y va
entrar per lo portai de Sant Marti.
hes Corporations sortent de la ville avec leurs bannières pour le
recevoir. Isqueren â resebre'l fins à la Creu de dit Portai,
tots los officis y menestrals ab llurs banderes, venint darrera de
la bandera de la vila y la gent de peu formant companyia, de
laquai era capità mos. Llorens Tort, burgès.
f I ) "Bonjour et 'Bonsoir s'écrivent au pluriel. (î) Bonne nuit s'écrit au singulier. (3) A remar-
quer le changement de r en / dans : talda et plus loin, dans : un qualt et asmulza. (4) Made-
moiselle. (5) remarquer le changement de / en r dans sarut, sa(6u }•) Fièvre.
— 349 —
Les Consuls sortent ensuite. — Y après isqueren los magnifies
Consols de la présent vila qui eren cinch ab moss. Garau Giginta,
burgès, consol en cap ; y vestien gramayes acostumades, so es
ordinaries, folrades de velut nègre, y aixô era per denotar la
pobresa de la terra y de la vila per les continues guerres.
Le gouverneur du T^oussillon. -- Tambe fou présent el senyor
Caries d'Oms y de Cruilles, governador dels Comtats de Rossellô
y de Cerdanya.
A la Croix de Saint-Martin. — A la Creu havien aparellat un
paveliô qui era de tela d'or ab sis bordons de fusta endorada.
Aqui tota la Comitiva esperava Sa Majestat, qui no trigâ de
venir.
arrivée du roi. — Arribat y rebut lo Rey ab aquella honor
qui's pertanya, la Comitiva va marxar fins al portai, ahont un
fadri présenta las claus de la vila al senyor Rey.
Le cortège se dirige vers Saint-Jean et le Grand Château. — Des-
près tots se'n van anar cap â l'iglesia de Sant Joan, y Sa Majes-
tat, fêta oraciô, s'en tornâ per pujar al Castell Major passant per
lo Pes, la Gallineria, la Plassa de la Cort, la Plassa del Blat, la
Real y lo Gramenar.
Les fêtes (salves d'artillerie au Grand Château, illuminations et
pavoisement en ville, danses sur la Loge et au Château. — Lo Cas-
tell Major va fer molta gala y alegria ab molta artilleria, y lo
vespre â la nit foren fêtes alimaries per tota la vila. Cinch dies
durant se feren grans alegries per tota la vila, y tots los dits dies
eren posades les banderes per finestres. A la Liotja hi ballaren
ab dos cobles de jutglars, y lo dijôus y divendres pujaren â ballar
al Castell Major.
Visite aux fortifications. — Lo dilluns regonegué Sa Majestat
les obres de bastions y baluarts que 's feyen â-les-hores al Castell
Major, â la Ciutadela y al Portai de Canet. Lo dimars mati anâ
â Salses â veure la fortalessa 6 Castell.
Tournoi sur la place du Puig en l'honneur de Charles-Quint. —
Lo dimecres, après lo dinar, pujâ al Puig y mira, â cavall, cerca
de una hora, les justes que molt avant vingués se eren ordonades
per cavaliers de la présent vila.
Le dépari vers Elne, Collioure, Peralada et Barcelone. — Lo dis-
sapte seguent, lo senyor Rey y Emperador s'en anâ, dinâ â
— 35o —
Elna y dormi â Coplliure, y lo diumenge que era lo dia de
Sant Mathia, ohî missa en la iglesia dels Predicadors en laqua
oferi 38 ducats en memoria de 38 anys que cumpli en dit dia y
aix) cascun any fa lo mateix. Molt poch après se parti dit senyor
Rey de Coplliure y anâ dormir â Peralada, y de aquî per sis
jornades arribâ â Barcelona lo dimecres seguent.
(D'après les registres des Memories de Saint-Jean,
de «533 À i555, 1 fol. m.)
polentissim, très puissant; isqueren, ils sortirent ; officis y menestrah, corps de
métiers et artisans ; gramayes, longues robes ; folrades, doublées, garnies ;
aparellai, préparé ; bordons, crosses ; comifiva, cortège ; qui 's pertanya, qui
lui était dû; fêta oraciô, après avoir fait sa prière ; lo Pes, le Poids, l'en-
droit où l'on pesait la laine ; la Gallineria, la Barre ; la Plassa de la Cort, la
place du Tribunal de Commerce ; la Plassa del Blat, la place Rigaud ; lo Gra-
menar, les glacis, c'est-à-dire l'endroit où se trouve du gramen ou gazon ;
molta gala, grandes fêtes ; alegria, réjouissances ; alimaries, feux de joie ;
la place du Puig portait le nom de Plassa de les Justes.
Somni
O quin temps fo aquell en que Saturnus regnâ ! De glans y
d'aygua eren contents los homens, y vivien longament y nets de
malalties. Ara la terra, la mar y l'àer no basten â les viandes
que ells cobegen devorar. Y no considérants ia grosseria que,
per dissoluciô de menjar, va al enteniment y la corrupciô de la
sanch y altrcs humors al cors, viuen per breu temps y malalts,
y de tant diverses malalties que ja no 's poden trobar medicines
sufîcients â curar aquelles, car los antichs phisichs les han igno-
rades, y no hi han sabut ne pogut provehir.
Bernât AIetge, Somni, llibre IV.
glans, glands; no basten, ne suffisent pas ; cobegen, convoitent, désirent;
grosseria, stupidité ; enteniment, intelligence ; breu, bref ; curar, guérir ;
antichs phisichs, anciens médecins ; provehir, pourvoir, faire le nëccsaire.
Comiat
Puix la mort â mi es tant vehina, que mes aturar no puch, nom
resta mes per complir mon viatge sinô sols pendre de vos,
senyora de preclara virtut, mon darrer, trist y dolorôs comiat:
puix la fortuna no vol ni ha permès que yo, com â indigne y no
— 35i —
mereixedor, haja pogut atényer à vos qui ereu lo premi de mos
treballs. Y no m dolauera tant la mort si en los vostres brassos
haguès finida ma vida trista y dolorosa. Mas suplich â vostra
excelsa senyoria que no us deixeu de viure : per que, en premi de
la molta amor que us he tenguda, siau en recort y tingau per
recomanada la mia pecadora anima, laquai ab molta dolor torna
al seu Creador qui la 'm havia comanada.
joanot Martorell, Tirant lo Blanch, cap. CCCCLV.
puix, puisque ; aturar, différer ; prectara, illustre ; comiat, congé ; até-
nyer, atteindre ; premi, prix ; y no m dolguera tant la mort, et je ne me fusse
tant plaint de la mort , haguès finida, j'eusse pu achever ; excelsa senyoria,
éminente seigneurie ; que no us deixeu, que vous ne cessiez pas; molta amor,
grand amour; la m'havia comanada, me l'avait confiée.
Del conseil del rey
Pour terminer, nous allons prendre dans l'œuvre d'un grand écrivain
catalan jdu xiii' siècle, Ramon Lull, un extrait que les élèves liront et tra-
duiront sans la moindre difficulté, alors qu'il leur serait très difficile de lire
le français des trouvères, du xn' au xv' siècle. Ce n'est guère, en effet, qu'à
partir de Marot, Ronsard, Rabelais, Montaigne et des autres écrivains de
la Renaissance que la langue française devient intelligible pour les Français de
nos jours.
Les écoliers roussillonnais ont, par conséquent, sur leurs camarades
francimands, cet immense avantage de pouvoir lire et comprendre les
auteurs catalans du moyen-âge ; et nous sommes particulièrement heureux
de les avoir amenés à constater que la langue catalane actuelle, si injustement
bafouée par les snobs, n'est autre chose que la merveilleuse langue des trou-
badours.
Quan lo lleô fo elegit â rey, ell feu un bell sermô davant tôt
son poble y digue aquestes paraules : « Senyors : volentat es
estada de vosaltres que jo sia rey. Tots sabeu que ofici de rey
es molt perillés y es de gran treball.
Perillôs es, car, per los pecatsdel rey, s'esdevé moites vegades
que Deu tramet en terra fam y malalties y guerres y morts; y
açô mateix fa per pecats del poble. Y per açô es â rey perillosa
cosa regnar, y son regnar es cosa perillosa â tôt son poble.
Y com sia gran treball â rey.governar si mateix y son poble,
per ç6 us prec tots ensems que m donau consellers qui m'ajuden
— 352 —
y qui m conscllen en tal manera que sia salvament de mi y de
mon poble. Aquells consellers que m dareu prec-vos que sien
homens savis y lleals, y tais que sien dignes d'esser consellers y
destar en paria de rey ».
A tots los barons y al poble d'aquella cort, plagueren les
paraules que havia dites lo rey, y tots se tingueren per be avin-
guts en l'elecciô del rey.
Ramon Lull (i235-i3i5), Litière de les besties.
Ramon Lull, pendant un séjour qu'il fit à Perpignan auprès du roi de
Majorque Jacques J", composa Lo pecat den ^dam et La conquesta del Sant
Sépulcre. \\ quitta ensuite Perpignan pour se rendre à Montpellier où il
composa son fameux roman : Blaquerna.
(D'après Pierre Vidal, Jitsloire de la Ville de Perpignan.)
I
i
Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan.
îr^
5' Année- S' 59 15 Novembre 1911.
Les Manuscrits non insères
ne sont oas renau».
Les Articles oarus dans ia Revue
1 engagent oue ieurs auteurs.
REVUE
CATALANE
(1)
Le Régionalisme
Charles Brun, le brillant et éloquent apôtre de la doc-
trine régionaljste, vient de publier, sous ce titre, en un
volume que je me plais à recommander à mes lecteurs,
l'exposé synthétique de cette question aujourd'hui à l'ordre
du jour de l'opinion publique. A cet égard, il a rendu un
signalé service à tous ceux qu'intéresse le réveil des provin-
ces françaises, et qui jusqu'ici avaient peine à se reconnaî-
tre dans le dédale encombré des monographies, des articles
de journaux, de revues, des compte-rendus de congrès, de
conférences ou de manifestations. Nous présenter, au début
de son oeuvre, l'historique des progrès de la théorie régio-
naliste depuis une dizaine d'années, exposer la valeur phi-
losophique du système, enfin étudier le mouvement à des
points de vue différents et multiples, telle est la tâche déli-
cate dont il s'est acquitté, avec un rare talent d'expression.
D'aucuns s'étonneront de ne pas retrouver dans ces
pages le frémissement de sa parole chaude et colorée, cette
émotion contenue qui est le charme de son verbe, mais
c'est bien intentionnellement que Charles Brun s'est plié
au ton d'un exposé dogmatique — et qui peut paraître, par
endroits comme il le dit, d'une sécheresse insupportable —
c'est qu' (( il ne s'agissait, dans ce livre sur le régionalisme,
(il Le J{égionalisme, par Charles Brun, i vol. in-i6, Bibliothèque règio-
naliste : Frédéric Charpin, directeur ; Bloud, éditeur, Paris.
— 354 —
que de marquer la variété des conceptions auxquelles il se
prête et ce que l'on pourrait appeler l'ambition de son pro-
gramme. »
Or, quel est ce programme ? Dans ses grandes lignes, il
se résume en ces quelques réformes décentralisatrices qui
tendent à vivifier une France aujourd'hui par trop conges-
tionnée :
Créer de grandes régions homogènes avec des centres
importants ; rendre à la commune, au département, à la
région, au syndicat, à l'association, au corps quel qu'il soit,
l'indépendance ; en un mot, gestion des affaires de la com-
mune par la commune, de la région par la région, de la
nation par l'Etat. Voilà pour la réforme administrative.
Libérer toutes les initiatives communales et régionales;
concilier les intérêts économiques de chaque région. Voilà
pour la réforme économique.
Enfin approprier l'enseignement, à ses trois degrés, aux
besoins régionaux et locaux ; développer les oeuvres de l'ini-
tiative privée dans le domaine des lettres, des sciences et des
arts. Voilà pour le point de vue intellectuel.
Tâche vaste, complexe et singulièrement lourde, si l'on
songe que les adversaires de notre système centralisateur —
qu'ils soient régionalistes décentralisateurs, fédéralistes,
déconcentrateurs ou anti-étatistes — ont eu à lutter, tant
au cours du dernier siècle que de nos jours, contre l'oisi-
veté ou la paresse des gens de la province, contre le fonc-
tionnarisme de plus en plus envahissant, contre l'ingérence
absorbante de Paris, contre l'exode des campagnes vers les
grandes villes, et, en bref, contre la Routine dans ses
multiples manifestations.
A tous ces maux, dont souffre notre pays, les régionalis-
tes, dit l'auteur, apportent non pas précisément un remède,
mais plus exactement la connaissance d'une hygiène, et cela
n'est pas négligeable.
Que notre régime de centralisation à outrance ait résisté
— 355 —
si longtemps aux puissantes attaques d'esprits éminents,
dans tous les partis, voilà qui n'est pas pour étonner des
Français, comme nous, qui, au moindre revers, se retour-
nent vers l'Etat Providence ou vers Paris, la Ville Lumière !
Nous avons la centralisation dans le sang, depuis plus de
cent ans qu'elle pèse avec force et de tout son poids sur la
province, mise en tutelle. Mais il n'est pas de colosse,
réputé inébranlable, qui, à la fin, ne finisse par osciller sur
ses bases, quand les assauts menés contre lui sont inlassa-
bles, méthodiques et raisonnes. Comme l'a dit très juste-
ment M. Ribot : « 11 faut à tout prix décongestionner
Paris. )) 11 faudra bien qu'à la longue la raison ait enfin
raison.
Et le fait est que les tenants du régionalisme ont eu
raison de ne pas s'arrêter en chemin et de ne pas craindre
de prêcher dans le désert. Sous la poussée décentralisatrice,
presque toutes nos grandes lois tendent à tenir un compte
de plus en plus grand des intérêts régionaux. 11 n'est nul
besoin de les énumérer ici. Que nos lecteurs se souvien-
nent simplement qu'il y a un an à peine, M. Briand, du
haut de la tribune, annonçait le dépôt prochain d'un projet
gouvernemental de réforme administrative. Est-ce enfin la
Terre promise... pour les régionalistes ?
Mais, dira-t-on, quels sont donc les caractères de ce
fameux régionalisme? A quels caractères distinctifs se
reconnaît le régionaliste ? A ces questions, répond claire-
ment et si j'ose dire, pédagogiquement, M. Charles Brun.
Le régionalisme est une méthode qui suppose, dit-il, la
connaissance des diversités régionales.
11 est aussi une discipline de l'esprit, car il écarte les
idéalismes nuageux. Le régionaliste est en effet un réaliste.
11 est à la fois un essai de conciliation entre l'individua-
lisme et l'unitarisme, entre le patriotisme et le particu-
larisme et aussi un essai d'organisation. Car, en fin d'ana-
lyse, il veut essentiellement la région et le centre régional.
— 356 —
Il faut donc — c'est le but essentiel de tout régionaliste
— substituer une division régionale à la division départe-
mentale actuelle. Ici, difficultés nombreuses d'application :
retournera-t-on aux anciennes provinces ? se contentera-t-on
de grouper ensemble plusieurs départements actuels? adop-
tera-t-on une division nouvelle, et sur quels éléments, et
comment l'établir ? Autant de problèmes, autant de solu-
tions différentes.
Mais il est un point commun sur lequel tous les régio-
nalistes semblent s'accorder : c'est que la réforme départe-
mentale et cantonale est le préliminaire obligé de l'affran-
chissement communal et que la commune est la vraie cellule
de la région.
Une France fondée sur ces trois éléments essentiels :
commune, district, région ; chaque élément gardant sa vie
propre et son autonomie ; chaque région groupée autour
d'un centre actif et assez puissant pour réagir contre l'ac-
tion de Paris ; l'Etat débarrassé d'une infinité d'attribu-
tions ; le fonctionnarisme réduit ; les affaires expédiées
avec plus de célérité ; l'esprit d'association et d'initiative
privée encouragé et soutenu, telle sera l'image future de
cette France régionaliste.
L'initiative régionale, qu'elle soit individuelle ou officielle,
est un puissant levain de vie et d'activité intellectuelle. Je
n'y insisterai pas plus longuement, non plus que sur les
tentatives de décentralisation artistique, telle que la création
de nos musées provinciaux.
Ainsi, à ses détracteurs qui l'accusent de masquer je ne
sais quelles tentatives folles de séparatisme, voire même de
fédéralisme, le régionalisme peut répondre qu'il sera, bien
au contraire, le gage d'une forte et solide éducation natio-
nale.
Et si nous abordons le terrain économique et social,
quels ne sont pas les progrès que fera faire le régionalime
au commerce et à l'industrie de nos régions ? ]1 faut être
- 35; -
bien persuadé, a dit un écrivain, que la renaissance intel-
lectuelle et sentimentale d'une région est avant tout liée à
sa renaissance économique. Nous en avons un exemple,
chez nous, pour ne parler que de la Confédération générale
des Viticulteurs du Midi qui règle les cours des vins, s'oc-
cupe de trouver des débouchés, pratique la grande culture,
crée des mutualités et des caisses régionales de crédit, s'unit
en coopératives. Que de questions, en outre, ne sont pas
liées au mouvement régionaliste ! telles que le retour à la
terre, la petite propriété à reconstituer, l'organisation régio-
nale professionnelle, la conservation des petites industries
rurales, la protection et mise en valeur des terres, le reboi-
sement, les syndicats d'initiative, la protection des sites,
l'outillage économique de la région, les banques locales, et
tant d'autres qui touchent de très près à l'éveil d'une féconde
vie économique et régionale.
Aussi, ne faut-il pas s'étonner si c'est par un acte de
foi ému envers l'idée régionaliste que se termine l'ouvrage
si documenté de M. Charles Brun.
« Le régionalisme, y est-il dit en conclusion, fait appel à
quelques-uns des sentiments les plus profonds de l'âme
humaine. Ceux qui sont tourmentés du désir de l'ordre et
ne sauraient envisager à part l'organisation des diverses col-
lectivités naturelles, historiques, professionnelles, y trou-
veront la synthèse qu'ils cherchaient et le sûr fondement
philosophique de cette organisation... Admettons même que
le régionalisme, comme le fut la centralisation, ne soit
qu'une forme provisoire... Notre tâche n'en est pas moins
urgente... Cette France « dissociée et décérébrée » que nous
montra Maurice Barrés n'a plus que cette carte à jouer
contre l'effacement dont les prophètes de mauvais augure la
menacent. »
]] sera bon pour tous ceux, sans distinction d'opinion,
que préoccupe l'avenir de notre pays, de lire d'un bout à
l'autre le livre de l'érudit M. Charles Brun. Je dis érudit.
— 358 —
car cet ouvrage témoigne, à chaque page, une immense et
intelligente lecture. 11 n'est pas de pensée, pas d'opinion
personnelle à l'auteur qui ne soit étayée immédiatement
d'une référence précise ou d'une heureuse citation. La
clarté de l'exposé, avec ses divisions et subdivisions, trahit
l'homme qui a l'habitude d'enseigner ; mais aussi l'abon-
dance et l'ingéniosité des idées émane d'une individualité
singulièrement originale — qui sait penser et agir.
Numa RouBiN.
UNA NINA
Com la Gata-y-Cendràs es sensilla y pobreta,
d'ella no se'n cuyda dingus ;
mes descalsa ô 'n cabells, ay ! que n'es de guapeta
amb el seu ayre vergonyôs.
Quina pell té mes fina,
quin cabell perfumat 1
la galta es vermellina
y '1 cos ben ensertat.
La boca es riallera ;
n'hom diria unaflôr;
d'eixa boca encisera
que 'n voldria un petô I
Com la Gata-y-Cendrâs es sensilla y pobreta,
d'ella no se'n cuyda dingus ;
mes descalsa ô 'n cabells, que la trobi guapeta
amb el seu ayre vergonyôs.
Perpinyà, 1906. Lluis PeLLJSSIER.
^^(>^iI'('I^^^^^(^^^V'x'k'\'x'x'x'x'\'x'x'(
Conte Nou
«î^^^** Al amich meu de J^ia, J. F.
Fa pochs anys, Riâ teniâ per xef de gare I senyor Fajol, home
bo, ja blanch de cabells, ab una barba de rostoll que li enmasca-
rava malament la cara. S'apropant de la cinquantena, havia ell
trobat aquf, ab l'ajnda del seu diputat, una posiciô envejada y
de temps somiada.
Sensé cap instrucciô, o apenes, s'havîa dit qu'una gare petiteta,
prop de Prades, ahont la vida es quasibé per res, valdrîa millô
per ell y la seua dona, qu'una mes gran hont los trinchs mouhen
soroll nit y dia. També se creya y se deya horos.
Havia Uogat prop de la ribera un hort y una barraca per un
boci de pa. Ses hores de llibertat, — y 'n comptava deu al dia,
— el senyor Fajol les passava à fer pastenagues, col-y-flors y
naps pel mercat de Vernet-los-Banys.
La seua dona criava pollets, llapins y coloms que prenian
mateixa direccio. Una cabra '!s hi donava quatre meytats de llet
per dia. O Tortunalos, escribîa per ells Virgile, mirau aquî ja dos
mil anys.
♦
Un matî de maig à les hores que les coves de Sirach s'enmi-
rallavan al sol, y que 'Is rossinyols trillejavan dins les bardisses,
la senyora Fajol va pas poguer se llevar com de costum per mol-
sir la Barbareta. Era aquest lo nom de la cabra, una bonica
bestia de cinch anys, tota blanca ab una taca negra entre les
banyes.
Per valenta que fos, la dona del xef de gare, degué renunciar,
aqueix mati, per motiu d'influenzâ, à eixir del Hit.
De segur, aixô sera una enfadosa malaltîa de dos 6 très dies,
mes 6 menos. La senyora Fajol, magrantina, tôt ossos, malalte-
java pas may. Mes tôt arriba en aquest mon.
— Tianet, diu ella à n'ai seu home, mentres aquest baixava '1
repla de l'escala, tan aviat com lo 486 sera passât, iras tu â mol-
— 36o —
sir la Barbareta. Donarâs desprès à menjar à les gallines, y à
n'als llapins. Ay no puch jo avuy posar un peu al sol, pobre de
mi.
— Te posis pas pedres al fetge, manyagueta mi'a, va respon-
dre '1 senyor Fajol. Jo som aqui. Tôt se fera, al acostumat.
♦
Lo 486 venia de deixar Riâ y trescava rabent cap à Vila-
franca. De seguida, el senyor Fajol se va cuytar de fer les feynes
de la seua dona.
Un gros topi à la ma, se va apropar de la cabra qu'En Tho-
mas, lo factotum de la staciô, haviâ posada à l'estaca tant bon
punt qu'el sol havia treucat.
Mes les cabres son tossudes. Acostumada à se deixar moisir
per la senyora Fajol, la Barbareta va mostrar les banyes à n'ai
xef de gare. Per mes que fes lo pobre home, la cabra, resolta,
trastejava de valent al torn de l'estaca.
— Proba, tu, diu ell à n'En Thomas.
Mes En Thomas va pas ser mille rebut. El senyor Fajol se 'n
anâ dir à la seua dona lo que se passava.
— Que fer ? La cal pas deixar ab la seua llet, sinô se moriria
y hont trobariam el nostre esmorsar ? Qu'es aix6 besti, les
besties !
La malalta pensava y repensava. Tôt d'un cop, va trobar ïx
del problema.
— Tianet... Ja veurâs... Pren les mies faldilles y '1 meu caraco.
Mira 'Is aqui, sobre '1 capsal del llit. Posa-te sobre '1 cap el meu
barret de palla. Es darrera de tu, penjat à la paret. Jo te jogui
que si baixes ben girbit ab els meus vestits, la cabra se mourâ
pas mes. Proba-ho.
Quin caletre ténia aqueixa dona !
Dit y fet. La cabra se va deixar moisir, manyaga com un sou.
En Thomas se reventava de riurer.
De sopte, un bruig de terratremol s'ohî ; lo cami de ferro
sotrequejava.
Lo pobre xef de gare havîa descuydat lo trinch dels excursio-
nistes del Xalet de Canigô.
— 36. —
Ay mare ! Es aqui. Y à hora justa !
Esparverat, posa ell lo topi de llet lluny de la cabra y ...cames
cames ajudau.
— Obreix lo disca, Thomas. Jo ja tinch el drapeu !
Y '1 senyor Fajol, dret com un pull, teni'a, roblegat y dalt, el
drapeu que volia dir :
— Au ! y sensé pou ; lo camî es obert.
En Thomas, al mateix instant, capgirava losenyal, just al punt
ahont lo mecanicià obria la boca per aclarir una tal cosa.
Mes tôt passant devant del xef à la barba de rostoll y disfres-
sat en dona, los dos guias de la locomotiva se giravan per espiar
una vegada encara lo que volien pas creurer llurs ulls.
— Pobre Fajol, diu '1 mecanicià à n'ai seu ajudant, es boig.
— A lligar, respon l'altre. Cal pas faltar d'ho senyalar à
Perpinyà.
El senyor Fajol s'havia envisat que 'Is dos homes de la loco-
motiva lo miravan y '1 remiravan. « Tôt s'esplicarâ y s'adobarâ »,
se va dir ell.
Mes à Perpinyà ja se sabia que '1 xef de gare de Ria se dis-
fressava en dona per fe '1 seu servey, y qu'era boig.
♦
Cap al tart, y '1 darrer trinch passât, lo xef de gare portava
la llet à la cuyna, quan un xiulet que donava frétât s'ohi del cos-
tat de Prades.
En un tancar y obrir d'ulls, una locomotiva arribava plena de
fum, y quatre homes ne baixaven tôt entristits.
— Cerquem pas mes rahons, diu lo primer à n'als très altres.
Ten encara son vestit de carnaval. Lligaulo ; l'enviarem à Llimous.
Y, de corre-cuyta y ab cordes à la ma, los très homes esta-
quen lo xef de gare que crida y mes crida de dolor, mentres En
Thomas alsa sos brassos al cel, y que '1 xef de l'expediciô se'n
entra dintre la gare per hi establir l'intérim.
Mes als crits del senyor Fajol han respost los crits de la seua
dona.
De la finestra estant, la malalta, roja y estarrufada, esplica '1
cas tant bé com mal. En Thomas diu com ella.
Tots riuhen y mes riuhen, el senyor Fajol mes que 'Is altres.
Y tôt se va adobar. Sola, la senyora Fajol que s'esgargamelJava
— 36a —
per défendre '1 seu home, agafâ un reuma malvat que pensa la
matar.
— Tôt aixô per una ficuda cabra, deya En Thomas, cada
vegada que li feyen contar l'historia de la cabra Barbareta,
del senyor Fajol y del malehit trinch d'excursionistes del
Vernet.
Lo Pastorellet de la Vall d'Arles.
Gloria al Pais !
! Bc n'ets de bonic, de cap a peus, oh Rossellô !
Téns una esqueixalada costa, la Marenda,
segura, encara qu'esquifida, arrcnda
pel pescador que solca transitori cavallô.
1 al pastrc girbit de musca estamenya
dônes una herctat d'eternes solituts
on, toca-tardà i sorrut, viu enclotat en l'alta penya.
Mar j serra ; encantaments, virtuts ;
perjlls també : j'escull de pèrfida roca,
drac badant la boca ;
o, muntant del fons del calmés cstany,
una veu manyaga de fada,
que s plany i replany,
d'estar-se soleta s'cnfada,
i, princesa amorosa, vol rûstec company.
Riva suau i aspra de Colliure,
qu'he mirât tant soviny, embadalit ;
peixonera venent a la lliura
i que scmpre té mot per riure.
Cimalls de Puigmal, de Carlit
aon aleteja 1 somni ben a polit,
en un silenci mes imperiôs que 1 ravatgc
- 363 —
de) temporal mes selvatgc...
Cel blau i Dis.
Ona de mirai) trencadiç,
revitllant sos trocets per la sorra del rivatge...
Rostos de ginestars, del sol al repetell,
lluny dels resquills del salobre.
Pedreguers on llisa la culobra,
fent sobressaltar dôna i cistelj.
Retalls, de la sureda surgint, d'un vell castell.
Ermites macices, sobre un butjo quitllades,
amb un fil de vent que passa ras
i us sen duu cinc centuries en detras...
Masîes pel campestre cscampillades,
un pati, un om, on canta 1 verderol
la pau del die.
Esteses quiètes dels Aspres que la claror incendia,
casî secorromant el raîm verol.
Carretera blanca ; tramontana que bufa, boja,
a fer taular els traginers.
Caminet rônec, que d'amagat s'estoja
dins l'enconcada argila roja,
amb unes vores a plom, randades de magraners,
figueres de Mao i etzavares...
Terres de llosina, terres avares,
de rocs rodons o planers,
mesclats d'argelacs, mutxeres, farigoles,
i, perquî perllà, fent la viuviu,
llebre o perdiu.
Bardices on, tancadetes, les cargoles
hivernegen, clavades als troncs del canyar.
Ric-ric, no mes bo per cnganyar.
Cant sistemat d'auccll que toca i toca,
al cor d'un oliu corcat,
j esguerrat, i cama acîcamaallà eixancat.
Lluert poruc que s'enfila, vibrant, per una soca.
— 364 —
Stridor seca dins l'espai clà
de l'aixordadora cigala...
j Oi, ditxa ! Trescant garriga o pla,
com l'home de gust senzil) se regala!
Ara fa rodolar un roc ensopegat,
i fruu ! una gatlla se lleva.
Ara, saltant un rec, es enfangat.
Ara penosament poteja dins la grassa gleva.
Mes lluny, traspassa una branca del riu
sobre la palanca que fa catlleva ;
l'aigua joliua dirîeu que sen riu
de l'oreig blanet que li arriba,
blingant tôt just les canyes de la riba ;
i alla eixampla el canut Canigô,
abaix son gec blau, un devantal de cuire,
l'esboranc groguenc del tuire.
Se negarîa l'esguart dins del fondîssim firmament,
no fossen flocs de broma que, en la llum rossa,
se fan allî dalt a la cossa ;
l'ull s'hi aferma ; mes, fosos en un moment,
deixen com de vèrtic un torment...
Oh pais ! Que doncs mes en tu m'enamora ?
Ton éter, quan el torna la pluja net
rialler com cara de ninet,
amb un plor tremolant encara de la cella tôt a vora j
j O l'abrandament fulgurant
del crestall del mont fantàstic,
on el sol moridor se va aturant?,..
i 1 quina feredat, els nûvols negraços préparant
amb horrorôs soroll el càstic
delà pedregada que xaparà 1 camp, fetllàstimay fàstjc!
j I quina meJangîa grisa, un cel mut d'hivern,
pardal encongit, branca seca i torta,
vianant arronçat, sol i vern,
la plana morta.
— 365 —
j perxô, esbravant-se de la gleva, una fortô
aspra, anunciadora de latenta vida !
Ola 1 L'alegrîa primaveral per tôt cantô
avjat se bota i esclata : — « Home ! — ens crida —
« Son per tu totes les flors, pedrerîes i joiells.
« Corri la bruta a sa voluptat trapacera.
« VisquJn closos en si, peixos, réptils, aucells.
« Tu, sol al mon, pots fruir la Natura sencera.
« Obre Is ulls i, com el borrô novençà,
« dintre 1 pit el cor t'espellirà prompte.
« Per que l'oloris la flor s'esbada. Fes compte :
« totes les veus d'amor se van a alçâ !...
« No es prou ; apunta tos cinc sentits i ton juî.
« La terra, vergonyosa d'haver sigut tant dropa,
« de veres s'ha de lluî.
« Vetaci l'istiu que s'apropa !... »
Oh ! Rossellô î A qui podré are comparar-te?
Terra de benedicciô,
a tots tos fills dônes bona racciô ;
tothom menja, beu y s'afarta.
Oh montanyes i planes, tardor i istiu,
com primavera, sou sempre régalades ;
florju, floriu ;
mes de flors l'home no viu ;
un cop les ilusjons esfullades
i tots els somnis repassats, cal dinar i sopâ.
Mare nostra, ens portes llavors el pà
i l'apetitôs companatge.
i Que generosa î Una ma de mainatge
no mes te grapi, dônes a voluntat
el llegum polpôs i botat :
col, monja i patata, per l'ollada,
per l'ollada bonaça del Rossellô,
sanitôs rebejadiç realçat d'una tallada
de cansalada
— 366 —
quant mes grassa i rancia millô...
i Si n cal, Deu mcu ! de trufes pel pobre
que Is diners de un a un cobra !
1, de fasols pel salpiquet, si n cal !
Mes, oh terra, ets benéfica, bé val !
Tota pena, sens comptar, pagues.
j En voleu de carts, de naps, de pastenagues,
i vint cspecies d'enciam,
escarola, cogombre, àpit, tomata, ràvec ?
1 bleda-ràvec pel porc i l'aujam?
Armât d'un magall, aixada o càvec,
tôt pages posa 1 punt d'honor
a tenir l'hortaliça mes bella.
Mira eixos pésols, quina tabella,
quina dolçor, quina finor !
No s nécessita fer la prova
que, pel llegum primerenc,
es el nostre pais que passa al primer reng ;
cap d'altre, us die, com ell se troba.
i Heu tastat del sorralenc Riberal
l'espàrrec, la carxofa?
L'home el mes llépol no n fa mofa.
Ah ! Vegéssiu, a la temporada, su 1 cami-ral
quina rua ! Cotxe, carro, carreta,
amb campanars de cistells i canastes acimbelJats,
balim-balam trontollats.
Per ampla que sigui la ruta, es estreta.
L'eix contra l'eix se frega, s'apreta ;
vinguin renées, reïres, « llamp te ferîs ! »,
i la roda aixî se desencrotxa.
Arri, carro, carreta i cotxe !
El llegum preciôs sen va cap a Paris...
Espereu, espereu ! Ara Is arbres donen
fruits que al paladar se fonen :
pruna, cirera, albercoc,
— 367 —
macats no mes al toc ;
poma, pera muscatella
i ] pressée dura o mullà,
que ses galtes fresques repetella,
el pressée, gloria d'illa i de Pezillà,
regalo de) Ce), si se pot mullà
amb una goteta de vi de garriga !...
Ai, ai ! L'istiu s'encamina. Ja triga,
sus de la branca a xacamellà,
de florejar la figa, la melosa figa,
que la mare pesca su 1 dcvantal,
figa negreta, bordiçot, verdal,
d'ull de perdiu o de coll de senyora.
1 mentrestant el raîm es madû.
Aqueix rei dels fruits, el duu
nostre Eden com la rara penyora
del seu cuidado paternal.
I Oh pais mes que divinal,
que 1 xuc de la crinyana,
foc dels ulls, braô del braç,
ens vesses a doll, a veire ras !
Si l'home, insadollable, sempre calcom demana,
tu 1 téns casibé satisfet,
bon Geni que d'un bufet
realitzes tota fantasia,
espletint, sensé cap primor,
la fam brutal, la set de poesîa,
la set d'amor !...
i Oh pàtria petita, tant grata i gustosa !
Jo vull, com toc de campana festosa,
brandar l'himne solemne de ta bcllô,
oh paradis de la França, oh Rossellô!...
(Janer 1911) Pau Berga.
Ù9Ù9L9Ù9Ù7Ù9Ù9Ù9Ù9Ù7Ù9
Le Catalan à TEcole
Jamais on n'avait tant parlé en France des dialectes populaires;
jamais peut-être on ne les défendit avec tant d'ardeur, ni ne les
étudia avec tant de méthode. Ce qu'on désigne sous l'affreux nom
de « patois » n'est pas seulement devenu, en ces dernières années,
l'objet de recherches scientifiques de plus en plus précises, de
plus en plus fructueuses : mais tous ces parlers régionaux, que
notre bourgeoisie met une coquetterie souvent ridicule à dédaigner
et à proscrire, ont vu se dresser, pour soutenir leur cause, des
hommes ardents et courageux dont l'action quotidienne, patiem-
ment multipliée, est loin de demeurer inefficace.
Je ne dis pas que l'on parvienne ainsi à sauver tous ces dialectes,
ou même à protéger longtemps de la décomposition dont on les
croit menacés ceux qui paraissent encore les plus vigoureux et
les plus résistants. Mais, étant donné leur état actuel et les
positions qu'ils occupent, il est permis de se demander, sans se
préoccuper autrement de leur avenir, s'ils ne continuent pas à
mériter ces efforts à la fois au nom de la science et delà tradition.
Il est permis enfin de se demander, et c'est pour 1 instant ce que
nous voudrions faire, si ces idiomes provinciaux ne peuvent pas
jouer un très grand rôle au point de vue de l'idée nationale elle-
même, idée qui préoccupe aujourd'hui beaucoup plus qu'on ne le
pense communément, les véritables régionalistes.
M. Jaurès écrivait dans un grand journal méridional, tout en
faisant certaines réserves, que nous aurions aimé à voir discutées
par la suite, une véritable apologie des parlers méridionaux comme
instrument de culture du peuple. C est au provençal et au langue-
docien qu'il pensait évidemment tout d'abord ; mais ce qu'il en
disait pouvait s'appliquer tout aussi bien au gascon, au limousin,
au catalan, etc. M. Jaurès n'est certes pas le premier à établir
ainsi l'utilité des langues populaires dans le domaine de la
pédagogie et surtout pour l'enseignement du français aux enfants
des écoles communales. Mais justement parce qu'il élève des
— 369 —
doutes sur ce qu'il appelle « l'entreprise méridionale », à laquelle
il refuse un caractère populaire et spontané, et où il voit plutôt
l'œuvre préméditée d'une certaine culture bourgeoise, on ne
saurait trop se réjouir de le voir affirmer « avec une force de
conviction qui ne fait que s'accroître » que ce mouvement du
génie méridional pouv^^it être mis à profit pour l'éducation
populaire de notre Midi. Nous nous réjouirions bien davantage
encore s il réussissait à faire comprendre cette vérité à ses
collègues du Palais-Bourbon et s'il obtenait des pouvoirs publics
l'engagement formel non seulement de tolérer ça et là quelques
expériences, mais d'organiser enfin dans l'enseignement primaire
l'application d'une si intéressante méthode.
Sur quoi celle-ci repose-t-elle, en somme? Sur le principe,
fécond entre tous, de la comparaison. Apprendre à mieux parler
et à mieux écrire le français par le moyen d'un idiome régional,
cela ne vous a-t-il pas l'air, au premier abord, d'un insoutenable
paradoxe ? Et cependant, à y regarder de plus près, on aperçoit
assez vite de quel secours peuvent être pour de jeunes esprits le
provençal ou le languedocien, le gascon ou le catalan, dans cet
effort de réflexion personnelle, d'assimilation ou de différenciation
qui est l'intelligence même. La pédagogie n'offre pas de meilleure
gymnastique intellectuelle : elle seule donne en très peu de temps
(et la question de temps est très importante pour l'enseignement
primaire, qui ne garde pas les enfants au-delà d'un certain âge)
la souplesse et la force indispensables. Elle seule rend la
connaissance précise et à peu près définitive. De telle sorte qu'une
pédagogie qui rejette de propos délibéré le secours de ces
dialectes, se refuse à elle-même la rapide confirmation des prin-
cipes sur lesquels elle repose. Les élèves de l'enseignement
secondaire ont bien le latin : pourquoi ceux des écoles communales
n'auraient-ils pas le leur? Notez en passant que ce latin du
peuple, ou, comme on l'appelle aussi, ce latin du pauvre ne serait
pas pour etixune langue morte, mais au contraire un idiome bien
vivant qu'ils connaissent déjà par eux-mêmes et qu'ils entendent
parler tous les jours.
On a objecté quelque temps que les susdits « patois » étaient
un très sérieux obstacle à l'enseignement du français dans les
classes primaires. Cependant, répondrons-nous, c'est un fait que
— Sjo —
le peuple les parle encore. Au lieu donc de les chasser de
l'école, ce qui ne les empêche pas, on le sait, de vivre au dehors
et même de s'y bien porter, ne vaudrait-il pas mieux s'en servir
pour une fin supérieure, les faire entrer franchement dans notre
système d'éducation démocratique (il n'y aurait pas, au fait, de
mesure plus démocratique que celle-là), et, tout en les laissant à
leur place, j'entends en ne les employant que comme des
auxiliaires, voir en eux quelque chose de moins vulgaire, de plus
noble, de plus relevé que de méprisables patois: c'est-à-dire des
frères du français, moins fortunés que lui assurément, mais des
frères tout de même, appartenant comme lui à la grande famille
latine, humbles rameaux jaillis du même tronc aux côtés dune
branche plus vigoureuse.
Dans ce but si louable et pour chacun de ces dialectes, il s'est
trouvé des instituteurs dévoués et convaincus, et même quelques
inspecteurs primaires, qui se sont appliqués à rédiger des ouvrages
de pédagagie régionale à la fois théorique et pratique, des sortes
de guides pour le maître et de manuels pour les élèves, des
recueils de versions avec des conseils ou des indications permettant
d'en faire le meilleur usage. Tout récemment encore, un instituteur
roussillonnais, M. Louis Pastre, publiait un excellent petit livre,
qui est un modèle du genre, sous le titre: Le français enseigné
par les exercices de traduction de textes catalans aux enfants de neuf
à quinze ans {]), où l'auteur montrait d'une manière irréfutable que la
langue catalane parlée dans les Pyrénées-Orientales peut devenir
pour les instituteurs l'auxiliaire le plus précieux dans cette tâche
vraiment si pénible et si compliquée qui consiste à apprendre la
langue française à de jeunes élèves du Roussillon.
En Provence, en Languedoc, en Béarn, en Limousin, en
Roussillon, les matériaux ne manquent donc pas et l'on pourrait
se mettre au travail dès maintenant sans tâtonner. De nombreux
essais ont déjà donné les meilleurs résultats dans ces différentes
régions. Mais c'est surtout grâce à l'initiative privée d'un certain
nombre de représentants de l'enseignement primaire que ces
constatations encourageantes ont pu être faites. Ce qui manque,
à parler net, c'est le concours, ou l'appui, ou simplement les
(i) Imp. Cornet, Perpignan; 2 fr,
- 3;. -
dispositions favorables du grand maître de l'instruction publique.
Nous avons la certitude que les bonnes volontés, pour cette belle
tâche, sont loin de faire défaut dans le personnel des écoles
communales; mais il faudrait être encouragé, que dis-je encouragé,
il faudrait être autorisé à entreprendre cette voie.
Nous nous sommes demandé plus d'une fois comment il se
faisait qu'une vérité pédagogique aussi élémentaire n'ait jamais
été comprise ; ou plutôt nous ne voyons pas encore très bien
pourquoi ce principe indiscutable de pédagogie rationnelle,
reconnu exact cependant par plusieurs de nos ministres de l'ins-
truction publique et adopté depuis pas mal d'années déjà par des
éducateurs de grand renom, ne trouve pas d'application quotidienne
dans les différents domaines où il pourrait avantageusement
s'exercer. En somme, la question que nous nous posons à nous-
mêmes, que nous posons aussi à nos lecteurs et que nous
voudrions surtout poser aux directeurs de l'instruction publique
en France, se ramène à celle-ci : Oui ou non, nos idiomes
régionaux peuvent-ils être réellement utiles pour l'enseignement
de la langue française? S'ils le sont, pourquoi ne s'adresse-t-on
pas à eux?
On préfère leur déclarer une guerre d'extermination; on les
traque à la façon de bêtes dangereuses. Les résultats de cette
campagne sont faciles à entrevoir : le peuple méridional n'arrivera,
de la sorte, à parler convenablement ni son dialecte régional ni
sa langue nationale; il se créera (et n'est-ce pas un peu ce qui se
produit sur certains points) un informe et grossier jargon qui ne
tiendra en réalité ni de l'un ni de l'autre. Le bilinguisme est mille
fois préférable ; nous croyons même qu'il constitue une supériorité
intellectuelle, car il donne à l'esprit une plus grande richesse
d'idées, une faculté plus vive de comprendre.
L'idéal n'est pas pour la France, pour la France du Midi
notamment, que les langues populaires nées de notre terroir, et
en harmonie avec notre caractère, disparaissent à tout jamais;
l'idéal n'est pas non plus que la langue française demeure presque
une inconnue, comme cela se remarque encore, pour un certain
nombre de Français. L'idéal serait plutôt, — et nous le disons
sans aucune crainte, — que chacun de nous parlât correctement
l'idiome de sa province et la langue de sa nation.
— 372 —
♦
11 V a toujours intérêt à lire les travaux de M. Louis Pastre,
soit qu'il étudie l'évolution de la langue catalane populaire à
travers les siècles ou son état actuel dans les différentes parties
du Roussillon, soit qu'il se livre à de minutieuses et patientes
recherches sur telle particularité de la syntaxe catalane comme le
prétérit simple et le prétérit composé. Mais c'est surtout en
pédagogie qu'il sait montrer toute sa compétence. M. Louis
Pastre nous avait déjà donné un manuel scolaire « Le Français
usuel enseigné par les exercices de langage et de lecture aux
enfants de 6 à 9 ans » qui reçut le meilleur accueil dans l'ensei-
gnement primaire et y jouit encore de la même estime. 11 s'agit
cette fois de faire servir le catalan à l'acquisition de la langue
française, comme l'avaient essayé ou proposé MM. Joseph Lher-
mite (Savinien), un initiateur, et J. Aurouze pour le provençal,
Sylvain Lacoste et B. Sarrieu pour le gascon, et jusqu'en Rous-
sillon, avant M. Louis Pastre, bien qu'avec des dispositions d'es-
prit absolument différentes et selon un procédé tout à fait rudi-
mentaire, J. Mattes pour le catalan lui-même. Tel est, en effet,
le but principal de l'auteur. Mais nous allons voir plus loin qu'il
en poursuit un autre, non moins important, certes, que le pre-
mier, et qu'il mérite ainsi notre double reconnaissance de patrio-
tes français et de régionalistes catalans.
La méthode de M. Louis Pastre est une méthode mixle : elle
a la prétention de satisfaire à la fois les partisans de la méthode
directe ou maternelle et ceux de la méthode comparative ou de
traduction, c est-à-dire de concilier les principes différents sur
lesquels l'une et l'autre reposent, et cela en s'inspirant de la pre-
mière au début des études et de la seconde seulement à partir du
jour où l'enfant est capable d'aborder avec fruit l'étude de la
grammaire française.
Pour les commencements, il ne faut, d'après lui, employer avec
l'élève que le français, le français usuel, absolument comme si le
catalan n'existait pas et en feignant même de ne pas comprendre
le bambin s'il répondait dans sa langue naturelle. Je dois dire
tout de suite que je ne suis pas d'accord sur ce point avec
M. Louis Pastre. 11 appuie sa thèse du raisonnement suivant :
puisque, pour enseigner une langue étrangère, les professeurs des
lycées et collèges sont tenus de faire constamment appel à cette
même langue et d'éviter le plus possible d'avoir recours au fran-
çais, pourquoi n'en serait-il pas de même avec le français dans les
écoles primaires? Mais il est facile de répondre qu'on est bien
revenu aujourd'hui, dans l'enseignement secondaire, de cette
méthode directe imposée par les programmes de 1902 : elle est
d'abord extrêmement pénible pour le professeur, qui se dépense
parfois en efforts inutiles ; puis elle occasionne une sensible perte
de temps, l'élève n'arrivant presque jamais à comprendre du pre-
mier coup. Excellente peut-être en principe, elle a besoin de
notables atténuations si l'on veut la rendre vraiment pratique ;
elle ne peut donner de bons résultats, et des résultats rapides,
que si elle est étayée de la méthode indirecte. Cela est tellement
exact qu'il a fallu revenir, par de nouvelles circulaires, sur ce qui
avait été décrété ou établi.
J'ai, pour ma part, la conviction que le maître obtiendra de ses
élèves des progrès plus encourageants s'il sait mettre à profit,
dès le premier jour, la langue provinciale qu'ils connaissent.
Notez, je vous prie, que je ne vais pas jusqu'à dire, avec quel-
ques trop enthousiastes défenseurs de la pédagogie régionaliste,
que l'enseignement du français doive être donné dans cette même
langue provinciale : c'est là un rêve bien nuageux et qui me
paraît bien loin de devoir prendre corps dans la réalité ; il y a
même un certain danger à demander cette sorte de suprématie à
l'administration universitaire, parce qu'on risque fort, en le fai-
sant, de ne rien obtenir du tout. Mais je combats l'exclusivisme
de M. Louis Pastre, qui veut que, devant les tout petits, l'insti-
tuteur ne prononce jamais un mot de catalan et au besoin affecte de
l'ignorer. Je le combats au nom même d'un principe sur lequel
on ergote un peu trop, à mon sens, et qui est pourtant bien intel-
ligible, ce principe qui veut que l'on passe toujours, quand on
enseigne, du connu à l'inconnu. Je voudrais que le catalan entrât
dans les premiers exercices de la classe selon une proportion, par
exemple, de trois à dix, proportion minime, comme on voit, mais
qui ne saurait souffrir de réduction.
Nous ne pouvons, au contraire, qu'approuver M. Louis Pastre
lorsque, jugeant le moment venu d'introduire le catalan comme
auxiliaire, il prépare et dispose des exercices en vue de son uti-
lisation pédagogique. C'est d'ailleurs là qu'est son véritable sujet,
- 374-
puisqu'il n'admet point qu'on songe à cette introduction dans les
années préparatoires ; et c'est là aussi que nous retrouvons ses
remarquables qualités pédagogiques, grâce auxquelles rien ne
reste imprévu dans cette marche progressive des jeunes esprits.
Mais disons maintenant un mot de la secondeintention de l'auteur.
11 ne s en cache pas : ce qu'il veut enseigner aussi aux élèves,
avoue-t-il dans la préface, ce sont les règles de cette langue cata-
lane qu'ils ne parlent pas toujours avec correction. Nous devons
féliciter M. Louis Pastre de son courage, et le féliciter d'autant
plus chaudement que nous ne sommes pas habitués à trouver sous
la plume des membres de renseignement primaire un plaidoyer
en faveur du catalan. J'aimerais à voir chez nos instituteurs rous-
sillonnais une attitude un peu moins indifférente, ou même un peu
moins hostile à l'égard de notre dialecte. 11 me semble que leurs
collègues de Provence et de Gascogne ont donné des marques
plus sûres de leur intérêt et de leur sympathie. Cependant le
Roussillon, dans son ensemble, a su mieux conserver son carac-
tère et son esprit de race que ces deux grandes régions, et le
catalan me paraît, d'une manière générale, s'être maintenu beau-
coup plus ferme et beaucoup plus pur que le gascon et le proven-
çal. Je recevais dernièrement encore une réconfortante lettre d'un
instituteur languedocien : « La langue d'oc, m'écrivait-il, est la
langue familière de la plupart des enfants de nos écoles primai-
res; celle qu'ils entendent parler à leur foyer, dans la rue, dans
les champs, dans l'atelier, sur la place publique. Pourquoi à l'école
l'ignorer systématiquement ? Pourquoi ne pas faire des rappro-
chements entre le français et la langue d'oc, qui aideraient à
passer plus facilement du languedocien au français ? » Alon cor-
respondant a raison : le vocabulaire, la syntaxe, l'orthographe y
gagneraient. Je suis persuadé que, s'il était permis ou plutôt s'il
était conseillé à nos instituteurs de faire ces expériences avec le
catalan, ils seraient tellement émerveillés des résultats obtenus,
qu'ils reviendraient vite de leur première opinion et que cette
méthode n'aurait pas de partisans plus convaincus. Mais l'impor-
tant est de commencer. Or le livre qui leur manquait, voici qu'ils
peuvent l'avoir maintenant, et c'est un livre recommandable sous
tous les aspects. ]1 ne faudrait pas que la publication en fût
inutile.
- 375 -
Oserait-on invoquer encore, pour combattre les « patois » détes-
tés, je ne sais vraiment quels graves dangers courus par notre
unité nationale ? L'argument est bien vieilli et ne peut plus que
faire sourire. Nous l'avons dit, nous le répéterons cent fois :
c'est une force réelle que de parler deux langues. Et nous ajou-
terons, pour finir, que si le catalan est considéré par certains
éducateurs comme nuisible aux classes de français (et encore fau-
drait-il bien nous dire comment et dans quels cas), on n'a pas
trouvé jusqu'ici de moyen plus sûr que la méthode comparative
pour établir un juste équilibre entre notre idiome régional, parlé
malgré tout et contre tous par le peuple, et notre idiome natio-
nal, que les méthodes d'exclusion et d'extirpation appliquées aux
dialectes ne sont jamais parvenues et ne parviendront jamais à lui
apprendre. Jean Amade.
Quan toca VAngelus
A n'el jove poeta y amich G. V.
Quan al trench del matî, l'alba da sa besada
Al fuilatge agualôs que plora de suor ;
Qu'a) portai del andà, trauca jâ la ramada :
Donaû, donaù, Senyor, alegria al pastor.
Quan lo pobre aucellet, am la boca badada.
Ne dcsplega les aies, arrendit de càlor.
Qu'aïs repetells del sol, n'hes la rosa colrada :
Donaû, donaû, Senyor, ombra al treballador.
Y quan de) mariner, ne passa ansia j'esposa.
Al saber vora enllâ, per maror espantosa :
Feu qu'en casa, Senyor, eJl aporti consôl.
Cuidada am gran amor, fresca y ben espellida,
Hi trobarà la florqu'habeu, Vos, benehida :
L'infant bel) que somriu, acotxat al bressol.
Ceret, dia i6 de agost 1911. P. de I'AlZINA.
Devinalles
En Guidonya s'esta al porta)
Ab cent homes â cavall ;
Tots van vestits de vermeil
Fora En Guidonya y lo vell...
Qu'es la cosa? (El cirer ers y les cireres).
Es vert y no es juvert,
Es groch y no es safrâ,
Burro sera '1 que no endevinrâ...
Qu'es la cosa? (E/ toranger).
En penjol-penjol esta penjolat,
En Paraplap s'esta espérant ;
En penjol-penjol ha caigut.
En Paraplap l'ha hagut...
Qu'es la cosa ? (£/ gat y la rata)
Un pam d'ensâ, un pam d'enllà,
Un pam que li penja...
Qu'es la cosa ? (El forrellat).
Un llensol tôt apedassat.
Que cap punta d'agulla no hi ha tocat...
Qu'es la cosa ? (El cet)
Un camp tôt llaurat, tôt llaurat,
Que may cap punta d'arada no hi ha tocat...
Qu'es la cosa? (El teulat)
(J(ecueillies par M. Emile Leguiel)
En Joseph-Maria Puig Torralva
Amb una fonda pena sem sapigut la mort, ja pel mes d'agost
passât, del poète En Joseph Puig, de Valencia.
Era l'autor d'unos quants estudis grammaticals y filologichs
sobre la llengua llemosina-valenciana, y del bonich aplech de
poésies, Lliris y Caris (Tipografia Domenech, à Valencia, 1899).
Tota la seua vida fou un entusiaste valencianiste, un enamorat de
las belleses de Valencia y de la sanitosa poesia de l'horta valen-
ciana.
Aquestos derrers anys s'havia cuydat, mes que mes, de llengues
primitives ; en sabia molt de llengua celtica ; y quan algun amich
passava per la seua casa, prou se lenduya à la seua biblioteca
posada, tota avinenta, à la rebotiga, y feya petar la xarrada
sobre '1 parlar dels primers catalans.
Are ja no '1 tornarem à veurer mes ; Deu lo perdo.
Jules Delpont.
♦T« ♦> ♦!♦
La meua llengua
Perque parle y escrich la meua llengua,
has fet burla de mi,
Y al rahonar de mon llenguage en mengua
soltares lo veri.
Si fores estranger, lo teu ultrage
no séria tan greu,
Llavors alabaries mon llenguage,
tan sols per no ser teu.
Cada flor té un color y té un aroma,
cada aucell té son cant,
Aixi com cada poble té un idioma :
Yo soch del meu amant.
_ 378 —
Yo l'adore fidel, com à sa mare
tôt bon fill deu voler,
Encare que la llejea la malpare
ja que li deu lo ser.
Yo que la vullch, pcr pobre qu'ella fora,
maltraçada é ignorant.
Al vore las belleses que atresora,
com me pren dolç encant !
Eixa llengua per tu tan menyspreada,
com fill rebordonit,
En llabîs de ta mare fou honrada,
agrusantse en son pit.
Eixa llengua, com arpa deliciosa,
te parlava d'amors,
per boca de ta bella y casta esposa,
en jorns engisadors.
Eixa llengua que oblida tos agravis,
à l'hora de la mort
sensé adonarte 'n correrâ à tos llabis,
pera darte conhort.
Joseph-Maria Puig-Torralva.
Extrait de mil y un pensaments
Aquell que no pot sofrir una injuria, es mes cobart que '1 qui
fuig â la vista del enemich.
May un primpcep esta mes ben guardat que quan el guardan
sa virtud y sa ignocencia.
La prudencia es la experiencia y la rahô aplicadas à la con-
ducta de la vida.
Orthographe et Prononciation du Catalan
A la demande d'un certain nombre de lecteurs nous rappelons ci-dessous les principales
règles de l'orthographe et de la prononciation catalanes : N.D.L.R.
a tonique se prononce comme a français. Ex : mar.
a sourd se prononce comme eu français. Ex: dona ( pr : dôneu).
e tonique se prononce comme é français. Ex. : ribcra.
e sourd se prononce comme eu français. Ex.: mare ( pr : mâreu).
o tonique se prononce comme o français. Ex. : rosa.
o sourd se prononce comme ou français. Ex. : dormir (pr : dourmî).
M se prononce toujours comme ou français. Ex. : coure (pr : côoure).
i se prononce toujours comme i français. Mais il ne se fait pas entendre
dans les finales en aig, eig, oig, uig où le g prend le son de tg ou tj,
b et ^ se prononcent comme bb et gg lorsqu'ils sont précédés d'une voyelle
et suivis de /. Ex. : cobîz, rzgh (pr: cobbla, reggla).
d se prononce comme ? à la fin des mots. Ex. : frcd, froid.
h n'est jamais aspirée en catalan. Elle ne se prononce même pas à la fin des
mots en ch. Ex.: hosch, homch (pr: bosc, bounic).
// correspond à ill français dans bataille. Mais dans les mots où la // catalane
n'a pas le son de ill français comme dans illustre on sépare les deux / par
un trait d'union ou une apostrophe. Ex. : iZ-iustre-, i/'/ustre.
r se prononce comme en français, mais il ne se fait jamais entendre à l'infi-
nitif des verbes. Ex.: morir, mourir, se prononce meurt. Certains auteurs
catalans suppriment même cette lettre à l'infinitif de quelques verbes tels
que viure, vivre ; veure, voir; creure, croire; heure, boire, que l'on peut
écrire viurer, veurer, creurer, beurer.
V se prononce toujours comme b. Aussi n'est-il pas rare de trouver indif-
féremment lune ou l'autre de ces consonnes dans certains mots tels que
rièera, rivera; travail, travail, etc.
«y correspond au gn français. Ex. : Perpinyâ, Perpignan. En catalan, ^ et n
se prononcent toujours séparément. Ex. : ignorant se prononce i^-«orant.
X se prononce comme ch français. Ex. : xiular, sifFler. Mais on le prononce
aussi es et gz dans certains mots, comme : excavaciô, examen.
el et al ne doivent pas être confondus. Ex. : el pare es al llit, le père est
au lit.
Certains auteurs écrivent les pluriels en as : la casa, las casas. Mais l'emploi
des pluriels en es se généralise de plus en plus et l'on écrit de préfé-
rence : la casa les cases (pr; leu câseu, leus càseus). D'ailleurs cela ne
change rien à la prononciation puisque a sourd se prononce exactement
comme e sourd. Louis Pastre,
Textes catalans
9p. (Suite)
Malgré ces bonnes paroles et ces promesses, le Conseil reste
méfiant ; il le montre deux jours après :
« Atès que Mons" Rev ' de Barcelona... lo divendres proxim
passât... digue que tots stiguessen de bon animo, que ell procu-
raria en que la Seu de Elna, com a mare de totes les iglesies,
restaria molt montada, de modo que los ciutadans ne restarien
molt contents, y N' S" Deu ne séria lohat y servit ; y perquant
la C'utat te dubte del que en lo sdevenidor nés succehis lo con-
trari, y vol star apercebuda (sic), de manera que los hon. Consols
y Conseil ne stigan assaneats : has déterminât y conduit que
dema, que es dilluns, se vaja a Perpinya, y que se haia conseil y
parer de tots los advocats de la C'Utat juntament ab lo Mag^^
M° Miquel Rollan, loqual ha promes que informara als advo-
cats de la Ciutat, y ell ab ells disputaran les causes de la Bulla y
les caps contenguts en aquella, y alli ho argumentaran molt a les
veres, ab tant que lo animo dels Ciutadans ne stiga molt assaneat...
Plasia a N' S" que (ho) guia de la sua ma dreta, a tota utilitat de
la Ciutat. Amen » ,
La consultation a lieu : quatre docteurs sont appelés pour con-
férer avec M" Rollan, qui leur lit un mémoire : « Y resolgueren
ques montas al Castell major, en loqual stat hospedat Mons""^
R'" de Barcelona, ab loqual dit M° Rollan tracta molt ampla-
ment. Y dit Monso"" R'" dix... que confiassen de ell, que ell faria
de manera que tots restarien molt contents : Y aixi se resolt que
la Ciutat estiga de bon animo... y que, estant ab aqueix tracte
M° Rollan ab Monso"^ R"", que no se apellin, fins al menester ; y
que la Ciutat no fassa commissio, acercha dit negoci, a ninguna
persona, perque dita Ciutat en aqueix punt séria perduda, que
séria derogar la juridictio de Monsor R'" de Barcelona, antes be
stiman mes que ell s'en resolgue y no altra persona. Y esta
se la deliberatio del Mag^^ Conseil. »
Alors se produit un fait nouveau, qui nous vaut une séance et
un récit fort pittoresques :
— 38i —
Le principal intéressé de l'affaire, c'était évidemment la Com-
munauté des Prêtres d'Elne : Celle-ci, très attachée à ses droits
et exemptions, était, depuis déjà longtemps, en termes quelque
peu froids avec les Conseils de l'Université, qui avaient eu par-
fois à lutter contre elle et à contrecarrer certaines de ses pré-
tentions ; elle était, en général, d'un esprit peu conciliant : Mais
les circonstances la rendent souple ; l'affaire faisant mine de mal
tourner pour elle, elle sent le besoin de chercher, dans le
Conseil, un point d'appui, au besoin un allié. Elle voudrait
même l'amener à s'engagera fond, à partir en guerre à côté d'elle,
tout au moins à la suivre et à marcher d'accord: Aussi lui voit-on
faire la démarche très significative que voici :
« La Yen. Comunitat dels Rev. So"^' de Preveres de la Santa
Iglesia de Elna vuy die présent nos ha fêta merces de venir en
sta casa consular exposant lur animo, dient que... supliquen a la
Ciutat que sia de son servey y al Magfic Conseil de aquella que
sempre y quant sia menester y necessari, done a la Yen. Com*^*
tôt Conseil, favor y ajuda.
Y encontinent essent intrats dins dita Casa Consular les Pre-
veres de la dita Combat fahent embaxiada a la Ciutat... sels recebi
ab aquell honor y reverentia quai convenia al caracter clérical,
exint del Conseil les S°" Consols y recebint los al cap de lesca-
era del Spital, sempre acompanyant los fins son stats assentats,
dins de la Casa consular, posant se lo S°^ Consol en cap très
preveres devant de ell, y les demes estant assentats al mig de quiscu
dels altres S°" Consols.
Y lo Rev» Mossen Simon, vista la commissio a ell attribuida
(que fes lo exordi a la Ciutat) feu la propositio, dient que ell
era arribat de la Yila de Perpinya, de tractar ab Monsor Rev""
de Barcelona... y tractât y vehent que de quiscun dia les muden
de tracte nou, y desitjant ells que la Yen. Com*»* y la Seu de
Elna tôt stigue ben moblat y assentat, y fugir, si menester sera,
la tôt genero de plet... dit Monsor Rev"', ab indutio (?) de dit
Canonges, lesquals may lo deixen del lado, los ha mogut un
tracte nou, dient que séria cosa molt acertada quen remetessen a
dues persones, y que aquelles ne passassen la tisora, tant per part
de la Ciutat com per part del Rev' Capitol. Y dita Coms'»»
— 382 —
zelant se que... es cosa molt dificultuosa... ha déterminât de
cometre a quatre S°" de Benefficiats, com a persones mes intelli-
gentes y esscntal cap de totcs les coses de ladita Com'»*, lesquals
dcma aniran a Perpinya per a tractar lo negoci... devant dit
Mons«>r en lo Castell major ; y que suplique als hon. Consols y
Magfic Conseil de la Ciutat que tots fassen un cos y que stiguen
agermanats com de raho y de justitia, y que fahent lo d'esta
mancra, la Yen. Com'^» los ho agrayra molt ; y que ja vehien (?)
la pobresa de la Ciutat quanta era ; empero que ells no volian
dines, sino tôt auxili y favor de la dita Ciutat sempre y quant
menester sera y tots los dits Preveres gradatim han votât lo
mateix, dient que si a cas aigu hi agues que tingues ranchor, ques
dixias tôt, y que stiguessen de bon animo.
Y les hores la Ciutat ha respost dient quels agrayha la em-
baxiada fêta, y quen trataria ab lo Mag^^ Conseil, y que sels hi
faria embaxiada al dit effecte.
Y encontinent sen anaren, y los S°" Consols hisqueren del
Conseil y sels acompanyeren fins a la escalera del Spital, y tor-
naren al Conseil... y se ana votant gradatim, y tôt lo Mag'''^ Con-
seil resolgue y conclui que era cosa tant justa que nos podia
recusar de no fer se... y que la Ciutat do tôt conseil, favor y
ajuda a dita Yen. Com^** sempre y quant menester sia, y que tots
fassam un cos y siam una voluntat, y que stigam de bon animo,
que d'esta manera N« S"*" nos donara forses per defensar lo seu
S* Temple. »
11 y a bien là, de la part de la Communauté, plus même qu'une
proposition d'alliance : C'est une demande de concours, c'est
presque une prière. C'est un « Soyons amis ! » intéressé.
Et du côté du Conseil, quelle dignité, quelle entente de son
rôle ! lia écouté sans mot dire ; il fera connaître ultérieurement
la réponse qui aura été décidée. 11 était, du reste, aisé de prévoir
qu'il ne voudrait prendre aucun engagement décisif, et qu'il
réduirait rôle son à peu de chose.
(A suivre) R. de Lacviyier.
^^.^^^^a.
LIVRES 4 REVUES
Apol-Noi, par Joseph-M. de Sucre
Llibreria espanyola, rambla del Mig, 20. Barcelona
On aimera d'abord dans ce petit livre la jeunesse, le premier envol du
sentiment, encore imprécis ; et c'est une valeur psychologique. Ceux-là s^uls
qui ne savent pas le prix que l'on attache aux premières trouvailles d'harmo-
nies le considéreraient sans indulgence. C'est un rayon d'argent de l'aube,
qui a pu luire malgré les tristesses du foyer, victorieux rayon d'idéalisme,
généreux espoir de la vingtième année. Le titre, Jlpol-'Noi, a quelque ana-
logie avec le Torment-Troment de Lopez-Picô (dont je parlerai bientôt, lors-
que paraîtront les Poèmes del Port, sous presse en ce moment). L'analogie
existe encore dans les commentaires analytiques ou titres des divisions mul-
tiples du volume. 11 en est qui promettent beaucoup : "En ta setva de les reines,
par exemple. Vous croiriez pénétrer dans la forêt celtique ou wagnérienne,
dans le bois de Tristan et Iseult, où parmi les gnomes s'épanouit la prin-
cesse, gemme écarlate emmi les velours et les hermines. 11 n'en est rien.
Vous n'apercevez que des silhouettes déjeunes barcelonaises, sveltes dans les
jardins de la cité. Et ce sont des aquarelles attendries où chantent les pre-
mières et douces amours. Je ne saurais, je ne pourrais donner l'analyse du
livre. Ce sont feuillets d'album, souvenirs épingles, poussières d'or. Le
poète a vécu la vie de la cité. Nous connaissons son exaltation après une
belle pièce de théâtre, ou une émeute populaire. Nous le suivons dans ses
promenades au delà de la ville, sans doute parmi les pins de Vallvidrera, d'où
l'on voit par l'échancrure de la vallée, la violette montagne mystique de
Monserrat. C'est là qu'il a recueilli cette délicate poésie, dont je cite la pre-
mière et la dernière strophes :
Jo se una Mare-de-Déu
que â tot-hora reb els aires.
i-No té arracades de preu,
ni diamants de cent caires,
ni rosaris esllanguits, ^
ni rostres emmusteïts
que li portin maies flaires
— Mare de Déu, m'heu alçat !
Mare-de-Déu solitaria :
Guardeu-me la sanitat,
que haig de portar el pa â taula.
— 384 —
et cette Oraciô Maternai, jolie comme une blanche perle de lait :
Mare-de-Déu de la Llet,
Vos que sou tant generosa,
que en vastre mugrô sagrat
â l'infant heu alletat,
feu qu'en brolli del pit meu
una dèu ben abundosa :
Que pugui viure '1 meu fill,
Verge Santa gloriosa...
On reconnaîtra, je le sais, dans ces vers, l'inspiration de J. Maragall,
dont on a lu les « Goigs de Nostra-Senyora de Nuria », d'une manière si
sobre, si puissamment évocatrice à la fois. Mais j'en conclus que l'auteur
sait choisir ses modèles. Le poète cite en guise d'épilogue une phrase de
Guyau que je résume de la sorte : L'imagination précède la raison. C'est
ainsi que Maurice Barrés, dans les « Amitiés Françaises », propose comme
première discipline les belles images : in hymnis et caniicis.
Jlpol-T^oi a de la grâce. Nous attendons avec confiance qu'il grandisse. 11
nous parlera certainement avec plus de force et de sûreté.
Joseph Pons.
"^^^
Pcr don Pcre Penya.
Nous avons reçu, sous forme de plaquette (1 mprenta Tous, à Palma, 191 i ),
le Discurso leido en la sala de sessiones del Excmo Ayuntamiento de Palma, per
don Juan Alcovery Maspons, e/ 3 1 de diciembre de 1910, sur don Pedro de
Alcantara Pena, Hijo ilustre de Mallorca.
C'est une belle page littéraire, en castillan, digne d'ailleurs, de l'auteur et
de « l'homenatjat ».
■^^^
^ La langue d'Oc.
La langue d'Oc à l'école et dans les patronage^ (Librairie Aubanel frères,
Avignon, 1911), est une intéressante étude delà félibresse Mlle de Digoine,
« la Comtesse dou Rose », comme Mistral l'a poétiquement baptisée.
A l'auteur, tous nos remerciments et nos félicitations.
Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan.
5' Année. N' 60 15. Déceembre 1911.
Les Manuscrits non insères
le sont pas rcnaus.
Les Articles oarus dans ia Revue
n engagent aue ieurs auteurs.
REVUE
CATALANE
LA LLAR
La )]ar... reconet mes prehuat de la casa ahont hi trovem
cl caliu que 'ns escalfa, la pau que 'ns anima, la tradiciô
que 'ns enlajra, els conseils que 'ns guien, y el poch goig
que hi ha en la vida.
Tota masia té una llar y tota llar té vida,
y sens el calor de la llar tota joya n'es marcida.
Casi tots vosaltres, animes pagesivoles, sentîreu glatir
Yostre cor aprop ses fiâmes al plé de la nit hivernosa... glas-
sades alenades del fer huracâ ferîen desapiadades el feixuch
brancatje de la boscuria... les flors marcides dels viaranys
dormien baix el blanch llensol d'espessa neu que apuntalat
en els sismals enlairats de la congesta s'extenia com llarga
mortalla per tota la plana... no garlaven els rossinyols ab
armonîa els tendres cants d'amor de primavera, ni tampoch
florides les arbredes llensaven al cel flairosos sospirs. A vo-
liors els auceJlets famolenchs picotejaven pel cim els blanchs
berellons cristalisats del pati y fèr el llopàm udollava al cor
de comalades y afraus.
L'hjvern n'era arrivât: cada cosa en son temps, tôt es bô,
car sens hivern no fora primavera.
L'hivern n'era arrivât pera la masia y â son aie glassat
— 386 —
tothom s'havj'a engiponat de lo bô y milllor per burlar sa
ferèsa.
L'hivern cra arrivât, y no 'ns estemordia, car quan hom
es provehit aJlunya la temensa. Rublerts nostres graners
de) fruit benhaurat de nostres terrers, per rès calîa espan-
tarse, hora era de fruhir del repos després del trevall
esmenat.
A Yora el foch sagrat de nostres avis, al guspil-leig dels
seculars tronchs qu'ahir ens donaren la ombra y avuy prô-
dichs reviscolen nostres cors ab la calor benefactora qu'à
tots ens anima, recolzat en cl anyîvol escô el moble mes
vell de casa que fidel y hospitalari tota nostra generaciô ha
respectât, fruhîrem de dolsa pau, que, allunyant de nosal-
tres tota rancunia, enveja y odi, unîa nostres cors ab estret
lias de prehuada germanor.
Prop l'ardenta flamarada qu'espatarrega ennegrint els vells
caires de la llar, s'hi proclamava sens barboteix lo qu'avuy
barbotejant no 's réalisa ; â la dolsa y tebia cscalfor del
encès brasâm, desapareixien els convencionalismes de la
terra y el rey n'era pastor y el pastor n'era rey. Fora de la
llar era altre cosa ; palaus pe 'Is coronats, casais pe 'Is richs,
cabanyes pe 'Is pobrets. Sols en ella els homes n'eren
germans.
Ja esbufega â fora la freda tramontana sosmovent tôt
quant trova â son pas ; tanqueu tanqueu les portes que rès
hi ha â fer pel camp; també â les remades, que l'herbey
s'ha glassat... Vora del foch feinoses filadores, veniu â filar,
veniu pastoretes, masovers, rabadâns y traginers de la serra
que tothom hi cabra.
També hi vindreu vosaltres, jayetes de testa argentada de
vostres llavis tremolosos oirém com mainada ajogassada els
bells qiientos tan encisadors com espatarrants.
Com aimavem nosaltres aquestes intéressants narracions,
— 38; —
com ens esporuguîam estrenyentnos â les faldes de nostres
mares pera aJlunyar les fantasmagoriques il-lusions que 'ns
assallîen.
També â son torn glosaven els pastors Durs jorns glorio-
sos y els perills montanyenchs : el remat prosperava cada
volta, car tindrien qu'agrandir les estables.
La tasca de la terra n'era el plat del dîa y mes pels maso-
vers... batudes, dallades, segades y brèmes tôt hi passava ;
la cullita era bona y millors les tardanîes.
La mestressa y l'amo â tothom escoltaven, cada quai â son
torn. Cadascû sabîa y cumplia sa tasca, de tots hi havîa
qu'apendre. Dels pacifichs débats del parlament autônom de
la llar 'n surgîen mes tart la proclamacio d'ordres que tothôm
se feya un plaher de cumplir del mes petit al mes gran, del
masover à la porquetera.
En la llar, prop del foch, la pubilleta ja promesa hi ohîa
els bons com necessaris conseils dels experimentats del
gremi, Avans de pendre estât calîa estar segur d'un mateix,
sobre tôt per una dona, casarse era pas cosa tant senzilla,
era pas vendre un bou â la fira ; era allô, hi ets, t'hi cal
quedar ; no'n vols, perqué ho prenies.
Durant tôt el prometatje, pera la donzella en qûestiô, rés
se quedava en el tinter, tothôm hi posava la cullerada fins
els oncles y amichs qu' ab l'escusa d'emetre son parer res-
pecte del futur matrimoni venîen molt soviny â familiari-
sarse ab el vî de la boda. Quina gent tant previsora com la
de la nostra terra.
Volteu, volteu fusams, retorciu el cânem, que tôt es per
la jova, quina d'aci â très mesos se casa. Rès se quedarâ
enrera, â la llum de llar tothôm s'afanya, qui mes se cuita,
qui mes disposa dels preparatius de la festa, dels guisats de
la taula, dels convidats de la boda, qui mes sab que mes hi
digui.
— 388 —
Tots els rebrechs tant arnats com llampants, tots els cin-
tams colorats y les teles de vali'a 'n surgîen de les arques
dotais. El desitj de lluhir, d'agradar y encisar â algùn des-
previngut agitava les manetes de tota la jovenella de la casa
qu'esbojarrada feya, desfeya, surgîa, tallava, embastava. Tôt
cra saquejât, tots els recôns de la casa, fins les caixeleres
de les avies.
l Valgam el cel quin tràfech ! quin terratrémol, tota la
casa s'en anava abaix... quines rialles mes franques les dels
amos y quina solicitut la de la mestressa quina prenîa no
poca distraccjô en dirigir aquella llarga com divertida
feinada.
No 's feya festa ni festeta ni 's prenîa cap acort definitiu,
sens avans discutirho en la llar.
Per rès del mon haguerem renégat de nostra llar, ahont
trobavem totes les soluciôns de la vida.
Les rogenques flamarades qu'escalfaren nostres cossos
fredeluchs en l'aubada de nostra infantesa, també mes tart
escalfaven nostres cossos marcits al cap vespre de la vida.
Malgrat el segle y el progrès fictici de nostre poble,
encare hi ha llars, si bé molt escases, no hi deixem per aixo
apagar el sagrat caliu, anima dels que foren, fent reviscolar
â la llum de llurs fiâmes l'amor marcit de nostres cors, qu'es
l'anima de nostre llibertat.
Victor Vallespjr.
î^^^'^S^^iS^ÛJÎRâS.^^
SERENADÂ
Te Yull, mon aymanta,
Dire la cansô,
La que mon cor canta,
Qu'entrjsteix mon plor.
Dins la nit serena,
Baix la lluna plena
Te dira ma pena
Y mon illusiô.
Y amb confiança
Ton cor, p'el guardar,
Florit d'esperança,
M'el vares donar.
Mon cor lo va pendre,
Clavat lo va tendre :
Si lo vols rependre
L'has d'embocinar.
D'una nit llunyana
Jo tinch lo recort...
Mes, ay ! no regrana
Ton pensament mort !
Escoltes sens gana
Mon plany que s'esgrana.
Portant com campana
Batia ton cor !
Dins la nit callada
Mirant la foscor,
Tos ulls, mon aymada
Feyan resplandor.
Erets abrasada
D'ohîr encantada
Primera vegada
Paraules d'amor.
Ja mon cant desperta
Del primer petô
Dins ton cor inerta,
La dolça emociô.
La flor se desterra
Quant la primavera
Fon la lieu lleugera
Sus del Canigô. •
Adiu, mon aymanta,
He dit la cansô,
Mon amor la canta
L'acaba mon plor.
La nit es serena
Y la lluna plena
Se riu de ma pena
Sota '1 teu balcô.
V. Peix.
K'x'vi'x'x'X'x'K'i' t^ r* y* (^ y* y* ^y'y'y'y'^^y'y>^^^y»^^^^^^^y»^^^^^^^^(>
Un Eloge des Catalans
AU XIII^ SIÈCLE
J'ai voulu retenir une étude que M. Joseph Anglade, profes-
seur de langues romanes à la Faculté de Toulouse, nous donne
dans VTlnuari de l'JnsHtul d'Esludis Catalans, associant ainsi une
fois de plus nos provinces occitanes à la Principauté. L'étude
est intitulée : Guiraut T^iquier de JNarbonne et les Catalans. Ce
troubadour, auquel il nous intéresse aujourd'hui, naquit à Nar-
bonne, ville commerçante, alors admirablement fortifiée par les
Sarrasins, s'il faut en croire le trouvère Bertrand de Bar-sur-
Aube. « Narbona la bien cercada », auraient dit des espagnols
contemporains.
Original dans ses rythmes et délicat dans sa pensée, il vint
cependant un peu trop tard, ce languedocien, à l'heure où la
poésie courtoise du Midi se mourait, après la croisade des Albi-
geois, l'établissement de l'Inquisition et des ordres religieux, le
plus souvent hostiles, et qui détournèrent plus tard les concep-
tions platoniciennes en l'honneur de la Vierge.
Besogneux comme tous ses confrères es arts poétiques, Riquier
sollicita saint Louis, qui ne semble pas avoir eu pour la poésie
le goût de Thibault IV de Champagne, l'ami de Blanche de
Castille. La poésie est chose futile, pensait le maître et seigneur
des Croisades, alors que Guiraut Riquier recherchait la maîtrise
et louait la dignité de son art ; de nos jours il eut souscrit à cette
pensée de Nietzsche : « L'art est la tâche la plus haute et l'acti-
vité essentiellement métaphysique de cette vie. » (i)
Pour l'exercer, il fallait bien un protecteur. Riquier fit donc
appel à la générosité de En Jaume el Conqueridor, roi d'Aragon.
11 eut une entrevue avec lui à Montpellier, en compagnie de son
belliqueux compagnon, Guillem de Mur. C'est de concert avec
(i) Frédéric Nietzsche, "L'Origine de la tragédie: Préface à Richard
Wagner.
- 39' -
ce dernier qu'il composa une tenson, sorte de chanson dialoguée, à
laquelle J. Anglade assigne la date de i265, peu avant l'expédi-
tion de Murcie. Riquier n'obtint pas aide et protection : En
Jaume vieillissait.
En 1268, Riquier adressa une chanson au fils aîné du roi, l'in-
fant En Père, mais sans succès encore. Cela ne l'empêcha pas
d'écrire une belle « retroencha » en l'honneur des vaillants cata-
lans et de leurs dames avenantes. 11 y loue l'exquise courtoisie,
la vie facile, en un mot « l'urbanitas » de nos aïeux. 11 se pro-
pose de leur rendre visite pour apprendre d'eux la science de
l'amour et plaire ainsi à Beau Déport (belle joie), vicomtesse de
Narbonne. Cette « retroencha » ou rotrouenge se compose de
cinq strophes ; et je cite la première accompagnée de la traduction
de M. J. Anglade :
Pus astres no m'es donatz
Que de midons bes m'eschaya,
Ni nulhs mos plasezs no'l platz,
Ni ai poder que 'm n'estraya,
5 Ops m'es qu'ieu sia fondatz
En via d'amor veraya :
E puesc n'apenre asatz
En Cataluenha la gaya
Entre Is Catalans valens
10 E las donas avinens.
Puisque mon étoile n'a pas voulu que de ma dame me vienne aucun bien,
puisque rien de ce qui causerait ma joie ne lui plaît et que je n'ai pas le pou-
voir de m'arracher à son amour, il est nécessaire que je me mette dans la
voie de l'amour véritable, et, en fait d'amour, je puis apprendre beaucoup
dans la gaie Catalogne, parmi les Catalans vaillants et les femmes avenantes.
Je fais remarquer que les derniers vers reviennent comme
(( tornada » à la fin de chaque strophe, et si on ajoute à cette
combinaison l'identité des rimes dans les huit premiers vers, on
comprendra combien la « retroencha » est d'une précieuse élégance,
d'une élégance surannée que l'on pourrait faire revivre. Je
publierai plus tard l'un de mes essais manuscrits.
Et quel charmant éloge! Réjouissons-nous, car M. J. Anglade
nous apprend que la plupart des troubadours partageaient les sen-
timents de Riquier à l'égard des catalans.
Je veux cependant me souvenir de certaines appréciations moins
- ^9^ —
flatteuses. Je ne sais plus quel est le grand italien qui parlait de
« l'avara pobertâ dei Catalane ». N'est-ce point Dante lui-même?
M. J. Anglade pourrait me renseigner à coup sûr.
En tout cas, cette formule contraste passablement avec la
« tornada » de Riquier. Je ne disserterai pas sur ce sujet et
laisserai à d'autres le soin de se prononcer dans ce dilemne.
D'autre part, je lis dans le petit livre « Catalunya â Grecia »
le passage suivant où Rubiô y Lluch traduit l'œuvre d'Epaminon-
das J. Stamatiadis : Els catalans à Grecia.
(( Fins avui encara en algunes encontrades de la Grecia, com
per exemple l'Eubea, quan se vol acusar algii d'alguna acciô in-
justa i ilegal, diuen : Aixô no ho farîa un catalâ. En l'Acarnania,
el nom de catalâ, fins al présent vol dir tant com selvatge, lladro,
malfactor, i anomenen catalâ aquell qui té sentiments impudics y
sanguinaris. Fins ara â Tripoli del Peloponès, pera dir d'una
doua que es irascible, grossera i dura, no tenen mes expressiô
que aquesta : « Sembla una catalana. » (i)
On n'écrivit jamais les injures sur le sable et les bienfaits sur
le marbre. 11 est vrai que les Grecs n'eurent pas à se louer de la
domination des hordes guerrières catalanes.
Mais n'oublions pas Guiraut Riquier. Malgré ses éloges et
de nouveaux appels au vaillant roi En Père, il ne put obtenir de
succès à la cour d'Aragon, où il était déjà supplanté par Serveri
de Girone et N'At de Mons. 11 trouva un puissant appui en la
personne d'un autre roi, Alfonso el Sabio. M. Anglade nous dit
même qu'il insinua un règlement spécial pour les troubadours et
jongleurs, inséré dans les « Siete Partidas », ce si précieux et
curieux ouvrage de législation. Riquier vécut dans cette cour dix
années environ, de 1270 à 1280. 11 eut, on le pense bien, les loi-
sirs d'y étudier la poésie galicienne, si rayonnante alors, et culti-
vée par le roi lui-même dans ses Canligas de Santa Maria et dans
ses Cantigas de amor é mal decir. Les poètes de la cour du « Reis
N'Anfos » écrivaient les chansons courtoises « en maneyra de
proençal. » M. Jeanroy, dans ses Origines de la poésie lyrique en
Trance (1889), avait montré les influences de la poésie limousine
et de la langue d'oïl sur les deux recueils de la lyrique galaïco-
portugaise, le Cancioneiro da Jljuda et le Cancioneiro da Valicana.
(i) Rubiô y Lluch : Catalunya d Grecia, p. 24.
- 393 -
Aujourd'hui, M. J. Anglade nous apprend que G. Riquier trouva
dans cette lyrique galaïco-portugaise le mètre de la « Canson
Redonda », dont il nous laissa deux exemples. L'une de ces
« Cansos » est adressée au roi En Père, en 1282.
Mas assajar m'ay est lans
Ab lo rey, de saber paire,
Peyre d'Aragon, qu'ab mans
Bos faitz comple son vejaire
55 De malvolens et d'amans.
E si m'es degutz guirens,
Ye '1 serai liais servire.
E 1 suy avutz ben dizens.
Si non, cor ay que m'azire,
60 Pus sabers no 'm val ni sens.
Mais je m'en vais essayer auprès du roi Pierre d'Aragon, père du savoir,
qui accomplit avec maints beaux faits, tous ses désirs en ce qui concerne ses
amis ou ses ennemis (?). Et s'il m'est un bon protecteur, je lui serai bon
serviteur (j'ai déjà chanté ses louanges), sinon je m'attristerai de voir que le
talent ni l'intelligence ne me servent de rien.
Cette protection qu'il demandait une dernière fois aux catalans
il l'obtint auprès de Henri II, comte de Rodez. Guiraut Riquier,
le dernier troubadour, mourut vers l'année 1292. Avec lui finis-
sait l'âge des beaux troubadours polis. Grâce à M. J. Anglade,
nous nous souviendrons de la « Retroencha », des « Catalans
valens » qui est un chant sacré de la race, un chant d'union des
terres occitanes, comme le prélude moyenâgeux de la « Coupo
Santo ».
Depuis que l'élan a été donné par le « clar-vesént » Camille
Chabanneau, dont on inaugurait le monument à Nontron le
24 septembre dernier, on fait revivre avec éclat l'époque des
troubadours. Leur langue singulièrement harmonieuse, leur con-
ception de l'amour courtois, leurs combinaisons métriques, tout
justifie largement l'intérêt qu'on leur porte. Mais pourquoi
n'avons-nous pas encore, à ma connaissance du moins, une antho-
logie moderne de leurs œuvres, un ouvrage critique, accompagne
de la traduction française? M. Joseph Roquet nous livre, dans
les récents numéros de \ "Estelle, des traductions en langue occi-
tane qui me paraissent fort belles, sous le titre de Antologia
Occitana dels grands Trobadors. Mais je me demande pourquoi
- 394-
il ne transcrit pas en regard les textes mêmes des troubadours.
Certes, les philologues trouveraient leur compte dans une antho-
logie trilingue : en « Ilemosi », en langue occitane renouvelée,
en français ! M. J. Anglade est peut-être à cette heure le spé-
cialiste français le plus apte à nous la donner. Elle complé-
terait en tout cas son étude littéraire sur les « Troubadours )){i)-
Qu'il me permette encore un autre vœu î Nous avons eu en
Roussillon des amis de cet art de « trobar » et nous voudrions
les connaître davantage. Je fais donc appel à l'amabilité de
M. Anglade. Sans doute, après avoir été agréable à la nouvelle
école érudite de Barcelone, voudra-t-il satisfaire les « aficionats »
roussillonnais.
Joseph Pons.
!_ I ) Les Troubadours : leur vie, leurs œuvres, leur influence. A. Colin, 3 fr . 5o.
-«le^ars-
L'esHu etern
Entra per ma finestra, ô sol clar de ma terra :
Ja veig tota la vall liuhir com una flor;
L'esperansa torna â s'obrir dins de mon cor
Com el clavell s'obre en sa gcrra.
Entreu, perfums de farigol y romani ;
Entreu, perfums d'espich; entreu, perfums de menta,
Purjficant mon ayma hont la vila dolenta
Ha dejxat son mortal verî.
Que fugjn los recorts d'un passât que me dona
Amb el remordiment la set d'un dois perdô !...
Parlame, Vallespir, tû que tcncs per jo
La veu manyaga d'una dona.
— 395 —
Pot retronyc â pertot demâ lo temporal :
Ja tinch un bon teuJat â l'ombra d'un gran freixe ;
Me sentiré mes fort contra la mort meteixa
Sota de la casa payral.
Los dîes passarân com dins la castanyeda,
Aies obertes, per l'estiu, los bJanchs todons ;
Y com cils, del fuUam hont s'abriguen les fonts,
S'enfugirân dins la nit freda.
Lo que cerca mon cor, d'ardent desitg encés,
M'ho fas trobar, ô tu, ma terra benehida,
Ambe l'oblit del mon, del mal y de la vida,
Y mon cor no desitja mes...
Vull ser l'amich dels esquirols, de les abelles ;
Per sempre florirâ com un estiu etern :
Feré la meua festa hasta del sol d'ivern
Hont van â s'escalfar les velles.
Cada dîa, en vegent la montanya enlayrar
Amont y sempre amont sos roures, ses alzines,
Coneixeré l'orgull de les forses divines
Que creixen al bell cim, alla!...
Y l'alba despertant ma mirada ensopida
Amb una nova joventut dels horts, dels prats.
Vos ohiré cada matî, rechs estimats,
Aucells de ma terra florida...
Joan Amade.
Le Catalan à TU ni ver site
"^^^ .
Notre ami Jean Amade a repris son cours de langue catalane
à la Faculté des Lettres de Montpellier, cours destiné aux étu-
diants étrangers. Nous pouvons donner ici le sujet des premières
leçons :
I. — La langue catalane en général ; ses différents dialectes.
La langue populaire et la langue littéraire. Grammaires et dic-
tionnaires qui doivent être consultés. Principales publications à
utiliser aussi. Les études catalanistes. Ce qui a été fait, ce qui
reste encore à faire.
II. — Lecture en commun de quelques textes catalans. Obser-
vations préliminaires ; prononciation et accentuation, règles
générales. Exercice de traduction française du catalan. Le fonds
latin ; les langues méridionales. Ressemblances et différences au
point de vue philologique.
III. — Nouvelle lecture, et nouvelle traduction française.
Première impression produite par le catalan, impression que
confirmera et qu'expliquera un examen attentif. La physionomie
et le son du catalan. Monosyllabisme, oxytons, paroxytons ; la
question des proparoxytons. Répartition des voyelles et des
consonnes.
Le cours continuera par l'étude du traitement des voyelles et
des consonnes latines en passant au catalan ; chaque leçon com-
prendra une pia.rtie théorique et une partie pratique, et sera à la
fois scientifique et littéraire, afin de répondre aux besoins ou
aux désirs divers des étudiants allemands, norvégiens, polonais
ou catalans, venus pour étudier les langues méridionales à l'Uni-
versité de Montpellier, dont on a tant vanté il y a quelques
années, ici même, l'intelligente organisation régionale et le riche
enseignement.
Firmin Costabona.
^.^^^^^§^^3^^^^^^
Le Catalan à TEcole
<3
CÇD
Nous apprenons avec plaisir que notre ami Louis Pastre vient
d'ouvrir un cours (j) de français (méthode Savinienne) à l'école
Voltaire, pour les anciens élèves de cette école munis du certifi-
cat d'études.
Ce cours intéresse les jeunes auditeurs à tel point qu'ils pren-
nent plaisir à réciter, chez eux et à haute voix, les belles
poésies catalanes dont ils ont eu à faire la traduction en français
sous la direction de leur maître.
Nous avons tenu à féliciter notre collaborateur pour son œuvre
de résurrection de la langue catalane et nous l'avons prié de
nous donner le plan de ses leçons. Le voici, tel qu'il nous a été
communiqué :
1 . Compte rendu des devoirs corrigés (version catalane et com-
position française) i o m.
2. J(écilation du texte catalan traduit à la maison. ... lo m.
3. Dictée de la traduction française modèle i5 m.
4. Yersion catalane. — Préparation orale du devoir et expli-
cations grammaticales sur le texte. — Etymologie — Ortho-
graphe — Analyse i o m.
5. Composition française. — Préparation orale du devoir qui
n'est, le plus souvent, autre chose qu'une traduction libre, ou, si
l'on veut, une imitation en français du texte catalan. Les élèves
sont tenus de suivre le plan du texte et ils développent le sujet
en ayant soin de rechercher les meilleures expressions françaises,
surtout quand ils y introduisent leurs idées personnelles. 10 m.
Comme on le voit, c'est une heure bien employée ; et les
jeunes gens qui suivent le cours du soir de l'école Voltaire
n'auront pas perdu leur temps s'ils continuent à être assidus aux
leçons qui leur sont données.
La Rédaction.
(1) Le cours, commencé dès les premiers jours de novembre, durera
jusqu'aux vacances de Pâques.
Velles corrandes
A Pcrpjnyà son les boniquctes,
A Cerct aixis axîs,
A Arles son les rovellades,
Y â Prats les serafins.
♦
La Mare de Deu del Coral,
Vos que seu tan curadera,
Ajudéules â casar
Les nines de La Manera.
Les njnes del Roser
Son poques y mal carades ;
Un dia de festa anyal
Porten cofes emmanllevades.
♦
Les nines del Roser
Son poques y ballen bé ;
Quan senten lo brau del burrô,
Totes ixen al carrer.
Les nines del Roser
Diuen que no beuen vî ;
Un dîa que jo passava,
S'hi feyen ab un tupî.
Corrandes son corrandes
Y corrandes son cansons,
A les dones pâ y formatge,
Als homes cops de bastô.
(T{ecueillies par M. "Emile Leguiet).
•a rr. en ffi rn rn rn en flQ.cn A% fn fn rn rn rn rn rn Art rn
HISTOIRE LOCALE
Pierre Âgustin
Jlncien évéque d'Elne, au Concile de Trente
Pierre Agustin était le frère du célèbre Antoine Agustin,
archevêque de Tarragone, et le fils d'Antoine Agustin vice-chan-
celier d'Aragon, lequel avait épousé Aldonse Albanel. Il naquit
le 22 février i5i2, à Valladolid, où son frère avait suivi la cour
de Charles-Quint et reçut une éducation en rapport avec son
rang et la carrière à laquelle il se destinait. 11 se pourvut du
double diplôme de docteur en droit civil et en droit canon. Le
j8 janvier i528, Pierre Agustin fut nommé sacristain de la cathé-
drale de Lérida. 11 exerça ces fonctions jusqu'à l'année i534,
date à laquelle il fut appelle à occuper l'archidiaconé de Venas-
que. Plus tard, il devint prieur de Saint-Vincent de Roda. Pen-
dant les trente années qu'il exerça sa charge, il fit construire à
ses frais la maison du prieur et le maître-autel de la collégiale.
Le 2 1 janvier 1 544, Pierre Agustin fut nommé à l'évêché
d'Elne, en remplacement de Ferdinand de Loazes promu à celui
de Lérida. Ce même jour, son procureur prit possession du siège
épiscopal d'Elne et prêta serment pour lui le lendemain. Le
24 mars suivant, le nouveau prélat fit son entrée solennelle à
Perpignan. Le 2 avril 1 544, il confirma un statut, porté le
9 mai 1402, par un de ses prédécesseurs Barthélémy Peyro, qui
accordait annuellement deux mois de vacances aux chanoines et
trois mois à l'évêque d'Elne. Le 23 avril de cette année-là, il
prit une sage mesure pour unifier la récitation de l'office divin
dans le diocèse. A cet effet, il désigna deux chanoines chargés
de rédiger VOrdo diocésain. 11 décida que les membres du chapi-
tre de Saint-Jean qui ne garderaient point la résidence ne perce-
vraient plus de rentes sur la mense capitulaire. 11 réunit en
assemblée les ecclésiastiques du diocèse pour procéder à la répar-
tition du don du clergé au roi. Le 19 août 1 544, il nomma des
procureurs, et dans ce document il ne portait encore que le titre
— 400 —
d'évêque élu d'Elne. 11 ne fut consacré que le 8 février dans
l'église Saint-Jean. Dans le courant de cette année, Pierre Agustin
fut transféré au siège de Huesca, Jaca et Barbastro, qui ne for-
maient alors qu'un seul diocèse. 11 prit possession de son nouvel
évêché le 3o mai i545, et s'occupa immédiatement d'introduire
des réformes dans son diocèse.
11 commença par donner une nouvelle édition du bréviaire dio-
césain, imprimé à Saragosse en 1547. En 1546, il partit pour le
Concile de Trente où il arriva vers le i5 mars et ensuite assista
à toutes les séances. 11 y fut un des prélats espagnols les plus
remarquables par son savoir et son éloquence. 11 s'opposa énergi-
quement à ce que le Concile fut transféré de Trente à Bologne,
et, au moment des délibérations sur la réforme du bréviaire, il
démontra si bien et avec tant de preuves que Saint Vincent
Ferrier était né à Huesca que ce détail fut marqué dans la légende
de l'office de ce saint. En \56i, Pierre Agustin fit un voyage
en Espagne. Sur la demande des chanoines de Lérida et avec
l'autorisation du roi, il présida, au nom de son frère absent, le
synode diocésain, après quoi il retourna à Trente pour prendre
une part active aux délibérations du Concile.
Pierre Agustin assembla à Huesca plusieurs chapitres géné-
raux dans lesquels, conformément aux dispositions du Con-
cile de Trente, il promulgua des constitutions touchant l'office
divin, le saint sacrifice de la messe, les processions et les anni-
versaires. 11 mit toute sa prudence à réformer le couvent des
religieuses de Sainte-Claire, agrandit celui de Saint-Augustin et
surtout grâce aux revenus de la mense épiscopale, fit prospérer
l'Université. Ce pontife mourut le 26 février 1572 à l'âge de
soixante ans. Son corps repose dans le sanctuaire de la cathédrale
et sur sa tombe on a gravé l'inscription suivante qu'on peut
encore déchiffrer en partie :
Petrus Auguslinus ant. ei
episcopus Oscensis et Jacen.
ex Ttellenem. épis, et J^oten.
priore, qui bis Tridenti Concilii
causa ajfuit.
Vixit annos lx dies ini
sedit annos xxvi, menses vin, dies xviii
in A. D. Y. JÇal. Martii mdlxxii.
— 40' —
Pierre Augustin est l'auteur des ouvrages suivants: i' "De jure
el forma visitandi ecclesiam Oscensem, et alias ecclesias abbatiales, et
prevendales canonicorum ejusdem capiluli Oscensis ; 2 Yida de San
Orencio ; 3° Breviarium eccelsix Oscensis, Saragosse, iS^y; 4 Cons-
iitutiones synodales de Tiuesca, in-4", Huesca, i565 ; Discurso sobre
que pertenece a la diocesis de Tiuesca et territorio de Valldoncella.
Archives des Pyr.-Or. G. 48, 582. Coma, 'NoUcies de la tgtesia insigne
coîlegiada de Sanl-Joan de Perpinya. Pallavicini, Tiisloire du Concile de Trente.
Puiggari, Catalogue biographique des évêques d'Elne. Villanueva, Viage lile-
rario a las iglesias de Espana, t. xv, p. i56, xvi, p. 92, 102, t. xvii, p. 5o,
58, 61. Vicente Cataiina, Episcopologio de la diocesis de Tiuesca. Abbe Jean
Capeille, Dictionnaire de biographies roussillonnaises. Dictionnaire d'histoire et
de géographie ecclésiastiques, en cours de publication sous la direction de
Mgr Baudrillart.
Abbé Jean Capeille.
Altres advertencies dignes de saber
Los ulls del llop le fan coneixer â la nit, y '1 demostren.
La mateixa vena que produheix la plata acostuma produhir
l'estany.
♦
Ab la blandura de l'oli se afilen les navajes y se ofeguen les
abelles, y ab la fortalesa del vinagre se maten les cigales.
En ta casa viu la oreneta, de tes coses lo rat, de ton vi y de
ta sanch lo mosquit, y de ton plat la mosca, y sols miren llur
interès y no ta amistat.
♦
La naturalesa nos ha donat los sentits de veure y ohir dupli-
cats ; pero de parlar unich, y encara ab dues muralles.
— 40' —
Si lo sol se deixava manejar de la vista, tal vegada se trobaria
en ell corn en la lluna algunes taques ; perô viu limpit y no sufre
vehi.
Mes se deu â l'enteniment que â les mans.
Les oques, anachs y cigales tenen dissonanta veu, y la filomena,
cigne y rossinyol son los que canten millor y son de menor
substancia ab los demès que tenen suau y dolsa veu.
♦
Gran sabiesa saber elegir dels mais lo menor.
Consellar temeraris es fer Hum à cegos y rausica â surts.
♦
En la mes baixa fortuna se pot esperar la major.
♦
Lo diamant es rey entre les pedres y mereix serlo perque no
hi ha cosa que '1 puga vencer ab violencia.
♦
Cada cavall se ha de régir per son fre ; cada part de cos se
deu cubrir ab son vestit: ni tôt te de ser sabata, ni tôt berret ;
regescase cada règne per sa lley.
♦
De un forât quant mes se 'n trau mes gran se fa, y â un mont
quant mes s'hy posa mes gran ve ; aixi en la avaricia quan mes
se repleguen diners majores lo desitg de adquirirne.
♦
Lo rey de les abelles no traballa â la mel ; pero assisteix
sempre â la Ilavor, y fa que l'obra va fervorosa; y per eix efecte
es elegit per rey de elles aquella que te una gota de suor al
front, y compassiva sua de! travail de elles.
♦
Les cabres llepant los olius xucan sa subtancia y sa virtut, y
lo gat llepant trau sanch.
♦
Vuire vivint qui vol viure mort.
Textes catalans
9P (Suite)
Enfin, le moment du partage est arrivé : Voici le procès-verbal
des opérations. (En marge: Yide hic el nota hene.)
« Memoria sia ha tots los prohomens y Ciutadans de la pré-
sent Ciutat de Elna, com avuyn que comptam aïs 28 de) mes de
juny de 1602, die de divendres, a les nou hores de la matinada
Jo 111"" y Rev" Mons°' Don Alfonso Coloma, bisbe de Barcelona,
subdelegat apostolich per lo molt 11" y Rev" Mons" Don Joan
Teres, archabisbe de Tarragona y Virey de Cathalonya,
delegat apostolich de Sa Santadat, créât en lo fet del
interes de la nova residentia de la Yglesia de Elna en la
vila de Perpinya, encontinent en essent arribat accompanyat
de Mons" Rev'" de Elna, Don Onofre Reart, y de molts S"'" de
Canonges, es anat en lo altar major, y ha fêtes obrir les tombes
de les benaventurades Santés Eulalia y Julia, y les caxies que
eran en dites tombes, dit Mons" Rev'" de Barcelona de la part
de Santa Eularia y Mons" de Elna de la part de Santa Julia,
quiscu ab lurs armitres (sic), han abaxades les caxies de dites tom-
bes demont de l'altar major, y aquelles han obertes y han rego-
negudes molt be : Y en la caxia de Santa Eularia hi han trobades
moites reliquies de diverses , Santés {sic) y a soles dos canyelles
dels brassos dret y esquerra de Santa Eularia, y una re (sic) de
pregami, loqual narra y diu que en lo ariy i23o foren aportades
assi, en la présent Ciutat de Elna, en lo temps que regnava lo
rey Falip, rey de Fransa, y tôt lo présent Comptât de Rossello
y Perpinya tôt era Frances, y dites reliquies les hores foren
aportades en la Seu de Elna ; y en la caxia de Santa Julia, y ha
un retol, en dita caxia, de letres de or (loqual diu : Tiic jacet
corpus bealœ Juliœ) (1) ; y aixi han trobat dins de dita caxia un
(1) 11 existe à la sacristie de l'église d'Elne un coffret en bois, en forme
de châsse, c'est-â-dire avec un couvercle à deux versants. La longueur en est
de 0 m. 45, la largeur de o m, 27 et la hauteur de o m. 33 y compris le cou-
vercle angulaire qui a o m. 12 de hauteur. Toutes ses faces sont décorées de
grands rinceaux de feuillages dorés qui se dessinent légèrement en creux sur
— 404 —
saquet dins del quai hia ha pois de! cos de Santa Julia, y une
caniella petita del bras de dita Santa. Y après dit Mons" Rev'""
de ^arcelona les ha tornades tancar y les ha sagellades en lo
pany ; y dits A1.ons°" Rev """ de Barcelona y de Elna, stant sempre
quiscu de ells ab lurs armitres y roquets, han tornades dites caxies
bones y sagellades dins de les tombes.
Y lo despres de dinar dit Mons" Rev'" de Barcelona ha tingu-
des vespres de pontifical, y encontinent acabades sen es anat al
Palau. Y los S°" Consols ab la prohomia de dita Ciutat, lo han
acompanyat.
Y lo endema, que era lo die del beneventurat Sant Père, dit
Mons" Rev" de Barcelona digue missa de pontifical en la dita
Seu de Elna, y aquella finida, predica ; y en havent prédicat,
loqual predica a la trôna dels manaments, ell y Mons" de Elna
feren abaxiar les caxies de les tombes, y de la caxia de Santa
Eularia dit Mons" Rev"" de Barcelona de dues canyelles que hi
havia, la una dona per a Perpinya, y algunes poques de reliquies
de dita Santa, ab tant que eran molt poques; y encontinent tan-
charen la dita caxia, y tanchada la posaren en sa tomba : Y de la
caxia de Santa Julia, ne tragueren un trosset de canyella per a
Perpinya, y aixibe tanchaien encontinent dita caxia, y tancada la
posaren en sa tomba.
Y en lo despres de dinar, après de haver ser dites vespres y
complètes, se partiren les ornaments de la Seu, lesquals ja los
canonges havien apartat les uns dels altres ; y partiren de la
manera volgueren : Y après, en lo fet del partir de la plata, es
stat tant y tant gran lo strago que s'es fet, que se enten que
N.-S" no reste lohat, ..
un champ coni,tituë par un pointillé d'or. Les charnières, dorées, sont ancien-
nes ; la serrure, quoique ancienne aussi, n'est pas la serrure primitive.
L'intérieur est peint à fond bleu semé d'étoiles d'or.
Sur un des versants du couvercle une banderole à fond d'or porte l'ins-
cription suivante : Hic jacei corpus béate Julie.
Tout porte à présumer que ce coffret, aujourd'hui vide, est celui-là même
qui se trouve mentionné au présent récit. Le caractère des dessins et la
forme des lettres de l'inscription indiquent le xv' siècle.
Ce coffret, par une décision toute récente, vient d'être classé comme
monument historique. Nous en donnons ci-joint une reproduction d'après
photographie.
4o5 —
Coffret de l'église d'Elne (Monument historique)
igVIl
aa.*r^H
- - -|^H
(Clichés E. Terrusj
— 4o6 —
Y lo endema, que era diumenge, Mons°' R" de Barcelona a
las très horas passada mija nit digue missa resada, y finida, sen
es anada la professe, ab tant gran dolor que era lastima, quiu (?)
vehia y hoia, de plors y altres rancos, vehent que la Seu restava
tant desolada ;... Apres de haver sen aportat tôt lo millor de
dita Seu, sen han aportat un drap de ras fi) molt gran que stava
continuament devant de Taitar major, y sen han aportades les
Santés y la Creu major ; en ores meyns, sen han aportades la
tapissaria que val dos milia ducats, lo pâlit major ab lo frontal (2)
tôt de plata sobre dorada, ab noranta botons, tots de plata, ab
les flochs verts... y los sants de aquell, ab lurs corones de perles,
ab tant que es de valor de mil y sinch cents ducats, y la Creu
major altres tant ; ab tant que la Seu resta tant desolada que apart
que sia stat un sacho de Anvers (3), y que los ciutadans ne res-
tan molt escandalizats y spantats. N.-S" y pos remey del cel,
pus nol y ha aguf de la terra, y hi gira la sua santa ma dreta,
per al seu sant servey. Amen. »
Une note transcrite au registre deux mois plus tard ajoute :
« Memoria de la tapessarie sen han aportada los Canonges.
« Memoria sia a totes les persones qui legiran la présent
memoria com, al sis del mes de agost de l'any i5o8, en les
scripturas del discret mossen Bernât Ribesaltes, quondam notari
public de la Ciutat de Elna... s'es trobat un acte en y ab loqual
consta com lo Rev"" Don Berenguer, de bona memoria, quondam
bisbe de Elna, loqual après fouch provait del bisbat de Castros,
(j) Draperie, peinte ou non (Voir autre note ci-après).
(1) C'est ]z frontal ou devant d'autel décrit dans l'inventaire de i55o, que
nous avons publié ici même (Rev. Cat, mars 191 i).
On peut comparer les indications de ce récit avec celles de la note manus-
crite recueillie par M. l'abbé Torreilles dans ses articles sur la translation
{7(ev. dTiist. et d'Arch. du T{ouss\llon, 1905) : « Y lo Capitol sen aporta una
canyella del bras de Santa Eularia, y un tros de os de Santa Julia, los dos
mixs cossos de plata de Santés Eularia y Julia, la Creu major y moltas altres
reliquies. »
(3^ En 1576, au cours du soulèvement des Pays-Bas, les Espagnols
avaient saccagé la Ville d'Anvers d'une manière si cruelle et si complète, que
cette exécution était passée en proverbe. C'est l'écho de ce fait lointain qui
se retrouve ici.
— 407 —
en Fransa, dona a la Seu de Elna sis pesses de drap de ras (1)
en Icsquals y es mollada y pintada la Passio de N.~S. Deu J. C,
perque lo culto divino y les officis divinals fossen mes venerats. »
La Communauté des Prêtres appela à Rome du partage ainsi
opéré entre elle et le Chapitre : ce furent des débats longs,
compliqués, fertiles en incidents (2), mais sans résultat. Pour
la Cité, tout fut terminé là, ou à peu près, sauf le ressentiment
qui subsista longtemps encore dans les esprits.
(M suivre) R. de Lacvivier.
(1) On voit par les textes ci dessus, que le mot drap de ras a deux sens,
absolument, du reste, comme le mot ioile, en français. 11 désigne ici une
étoffe peinte, qualifiée aussi de tapessaria, et qui est, à n'en pas douter, la
même chose que la tapissaria déjà signalée. Mais il peut aussi designer une
étoffe non peinte ; et il est alors à rapprocher du mot raxia que nous
avons plusieurs fois rencontré ci dessus, désignant une étoffe de laine (ou
drap) d'une qualité particulière, plutôt fine.
(2) Voir, à ce sujet, Archiv. Département., série G. 174.
LIVRES ^ REVUES
Philologie catalane.
Notre savant confrère, M. Bernhard Schadel, professeur de langues
romanes à Hambourg, vient de publier un bulletin bibliographique sur la
langue catalane, Bericht ûber die J^atalanische Sprache, 1907 und 1908.
11 y signale, entre autres, les travaux de nos collaborateurs, E. Leguiel,
Louis Pastre, J. Calmette, F. Monsalvatje, J. Comet, L. Conill, R. de
Lacvivier, Jules Delpont, Venanzio Todesco, J. Palomba.
El Obispado de Elna. Tome 1.
C'est le titre du nouvel ouvrage, 408 pages, que Don Francisco Mon-
salvatge, notre distingué collègue de Gèrone, vient de publier (Imprenta
Juan Bonet, à Olot, 1911); il est le 2 1' de la série de ses T^olicias historicas.
Le texte comprend :
Une Dedicatoria à Monseigneur de Carsalade du Pont, évêque d'Elne ;
Une courte note At lector ;
Une longue Jntroducciôn, qui constitue l'historique de l'évêché et de
l'église d'Elne ;
L'Episcopotogio détaillée du diocèse, depuis le premier évêque Domnus
(571 j à Juan de Magarit y de Pau (1461) ;
Un Apendice de 5o documents historiques.
— 4o8 —
Citons aussi les illustrations : vista gênerai de Elna ; piano de Elna ;
inscripcion en el altar major ; trois pierres tombales du cloître d'Elne ;
16 reproductions sellas episcopals ; le portrait de l'évêque de Gui de Terrena.
La T^evue Catalane adresse ses compliments à l'infatigable érudit qu'est
Don Francisco Monsalvatje. J. D.
Nous avons reçu les "Lectures sur l'Histoire du Bas-Languedoc , choisies par
M. J. Granier, inspecteur primaire à Céret, en collaboration avec MM. L.
Auge et Ch. Blanc. (Un vol. in- 16 illustré, cartonné, 1 fr. 20, Ed. Cornély
et C', éditeurs, Paris). Ce petit livre, bien présenté, sera très utile pour les
jeunes languedociens, et contribuera à entretenir en eux l'amour de la
petite patrie. M. Granier devrait profiter de son séjour en Roussillon pour
composer un recueil de lectures du même genre, concernant notre pro-
vince : il nous rendrait là un grand service. On nous a laissé entendre qu'il
en avait l'intention ; nous ne saurions trop l'encourager à y donner suite.
Un choix de lectures sur l'Histoire du Roussillon constituerait un heureux
complément de notre récent manuel d'histoire locale.
M. Fritz Krijger, ancien étudiant de l'Université de Halle, où il étudia
le catalan sous la direction de M. Schaedel, inscrit aussi pendant un semestre
à l'Université de Montpellier, où il travailla avec M. Amade, vient de
publier son travail de doctorat : Sprachgeographisclje Tlnîersuchungen in
Languedoc und T^oussillon , après un voyage d'études effectué sur les points
où pouvait le mieux se déterminer la frontière du languedocien et du catalan
roussillonnais. Ce travail est fait avec méthode et conscience. 11 y a bien
quelques notations el quelques affirmations discutables ; mais, d'une manière
générale, on peut être satisfait des résultats obtenus.
■^<^
Saluons avec plaisir l'apparition d'une nouvelle revue Jlrts et Lettres,
publiée par le Salon des poètes méridionaux de Toulouse, revue à tendances
nettement régionalistes (8, rue de la Chaîne, Toulouse). Le premier
numéro, qui vient d'être mis en vente, contient entre autres choses quelques
poésies de M. Jean Amade, précédées d'une note biographique et biblio-
graphique le concernant.
Réclames en langue d'oc et en catalan.
Les félibres de Montpellier ont organisé pour la Noël une Exposition-
Concours d'écriteaux de réclame commerciale exclusivement rédigés en
langue d'Oc, dialecte de Montpellier, vers ou prose. Chaque commerçant
participant doit exposer son écriteau dans sa vitrine : il jouira de la faveur
de voir imprimer gratuitement dans un journal languedocien le texte
de sa réclame.
Pourquoi n'organiserait-on pas de temps en temps quelque chose d'ana-
logue parmi les commerçants perpignanais ? Cette petite manifestation ne
pourrait passer inaperçue et aurait son importance.
Le Gérant, COMET. —Imprimerie COMET, 8, rue Saint- Dominique, Perpignan.
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DP
C57R3
t.5
Revue catalane
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